‹ Le cercle du Moyen-LogoneChapitre 27 sur 30 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Le cercle du Moyen-Logone est, parmi les cercles du Territoire du Tchad, un de ceux qui a devant lui le plus bel avenir, si l'on veut se décider à lui donner l'organisation qui lui convient et à y affecter la première mise de fonds indispensable pour assurer la réussite d'une entreprise quelconque.

Nous avons occupé Laï, le point central du cercle, et nous avons fait quelques reconnaissances. Est-ce suffisant? Non. — Avec deux ou trois Européens à Laï et une soixantaine de gardes régionaux, il est impossible d'avoir une action efficace sur les 64.000 kilomètres carrés qui composeat Je cercle.

Il faut créer au moins deux postes d'Européens, l'un à ou près de Yérokol (Logone occidental), l'autre à Léré (le lieutenant-colonel Gouraud vient de faire occuper ce dernier point).

Dès que l'occupation de Laï fut effectuée, nous nous rendîmes compte de la nécessité d'occuper le sud-ouest du cercle et voici ce que le commandant de région du Chari écrivait de Laï au commandant du Territoire du Tchad en lui rendant compte du combat de Péni (lettre n*" 73 du 10 juin 190H) :

« Le mal est donc plus grand que nous ne le supposions et il me paraît indispensable de nous

montrer sur le Haut-Logone le plus rapidement possible, de nous y installer et d'occuper un peint près du confluent du Ba (Logone) avec la Mambéré et le Lim, de façon à commander la route signalée par le capitaine Lœfler, comme partant de Ngaoundéré et celles qui ont leur origine à Rei- Bouba, si nous ne voulons pas occuper dans cinq ou dix ans un pays dévasté, ruiné et par suite sans valeur.

(( Je sais qu'il y a les questions d'ordre budgétaire qui sont là, mais je ne doute pas qu'éclairés sur la situation, M. le commissaire général et M. le ministre des Colonies ne donnent des instructions pour faire cette occupation indispensable, que je n'avais pas prévue dans mon projet du budget de 1904, n'étant pas renseigné sur la situation vraie de cette partie de ma région.

« D'ailleurs il semble que cette occupation pourra se faire sans de grandes dépenses, puisque les Foulbés sont très mal armés et offrent peu de résistance. Une grande partie d'entre elles seront payées par Timpôt et l'excédent sera plus que largement compensé par les bénéfices de toute sorte que le Territoire en tirera dans l'avenir.

« Je crois, en efl'et, qu'il n'est pas exagéré d'admettre que, dans la région comprise entre le 10*" et le 1" degré Nord, le Baria, le Chari et la frontière allemande, dix mille personnes sont annuellement tuées, meurent de fatigue, de faim ou sont exportées comme esclaves.

(c C'est là une perte sèche, de la main-d'œuvre qui disparaît, des gens qui pourront payer dans l'avenir l'impôt de capitation, et, sans parler d'humanité et des charges que nous avons assumées en signant notamment l'Acte général de Bruxelles, promulgué le 12 février 1892, notre intérêt nous dicte la conduite que nous devons tenir. »

Nous avons constaté depuis, avec regret, que

nous ne nous étions pas trompé dans nos prévisions, puisque malgré l'activité déployée autour de Laï, malgré la reconnaissance de la branche occidentale du Logone, les Fellatas, oubliant la leçon de Péni, n'ont pas hésité avenir s'installer à Bipia (35 kilomètres de Laï) et à razzier les environs.

Doit-on espérer que le désastre que leur a infligé le capitaine Faure les empêchera de revenir ? 11 ne faudrait pas trop y compter.

Ils n'oseront plus s'aventurer dans le voisinage de Laï, mais ils iront ravager les pays au sud du ge degré qui échappent à la fois à l'action de Laï et à celle de la Sangha.

L'occupation seule les contiendra, car en Afrique, comme ailleurs, c'est la seule chose qui compte.

Il suffirait d'occuper Yérokol ou un point voisin avec deux Européens et trente-cinq ou quarante hommes pour être sïir de ne plus voir de razzias importantes venir de Ngaoundéré ou du Boubandjida ravager le Haut-Logone.

Ge poste est indispensable en outre pour assurer notre liaison avec la Haute-Sangha (il serait encore à 250 kilomètres de Koundé)etil nous permettra, en même temps, d'exploiter un pays riche en caoutchouc et en ivoire, c'est-à-dire en produits que l'on exporte en Europe, et où l'on trouve aussi de nombreux chevaux que l'on pourra utiliser dans le reste du Congo.

Le ravitaillement de ce poste se fera facilement et économiquement, puisque les baleinières et sans doute les vapeurs peuvent, aux hautes eaux, remonter le Logone jusqu'à Yérokol.

Gomme on l'a vu plus haut, le lieutenant-colonel Gouraud a fait occuper Léré au commencement de 1905.

Nous allons donc pouvoir asseoir dès maintenant notre autorité sur Binnder-Foulbé, sur

le pays des Moundangs, sur la région du Toubouri, qui présente un grand intérêt parce qu'elle compte 100.000 habitants environ et que tout ce pays du Mayo-Kabi est une voie de passsage que Ton est forcé d'utiliser.

Sans être en effet aussi optimiste que le commandant Lenfant, on doit reconnaître que c'est, pour le moment, la seule voie d'accès, permettant de mettre en valeur et d'exploiter la partie du bassin du Chari, qui est à l'ouest d'une ligne passant sensiblement par Abécher, Fort-Archambault et les sources du Bahr-Sara.

Il faudrait en effet renoncer à y faire quoi que ce soit de sérieux au point de vue commercial (en attendant la construction et l'ouverture du Transsaharien), si l'on ne pouvait y accéder que par la voie Gongo-Oubangui-Gribingui, car les frais de transport y sont très élevés (de 1.310 à 2.110 francs la tonne) et qu'en même temps cette voie est loin d'avoir une capacité de transport illimitée.

Il en sera d'ailleurs ainsi tant qu'un chemin de fer ne sera pas construit au moins entre Fort-de- Possel et Fort Grampel.

La quantité de marchandises à transporter est en effet loin de rester constante. Les besoins augmentent tous les jours. Il y a quelques années il ne transitait sur la piste Fort-de-Possel-Fort-Grampel que des charges pour l'administration, mais il n'en est plus de même aujourd'hui et l'on peut admettre que dès cette année la Ouahmé-Nana exportera environ 100 tonnes de produits (ivoire et caoutchouc) et elle importera une quantité de marchandises à peu près égale. Au fur et à mesure qu'elle s'étendra dans sa concession (elle en occupe à peine le quart), son commerce s'augmentera et par suite le tonnage des marchandises qu'elle fera transiter croîtra aussi. De son côté, l'Administration aura à compléter l'occupation du Haut-Ghari et celle du cercle

du Bahr-Sara Inférieur, en créant de nouveaux postes tant dans le bassin du Bahr-Sara que dans la région voisine du lac Iro. Il faut espérer, d'autre part, que des factoreries s'ouvriront au nord du 7^ degré de latitude.

Tout cela permet de prévoir qu'un peu plus tôt ou un peu plus tard un transit relativement important passera à Fort-de-Possel à destination de toute la partie du bassin du Ghari, qui est en amont du confluent du Bahr-Sara, et qu'un courant inverse se produira. Or peut-on admettre que, même lorsque la route sera construite entre Fort-Grampel et Fort-de-Possel et qu'un service de traction animale y fonctionnera normalement, il sera possible d'y faire passer 1.000 ou 1.500 tonnes ? C'est peu probable.

Il faut donc à tout prix décongestionner cette voie encombrée et utiliser l'autre, qui justement desservira le reste du bassin du Chari. Si l'on n'agissait point ainsi, ni l'une ni l'autre de ces deux régions ne pourraient se développer normalement, les tarifs de transport restant toujours très élevés en vertu de la loi de l'offre et de la demande.

Tant que les marchandises à transporter seront d'un tonnage plus élevé que celui qu'on peut faire transiter, les prix de transport resteront au taux actuel, qui empêche le commerce de prendre tout l'essor que l'on peut entrevoir.

Il s'ensuit que, même si les prix de transport pour le Moyen-Logone, le Kanem, le Baghirmi, étaient les mêmes en prenant soit la voie du Congo, soit celle de la Bénoué, il serait nécessaire d'organiser la seconde pour dégager la première.

Voyons donc ce que sont ces deux voies en les comparant entre elles.

Est-il raisonnable de songer à envoyer du ravitaillement ou des marchandises à destination deLéré ou de Laï, c'est-à-dire du Moyen-Logone tout entier, soit en faisant des transports par

terre de Fort-Archambault à Laï (260 à 280 kilomètres), alors qu'il n'y a que 300 kilomètres entre Lére et Laï en utilisant la route de terre, soit en se servant de la voie d'eau formée par le Chari et le Logone, ce qui nécessite le détour par Fort-Lamy, lorsqu'on sait que la« Royal Niger Company » vient de nous demander 375 francs (à titre d'essai, il est vrai) pour le transport d'une tonne de Forcadosà Léré, ce qui fait que la tonne reviendra à ce point à 4o0 francs en comptant très largement le fret de France à Forcados et les frais de manutention?

Pour répondre à cette question, il suffit de reproduire les tarifs du chemin de fer de Matadi, que l'on applique depuis leP'' juillet 1905, en y comprenant les taxes de manipulation :

Matadi -Stanley-Pool.

1. — Plein tarif : vins et liqueurs de lo» et plus, étoffes, tissus, perles, cauris, poudre, monnaie 1 , 000 f r .

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