‹ Le cerisier fleuriChapitre 45 sur 64 · A CALLIOPE · texte numérisé non relu

A CALLIOPE

Calliope, j'ai fait résonner la terrible Lyre d'ébène et de fer ; j'ai chanté

Les enfers vénéneux et putrides, que crible De traits de flamme une âpre volupté ;

J'ai dit l'horreur du monde et ce que l'homme sourïre.

Les sombres cœurs peuplés de monstres fous Et les démons hideux nageant au fond du gouffre.

Mais aujourd'hui mes chants se font plus doux.

136 Odelettes familières.

Sous les cieux florentins et leur clarté bénie Les dieux de marbre ont ébloui mes yeux,

Et leur beauté sereine et leur calme harmonie Ont fait mon cœur semblable au cœur des dieux.

Je cesse de plonger sous les ondes amères Des lacs de fiel, de larmes et de sang.

Je ne chevauche plus les hurlantes chimères Crachant leur bave au ciel resplendissant .

Un ruisseau qui bouillonne au creux d'une vallée, L'exquise odeur des fraises et du vin,

Le charme délicat d'une parole ailée Et la douceur de ton baiser divin,

Calliope, voilà les seuls biens que souhaite Le sage aimé des Muses au chant clair.

Que voudrai-je demain? Demande à la mouette Qui passe et vole en criant vers la mer !

Comme à Gœthe, les dieux m'ont donné plus d'une âme : L'une se plaît dans les brumes du Nord,

L'autre rit au Midi qui la nourrit de flamme ;

Mais dans mon cœur leurs chants vibrent d'accord.

A Calliope. 137

Chrétien, rils d'Epicure ou philosophe austère,

Tantôt rieur et tantôt solennel, Les voix de la nature et les cris de la terre,

Tout en moi trouve un écho fraternel.

Mes mains sur tous les luths promèneront mon rêve;

Nul n'a compté les fleurs de mon cerveau ; Comme on discute encor la strophe que j'achève.

Déjà ma bouche essaie un chant nouveau.

A CERINTHE

Hâtons-nous de jouir! Hâtons-nous de jouir! Le temps fuit; l'âge vient; la jouissance est brève. L'heure qui passe n'est qu'un rêve Qui va s'évanouir.

Que sert-il d'implorer les dieux inexorables ? Les sacrifices vains ne changent point le sort. Crois-tu donc éloigner la mort Par des cris misérables ?

140 Odelettes familières.

Dans les lits délicats où se pâme l'amour, Sur le grabat du moine ou du pauvre qui pleure, Dès que le destin marque l'heure Chacun meurt à son tour.

Les marins échappés de l'orageux naufrage Succombent à la fièvre en de riants climats Et les princes n'évitent pas La lance d'un sauvage.

Nous aussi, nous mourrons, laissant les fraîches fleurs. Les vieux vins parfumés, les femmes amoureuses Aux jeunes âmes vigoureuses Qui riront de nos pleurs.

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