‹ Le cerisier fleuriChapitre 48 sur 64 · A ALBERT GIRAUD · texte numérisé non relu

A ALBERT GIRAUD

Que l'amour calme et doux soit notre unique maître ! Le courroux, même juste, engendre mille maux Et nous n'évoquerons que des dieux infernaux Si la haine à l'autel brûle l'âme du prêtre.

Aux visages amers, par les larmes rongés, D'un sourire amical enseignons le sourire. Albert, nier le mal c'est souvent le détruire, Puisque l'illusion règne en nos cœurs légers.

146 Odelettes familières.

Ah! nul n'est plus méchant que le hargneux prophète Qui marche tout gonflé de forfaits à punir Et qui, l'œil soupçonneux, s'exerce à découvrir Les plus sombres horreurs dans la plus douce fête !

Des souffrances d'autrui chimérique inventeur,

Il fait naître en nos cœurs tous les maux qu'il dénonce ;

Il écrase les fleurs pour mieux montrer la ronce

Et le réformateur devient un malfaiteur.

Il faut boire, il faut rire, il faut bénir la vie, La nouvelle jeunesse et le nouveau printemps ! Le soleil monte encor dans les cieux éclatants Et l'amour chante au cœur de la vierge ravie.

A RENh

L'homme grossier souille l'ivresse Par des querelles et des luttes, Sans comprendre la tendresse Des violons et des flûtes.

Jetant verre et bouteille au lustre, Sa fureur croît comme on l'esquive ; Ce n'est pas la faute au rustre S'il n'a tué nul convive.

Odelettes familières.

L'homme bien né jamais n'oublie Que Bacchus, nu, libre et sublime, Reste dieu dans la folie, Où l'offenser est un crime.

Mêlons au sang clair de la vigne Les baisers, les chants et le rire Et que mon René désigne Celle qu'il faut qu'on admire.

Tu ne veux pas? Quel air sévère?

Ne fais point le Caton, jeune homme!

Je ne viderai mon verre Que si ta bouche la nomme.

Je suis discret. Ouvre ton âme!

Ton âme fraîche et vigoureuse Ne peut brûler d'une flamme Inavouable et honteuse.

Elle ? Ah ! malheureux ! Dans quels gouffres Te précipite un sort atroce !

Je sais trop ce que tu souffres

Sous cette griffe féroce !

A René. 149

Je la connais, cette tigresse, Sa chaude haleine et sa morsure ! Que Dieu t'aide en ta détresse Et guérisse ta blessure !

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