A VALÈRE GILLE
Que faire ? Le nombre des fous Est infini, dit l'Évangile.
Ah, malheur ! Misère de nous, ValèreGille!
Prose hystérique et vers déments, Discours gâteux et chaotiques, J'entends partout des hurlements D'épileptiques.
i6o Odelettes familières.
Viens, ami, fuyons leurs sabbats !
Laissons les fous à leur marotte Et n'imitons point les combats De don Quichotte.
Sous la treille, au fond du jardin Que parfument des fleurs vermeilles, Fais apporter dès le matin Quelques bouteilles.
Cueillons, pour fêter la beauté, La fraîcheur divine des roses Et buvons à notre santé, Loin des névroses.
A ALBERT CHAPAUX
Les cieux bienveillants, dans leur munificence, Albert, t'ont comblé de leurs dons les plus doux. La fière beauté de ton adolescence Fit mille jaloux.
Parmi les soldats si ta rose jeunesse Connut les jeux fous du vin et des amours, Tu n'imitas point ceux de qui la paresse Dévore les jours.
1Ô2 Odelettes familières.
Tes loisirs lettrés ont célébré la gloire D'un roi pacifique et pourtant conquérant Et notre petit pays qui dans l'histoire Bientôt sera grand.
Ton livre décrit les guerres dangereuses Au continent noir arrachant ses secrets, Les nègres fuyant sur leurs pirogues creuses Ou dans les forêts,
L'éléphant traqué dans les herbes immenses, Le tambour de guerre éclatant dans la nuit Et le vin de palme, et les cris et les danses Qu'un massacre suit.
Maint jeune héros te doit sa jeune gloire. Nos adolescents en lisant leurs combats Brûleront comme eux de forcer la victoire Au seuil du trépas.
Et le noble effort d'un prince magnanime Reçoit de ta main le laurier mérité Que lui réservait dans l'avenir sublime La postérité.