A MAURICE
De ses bras amoureux une douce maîtresse T'enlace mollement, Maurice, et te caresse; Et ses désirs inapaisés
Te couvrent de baisers.
Ton visage en riant s'appuie à son visage. Cueille les lilas blancs qui parent son corsage Et que l'amour et le printemps Enivrent tes vingt ans !
172 Odelettes familières.
Goûte la femme comme une fleur parfumée, Comme un tableau splendide, une musique aimée Un poème jeune et divin, Un flacon de vieux vin,
Mais garde- toi des feux qui dévorent les âmes ! Des débris écroulés, telle est l'œuvre des flammes Qui n'épargnent ni l'empereur Ni l'humble laboureur.
Au plus fort des tourments, vaincu par sa folie, L'un cherche au fond des eaux le trépas d'Ophélie, Un autre demande aux poisons L'oubli des trahisons,
L'autre, enfin, dépouillé d'une antique opulence, Fuyant en vain le noir démon qui le relance, Traîne sa misère et son mal Dans un lit d'hôpital.
Crains l'aveugle désir et sa rage insensée ; Ne laisse point ton cœur abuser ta pensée, Ne laisse point la volupté Vaincre ta volonté.
A Maurice. 173
Couronne-toi de fleurs fragiles et charmantes! Dans les bras ingénus de tes jeunes amantes Ton cœur ailé va voltiger Comme un oiseau léger.