‹ Le cerisier fleuriChapitre 60 sur 64 · A REINE · texte numérisé non relu

A REINE

Je sais que nous devons mourir ; Je sais que la vie est un vain désir ;

Je sais que l'homme n'a qu'une heure Et qu'il faut aussi que la terre meure ;

Je sais que le brûlant soleil Ira, dépouillé de son feu vermeil,

Sombre et morne globe de glace, Se briser sur un astre dans l'espace ;

184 Odelettes familières.

Je sais que tous les millions D'étoiles et de constellations

Qui tombent dans la nuit profonde, Roulent sans répit vers la fin du monde

Et qu'en l'horrible immensité Un jour régnera l'immobilité,

Mort suprême de la nature.

Qu'importe, ô mon cœur? La brise murmure.

Parmi les rosiers éclatants Les jeunes baisers chantent le printemps

Et les lys d'eau sur la rivière Parfument d'amour l'onde et la lumière.

Reine, que le frêle bateau Berce notre rêve en glissant sur l'eau !

Le feuillage indécis des saules Effleure parfois tes blanches épaules,

Où parfois comme un diamant Une goutte d'eau roule indolemment

Quand j'ai mal relevé la rame.

Qu'un plaisir léger suffise à notre âme !

Il est doux, l'instant de bonheur Qui cueille, en passant, une fraîche fleur !

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