‹ Le certificat prénuptial: Étude de droit comparé et de législationChapitre 4 sur 95 · EAST ER · texte numérisé non relu

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À la page 806 de ce livre, il nous dit aussi que le cancer: serait d’origine syphilitique. L'’argument principal est dans. le fait que le cancer de la langue se développe normalement quatre vingt-dix fois sur cent, et peut-être plus, chez des syphilitiques, fréquemment au niveau ‘des lésions syphiltiques visibles. La simple logique permet de penser qu'il en’est souvent ainsi au niveau des autres organes, conclut le Docteur Leredde.

Le Docteur: Leredde a aussi observé que sur vingt-trois cas de diabétiques, dix malades étaient atteints de syphilis ancienne acquise, et cinq étaient des hérédo-syphilitiques (1).

Je ne veux pas insister sur ce premier point. Le Professeur Jeanselme dans son admirable livre, cité ci-dessus, nous énumérant les conséquences de la syphilis pour l'individu, mentionne : l'interruption temporaire du travail, ou, au moins, l’amoimdrissement de la capacité productive, d’où la diminution de salaire pour le syphilitique atteint des conséquences de son infection. Et de plus, la possibilité d’une mfirmité permanente (2). Quelle responsabilité pour le syphilitique qui ne se soigne pas et se marie dans de telles conditions. C’est la misère qu'il installe au foyer avec son infection. Et que deviendra la jeune fille saine, épousée par le syphilitique contagieux ? Sait:on assez que, sur ; cinq cent soixante-douze femmes syphilitiques examinées par le

- Docteur Fournier, quatre vingt-une ont contracté la syphilis de leurs maris dans les premiers temps de leur mariage, et que sux cent femmes syphiltiques mariées, quarante sont stériles: Comment le bonheur, si relatif. soit-il, peut-il régner. à un foyer qu'une telle déception domine ? et.eomme nous rencontrons encore là la grande désespérance dont parle le Docteur Bory et qui peut être la base de tant de drames. Et lorsque la femme -Syphilitique peut encore être mère, que de souffrances morales. : ce sont les fausses couches, les enfants venant à terme mais qui meurent bientôt, ceux qui vivent, mais sont toujours malades où infirmes,

{1) M. référence, p. 318: l

(2) « La symhilis: son aspect pathologique et social»: du P' Jean selme, m..8511.

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Dans sa thèse toute récente (1927) intitulée : « De la nécessité du Certificat médical prénuptial », le Docteur P. Bouësse! du Bourg cite quelques observations cliniques que je veux donner ici, afin de montrer, par ces exemples véeus et hélas ! courants, les malheurs auxquels entraîne le mariage du syphilitiaue.

Un jeune homme est atteint de syphilis secondaire émimemment contagieuse. Le Docteur Fournier lui interdit le mariage qu'il projetait, et l’avertit, ainsi que sa’mère, des suites possibles d’une telle union. Pourtant le mariage a lieu ; la jeune femme est de suite contaminée, et peu après, c’est le deuil au foyer avec la naissance à huit mois d’un petit être chétif, malingre, qui se couvre de syphilis et ne tarde pas à succomber (1).

Ou, c’est encore le mariage d’une jeune fille bien dotée, fille d’un pharmacien, que le mari quitte après la nuit de noces, emportant la dot, mais. la laissant enceinte, et contaminée. Elle a un petit hydrocéphalique qui meurt à un an. Elle voit tomber ses cheveux, -ses dents, et meurt bientôt, consumée de dou-. leurs (2).

A quoi bon continuer. Que chacun de nous jette un coup d'œil autour de lui, qu'il regarde les drames que la syphilis dans le mariage a suscités, et les vies qu’elle à brisées.

2° Voyons maintenant le deuxième pot que je me suis proposée d'étudier : de l’influence de la syphilis sur la descendance.

D’après le Docteur P. Bouessel du Bourg, sur cent enfants de syphilitiques, quarante meurent « in utero », dix meurent en bas âge. Sur les cinquante restants, vingt-cinq sont rachitiques et meurent ; ilen reste vingt-cinq, et parmi ceux-là combien sont idiots ou peuplent les colonies pénitentiaires, ensuite les bataillons d'Afrique pour finir souvent à l’échafaud ou au bagne, etle Docteur P: Bouessel du Bourg conclut : « Sans vouloir tornber dans l’absolutisme de la théorie de Lombroso du « criminel né », disons que beaucoup de criminels présentent des tares héréditaires et que la syphilis est au premier rang » (3).

(1) « De'la nécessité du certificat médical prénuptial », D’ P. Bouëssei u Bourg, p. 18. i

(2) M. référence, p. 21.

(3) M. référence, p. 22.

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Dans son livre, déjà cité, le Docteur Leredde nous dit à ce sujet que sur trente-quatre jeunes détenus pour vol, prostituton, vagabondage, ete. huit fois la séro-réaction fut postive, dans un seul cas, la syphilis était acquise, done sept étaient héréditaires. Dans six autres cas, il existait des altérations précises du liquide céphalo-rachidien. Dans les vingt cas restants, la séro-réaction était négative (mais on sait que la séro-réaction est le plus souvent négative chez les hérédos), en certains de ces cas, il y avait des stigmates physiques ou mentaux et l’enquête familiale faisait conjecturer à la syphilis. Et le Docteur Leredde conclut ainsi sur ce sujet : « La plupart des jeunes détenus que j'ai étudiés sont des malades ; la syphilis héréditaire est la eause probable de leur état morbide, quand elle n’en est pas la cause certaine... »

« La syphilis héréditaire doit être recherchée chez tous les jeunes détenus. Il est certain que la phophylaxie de la criminalité, dans des cas sans doute nombreux, a pour base le traitement précoce et énergique de la syphilis héréditaire, et la prophylaxie même de l’infection syphilitique » (1).

Pour bien montrer l’influence effrayante de la syphilis sur les enfants, faut-il encore citer des chiffres qui, mieux que tout, frappent l’esprit ? Dans l’hérédité maternelle syphilitique, sur quatre cent quatorze grossesses, le Docteur Pileur a trouvé à Lourcine deux cent quatre-vingt-quinze morts, soit environ trois morts sur quatre naissances,

Le Docteur Brandenburg, se basant sur une statistique différente, mais non moins frappante que celle du Docteur P. Bouessel du Bourg, nous dit que, d’après le Professeur Bayet, sur cent hérédo-syphilitiques, cinquante meurent pendant le premier semestre de la vie, vingt-cinq pendant le deuxième, seize avant l’âge de dix ans ; seuls,. neuf survivent... (2) mais comment ? Ils sont handicapés moralement ou physiquement.

(1) « La syphilis héréditaire et la famille syphilitique », du D’ Leredde, p. 211 et suiv.

(2) « Du certificat d'aptitude au mariage », du D° Brandenburg, p. 15.

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Le Docteur Sicard de Plauzoles nous dit, qu’en 1924, la syphilis héréditaire a enlevé au pays quatre vingt-trois mille quatre cent vingt-trois enfants pour sept cent cinquante-deux mille cent une naissances, soit onze pour cent,

Le Docteur Leredde nous affirme que, trente-pour cent des - enfants vus aux consultations hospitalières à Paris sont hérédosyphilitiques (1).

D'après Fournier, la mortalité infantile est considérable dans les hôpitaux parisiens en partie réservés aux syphilitiques, quatre-vingt-quatre pour cent à l'Hôpital Broca, quatre-vingtsix pour cent à Saint-Louis (2).

Sur cent quarante-et-une malades examinées par le Docteur Leredde et atteintes de la syphilis héréditaire, très peu connaissaient leur affection. Dans quarante-neuf cas, aucun stigmate n’a été constaté, mais en interrogeant la malade, on trouvait, dans un premier cas, que sa mère avait eu huit enfants mortsnés, ou morts en bas-âge ; elle-même avait fait deux fausses couches et avait un enfant atteint de coxalgie. Dans un deuxième cas, que sa mère avait fait deux fausses couches, avait eu un enfant mort à seize ans, un autre atteint d’une affection eardiaque, et un autre à demi-aveugle. Elle avait eu un enfant mort de cachexie, un de méningite, ét avait une fillette de neuf ans anémique, atteinte de troubles bronchiques et d’hypoglobulie (3).

Je m'’arrête ici, et je fais remarquer, en me proposant de revenir plus tard sur ce point, que l’ignorance de leur.état avait seule été la cause des malheurs coniugaux de ces malades, et qu’un examén prénuptial, accompagné d’un interrogatoire approprié, eut permis de déceler leur infection, comme l’avait découverte plus tard le Docteur Leredde, et, en les avertissant et les soignant n’eut-on pas évité les morts et les infirmités que je viens de signaler ? Le Docteur Leredde a compté parmi quarante-sept femmes atteintes de syphilis héréditaire et qui ont eu

(1) M. référence, D' Leredde, p. 8 et 140.

(2) « La. syphilis : son aspect pathologique et sociei, PT Jeanselme, p. 3907.

(3) M: référence, D' Leredde, p. 37 et suiv.

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cent quarante-six grossesses, qu'il y avait eu trente-deux fausses couches, trente-cinq enfants morts. Il restait donc soixante-dixneuf enfants vivants, soit cinquante-quatre pour cent, et ces. enfants étaient atteints très généralement de troubles divers (1).

Des observations, faites sur des hommes hérédo- syphilitiques ont donné les mêmes résultats (2). Puisque la femme, autant que. l’homme, est atteinte d'hérédo-syphilis, il est impossible de S'Opposer: à son examen médical prénuptial. N'oublions pas que les affections chroniques, dues à l’hérédo-syphilis, sont au moins aussi nombreuses que celles dues à la syphilis acquise. La syphilis a ses maladies familiales : « la méningite, les convulsions sont d'observations courantes dans la famille syphilitique » (3). Parfois on y observe, non seulement des affections identiques, mais voisines les unes des autres. Dans une famille citée par le Docteur Leredde, sur sept enfants, un est idiot, un est épileptique, un est inverti homosexuel (4).

Les Docteurs Audrain, Etienne et Leredde sont d’ accord. pour penser que « la syphilis, transmise de générations en générations, est la cause principalés des affections chroniques et le facteur essenticl de la décadence de la race » (5). D'après le Docteur Leredde encore, sur quarante-sept enfants nés de père ou de mère syphilitiques, quarante-trois sont certainement infectés (6). de

Le nombre des enfants tués par le spirochète, avant terme, ou à terme, atteint au minimum vingt mille par an à partir du sixième mois de la gestation. Ceux qui sont tués par la syphilis, de la naissance à la troisième année, est au minimum de quarante mille par an (7). Les hérédos qui survivent chaqué année sont au minimum cent mille. Les uns sont infirmes, sourds-muets (n'en avons-nous pas trente-cinq mille en France ?) aveugles

(1) « La one héréditaire et la famille Syeiaue », du D° Lee redde, p. 74 et suiv.

(2) M. référence, p.' 80.

(3) M. référence, p. 91.

(4): M. référence, p. 92.

(5) M. référence, p. 133.

(6) M. référence, p: 156.

(7): « La syphiülis : son aspect ARE et social », du PT Jeanselme, p. 309.

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(nous en comptons vinget-eimq mille), ils ont des pieds bots, des becs de lièvre, ete. D'autres sont des arriérés, des idiots, des imbéciles, des débiles mentaux, des eriminels, des épileptiques, des aliénés (près de quatre mille einq cents sont hospitalisés dans les asiles).

Comme nous l’expose le Professeur Jeanselme, dans son livre : « La syphilis : son aspect pathologique et social », les enfants hérédos ne suecombent pas toujours directement à la syphilis, mais ils sont tués par des infections intercurrentes, pneumonie, fièvres éruptives, diphtérie, tuberculose, qui ont aisément raison dé leur organisme débile (1). Lorsque l’on voit ces hécatombes d'enfants, ces infirmes, ces idiots, sachant qu’un syphilitique convenablement traité peut engendrer des enfants sains (2) on se demande par quelle aberration, l'individu qui connaît son mal et les conséquences possibles de celui-ci, peut penser à se marier étant encore contagieux, et par quelle inconscience la Société permet à ces tarés de se créer un foyer. Comment est-il possible que sur près dé soixante-deux mille enfants conçus en une année dans la population parisienne, neuf mille émquante environ proviennent de mères syphilitiques ? Et sur cès neuf mille cinquante enfants, plus de huit mille quatre cents périssent avant ou peu après terme.

Conceluons : ces soixante mille enfants que les Docteurs estiment être tués chaque année par la syphilis, ces milliers d’infirmes et d’aliénés, que d’éléments perdus pour le pays. I y a là une cause capitale de dépopulation, de ruine.

Comme le dit le Docteur Jeanselme : « on peut estimer qu'en décès, maladies, infirmités, incapacité de travail, frais de traitement et d’assistance, diminution de la production, ete. la syphilis entraîne à elle seule une perte sociale annuelle de plusieurs milliards pour la France » (3). Le budget annuel des asiles est

(1) M.-référence, p. 195.

(2) M. référence, p. 204.

(3) « La syphilis : son aspect pathologique et social », du P°' Jeanselme, p. 310.

déjà de trois cents millions — les deux tiers des aliénés étant syphilitiques, on peut juger que deux cents millions par an

- sont affectés rien qu’à leur subsistance.

Que l’on ne nous dise pas qu’en imposant l’examen médical avant le mariage on limite et on porte atteinte à la liberté individuelle. Celle-ci ne doit être respectée que tant qu’elle n’est pas la cause d’un préjudice pour la Société. Mais doit-on hésiter à la sacrifier quant tant d'intérêts supérieurs sont en jeu ? et quand, par là même, on protège l’individu contre lui-même. Pour lui, se marier s’il est atteint de syphilis en période contagieuse, c’est souffrir, car quels remords de voir la gêne et la maladie installées au foyer de par sa faute.

Dans la famille, comme le dit le Professeur Jeanselme, c’est la désunion entre les époux, ce sont les maternités déçues, la descendance tarée. Pour la Société, c’est le gaspillage du capital social, l’accroissement dés dépenses improductives, par la charge que les tarés imposent à la collectivité. Pour la Patrie, c’est l’arrêt de son expansion morale et économique ,l’indisponibilité d’une partie des effectifs militaires, l’affaiblissement de la Natalité (1). É

L'on dit et répète que si nous avions été plus nombreux, nous n’aurions pas eu la dernière guerre, Mais agissons maintenant.

Pour ne plus en avoir jamais d’autres, ayons des enfants sains.

Il est temps encore, peut-être, mais il est grand temps d’agir pour.

Abordons maintenant l'étude du deuxième fléau social dont je veux étudier les effets dans le mariage : ;

La Blennorragie

Cette maladie est la plus répandue des infections vénériennes et la plus redoutable, peut-être, car n'étant pas mortelle, on la néglige. Et cependant, d’après le Docteur Brandenburg,

M. référence, p. 311.

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