‹ Le certificat prénuptial: Étude de droit comparé et de législationChapitre 5 sur 95 · SAS ET ETES · texte numérisé non relu

SAS ET ETES

« La Royal Commission on veneral disease » estime que cinquante pour cent des femmes ayant contracté la blennorragie sont frappées de stérilité » (1). Certes, la blennorragie n’est pas une maladie héréditaire, malgré: que, comme nous le verrons ei-dessous, elle atteint parfois cruellement l’enfant, mais elle est ter-rible pour’la femme. Le Docteur Brandenburg estime que le nombre de celles qui sont atteintes dépasse ce que l’on peut imaginer. Dans les orandes villes, presque tous les hommes, en effet, ne paient-ils pas leur tribut à cette terrible malädie ? Le Docteur Noeggerath, médecin américain, cité par Leclerc-Daudoy, déclare qu’à New-York, sur mille hommes se mariant, huit cents ont été atteints de la blennorragie et quatre-vingt-dix pour cent n'étant pas guéris, contaminent leurs femmes (2). En effet, si la syphilis décroît quelque peu à la suite de la propagande active menée contre elle depuis la guerre, les cas de blennorragie augmentent. On en méconnaît la gravité. Les porteurs de gonoccoques qui se marient, et ils sont incalculablement nombreux, sont la cause de salpingites, d’ovarites, de métrites, de pelvi-péritonites qui condamnent la femme à de longs mois de lit ou de chaise longue, et doivent se terminer souvent, hélas ! par l’ablation des ovaires qui enlève tout espoir de maternité (3). Quelle pérte considérable et sournoise pour la production, done pour la Société, conclut le Docteur Brandenburg (4).

La femme, atteinte des maladies dont nous venons de parler, est naturellement inapte à tout travail pendant de longs mois, des années, Quelle tristesse au foyer, et quelle misère dans les ménages nécessiteux. Puis ce sont aussi les dissentiments suscités par cette contagion, suivis parfois de divorces. Le Docteur

. P. Bouessel du Bourg, dans sa thèse, indique un cas qu'il a observé, et qui est tristement caractéristique : un homme vient le consulter ; il a une métrite blennorragique, il doit se marier

“{1):« Du certificat d'aptitude au mariage », D' Brandenburg, p. 21. (2) M. référence, p. 20.

(3) M. référence, p. 21.

(4) M. référence, p. 21.

huit jours après. Le Docteur le lui interdit formellenserit, mais. il se marie Guand même. Deux mois plus tard, sa femme à une salpingite, puis une péritonite, et en meurt (1). Ce sont de tels crimes qu'il ne faut plus permettre. Il faut que, lorsque le médecin ordonne le recul d’une union jusqu'à ce que le traitement ait prévenu toute complication et contagion possible, le malade soit obligé de se soumettre à cette décision. Que sont quelques mois d'attente, et même les peines qu’ elle peut provoquer, en comparaison des souffrances évitées ?

Que de personnes aussi ignorent la possibilité de cette contagion. Iei, comme pour la syphilis, il faut un examen médical obligatoire avant le mariage, permettant d’en reculer la date, et ce, pour lutter contre les criminels et contre les ignorants.

J'ai dit que la blennorragie, tout en n'étant pas héréditaire, atteint cependant l’enfant. En effet, chez la femme, la diffusion de l’infection dans les organes de la sphère génitale est très probable, s’effectuant par la continuité des muqueuses. Il en résulte des avortements, l’enfant étant infecté au contact du pus maternel, et souvent, hélas ! la perte de la vue chez celui qui survit (ophtalmoblennorrhée).

Je ne peux conclure ici qu’en renvoyant à ce que j'ai dit après avoir étudié les effets de la syphilis sur le mariage. La blennorragie, comme elle, est une cause de désespérance au foyer, et elle prend à la Société et à la Patrie, un capital en hommes que l’on ne peut même évaluer, mais qui peut être jugé considérable, si l’on songe au nombre d’avortements qu’elle provoque, et d'hommes et de femmes qu’elle rend stériles.

Quelle sera l’influence de ‘ La tuberculose ” dans la famille ? ’

Dans une conférence qu'il fit à Bruxelles, à la Société Médico-Chirurgicale du Brabant à propos: « Des risques patho: logiques du mariage, des hérédités morbides et d’un examen médical avant le mariage » (2), le Docteur Henri Cazalis, en

(1) « De la nécessité du certificat médical prénuptial », D’ P. Bouëssel du Bourg, p. 16. FR

(2) « Des risques pathologiques du mariage. Des hérédités morbides et d’un: examen médical avant le mariage », du D' Henri Cazalis (Bruxelles). Imprimerie Charles Vande Wegihe.

1902, disait déjà que la tuberculose coûtait cent cinquante mille décès à la France chaque année, et il prétendait que le tiers ou la moitié seraient dus aux mariages conclus sans souci de la santé des conjoints. Il s’écriait : « Que de crimes, car cela ressemble fort à un assassinat, cette mort, à peu près fatale, d’enfants devant naître malsains d’une femme notoirement malade ou menacée de l'être, mais riche, et que l’on épouse, et à qui l'ont fait ces enfants, ce que du moins l’on pouvait éviter, en vue de la fortune apportée par elle. Et n'est-ce pas quelque chose qui ressemble à un crime, cette union d’un homme qui se sait malade, et qui, par ambition ou besoin d’argent, fût-ce même par passion, par un appétit d'amour, ce qui du moins n’est pas vil ou ne l’est pas autant, va peut-être infecter la femme qu'il épouse, et, à très peu près, certainement va condamner sa race à quelque affection, tuberculeuse ou paratuberculeuse, à la dégénérescence, à la mort ? »

L'enfant ne naît pas tuberculeux, mais on peut retrouver chez lui les mêmes dégénérescences que chez les hérédo-syphilitiques : la débilité, tes malformations des poumons ou du cœur, les becs de lièvre, les luxations de la hanche, du rachitisme, etc...

Si l’ovule maternel est en contact avec un plasma spermatique imbibé de tuberculine, il est adultéré dans sa substance et sa vitalité, et l’enfant qui naît est en général un dégénéré, un prédisposé.

D'après une statistique de Leroux et Grunberg (1), la mortalité des enfants nés de parents tuberculeux est effrayante. Sur mille six cent quatre grossesse, il signale cent quatre-vingt-seize avortements et six cent cinquante-deux décès après terme, soit un pourcentage de plus de cinquante pour cent. Car, en effet, si l'enfant naît viable, la mère est pour lui un danger permanent. Cependant signalons que si l’on sépare les nouveaux-nés du foyer de contagion, on diminue l’éclosion de la tuberculose ; mais comment arracher l'enfant à la mère ?

Et quel danger pour elle-même que le mariage d’une jeune fille tuberculeuse. « La maternité, l'accouchement, l’allaitement

(1) « Du certificat d'aptitude au mariage, D’ Brandenburg, 1p. 23.

RE AOEe

seront de lourdes charges pour la malade qui trop souvent suecombera à la tâche », nous dit le Docteur P. Bouessel du Bourg (1).

Le mariage de la jeune fille atteinte de tuberculose pulmonaire est une chose redoutable. Marier une jeune fille de vingt à trente ans atteinte de cette affection en évolution, c’est la tuer. Comment résister aux grossesses ? Minée par les sueurs noctur-nes et la fièvre, ete. comment la malade subviendra-t-elle aux besoins de deux êtres ? La grossesse influe sur le système nerveux ; le sommeil quitte la future mère, son caractère s'irrite, ce n’est pas ce qu'il faut à un tuberculeux pour guérir. Son appétit est aboli ; elle est sujette à des vomissements. Quel affaiblissement pour la tuberculeuse qui à besoin d’une forte nourri. ture pour lutter contre le bacille de Koch. Si la femme enceinte a de l’albumine, elle est frappée d’une lésion rénale et il est à craindre que la tuberculose altère les reins affaiblis. Le système osseux de l’enfant a besoin de sels minéraux : phosphates et sulfates, mais la tuberculeuse perd les premiers en proportion de la gravité de sa maladie. Pour la mère, comme pour l'enfant, il faut donc beaucoup de phosphates, et cependant la femmé enceinte a une mauvais nutrition. Comprend-on alors qu'il y a antagonisme entre mariage, car par suite souvent « grossesse », et tuberculose. Dans celle-ci le nombre des globules rouges du sang est diminué considérablement, et l’enfant en réclame encore. Alors, chez la malade c’est la marche aiguë de l'infection, l’envahissement progressif, mais rapide, de l’organisme, par le processus pathologique auquel il est livré sans défense. La situation arrive à être fatale pour la malade ayant à accomplir deux charges lourdes : lutter pour elle contre la tubereulose, et pourvoir à tous les besoins de la vie d’un nouvel être. Cela ne veut pas dire que certaines malades ne puissent mener à bout des grossesses pénibles et répétées, mais en général, si la grossesse se renouvelle, elle marque une période d'évolution de la maladie.

() « De la nécessité du certificat médical prénuptial », D'.P. Bouëssel du Bourg, p. 29.

Et le tuberculeux à lésions ouvertes court le s'isque de contaminer les siens. Le Docteur Brandenburg nous dit que, Tecon, étudiant des ménages dont l’un des membres était tuberculeux, constata que, sur 482 familles, dans 90 la contamination du conjoin sain par le malade était plus que probable, pour ne pas dire certaine, et dans 17, probable (1).

Il est donc indiscutable que la tuberculose pulmonaire est néfaste dans le mariage, et que si la tuberculose est ouverte, contagieuse, il doit être interdit. Il est certain que l’examen médical obligatoire découvrirait aisément ces cas, et pourrait reculer le mariage jusqu’à ce que la tuberculose soit fermée, ‘ silencieuse, localisée, en un mot climiquement guérie depuis plu-

sieurs années, et permettrait de mettre en garde contre les grossesses répétées qui risqueraient d’éveiller la tuberculose endormie, Sinon, nous avons vu les conséquences de ce terrible fléau social qui est cause de tant de misères, de douleurs, de morts, de dislocation des foyers, et coûte tant de milliers de vies humaines chaque année au pays, et de millions au Budget.

Je fais remarquer que dans tout ce qui précède, je ne parle que de la tuberculose « pleuro-pulmonaire », car telle tuberculose des vertèbres cervicales, tel mal de Pott dorsal, par exemple, et toute infection tuberculeuse qui n’est, ni pulmonaire, ni

génitale, n’est pas un empêchement au mariage. Le Docteur Maurice Letulle, Professeur à la Faculté de Médecine de Paris, nous dit, en effet, que : « ces rescapés de la tuberculose sont capables d’être de superbes procréateurs. Ils sembleraient même pourvus d’un précieux certificat de santé prophylactique, d’après Marfau et son école, puisqu'ils se trouveraient, ipso facto, vaccinés contre la tuberculose pulmonaire. » (2).

L’Epilepsie

L'épilepsie est « une affection du système nerveux acquise

dans la première enfance, aidée peut-être, nous dit le Docteur (1) « Du certificat d'aptitude au mariage », D*' Brandenburg, p. 24.

(2) « L'examen médical en vue ‘du mariage ». 1924. Flammarion, éditeur, p. 101.

Brandenburg dans sa thèse, par l’hérédo-syphilis ou l’hérédoalcoolisme » (1), et, nous voyons le Docteur Leredde, dans son livre étudié ci-dessus, nous citer des cas d’épilepsie dans les familles syphilitiques, et le Docteur Jeéanselme, nous énumérant les maladies et infirmités qui peuvent atteindre les enfants de syphilitiques, nous mentionne l’épilepsie (2).

D'après le Docteur Heuyer, on trouve, presque toujours, chez les parents ou grands-parents d’épileptiques une cause infectieuse ou toxique, et, pour cinquante pour cent des cas : la syphilis.

En présence d’un épileptique, candidat au mariage, le médecin recherchera donc les signes biologiques du sang, et même s’il n’y trouvait pas de renseignements positifs, le seul fait des crises épileptiques devra lui faire déconseiller le mariage, tant qu'un traitement intensif et préventif n’aura pas été appliqué au malade.

Nous verrons de même que cette maladie frappe parfois les enfants d’alcooliques. Le Docteur Apert nous dit que plus du quart des enfants de buveurs d’absinthe sont épileptiques (3).

Il n’y à pas d’hérédité dans l’épilepsie, comme nous le dit:le Docteur Pierre Marie, en ce sens qu’un enfant d’épileptique ne l’est pas. Mais nous avons vu que l’épileptique peut être syphi. Htique, et, même s’il ne l’est pas, il est toujours, après la crise, en état de démence temporaire, et dans cet état, un danger possible pour la Société et pour son conjoint. Par conséquent, si l’on peut permettre son mariage, on doit avertir le futur conjoint de l’affection qui frappe l’être qu’il se propose d’épouser. Ne serait-ce pas le rôle du médecin délivrant le certificat prénup-

tial que je demande ?

L’Impuissance

On sait que l’Impuissance était dans l’ancien droit une cause , A . 293 ÿ . . .

d’empêchement de mariage, et en cas de célébration, il y avait

(1) « Du certificat d'aptitude au mariage, D' ED pm. 27.

(2) « La syphilis : son aspect pathologique et social », du P* Jeanselmie, p. 199.

(3) « L’hérédité morbide, », du D' Apert, p. 77.

nullité dirimante. Si cet empêchement subistait encore, nous éviterions de cruelles déceptions à ceux, et ils sont, quoiqu'’on en dise, nombreux, qui ont vu dans le Mariage plus que l’Amour, qui en ont espéré l'Enfant, et nous éviterions ainsi de nombreux divorces.

L'examen médical révélerait cette Impuissance, et alors les conjoints avertis s’uniraient, s'ils persistaient dans leurs intentions, en pleine connaissance de cause.

Sans doute, par suite de quelques faux diagnostics, des mariages se célébreraient-ils malgré l’impuissance d’une des parties. Ils seraient, je crois, assez rares, car l’homme comme la femme devrait répondre en toute franchise, même au besoin sous la foi du serment, aux questions du médecin. Ces erreurs trouveraient d’ailleurs une excuse dans les déceptions évitées.

Le Cancer

En 1900, le Docteur Cazalis disait qu'il semblait que la prédisposition au cancer était héréditaire, mais qu’elle n’entraînait pas la dégénérescence de la race (1). Vingt-six ans plus tard, le Docteur Brandenburg, dans sa thèse, ajoute que dans l’état actuel de la Science, il n’est pas possible de dire que le cancer soit une cause d’empêchement au mariage. Il nous eite un cas rapporté par Broca : une femme succombe à soixante ans d’un cancer au sein, ses quatre filles meurent cancéreuses, et dix de leurs enfants sur dix-huit, mais cependant, le Docteur Brandenburg conclut qu’il n’y a peut- -être là qu'une coïncidence (2). D'après lui, on ne Sent empêcher un cancéreux de se marier, mois on doit conseiller un traitement approprié avant le mariage, et prévenir le futur conjoint, car la longévité du malade est très incertaine (8). Voilà qui me fonde à dire que, si le certificat

(1) « La science et le mariage », du D' Cazalis, p. 111. (2) « Du certificat d'aptitude au mariage », D' Brandenburg, p. 25. (3) M. référence, p. 39.

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