‹ Le certificat prénuptial: Étude de droit comparé et de législationChapitre 6 sur 95 · RAR CAMES · texte numérisé non relu

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prénuptial obligatoire existait, bien des peines encore seraient prévenues. Certes, en certains cas, l'examen révélerait un cancer à son début et empêcherait ainsi la mort du malade ; en d’autres cas plus avancés, les futurs conjoints prévenus agiraient au moins en connaissance de cause. ’

Le Docteur Apert, dans une conférence faite le quatorze mai 1926, nous a exposé les résultats intéressants d’une étude expérimentale faite par une Américaine, Mademoiselle Maud Slye. Celle-ci à élevé la descendance de souris saines, et celle de souris atteinte de cancers divers. Son étude fut probante et elle put conclure que la maladie n’est héréditaire que si les deux conjoints sont atteints d’un cancer de même espèce (1). L’éventualité est des plus contingentes. La descendance serait done rarement atteinte. Cependant, j’adopte la conclussion du Docteur Brandenburge. Le cancéreux n’est pas appelé à vivre longtemps, et les futurs conjoints doivent être avertis de l’état du malade.

L’Alcoolisme

Le Docteur Henri Cazalis, en 1902, dit qu'il ne connaît pas une œuvre où soit plus puissamment représenté que dans les « Revenants » d’Ibsen, l’idée des « fatalités inéluctables qui régissent le présent et l’avenir, qui « s’abattent » sur notre corps, notre pensée, notre âme, de tout cela venant faire une loque, une chose qui meurt ou est morte, frappant un innocent par la faute d’un ancien malheureux ».

Il est vrai que les « Revenants d’Ibsen est une œuvre tragiquement réelle. Une femme a souffert de l’alcoolisme et de la folie érotique de son mari ; il est mort. Elle se repose enfin dans sa tendresse pour son fils, mais. elle voit éclater en lui la folie érotique et l’alcoolisme du père. Quelle vision atroce que celle du mort « revenant » en ce fils, qui, par une impulsion fatale, répète les actes de son père. Et'le Docteur Cazalis conclut

(A) « L'examen médical en vue du mariage ». 1927. Flammarion, éditeur, m. 147.

qu'il faut empêcher cet homme de procréer ce fils « de le faire entrer en cette vie qui peut-être ne sera pour lui qu’une sorte de chambre de tortures, où longuement il devra souffrir, être martyrisé, et sans comprendre pourquoi et comment il est là et ce qu’il a fait pour mériter ces choses ».

L'’alcoolique est aussi fœticide ou infanticide que peut l’être un homme infecté, nous dit le Docteur Cazalis. D’après lui, on a vu des familles disparaître en deux ou trois générations, par alcoolisme (1). Et, ne sont-ce pas les enfants conçus de 1900 à 1910 — époque où la France était le pays d'Europe consommant le plus d’alcool — qui garnissent depuis plusieurs années déjà les bans de nos tribunaux ? Quand je vois tous les efforts tentés pour amender la jeunesse, je me dis qu’il eût mieux fallu prévenir. Donnez aux enfants des parents sains, et vous aurez moins de jeunes criminels. Soignez les parents, avant de leur permettre de procréer, luttez contre leur alcoolisme. Que l’on ne me dise pas que cela n’est pas aisé. Est-il plus facile de puuir ceux qui manquent, parce que nos mœurs ont permis à leurs parents d’être criminels en les procréant ? Ces tarés peuplent nos

Sanatoria, nos asiles, nos prisons. Ce sont des déchets de l’humanité, des ratés, des impuissants. Il faut que si, convaineu par un interrogatoire serré, de l’alcoolisme du candidat au mariage, le médecin le fasse temporier jusqu’à ce qu'il soit désaccoutumé, et s’il ne peut y parvenir, qu'il lui interdise formellement toute union. Il y va de l'intérêt de la race. Il faut que la femme sache que les enfants d’alcooliques sont des êtres condamnés à la mort, à l’épilepsie, à l’idiotie, à la prison, à l’échafaud ou au cabaret, eux aussi.

Toutes les couches de la stratification sociale sont décimées par l’alcoolisme. Il faut lutter, agir. Pensons que, d’après la statistique établie par Magnan et Filassier au Bureau Central

‘d’Admission des Aliénés de Paris et du département de la Seine, de 1861 à 1912, un tiers des enfants idiots ou faibles d’esprit

(1) « La science et le mariage », du D' Cazalis, p. 97.

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étaient nés d’alcooliques (1). Qu'en cas de père alcoolique, Îe, Professeur ‘Apert estime qu’il y a einquante-huit pour cent de stérilité, vingt-deux pour cent d’enfants morts-nés, et vingt pour cent qui, s'ils survivent, sont chétifs, épileptiques ou idiots (2).

Sur cent enfants d’alcooliques. M. Legrain a relevé trente buveurs, cinquante débiles mentaux, dix criminels, vingt épileptiques, vingt-deux aliénés, quatorze tuberculeux.

* Le Docteur Brandenburg, tout en reconnaissant que l’on à fait un grand pas en supprimant l’absinthe, dit qu'il y a encore fort à faire (3).

Le Docteur Apert, dans son livre « L’hérédité morbide », édité en 1919, nous donne les tristes résultats d’une enquête . faite par le Docteur Jacquet, à l'Hôpital Samt-Antome : 1° cent quarante-et-un hommes à alcoolisation modérée, ne

buvant pas plus d’un litre de vin par jour et.rarement

des eaux-de-vie.et apéritifs, ont eu trois cent cimq enfants, quatre-vingt-cinq sont morts, soit vingt-sent pour cent ; 2° eent huit hommes à alcoolisation forte, buvant un litre et demi à deux litres de vin par jour, de l’eau-de-vie et des absinthes assez fréquemment, ont eu deux cent qua-

rante-huit enfants dont cent quinze ‘ont succombé, soit

| quarante-six pour cent ; | 3° cent quarante-sept hommes à alcoolisation très forte, bu-

vant plus de. deux litres de vin par jour et en plus chaque jour un ou plusieurs petits verres d’alcool ou d’absinthe, ont eu trois cent vingt-six enfants, dont deux cent quarante-quatre ont péri, soit soixante-quatorze pour cènt, et les enfants qui survivent dans ces cas sont anormaux (4).

M. Brunon cite le cas d’une forte fille qui, à dix-neuf ans, à.

> d’un premier mari, un enfant robuste et bien portant. En se-

(1) « Du certificat d'aptitude au maïiage », D' Brandenburg, 1p. 26. (2) « L’hérédité morbide du D' Apert, p. 73.

(3) « Du certificat d'aptitude au mariage », D' Brandenburg, ps 41. (4) « L'hérédité morbide », du D' Apert, p. 75-et 76.

condes noces, elle épouse un alcoolique ; elle à un premier en- - fant rachitique qui ne peut marchr qu'avec des béquilles ; un. deuxième idiot ; un troisième a une luxation congénitale de la hanche ; un quatrième naît normal ; un einquième naît mort avee quatre doigts à chaque main (1). Y a-t-il besoin de commentaires après un tel exposé ?

Le Docteur Apert, dans son livre cité ci-dessus, conte l’his-. toire d’une mendiante alcoolique qui vivait au XVIII: siècle aux Etats-Unis, et dont on a pu suivre la descendance pendant plus de six générations. Sur huit cents descendants, plus de sept cents avaient été délinquants et condamnés à des peines diverses, trois cent quarante-deux poursuivis pour ivresse ou enfermés pour délire alcoolique, trente-sept avaient commis des crimes les ayant fait condamner à mort, cent vinget-sept parmi les femmes étaient des prostituées. |

Les frais de justice, d’emprisonnement ou d’internement que la Société avait dû débourser pour eux s'étaient élevés à quinze millions !.. (2)

Il faudrait supprimer tout alcool, mais hélas ! quand ? et verrons-nous cela ? Il faut donc, comme je le disais ci-dessus, interdire le mariag à l’alcoolique invétéré, et, dans les cas, où il y a espoir de guérison, prévenir le futur conjoint et interdire la procréation tant qu’elle n’est pas acquise.

Maladies Mentales et Nerveuses

« Les conditions de santé à envisager au point de vue du mariage dans les maladies mentales et nerveuses. sont assez difficiles à fixer, car nous avons encore peu de précisions scientifiques certaines dans l’hérédité des maladies nerveuses et mentales » nous dit le Docteur Heuyer, Médecin des Hôpitaux de Paris, dans une conférence faite au Musée Social, le sept mai

() M. référence, p. 78. \ (2) M.-référence, p. 29 et 30.

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1926 (1). En effet, dans beaucoup de cas, dans l’épilepsie dont nous avons parlé, dans le tabès et la paralysie générale, nous ne trouvons pas dans la descendance d’hérédité névropathique proprement dite, mais bien l’hérédité syphilitique que nous avons étudiée. Cependant, il est bien des cas où l’on reconnaît l’hérédité névropathique. L Docteur Wimmer, de Copenhague, ayant fait des recherches sur la transmission de la « psychose maniaque dépressive » a conelu qu’elle est une « affection mentale héréditaire de facon nettement homologue et directe ». Ceci est important, nous dit le Docteur Heuyer, car cette affection est fréquente, surtout dans sa forme « mélancolique » qui mène au suicide, ce terrible suicide familial qui n’est pas héréditaire, quoi qu’on dise, étant donné que c’est la « mélancolie » qui se transmet, et non la « réaction suicide » (2). Devrait-on permettre, comme cela est actuellement, le mariage à ces malades, même s’ils ne sont pas en état de crise ? J’admets que la question est délicate, mais je me.joins au Docteur Heuyer pour dire qu'il importe que le sujet et le futur conjoint soient prévenus « de la probabilité d’une hérédité similaire chez les enfants » (3).

L’hérédité similaire est encore apparente dans les « perversions instinctives ». Ces perversions sont à l’origine des tendances aux délits et aux crimes ; « irréductibles, elles aboutissent au récidivisme qui fournit la clientèle habituelle des prisons » (4). L'’hérédité dissemblable n’est pas aussi aisément démontrée. [l y a des familles de nerveux, mais ce n’est pas toujours, là encore, l’hérédité psychique qui est en cause, mais plutôt l’hérédité infectieuse ou toxique (5).

Il est évident que les conditions à envisager, au point de vue matrimonial dans les maladies nerveuses ne sont pas toujours

(1) « L'examen médical en vue du mariage ». 1927. Ernest Flammarion. éditeur, mp. 128.

(2) « L'examen médical en vue du mariage », des D'° R. Sand, Govaerts, etc. 1927. Ernest Flammarion, éditeur, p. 130.

(3) M. référence, p. 131.

(47 M. référence, p. 132.

(5) M. référence, p. 133.

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