Substance blanche ou ckntrf. ovale des hkmisphkrks
Du manteau de substance grise qui recouvre les némispbères du cerveau, émergent ou aboutissent des libres blanches qui constituent la substance blanche des hémisphères, le Centre Ovale, et réunissent la substance corticale aux noyaux gris centraux et aux pédoncules cérébraux. — On peut diviser ces fibres en trois groupes.
Le premier groupe comprend les fibres d'association ou fibres commissurales
Fig. 272. — Les faisceaux d'association (d'après Schœffer).
/•l.s, faisceau longitudinal supérieur; ci, cingulum; ce, corps calleux; fo, trigone; fi, fimbria ; O.a'A, faisceau de Vicq-d'Azyr ; f.l.i, faisceau longitudinal inférieur; f.u, faisceau unciforme; f.p, faisceau vertical; s. s, fibres arciformes.
intra-hêmispldriques qui réunissent les divers points d'un même hémisphère. On peut les diviser en fibres courtes et en fibres longues. Les fibres courtes (s, fig. 272) s'étendent en arc des flancs d'une circonvolution aux flancs de la circonvolution voisine (fibres arciformes, fibres en U).
Les fibres longues partent plus spécialement des crêtes des circonvolutions et comprennent : 1° Un faisceau longitudinal (ci, fig. 272) qui chemine dans la circonvolution du corps calleux, établit des connexions enlre le lobe frontal, le lobe occipital et le sommet du lobe sphénoïdal et fait partie du système commissural olfactif : c'est le Cingulum (ruban fibreux de l'ourlet de Foville) dont les deux extrémités viendaient se relier aux racines olfactives interne et externe au niveau de l'espace perforé antérieur.
CERVEAU
Str can
lob Ung
2° Uniaisceau longitudinal supérieur (fis, fig. 272), Faisceau arqué, Fasciculus arcuatus, qui s'étend du lobe frontal au lobe'pariéto-occipital à travers le centre oval dans le sens sagittal et à la partie externe de la convexité de l'hémisphère et constitue la partie supérieure de la capsule externe.
3° Un faisceau longitudinal profondément situé à l'angle externe du ventricule latéral au-dessous du corps calleux, le Faisceau occipito-frontal (faisceau sous-calleux, faisceau rayonnant du noyau oaudé) identifié à tort par Fohel et Onufrowicz, Kaufmann et Hochhauss, avec le faisceau longitudinal supérieur. Ce faisceau relie le lobe tempo-occipital au lobe frontal à la convexité de l'hémisphère et à l'insula ; il contribue à former le tapetum (couche de fibres qui tapisse
la paroi externe des cornes temporale et occipitale du ventricule latéral qui, de ce fait, est en partie indépendant du corps calleux, contrairement à l'opinion classique (Forel et Onufrowicz, Muratoff).
4° Un faisceau longitudinal inférieur, Faisceau longitudinal inférieur de Burdach (fli, fig. 272) qui s'étend du pôle occipital au pôle temporal le long du bord inféro-exlerne du lobe occipito-temporal en suivant la face externe de la corne occipitale et la face inférieure de la corne temporale du ventricule, latéral. Chemin faisant, ce faisceau reçoit de nombreuses fibres du cuneus, du lobule fusiforme. Pour quelques auteurs (Char-
cot, Ballet, Brissaud, Wernicke) il se confondrait dans la région rétro-lenticulaire de la capsule interne avec les radiations optiques de Gratiolet, c'est-àdire avec le faisceau sensitif (fibres de projection). Mais Déjerine le considère comme étant exclusivement un faisceau d'association.
5" Un faisceau unciforme, Fasciculus uncinatus (fu, fig. 272), qui se dégage de la face orbitaire du lobe frontal et de la 3e circonvolution frontale, traverse la base de l insula, puis se réfléchit en décrivant une anse autour de la fosse de Sylvius, et se porte dans le lobe sphénoïdal, où il se termine dans les 1" et 2e circonvolutions temporales, après avoir morcelé la substance grise qui relie l'avant-mur au noyau amygdalien et à l'écorce avoisinante.
6° Un Faisceau vertical qui unit le lobe pariétal inférieur au lobule fusiforme (faisceau occipilo-perpendiculaire de Wernicke).
-3e Oc.
Fig. 273.
rocir.L.
Fibres d'association du lobe occipital (Déjerine).
Se. cal, scissure calcarine; Sir. cal, stratum calcarinien ; i" oc, première circonvolution occipitale ; 3' oc, troisième circonvolution occipitale ; F. oc.p, faisceau occipital perpendiculaire ; F. oc. tr. c, faisceau occipital transverse du cunéus ; F. oc.lr.b, faisceau occipital transverse du lobule lingual ; lob. ling, lobule lingual ; Str. cun, stratum cunéi; F.l. iiif, faisceau longitudinal inférieur; Tap, tapetum; V, corne ventriculaire.
CERVEAU 369
7° Enfin il y a des Fibres d'association propres au lobe frontal et au lobe occipital (faisceau occipital vertical de Wernicke, faisceau transverse du cunéus de Sachs, faisceau transverse du lobule lingual de Vialet).
Le deuxième groupe de fibres comprend les Fibres commissurales interhémisphériques. Ce sont — nous les connaissons déjà — le Corps calleux, la Commissure blanche antérieure, la Commissure blanche postérieure, le Fornix transversus, la Commissure de la base du cerveau (commissure de Gudden et commissure de Meynert).
Le troisième groupe de fibres comprend les fibres rayonnantes ou convergentes, Fibres de projection de Meynert (système d'irradiation).
Ce système comprend les fibres qui, des pédoncules cérébraux et des noyaux gris centraux, s'épanouissent dans l'écorce du cerveau. Presque toutes passent par la capsule interne, et au sortir de ce passage ou détroit, elles divergent de façon à former une sorte de gerbe qui entremêle ses fibres aux fibres arciformes et commissurales, et que l'on appelle la Couronne rayonnante de Reil. Ces fibres sont donc de deux ordres : 1° des fibres directes descendantes qui traversent la capsule interne, puis la couronne rayonnante, sans s'arrêter ou subir de relais, et établissent une communication entre l'écorce et les noyaux bulbo-protubérantiels, ou la substance grise du cervelet ou celle de la moelle (fibres centrifuges) et des fibres ascendantes du faisceau sensitif (fibres centripètes); — 2° des fibres cortico-ganglionnaires qui réunissent l'écorce au corps strié ou à la couche optique (radiations de la couche optique, radiations du noyau caudé) . Une petite partie de ces fibres, le faisceau inférieur du noyau lenticulaire, le pédoncule inférieur de la couche optique qui se portent dans le lobe temporal, ne traversent pas la capsule interne.
Voyons comment se disposent les faisceaux de la capsule interne ou fibres irradiées, pendant leur trajet dans le centre ovale.
Le faisceau psychique, en passant de la capsule interne dans le centre ovale, s'infléchit en avant et se porte dans le lobe frontal, notamment dans les deux premières circonvolutions (F1 et F2) et dans la partie antérieure de F3.
Le faisceau de l'aphasie s'incline en dehors et vient se perdre dans le pied de F3.
Le faisceau géniculé (faisceau moteur volontaire pour la face et la langue) longe en arrière le faisceau de l'aphasie et vient se perdre dans le pied de la circonvolution frontale ascendante (Fa).
Le faisceau pyramidal (faisceau cérébral ou moteur volontaire pour le tronc et les membres) se dirige en dehors et en haut en s'irradiant en éventail et vient se terminer dans les circonvolutions frontale et pariétale ascendantes ainsi que dans le lobule paracentral. Dans leur ensemble les faisceaux géniculé et pyramidal contiennent les conducteurs de la motricité volontaire. C'est pour cette raison qu'on a donné à la zone de l'écorce à laquelle ils aboutissent le nom de zone motrice ou zone êpileptogène. Comme cette zone (région rolandique), nous le verrons, comporte plusieurs centres moteurs distincts, centre des membres inférieurs, centre des membres supérieurs, etc., il est rationnel d'admettre que les conducteurs qui en proviennent sont aussi spécialisés et distincts physiologiquement dans le centre ovale. Nous verrons, en effet, en temps voulu, que les lésions des fibres du centre ovale ou lésions sous-corticales, donnent lieu aux mêmes symptômes paralytiques que les destructions des centres auxquelles elles correspondent.
CERVEAU
Dans les travaux de Lichtheim et de Wernicke (1885) nous savons que l'aphasie motrice ou sensorielle peut être produite, non seulement par la destruction des centres corticaux de mémoire motrice ou sensorielle correspondante, mais encore par la destruction des fibres qui aboutissent à ces centres ou en parlent, ou bien par des lésions qui, isolant ces centres, les séparent du centre complexe où se fait l'associalion des images, et auquel on a donné le nom de centre d'idéation.
Cette aphasie motrice sous-corticale peut être reconnue pendant la vie, parce que, dans ce cas, les images motrices vocales ou d'articulation sont conservées, car lorsque le malade veut prononcer un mot, il fait autant d'effort d'expiration que ce mot contient de syllabes, ou bien encore peut indiquer, avec les doigts, le nombre de syllabes que contiennent les mots qu'il ne peut prononcer. L'aphasie relève dans ces circonstances
Fig. 274. — Coupes frontales du cerveau (coupes de Pitres).
1, i, coupe préfrontale ; 2, 2, coupe pédicnlo-frontale ; 3, 3, coupe frontale; 4, 4, coupe pédiculo-pariétale 5, 5, coupe pariétale ; 6, 6, coupe occipitale.
de la rupture des fibres qui relient la circonvolution de Broca aux noyaux bulbaires et qui sont destinées à actionner ces noyaux dans le mécanisme du langage.
Il y a quelques années Déjerine rapportait deux remarquables exemples de cette affection (Compte rendu Soc. de Biologie, p. 155, 6 mars 1891).
Quand on excise l'écorce autour du centre moteur d'un membre, les fonctions de ce centre disparaissent (Exner et Paneth) ; elles cessent aussi lorsqu'on enlève la pie- mère sur ce centre. Dans le premier cas, l'abolition fonctionnelle s'explique par la section des fibres d'association ; dans le second, par l'ischémie des éléments nerveux. Ces fibres d'association permettent d'expliquer les réflexes cérébraux les plus compliqués, et ces réflexes c'est toute la vie cérébrale, nous le verrons.
Le faisceau sensitif qui, dans la capsule interne, ne contenait que les conducteurs de la sensibilité générale (fibres du ruban de Reil), et les fils sensoriels de l'ouïe, du goût et de l'olfaction, reçoit à la partie la plus reculée de la capsule interne, en ce point désigné par Charcot sous le nom de carrefour sensitif, un faisceau additionnel qui provient de la couche optique et des corps genouillés
CERVEAU
externes et représentant les fibres optiques intra-cérébrales. Là aussi, il contiendrait des fibres cérébelleuses (Hoesel, Àrch. f. Psych. 1892. Mangazzini, Arch. ital. de Biologie, 1894). Ainsi renforcé, le faisceau sensitif, qui contient maintenant tous les conducteurs de la sensibilité générale et spéciale, diverge en gerbe et se porte vers l'écorce, en disposant ses fibres en deux groupes : un groupe de fibres verticales qui montent vers les zones rolandique et pariétale ; un groupe de fibres horizontales qui s'infléchissent en arrière en contournant le bord externe de la corne occipitale du ventricule latéral et en se disposant en un épais faisceau pyramidal dont la pointe regarde le pôle occipital (radiations optiques de Gratiolet). — Les fibres de ce groupe se terminent successivement dans les circonvolutions pariéto-occipitales et temporo-occipitales.
La Capsule Externe enfin, est formée en majeure partie par des fibres commissurales provenant du faisceau occipito-frontal, du faisceau longitudinal inférieur, du faisceau unciforme, de la commissure blanche antérieure, du corps calleux et de quelques fibres appartenant au système de projection. Quant à la Capsule Extrême elle est surtout formée par les fibres arciformes.
Le système des fibres d'association est traversé perpendiculairement par les fibres radiantes du corps calleux et les fibres de la couronne rayonnante. On peut juger par là de la complexité des trajets dans le centre ovale.
On prend une idée exacte de la topographie des fibres du centre ovale par les coupes frontales de Pitres, qui divisent l'hémisphère en sept tranches, parallèlement à la scissure de Rolando
Ces coupes sont d'avant en arrière : 1° la coupe préfrontale, (1, 1, fig. 274) qui passe à 4 ou 5 centimètres en avant de la scissure de Rolando : son centre ovale est composé de conducteurs (faisceaux dits psychiques de la capsule interne) qui se rendent aux circonvolutions frontales à l'exception de leur pied; ses lésions ne nous apprennent rien sur sa valeur physiologique, car elles restent inexpressives, c'est-à-dire qu'elles n'attaquent ni le mouvement ni la sensibilité. C'est une zone latente.
2° La coupe pédiculo-fronlale (2, 2, fig. 274) passe par le pied des trois circonvolutions frontales et rencontre les faisceaux pédiculo-frontaux supérieur, moyen et inférieur se rendant au pied des circonvolutions frontales correspondantes; le centre ovale à ce niveau renferme donc les conducteurs qui vont au pied de la 2" et de la 3* circonvolution frontale ; c'est dire que la lésion de ces faisceaux conduit à Yagraphic comme à ['aphasie aussi bien que si les centres corticaux eux-mômes étaient frappés ; car, que la lésion porte sur le centre cortical (lésions corticales) ou sur les fils conducteurs (lésions sous-corticales), le résultat est absolument le môme. À ce niveau la coupe nous présente encore les deux noyaux du corps strié séparé par la capsule interne.
3° L i coupe frontale (3, 3, fig. 274) prisse par la circonvolution frontale ascendante ; elle intéresse les faisceaux frontaux supérieurs qui répondent au centre cortical des mouvements des membres inférieurs et les faisceaux frontaux moyens qui se rendent dans la région du centre des membres supérieurs, tous deux appartenant au faisceau
Fig. 275. — Coupe préfrontale.
1,2, 3, première, seconde et troisième frontales ; 4, circonvolutions orbitaires ; 5, circonvolution frontale interne; 6, faisceaux préfrontaux du centre ovale.
CERVEAU
Fig. 276. — Coupe pédiculo-frontale (Pitres).
2, 3, première, seconde, troisième frontales ; 4, extrémité antérieure de l'insula ; 5, extrémité postérieure des circonvolutions orbitaires. — Faisceaux pédiculofrontaux : 6, supérieur ; 7, moyen ; 8 , inférieur; 9, faisceau orbitaire; 10, corps calleux; 11,^ noyau caudé; 12, capsule interne; 13, noyau, lenticulaire.
pyramidal ou cérébral moteur ; les faisceaux frontaux inférieurs qui correspondent au centre moteur de la face, faisceau géniculé de la capsule interne, les faisceaux temporaux qui se rendent à l'écorce temporale. Cette coupe présente donc trois étages : un supérieur moteur des membres, un moyen moteur de la face (faisceau géniculé), un inférieur sensitif. — Au centre, on voit la coupe du noyau caudé et lenticulaire séparés l'un de l'autre par la capsule interne, et la couche optique.
4° La coupe pariétale (4, 4, fig. 274) passe par la circonvolution pariétale ascendante ; le centre ovale y est composé par quatre groupes de fibres, qui sont de haut en bas, le faisceau pariétal supérieur, le faisceau pariétal moyen, le faisceau pariétal inférieur, et le faisceau temporal. Cette coupe rappelle beaucoup la précédente et traverse la région motrice (zone rolandique) et au niveau du faisceau temporal, elle correspond au centre de la surdité verbale. Son centre ovale ne contient que les fibres radiées du faisceau pyramidal.
5° La coupe pédiculo-pariéiale (5, 5, fig. 274) présente trois faisceaux qui aboutissent à la
circonvolution pariétale'supérieure (faisceau pëdiculo-pariétal supérieur), à la circonvolution pariétale inférieure (faisceau pariétal inférieur), et au-dessous, le faisceau qui se rend au lobe temporal (faisceau temporal). Cette coupe passant par le pli courbe rencontre les faisceaux qui se rendent au centre de la cécité verbale (faisceau pédiculo-pariélal inférieur), et dans son champ n'existent que les fibres irradiées du faisceau sensitif. Sur cette coupe, on ne voit plus que la tête et la queue du noyau caudé, le noyau lenticulaire et l'avant-mur ont disparu.
6* La coupe occipitale (6, 6, fig. 274) passe à 1 centimètre en avant de la scissure pariétooccipitale externe. Elle ressemble à la coupe préfrontale, et, comme elle, elle a un centre ovale composé de fibres inexpressives. Son champ est entièrement constitué par les fibres du faisceau sensitif (faisceaux occipitaux). Cependant, comme elle répond aux trajets optiques, ses lésions ne restent pas comme absolument inexpressives.
D'après ce que je viens de dire, ou peut donc distinguer trois zones dans le cerveau : une zone antérieure ou frontale (impropre-
Fig. 277. — Coupe frontale (Pitres).
circonvolution pariélale ascendante ; 2, lobule de l'insula ; 3, lobe sphénoïdal. — Faisceaux pariétaux ; 4, supérieur ; 5, moyen ; 6, inférieur ; 7, faisceau sphénoïdal ; 8, corps calleux; 9, noyau caudé; 10, couche optique ; 11, capsule interne; 12, noyau lenticulaire; 13, capsule externe; 14, avant-mur.
CERVEAU
ment appelée préfrontale); une zone postérieure ou occipitale et une zone moyenne ou rolandique. Les deux premières zones sont des zones latentes, c'est-à-dire des zones dont la lésion ne donne lieu à aucun phénomène caractéristique du côté du mouvement ou de la sensibilité; la zone moyenne, au contraire, qui embrasse les circonvolutions rolandiques, y compris le lobule paracentral et à gauche le pied de F1 et de F2, ainsi que le centre de T1 et celui de P2, est une zone réactionnelle : c'est la zone psycho-motrice. Les fils conducteurs que nous trouvons dans le centre ovale correspondant y sont déjà groupés, car des lésions isolées de ce centre déterminent des monoplégies (Pitres), c'est-à-dire des paralysies localisées.