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Localisations dans l'écorce du cerveau

L'onde de sensibilité se fixe sur le cerveau comme l'onde lumineuse se fixe sur la plaque sensible d'un appareil photographique. Elle le fait sous la forme d'une image sensorielle. L'écorce cérébrale est le centre de la formation des images; elle les emmagasine comme la plaque photographique emmagasine l'image. Emmagasinées par le cerveau, les images ne sont pas plus visibles que ne l'est l'image de la plaque photographique avant que le « révélateur » ne l'ait fait apparaître. Elles sont gravées mécaniquement dans l'écorce et nous n'avons connaissance de leur existence que par les réactions conscientes ou non auxquelles elles donnent lieu. De nouvelles excitations réveillent ces images sous la forme de souvenirs.

Aussi bien que les sensations, les réactions musculaires s'inscrivent à leur tour sur l'écorce cérébrale sous la forme d'images motrices dont la mise en jeu répétée et habituelle aboutit au mouvement automatique.

La vibration nerveuse n'est donc qu'une vibration lumineuse, une vibralion sonore, une vibration thermique, une vibration motrice, etc., transformée, puisque la somme des images est le résultat de l'impression du monde extérieur ou de nos propres mouvements sur le manteau cérébral. Ce manteau est une surface impressionnable, sensible, c'est-à-dire que comme la plaque au gélatino-bromure d'argent de l'appareil photographique, il se grave, s'imprime et garde l'empreinte, c'est-à-dire une variété de l'énergie emmagasinée et toujours prête à se manifester sous la forme d'une force vive à la sollicitation d'une excitation extérieure ou intérieure (réveil des images, association des images).

« Avoir une idée d'une chose, c'est toujours se souvenir de cette chose. . . Le souvenir, pour que l'idée soit précise et complète, doit consister dans le réveil de toutes les images que la chose a gravées sur l'écorce. L'exemple suivant est classique : une cloche a une forme et une couleur auxquelles correspondent des images corticales visuelles de forme et de couleur; elle a une sonorité, une

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tonalité, un timbre auxquels correspondent des images eorlicales auditives de sonorité, de tonalité et de timbre; elle a une dureté à laquelle correspond une image corticale tactile ; elle a entin une température et un poids auxquels correspondent des images corticales thermiques et musculo-sensorielles. Nous pouvons créer en nous chacune de ces images isolément en voyant la cloche, en l'écoutant, en la touchant, en la pesant. Mais chez l'homme sain, qui n'est ni aveugle, ni sourd, et qui possède intactes ses sensibilités tactiles, thermiques et musculaires, toutes les images se forment à la fois ou presque à la fois. Les vibrations sonores, lumineuses, tactiles, etc., qui sont transmises au cerveau conformément au son, à la forme, à la dureté de la cloche produisent une résultante, qui est Vidée ou le souvenir de la cloche. Le son de la cloche, même pour qui ne la voit pas, éveille le souvenir de sa forme, de ses dimensions, de sa couleur, etc., bref

Fig. 289. — Fac-e latérale du cerveau du Chien (Ferrier)

A, scissure de Sylvius ; B, scissure cruciale ; 0. lobe olfactif ; I, II, III, IV, première, deuxième, troisième et quatrième circonvolutions. — De 1 à H, centres des mouvements du tronc, des membres de la queue, de la face, de la bouche, de la langue et des cordes vocales; 12, 13, centres des mouvements rolatoires de la tète et du globe oculaire; 14, 14, centres des mouvements de l'oreille; 16, centres des mouvements des narines.

l'idée de cloche » (Brissaud). Les signaux entendus (sons\ vus (écrits), etc., sont autant de représentations d'idées.

Vidée ne saurait donc comporter un centre localisé, puisqu'elle résulte de la mise en jeu d'images à centres très différents (auditif, visuel, tactile, thermique, moteur et musculaire, etc.). Pour avoir l'idée d'une chose, il faut que toutes les images de cette chose, soient en connexions avec les centres des images symboliques qui expriment cette chose. Ce qui fait qu'en fait Vintelliqence « est une fonction des faisceaux d'association qui unissent, chacun à chacun, les nombreux centres où sont gravées les images mentales » (Brissaud).

On peut considérer le cortex cérébral comme constitué par une série de centres, dont chacun reçoit une espèce de fibres sensitives ou sensorielles et est affecté à un ordre déterminé de fibres motrices. Ces centres sont réunis entre eux, à l'effet de réaliser toutes sortes d'associations sensitivo-motrices, inconscientes et conscientes, au moyen des systèmes de fibres d'association et des fibres commissurales ; ces zones de l'écorce ne possèdent point une texture

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spécifique qui explique leur fonction spécifique ; la fonction dérive plutôt de la connexion spéciale périphérique (organes sensitifs et sensoriels, muscles) des fibres annexées à ces centres (Golgi, Cajal).

11 résulte de ce que nous venons de dire que nous avons puisé tout notre bagage mental dans le monde extérieur. « La force extérieure qui produit la sensation ou l'excitation simple, n'est jamais perdue; elle correspond toujours à une valeur déterminée de l'énergie qui s'emmagasine et doit se retrouver tôt ou tard sous une forme quelconque ». Point de système nerveux, point de sensations, point d'images mentales et point d'idées; point d'images mentaJes,, la nuit sensible et intellectuelle, le néant mental.

Le cerveau se compose d'une fédération de centres fonctionnels ; aussi ne

peut-on envisager les affections de l'encéphale autrement que comme des excitations ou des inhibitions de certains centres (E. Brissaud).

Enfin, ces centres ne seraient pas absolument prédestinés, mais comme le suggère Stefani des centres d'opportunité, adaptés à leurs fonctions par l'habitude, la répétition et l'éducation. De là découle cette conséquence : la suppléance fonctionnelle possible.

Si la région protubérantielle, — nous l'avons montré, — est le siège des sensations brutes, le cerveau est le siège des sensations perçues et conscientes, susceptibles de se transformer en idées et en volitions.

Les hémisphères cérébraux sont, en effet, des organes où les impressions sont perçues, et où les sensations deviennent conscientes et laissent des traces durables de leur passage, des souvenirs en un mot. Dans leur rouage Se matérialisent pour ainsi dire les sensations, la transformation de celles-ci en images, en idées, en mouvements volontaires. Un animal privé de ses hémisphères regarde et ne voit plus, il tressaille sous le bruit et n'entend plus, il remue si on l'excite, mais il n'a plus de mouvements volontaires, il ne sait plus vouloir. L'animal décérébré est un aveugle et un sourd au point de vue psychique.

Le cerveau est donc l'organe de l'intelligence au même titre que le muscle est l'organe du mouvement. Il est l'organe des facultés mentales et des sentiments affectifs, l'organe de la volonté et de la perception consciente. S'il était besoin de le démontrer, l'Anatomie comparée, l'Anthropologie, l'Embryologie et la Tératologie d'une part, la Physiologie expérimentale et l'Anatomie pathologique de l'autre, nous offriraient tant de preuves que nous n'aurions que l'embarras du choix. Le développement du cerveau n'est-il pas corrélatif de la

Fig. 290. — Le sillon crucial chez le Chien

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capacité mentale dans les individus comme dans les races et les espèces ? Le développement de l'intelligence ne suit-il point pas à pas dans l'enfance le développement et le perfectionnement du cerveau ? La microcéphalie, caractérisée par un arrêt de développement du cerveau, ne coïncide-t-elle pas avec un avortement des facultés mentales? Le ramollissement du cerveau ne coïncidet-il pas avec l'effondrement des facultés affectives, des qualités morales et des

facultés intellectuelles ? L'idiotie n'est-elle pas la conséquence de l'atrophie et de la

Fig. 291 . — Surface sup. du cerveau du Singe Fig. 292. — Surf, externe de l'hémisphère gauche du Singe

1, 2, centres des mouvements du membre pelvien: 3, centre des mouvements de la queue; 4, 5, 6, centre des mouvements du membre thoracique; 7, 8, 9, 10, 11, centre des mouvements de la bouche et de la langue; 12, 13, 13', centres des mouvements de la tète et du globe de l'œil (région du pli courbe) ; 14, 14, 14, centres des mouvements de l'oreille (première temporale) ; 15, centre des mouvements des lèvres et de la narine (région hippocampique).

émotions (coassements de la Grenouille, cris émotifs, tressaillement que l'on peut observer chez l'Homme lui-même, quand la chloroformisation a aboli les fonctions des hémisphères, c'est-à-dire la conscience), et les impressions tactiles, visuelles, auditives sont conservées. Mais ce qui a disparu, c'est la volonté et la conscience; ce sont les signes de l'intelligence. Si on pince l'animal, il se débat et fuit, et pousse des cris plaintifs; mais réduits au mésocéphale et au cervelet, les animaux n'agissent plus que comme des machines que met en branle une excitation extérieure et parfois un malaise intérieur, et qui s'arrêtent dès que l'excitation a cessé. L'animal, pourvu de son cerveau, au contraire, possède en lui-même la condition des actes qu'il accomplit. Le cerveau possède donc en lui-même le pouvoir d'agir et ses actes sont conscients ; les centres mésocéphaliques et cérébelleux, au contraire, ne sont que des centres réflexes plus ou moins complexes mais inconscients. Chez les vertébrés inférieurs, l'ablation des deux hémisphères du cerveau laisse persister la plupart des fonctions (Steiner, Vulpian, Goltz, etc.). Malgré un certain degré d'obnubilation, les facultés d'équilibre, de coordination des mouvements, de réaction appropriée aux impressions extérieures continuent à s'exercer, parce que leur organe principal est le mésocéphale. C'est pour çette raison

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que l'ablation des hémisphères chez certains animaux ne prouve rien contre la doctrine des localisations. Au contraire, chez les animaux supérieurs la spécialisation des fonctions s'accomplit dans l'écorce et chaque fonction parait en rapport avec un centre anatomique distinct, c'est-à-dire que les centres coi tico-côrébelleux sont des centres qui actionnent les vrais centres d'innervation motrice (Lussana et Lemoigne). Aux

Fig. 293. — Centres psycho-moteurs de l'écorce du cerveau humain (Ferrieri

1 à 6, centres des mouvements des membres (hémiplégie); 7 et 8, centre des mouvements des commissures des lèvres (paralysie faciale) ; 9 et 10, centre des mouvements des lèvres et de la langue, destinés à l'articulation des mots (mémoire des mouvements du langage parlé ou mémoire motrice verbale : aphasie motrice ou aphémie) ; 11, centre de rétraction de l'angle de la bouche; 12, centre pour les mouvements latéraux et des yeux, et centre de la mémoire des mouvements de l'écriture ou mémoire motrice graphique (agraphie) ; 13, centre de la mémoire des mots écrits ou imprimés, ou mémoire visuelle verbale (cécité verbale), el 13', centre de la vision binoculaire (hémianopsie); 14, centre de l'audition (mémoire des sons verbaux ou mémoire auditive verbale : surdité verbale).

hémisphères cérébraux seuls appartiennent les sensations d'origine externe el les représentations du monde extérieur et de notre propre corps, mais la conscience des sensations internes organiques (faim, soif, besoin d'air, états de bien-ôtre ou de malaise qui les accompagnent) s'exercent encore sans cerveau. C'est ce qui fait que les Chiens décérébrés réagissent encore aux impressions extérieures (bruit, lumière) et internes (faim, soif, sens musculaire) par des expressions variées (agitation, fureur, hurlement, apaisement, etc.), par des expressions appropriées aux états affectifs correspondants chez l'animal dont le cerveau est intact. C'est le cas aussi du nouveau-né venu avant terme qui, avec un cerveau très incomplètement développé, tend néanmoins de tout son être à satisfaire ses besoins organiques aussitôt qu'il respire. Cette conscience organique

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persiste toujours dans l'être, mais lorsque de l'olfaction a l'audition, les organes des sens externes ont projeté leurs faisceaux sur l'écorce cérébrale, désormais pourvue d'organes de la sensibilité générale et spéciale, d'autres voies nerveuses à action centrifuge, vont au thalamus, au tronc cérébral, à la moelle, et transmettent les impulsions volontaires élaborées dans les centres corticaux où ils arrivent à la conscience qui apparaît comme un « phénomène d'accompagnement ».

Fig. .'94. — Face supérieure du cerveau de l'Homme (Ferrier)

I, sur le lobe pariétale supérieur; 2, 3, 4, 5. 6, 7 et 8, sur la circonvolution frontale ascendante , 6, c, "'. cercles situés sur la circonvolution pariétale ascendante ; 12, sur la moitié postérieure des circonvolutions frontales supérieure et moyenne; 13 et 13', placées sur les membres antérieur et postérieur du gyrus angulaire (pli courbe); 14, sur la circonvolution temporo-sphénoïdale supérieure. Les cercles ont la même valeur que dans les figures 192, 193, 194.

La première tenlative de localisation cérébrale fut celle de Gai.l; mais l'insuccès de la Phrénologie s'explique facilement, si on se rappelle que Gall faisait reposer tout son système sur la Cranioscopie, sa supposition étant que certaines dispositions intellectuelles correspondaient à des bosses du crâne. Le système ■ des bosses ne pouvait durer ; il est justement tombé dans le discrédit parce que sa conception ne répondait à rien de sérieux. Sur ses ruines s'est levée la doctrine moderne des Localisations Cérébrales, doctrine scientifique dont

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les preuves ont été faites par l'anatomo-pathologie, et aussi par les expériences de vivisections.

Cette conception n'aura pas lieu de nous surprendre, si nous savons que l'anatomie humaine et comparée démontre que les circonvolutions fondamentales des hémisphères sont, jusqu'à un certain point, des organes distincts ; et si, d'autre part, nous nous rappelons que l'analyse psychologique montre que les facultés cérébrales ne sont pas absolument unies et solidaires les unes des autres, et que nombreux sont les exemples de l'abolition de telle ou telle faculté avec conservation des autres, il semble rationnel a priori que là où il y a des

Fig. 295. — Centres sensoriels et psycho-moteurs dans l'écorce du cerveau humain

A, centre de l'aphasie motrice; H, centre de l'hypoglosse ; F, centre des mouvements de la face; m, centre masticateur ; MS, centre, des mouvements du membre supérieur; MI, centre des mouvements des membres inférieurs; h, centre de l'hémianopsie; CV, centre de la cécité verbale ; V, centre visuel commun; SV, centre de la surdité verbale ; AG, centre de l'agraphie. — Les centres sensoriels sont en jaune, les centres psycho-moteurs en rouge.

organes multiples et autonomisés, là aussi il doit y avoir spécialisation fonctionnelle, chaque organe ayant des fonctions spéciales à remplir, en rapport avec son organisation et ses relations mêmes.

La première localisation a été celle de Vaphasie, aphémie ou alalie pressentie par Bouillaud et Dax, démontrée par P. Broca en 1863, c'est-à-dire la perte totale ou partielle delà mémoire des mots.

Mais depuis les travaux de Kussmaul, Wernicke, Charcot, Nothnagel, Magnan, Déjerine, etc., on a fait une analyse beaucoup plus complète de la faculté de langage, et l'on a reconnu que cette faculté est complexe et se compose de fonctions cérébrales distinctes, ayant des organes spéciaux de production.

A côté de Vaphasie motrice (type Bouillaud-Broca), il y a en effet d'autres troubles de la perception, de l'expression et de l'usage des signes. On peut perdre l'usage des signes écrits (agraphie) et des signes mimiques (amimie) ; on peut

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perdre l'audition des mots {surdité verbale,), la vision des signes de l'écriture (cécité verbale), à l'exclusion d'autres facultés d'expression qui sont conservées. Or, à ces troubles fonctionnels spécialisés de l'expressionet delà perception des signes correspondent des lésions anatomiques localisées de l'écorce du cerveau.

L'homme peut communiquer ses impressions, ses idées, sa pensée, sa volonté par le geste, la parole, l'écriture. Pour cela il faut qu'il ait préalablement acquis par l'habitude et l'éducation la faculté d'associer certains gestes, certains sons, certaines images visuelles, certains signes avec certaines idées, et en second lieu, qu'il ait l'habitude d'associer l'impression sensitivo-sensorielle avec une impulsion motrice qui se traduit par le geste, la parole ou l'écriture. La première opération consistant à recevoir et à emmagasiner les impressions visuelles et auditives des signes et des sons, siège dans les centres psycho-optique et psychoacoustique de l'écorce.

La faculté d'expression est donc une faculté complexe ; elle peut être frappée dans ses éléments ou dans sa totalité. Tantôt c'est le passage de l'idée au mot qui est interrompu ; tantôt c'est au contraire le passage du mot à l'idée qui est coupé. D'où diverses formes d'aphasie, depuis l'aphasie totale ou motri-sensorielle jusqu'à l'aphasie simple par rupture des conducteurs acoustiques qui portent le son jusqu'au centre de la réponse parlée ou écrite. En un mot, ces affections sont des amnésies, dans lesquelles il y a, dans un cas, perte de la mémoire des idées ou des images; dans l'autre perte delà mémoire des mots, mais ni dans l'un, ni dans l'autre cas il n'y a paralysie.

Les organes corticaux de la parole sont au nombre de quatre : Ce sont : 1° La première circonvolution temporale gauche dans sa partie postérieure (et aussi les 2 circonvolutions transversales du lobe temporal cachées dans les profondeurs de la scissure de SylviusJ où siège le centre de la mémoire auditive verbale (S, V., lig. 190 J. Les sujets frappés d'une lésion de cette partie de l'écorce du cerveau sont atteints, comme on le dit, de surdité verbale, c'est-à-dire que les sons qu'ils entendent n'éveillent plus chez eux une idée correspondant au langage; les mots sont pour eux comme s'ils les entendaient pour la première fois, ils n'ont plus dans leur cerveau aucune image auditive des mois (surdité psychique partielle). Et cependant, de tels sujets entendent les sons des bruits, ils savent les rapporter à l'objet qui les engendre; mais s'ils ne sont pas sourds pour les bruits, ils le sont devenus pour les sons que l'habitude nous a appris a adapter à une idée, Us ne comprennent plus le sens des mots parlés, cela parce qu'ils ont perdu la mémoire des sons de la parole, et cependant ils peuvent parler, lire, écrire, répondre par écrit, parce qu'ils ont conservé les autres mémoires. En un mot, ce ne sont pas de vrais sourds; s'ils le sont, ils ne le sont que psychiquement, à la façon de celui à qui on parle une langue qu'il ne connaît pas.

Les cas de décharges auditives (convulsions débutant par une aura auditive) ou de sensations auditives subjectives (hallucinations de l'ouïej quand T est irritée par une tumeur ou tout autre cause (Gowers, Hughes Bennetl, John Fergusson), ainsi encore que l'atrophie de cette circonvolution ou son altération pathologique dans la surdimutité (Mill, Broadbent, Neuroutter), confirment encore la localisation acoustique dans le lobe temporal.

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Les observations d'audition colorée rendent incontestables les relations entre les centres acoustiques et les centres visuels, et dénotent chez les prédisposés des connexions plus larges entre les deux centres visuel et acoustique.

2" Le deuxième centre cortical du langage articulé siège dans le lobule du pli courbe du lobe pariétal gauche où l'on a placé le centre de la mémoire visuelle des mots (CV, fig. 295). Le malade atteint d'une lésion de ce centre est frappé de cécité verbale (alexie), c'est-à-dire que s'il entend et comprend le langage parlé, s'il parle et peut même écrire machinalement, automatiquement et par habitude, à la façon d'un copiste qui ne saurait pas lire, il ne peut pas lire, même ce qu'il a écrit lui-même, cela parce qu'il a perdu la mémoire des formes des lettres et des mots écrits ou imprimés (cécité psychique partielle) ; son cerveau ne possède plus aucune image visuelle des mots, et bien qu'il voit les lettres et peut les tracer comme il le ferait dans l'obscurité, guidé seulement par la conscience des

Fig. 296. — Centres psycho-moteurs et sensoriels du cerveau de l'Homme (face interne de l'hémisphère). MI, centre du membre inférieur (lobule paracentral) ; V, centre de la vision ; 0, centre de l'olfaction.

mouvements de l'écriture (sens musculaire), il est incapable de se lire et la vue des mots n'éveille plus en lui aucune idée correspondant au langage.

C. S. Freund (Arch. /'. Psych. XX, 1 et 2, 1890), a établi qu'il existe : 1" Une aphasie optique avec hémianopsie concomitante ; 2° une aphasie optique accompagnée de cécité psychique; 3° une aphasie optique avec cécité psychique, aphasie sensorielle et acoustique. L'aphasie optique est caractérisée par ce fait que le malade, incapable de trouver le nom des objets en les voyant, ne les désigne qu'en les touchant (trouble de la vision mentale;. Elle résulte, ou de la lésion du centre des images commémoratives des impressions optiques (cécité psychique), ou bien d'une altération des fibres nerveuses d'association qui unissent le centre visuel au centre de la parole (aphasie optique). .

Le centre visuel est complexe. 11 comprend le centre visuel commun (hémianopsie), le centre des perceptions verbales (cécité verbale), le centre des souvenirs des images visuelles (cécité psychique). Les observations de'Monakow et de Vialet, permettent d'alïirmer avec Vialet, que l'hémianopsie qui complique la cécité verbale ordinaire par lésion du pli courbe ne se produit qu'à la faveur d'une destruction, dans la profondeur,

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des fibres visuelles intra-cérébrales. Les lésions du pli courbe ne s'accompagnent pas toujours d'héminnopsie. Sur 13 cas de tumeurs ou d'abcès de cette région, l'hémianopsie a manqué 5 fois (S. Henschen).

Il n'y a donc pas de conducteurs corticopètes et corticofuges, par conséquent pas de fibres de projection dans le gyrus angularis ; mais cette région du cortex montre des rapports d'association nombreux avec les sphères visuelle, auditive et tactile.

Le centre moteur pour les mouvements conjugués des yeux et de la tète admis par Wernicke à ce niveau reste très douteux (Flechsig).

3° Le troisième centre cortical du langage a été placé dans le pied de la deuxième circonvolution frontale gauche (Exner, Charcot) : c'est le centre delà mémoire des mouvements de l'écriture (AG, lig. 196), dont la destruction donne lieu à Yagraphie. (Voyez J.-B. Charcot et A. Outil., Mrm. de la Soc. de Biologie,

En avant : centre îles images motrices d'articulation des mots (circonvolution de Broca) ; au milieu : centre des images auditives des mots (circonvolution de Wernicke) ; en arrière : centre des images visuelles des mots (circonvolution du pli courbe).

1893, p. 129J. Dans cette lésion, le malade entend, parle, lit, peut même copier une lettre, un mot, comme il copierait un dessin, mais il est incapable d'écrire parce qu'il a perdu la mémoire des mouvements de l'écriture, la mémoire des signes graphiques ; son cerveau n'a conservé aucune image motrice graphique et a perdu le souvenir de son éducation au point de vue de récriture (amnésie graphokinétique).

Il y aurait deux genres d'agraphie :

L'agraphique moteur (par lésion du pied de F-') pourrait être considéré comme ayant simplement perdu le fruit des efforts qu'il a faits pour apprendre à écrire; l'écriture spontanée et celle sous dictée sont abolies ; le malade pourrait encore copier et écrire de la main gauche. L'agraphie sensorielle est sous la dépendance d'une lésion du pli courbe (centre des images visuelles des mots, l'écriture n'étant pour Wernicke et Déjerine qu'une simple copie de ces images): l'écriture est abolie dans toutes ses modalités (écriture spontanée, sous dictée et d'après modèle) aussi bien pour la main gauche que pour la main droite, et ces symptômes sont associés à des symptômes de cécité verbale.

Fig. 297. — Zone du langage (face exter ne de l'hémisphère).

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Charcot, Exner, P. Marie défendent l'existence d'un centre autonome pour l'écriture et ils le placent dans le pied de F2. J. Teissier aurait rencontré un cas d'agraphie pure par lésion de ce centre (Congrès de Méd. interne, Lyon, 1894). De l'autopsie d'une femme de 37 ans qui présentait de l'agraphie pure (aussi bien pour l'écriture volontaire que pour l'écriture dictée ou copiée), «ans avoir eu à aucun moment, ni aphémie, ni cécité, ni surdité verbales et dans le pied de la 2" circonvolution frontale gauche de laquelle on trouva un gliome qui se prolongeait en bas vers le centre ovale jusqu à la corne frontale du ventricule, Gardinier (American Journ. of Med. Se, 1903) conclut aussi qu'il existe bien en réalité un centre de l'écriture comme le voulait Charcot dans le pied de la 2e circonvolution frontale gauche chez les droitiers. Cependant d'après Déjerine (Soc. de Biologie, 1893), l'agraphie pure n'aurait pas encore été observée sans cécité verbale concomitante et par simple et unique lésion du pied de F2 (1). Il se peut pourtant quel'agraphique atteint en même temps de cécité verbale ne présente qu'une lésion du pli courbe. Voici pourquoi :

La mémoire des images visuelles des lettres et des mots, la mémoire du sens des mots, lus parles yeux, est accompagnée, chez l'Homme qui a appris à écrire, de celle de

tion donne lieu à l'aphasie, encore appelée alalie, aphémie, logoplégie. Dans cette affection, le sujet comprend encore le langage parlé, il lit, écrit, balbutie même ou bredouille quelques mots ou en répète constamment un qu'il met à « toutes sauces », mais il ne peut plus parler, cela parce qu'il a perdu la mémoire des mouvements coordonnés et méthodiques qui sont nécessaires pour articuler la voix et constituer les syllabes. 11 est atteint d'aphasie motrice ou amnésie phonokinétique. Il est comme l'enfant qui n'a pas encore appris à parler; son cerveau a

(1) P. Sérieux, Déjerine, lîerckam, Souques, ont rapporté des cas d'agraphie d'origine sensorielle par cécité verbale, qui apportent une sorte de consécration à l'opinion de Wernicke, pour qui l'acte d'écrire est subordonné à la vision mentale et consiste dans l'acte de copier les images optiques des lettres et des mots (mémoire visuelle graphique), car dans ces cas la lésion était localisée au pli courbe (P. Sérieux, Soc. de Biologie, 1893. — A. Souques', Id., 1894). Dans le cas de Bar, il y avait agraphie et aphémie, avec lésion du pied de F2 seulement. Dans celui de Henschen, il y avait agraphie et cécité verbale avec lésion de F2 et du pli courbe. Dans le cas de Tamburini et Marchi, il y avait agraphie et aphémie et hémianopsie, avec lésion des centres moteurs, de F! et de F3. Dans le cas de Nothnagel, Dutil et J.-B. Charcot, il y avait agraphie et aphémie par lésion de F2 et de F3.

transcrire ou de copier les images visuelles des lettres et des mots. L'enfant n'apprend à écrire qu'après avoir appris à parler, puis à lire.

Ceci explique que la perte de la connaissance visuelle des signes écrits ou imprimés du langage peut s'acconipagner de l'abolition de la faculté d'écrire.

Fig. 298. — Lésion du cerveau de l'Homme qui détermine l'aphasie motrice

4" Le 4e centre cortical du langage articulé siège dans le pied de la 3' circonvolution frontale gauche ou circonvolution de Broca (A, lig. 195), et sa destruc-

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perdu toute éducation au point de vue de l'articulation des sons, il n'a plus aucune image motrice verbale.

Dans 71 cas d'aphasie, Naunyn (1888) a relevé que le maximum des foyers pathologiques était à peu près celui que nous venons d'indiquer (aphasie motrice, surdité verbale et cécité verbale).

Thomas et J. Roux ont montré (Soc. de Biologie, 16 nov. 1895) que les aphasiques moteurs ont tous un défaut d'évocation spontanée des images auditives verbales. Ce trouble du langage intérieur (l'aphasie motrice) ne saurait à lui seul expliquer que le défaut de la parole répétée ou de lecture à haute voix. Ce quia disparu chez l'aphasique c'est bien moins le pouvoir d'accomplir les mouvements d'articulation nécessaires pour prononcer les mots, que la provocation de ce mouvement par l'image auditive verbale, puisque en montrant bien aux malades les mouvements d'articulation, on arrive assez rapidement à leur faire prononcer des syllabes et des mots.

Bien que la 3e circonvolution frontale gauche soit le centre cortical de l'aphasie, on a vu, à en croire certains cliniciens, notamment Charvet et Bancel, la destruction complète de cette circonvolution sans aphasie (Lyon Médical, 10 avril 1904). Je ne fais que signaler en passant celte exception à la règle commune.

L'aphasie sous-corticale caractérisée par de la dysarthrie ou de l'anarthrie doit être rapprochée des paralysies pseudo bulbaires (section des conducteurs). (Sur 1' « Aphasie», voy. Mirallié, Gaz. des Hôpitaux, n" 99 et suiv., 1896).

Fig. 299. — Lés:on du cerveau de l'Homme qui détermine la cécité verbale

Au centre de l'aphasie confinent :

1° le centre de l'hypoglosse (H, fig. 196) ; 2° le centre du facial inférieur (F, fig. 196) ;

Fig. 300. — Lésion du cerveau de l'Homme qui détermine la surdité verbale

3° le centre du nerf masticateur (m, fig. 196) ;

4° le centre du nerf laryngé ou centre phonateur (Horsley et Semon, Déjerine), mais il faut retenir que ces derniers centres, comme d'ailleurs les centres sensoriels communs que nous allons étudier, sont bilatéraux, tandis que les centres de perception visuels ou auditifs liés au langage sont unilatéraux.

Debierre. — 26.

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Rissieu Russell a démontré, contrairement aux expériences antérieures de Semon et Horsley, qu'il existe un centre cortical respiratoire; ce centre le cède néanmoins en importance au centre respiratoire bulbaire. On parle par son cerveau mais on respire par son bulbe. De plus le centre cortical des mouvements du larynx, contrairement à celui du langage, est bilatéral, ce qui explique la rareté des paralysies des mouvements du larynx d'origine corticale qui ne peuvent résulter que de la lésion des deux hémisphères à la fois.

Chaque hémisphère exerce ainsi son action sur les deux moitiés de la langue, du pharynx et du larynx, tandis qu'un seul hémisphère commande aux centres sensoriels. Il en résulte qu'en cas de lésion unilatérale de l'opercule rolandique, le trouble symptomatique (dysarthrie) sera léger et passager.

— Mais pourquoi la faculté du langage articulé siège-t-elle dans l'hémisphère gauche du cerveau? Voici comment P. Broca explique la chose. Les circonvolutions frontales droites et gauches ont, disait-il, comme toutes les parties symétriques des organes pairs, les mêmes propriétés essentielles ; mais le langage articulé étant en quelque sorte une fonction artificielle et conventionnelle, qui exige une longue éducation, on conçoit que l'enfant puisse contracter l'habitude de diriger de préférence avec l'un des deux côtés la gymnastique toute spéciale de l'articulation des sons. C'est ainsi que la plupart des actes qui nécessitent le plus de forces ou d'adresse sont exécutés de préférence avec la main droite, et conséquemment dirigés par le côté gauche du cerveau ; mais de même que les gauchers exécutent ces mouvements avec le côté droit de leur cerveau, il peut aussi se faire qu'il y ait des individus qui dirigent de préférence leur parole avec la 3e circonvolution frontale droite. Ces ingénieuses explications de Broca semblent avoir été confirmées par diverses observations. C'est ainsi qu'on a vu (Ogle, Jackson, etc.) des gauchers devenir aphasiques après une lésion de la 3e circonvolution frontale du. côté droit (qui pour eux joue le rôle de centre d'articulation des mots), tandis que l'on a observé, d'autre part, des gauchers non frappés d'aphasie malgré une lésion de la 3e frontale gauche (Lépine). Enfin, un aphasique du type classique (type Bouillaud-Broca), peut, après avoir perdu la parole, par suite d'une lésion de la 3* circonvolution gauche, la recouvrer en partie au bout d'un certain temps pendant lequel il apprend peut-être (éducation nouvelle) sa 3e frontale droite à suppléer sa similaire du côté gauche. — On sait que dans les expériences d'hynoptisme on parvient à dédoubler le cerveau,. à « couper longitudinalement l'homme en deux ».

Eh bien I en cataleptisant, c'est-à-dire en annihilant l'hémisphère gauche au point de vue fonctionnel, on supprime la parole ; ce qui n'a pas lieu quand c'est l'hémisphère droit qui est plongé dans le sommeil cataleptique (G. Ballet).

Chaque hémisphère possède une certaine autonomie, une certaine indépendance, qui explique certains faits qui seraient sans cela presque inexplicable, tels la coïncidence du délire et de la lucidité que l'on observe sur certains aliénés, le phénomène du transfert en neuropathologie.

En faveur de la suppléance fonctionnelle, on peut citer les faits suivants :

Un Pigeon auquel on enlève un hémisphère cérébral, devient psychiquement aveugle de l'œil opposé, et si, ensuite, on lui extirpe l'œil avec lequel il voit, il paraît aveugle dans les premiers jours qui suivent l'opération, mais peu à peu il récupère la faculté visuelle (Stefani (1881), Munk (1883), Gallerani (1888), Fasola (1889). Comme les Pigeons privés des deux hémisphères restent aveugles, il s'en suit que le Pigeon en question ne peut récupérer la vision qu'à la condition de mettre le seul œil restant en communication physiologique avec l'hémjsphère du même côté.

Munk avait supposé que ce phénomène s'expliquait parce que dans les nerfs optiques, il y aurait eu des fibres qui ne s'entrecroisent pas, mais Gallerani et Stefani ont établi que c'est parce que les excitations du nerf optique, arrivées dans le lobe optique correspondant, passent ensuite dans le lobe optique du côté opposé par la commissure qui unit les deux lobes. Ce qui le prouve, c'est que si chez un Pigeon privé d'un hémisphère et de

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l'usage de l'oeil correspondant chez lequel la fonction visuelle s'est ensuite rétablie, on détruit le lobe optique du même côté, l'animal redevient aveugle ; et, d'une façon analogue, le retour de la fonction visuelle ne se fait pas chez les Pigeons privés d'un hémisphère et de l'usage de l'œil correspondant quand le lobe optique du même côté a été détruit précédemment.

Les fibres commissurales peuvent donc servir de voies de transmission de la périphérie aux centres, et, par conséquent, leur importance dans les phénomènes de substitution et de suppléance paraît évidente. (Voy. A. Stefani, Contrib. à la physiol. des fibres commissurales (Arch. ital. de Biologie, t. XIII, p. 350, 1890).

Carville et Duret n'admettent pas la suppléance par l'hémisphère opposé (expériences par l'ablation des centres moteurs chez le Chien), mais par la région voisine de la partie enlevée. Ferrier n'accepte pas cette suppléance de voisinage [Arch. de Neurologie, 1891, p. 118). Il rapporte des faits cliniques et expérimentaux qui militent en faveur de la suppléance par l'hémisphère opposé. Même pour les membres, dit-il, chaque hémisphère représente les deux côtés du corps, principalement le côté opposé, mais en partie aussi, le même côté. Le fait est que l'expérimentation ne parvint à abolir l'action synergique de certains groupes musculaires (muscles du tronc, de la région supérieure de la face, etc.) que par la destruction symétrique de leurs centres respectifs dans chaque hémisphère. La voie croisée passait par le corps calleux.

Maintenant qu'on ne s'y méprenne pas. L'aphasique n'est pas un paralytique^ il peut mouvoir sa langue, ses lèvres, son gosier et son larynx, et ses muscles expressifs ou mimiques ne sont point paralysés. S'il est incapable d'émettre des sons articulés, ce n'est pas là le fait d'une paralysie des muscles de l'accommodation; non, cela dépend uniquement de la perte de la mémoire des associations musculaires qui sont nécessaires à l'articulation des sons. De même l'agraphique n'est pas un paralytique ; les muscles de ses mains sont intacts ; s'il n'écrit pas, c'est qu'il a oublié les mouvements harmoniques nécessaires pour tracer les caractères graphiques (1).

J'ajoute qu'il est rare de rencontrer absolument isolée chacune de ces amnésies. La surdité verbale, par exemple, peut être associée à l'agraphie ou à la cécité verbale, et l'une ou l'autre ou les deux à la fois peuvent se présenter en même temps que de la paraphasie sans lésion de F3 même, ce qui démontre combien l'intégrité du centre auditif des mots ici, visuel ailleurs, est nécessaire pour que le langage vocal fonctionne normalement. L'altération de T1 unie à la lésion de P2 par exemple, peut donner lieu à de l'aphasie sensorielle (surdité et cécité verbales), et si la lésion dans P2 est assez profonde pour couper les radiations optiques de Gratiolet, on voit en même temps survenir de l'hémianopsie comme dans un cas rapporté par Déjerine (1891).

Les formes de l'aphasie ne sont pas toujours aussi simples que nous venons de les décrire. Les différences et la prédisposition individuelles, qui tiennent, pour ainsi dire, à la formule mentale de chacun, influent considérablement sur ces modalités, en provoquant telle ou telle prédominance. Chez les uns (auditifs), l'audition mentale prédomine et commande toutes les autres opérations cérébrales; chez les autres (visuels), ce sont les images visuelles qui prédominent. Aussi, chez les premiers, la perte des images auditives amènera-t-elle une perturbation profonde dans le jeu de tous les autres procédés

(1) On pourrait rapprocher de ces amnésies ou pseudo-paralysies Vastasie-abasie, que l'on a considérée comme étant la perle de la mémoire des mouvements nécessaires à la déambulation.

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du langage : parlé, écrit, visuel. Chez les visuels, au contraire, la note qui commandera la symptomatologie sera la perte des représentations visuelles. Il y a Uu reste une sorte d'engrenage des centres sensoriels et psycho-moteurs qui fait que la lésion de l'un n'est pas toujours sans retentir gravement sur les autres. Il résulte de là aussi qu'il se peut faire qu'une lésion psychique peut survenir sans que le centre correspondant lui-môme soit touché; il sulïit pour cela que les connexions, les trajets nerveux, réunissant un centre donné à ceux dont le fonctionnement est indispensable pour l'élaboration d une image, soient détruits. C'est ce que Déjerine, en particulier, a parfaitement bien établi dans un cas de cécité verbale (Déjerine, Société de Biologie, 1892).

A côté de la mémoire du langage parlé, il parait bien y avoir une mémoire de la musique, puisque certains aphasiques continuent â pouvoir chanter (Bouillaud, Charcot, Grasset), et inversement que des malades peuvent avoir perdu la faculté de chanter tout en ayant conservé les facultés musicales (Brazier, etc.).

Leyden a rapporté à la Société de médec1ne interne de Berlin en 1900, le cas d'un hémiplégique âgé de 45 ans qui, ne pouvant dire plus de trois ou quatre mots, conserva la faculté de chanter ses chansons, sans pouvoir réciter le texte chanté. N'est-ce pas la preuve que si la mémoire musicale et le langage musical s'exercent parallèlement au langage parlé, il n'en est pas moins vrai qu'ils existent séparément?

La musique et la parole dérivent toulesdeux du cri réflexe. La note est à la musique, dont la forme la plus archaïque est le chant, ce que le mot est à la parole. Et de même qu'on observe des aphasies sensorielles à côté de l'aphasie motrice, on rencontre des amusies sensorielles et de l'amusie motrice. C'est ainsi qu'on a observé la surdité musicale (Brazier), Vulexie musicale (Charcot, Proust, Hnkelbourg, Bernard, Déjerine), de l'amusie motrice (Behier, Cnarcot, Grasset, Proust). J. G. Edgren (de Stockholm] a rapporté 92 observations critiques qui lui ont permis de montrer que l'amusie peut exister indépendamment de l'aphasie et inversement, qu'il y a des amusies motrices vocales et des amusies motrices intrumentales, des formes sensorielles de surdité tonale et de cécité notale (Deutsche Zeitschr. f. Nervenheilk., 1894, t VI, p. 1). Je ne puis insister davantage ici sur celte intéressante question sur laquelle Knoblauch (1890), Wysmann (1890), Wallaschek (1891) et Brazier (Rtvue philosophique, octobre 1892) ont appelé l'attention.

En conséquence de ce que nous venons de dire, on voit donc que le langage en général n'est pas une fonction simple. Cette fonction est localisée en trois régions distinctes du cerveau, un centre moteur et deux sensoriels. Le centre moteur siège dans le lobe frontal, les centres sensoriels occupent le lobe pariétal et le lobe temporal.

Ouvrons une courte parenthèse. Comment pouvons-nous concevoir la formation de ces trois centres dans les circonvolutions cérébrales?

L'enfant localise'le sens des mots entendus dans les cellules de la substance grise de la première circonvolution temporale gauche. Des fibres nerveuses relient ces cellules aux cellules du pied de la troisième circonvolution frontale gauche ou circonvolution de Broca. L'enfant apprend alors à faire les mouvements nécessaires pour reproduire, par la parole, les mots qu'il a entendus prononcer et dont il a saisi le sens. La mémoire de ces mouvements se localise par l'exercice et la répétition dans la troisième frontale gauche. L'enfant comprend dès lors le sens des mots et sait les exprimer par la parole. En troisième lieu, il apprend à comprendre le sens des mots écrits, dont il prend connaissance par les yeux, et cette mémoire visuelle verbale se localise dans le pli courbe gauche. Enfin, l'enfant apprend à copier, avec la main (il pourrait aussi bien apprendre à le faire avec le pied) les images visuelles des lettres et des mots, qui sont localisées dans le pli courbe. Avec cette dernière acquisition il a devers lui tous les éléments du langage articulé.

On a nié le centre de Broca. Chez cinq aphasiques du type moteur, F. Bernheim, par des coupes sériées, a démontré qu'à la lésion corticale classique, non étroitement localisée d'ailleurs, étaient venues se surajouter des lésions sous-corticales étendues portant sur les

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faisceaux d'association, les fibres de projection et les fibres calleuses. F. Bernheim en a conclu qu'il n'y a pas de centre de l'aphasie motrice, puisque dans l'aphasie, le centre cortical de Broca n'est pas seul lésé (F. Bernheim, De l'aphasie motrice, Thèse de Paris, 1900).

Plus récemment, Pierre Marie a formulé la même conclusion (Semaine Médicale, 1906, p. 241-247). Pour ceux qui nient le centre de l'aphasie motrice, cette altération du langage trouverait son explication dans la section des conducteurs qui unissent le domaine du langage intérieur (cerveau antérieur) aux centres d'exécution bulbaires.

Cependant, Déjerine reprenant les objections de Pierre Marie, arrive â cette conclusion, après une critique serrée de la question, qu'il existe bien une aphasie motrice par lésion de la région de Broca — partie antérieure de la zone du lanaage — tout comme il existe une aphasie sensorielle par lésion de la région de Wernicke — partie postérieure de cette zone. Dans l'une et l'autre de ces formes, les troubles de l'intelligence — phénomène inconstant, n'ont rien à voir avec les symptômes présentés par les malades, et, dans l'aphasie motrice, les troubles de la parole n'ont aucune espèce de rapport avec l'anarthrie, c'est-à-dire avec la paralysie des organes de la parole. L'aphasique moteur n'est pas un pseudo-bulbaire et le pseudo- bulbaire n'est pas un aphasique moteur. On peut réapprendre, par l'éducation, la prononciation des mots à un aphasique moteur, on ne le peut pas chez le pseudo-bulbaire. La lésion de la circonvolution de Broca ne fait pas partie de la corticalité motrice, sa lésion ne détermine pas de paralysie des organes de la parole. Grûnbaum et Sherrington ont montré que chez le Gorille, le Chimpanzé et l'Orang, l'excitation électrique de la partie postérieure de la 38 frontale ne produit pas de mouvements dans les organes phonateurs. Cette circonvolution est un centre de mémoire des mouvements d'articulation des mots. En relation avec les centres des images sensorielles du langage par différents faisceaux, le faisceau arqué en particulier, elle est également en connexion avec les centres moteurs des organes de la parole, que les travaux de Grûnbaum et Sherrington, ceux de Campbell ont définitivement et uniquement (y compris le centre des mouvements de la face) localisés dans l'opercule frontal de la précentrale (Grûnbaum and Sherrington, Observ. on the Phys. of the Cérébral Cortex of the Anthropoïd Apes (Proceeding of the Boyal Society, 1901 et 1903) ; Alfred W. Campbell, Eisbological Stuâies of the Localisation of cérébral Function, Cambridge, 1905). L'aphasique de Broca pour Pierre Marie serait un aphasique sensoriel avec lésion du noyau lenticulaire. Déjerine ne peut accepter cette conception, car, dit-il, l'alexie, fréquente il est vrai chez l'aphasique moteur, manque parfois et n'est pas permanente, et chez lui il n'y a pas de surdité verbale, mais seulement défaut d'évocation spontanée des images auditives verbales, et pas d'anarthrie.

Que la 3e circonvolution frontale du côté gauche puisse, chez un droitier, être détruite sans que le malade ait été aphasique, la chose est possible; elle a été observée. Mais ces exceptions ne prouvent rien contre la loi posée par Broca. 11 faut en chercher la cause, soit dans le fait qu'il s'agit de sujets ambidextres, soit dans une suppléance de la 3e circonvolution de l'autre hémisphère. Pierre Marie admet que l'aphasie n'est pas le résultat de la destruction des images sensorielles — il n'admet pas que nous ayons des images sensorielles, que nous entendions notre pensée (langage intérieur) — mais la conséquence de la diminution de l'intelligence. Mais si les symptômes de l'aphasie relèvent non d'une altération des images du langage, mais uniquement d'un affaiblissement de l'intelligence, comment se fait-il, oppose Déjerine, que, chez les droitiers, cet affaissement psychique ne s'observe qu'à la suite de lésions portant sur la zone du langage de l'hémisphère gauche et, chez les gauchers, qu'à la suite de lésions de cette même zone de l'hémisphère droit ? Pourquoi cet affaissement de l'intelligence, qui est la cause fondamentale de l'aphasie pour Pierre Marie, ne se ferait-il que lorsque l'hémisphère qui contient les signes du langage est lésé? La démence est incapable de produire ces troubles. Au contraire, la paraphasie, la jargonaplasie, s'expliquent très bien par la suppression des images sensorielles du langage. Chez l'aphasique sensoriel, le langage intérieur est altéré

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et la fonction de la circonvolation de Broca n'étant plus régularisée par les images sensorielles, les mots ne correspondent plus aux idées que le sujet veut exprimer. 11 y a une véritable ataxie du langage parlé (Déjerine, l'Aphasie sensorielle et l'Aphasie motrice, la Presse médicale, 11 et 18 juillet 1906). Chez les paralytiques et dysarthriques bulbaires, les lésions sont bilatérales, tandis que chez les aphasiques moteurs, la lésion est unilatérale. Comment expliquer cette particularité si l'on nie le centre de Broca ? Il me paraît difficile de passer au-devant de ces objections.

A côté de ces centres sensoriels d'association présidant aux fonctions du langage et de l'écriture, on en a décrit un centre visuel, un centre auditif, un centre olfactif, un centre guslatif.

Centre visuel. — Le lobe occipital et le pli courbe sont les centres de la vision (Ferrier, Luciani et Tamburini, Schoefer) ; leur destruction d'un côté amène l'hémiopie homonyme par paralysie des côtés correspondants des deux rétines (Munk). Cependant la destruction des deux plis courbes ne provoque pas une cécité durable chez l'animal (Ferrier, Lannegrace). Ce qui semble bien établi, c'est qu'après la destruction pathologique du cunéus, on observe : ou bien de l'hémiopie latérale homonyme, ou bien de l'amblyopie croisée, ou enfin la cécité psychique, c'est-à-dire que l'œil perd les images commémoratives des objets (amnésie oculaire) qu'il a vus autrefois, il regarde mais ne voit pas ; il voit les couleurs, les formes et les contours, mais ne reconnaît ni les objets ni les personnes. Les faits d'atrophie occipitale observés à la suite d'extirpation expérimentale des yeux chez les animaux (Tartuferi, etc.), ou consécutivement à l'absence congénitale du globe oculaire (anophthalmes) et des nerfs optiques (Giovanardi), etc., confirment l'existence de ce cenlre visuel. — Von Monakow {Ârch. f. Psych., XX, fas. 3, et Congrès de Berlin, 1890) a observé après l'ablation de l'écorce occipitale, une dégénération secondaire des irradiations optiques et du corps genouillé externe, du pulvinar et de la racine antérieure de la bandelette optique. Le même auteur, et après lui, Moeli, Lissauer, etc., ont observé les mêmes faits chez l'homme après foyer de ramollissement hémorrhagique du lobe occipital.

Dans l'écorce occipitale se localisent les centres visuels communs. Ces centres sont bien différents des centres visuels placés dans le pli courbe. Ils ne nous permettent de voir les lettres que comme des dessins quelconques, comme nous voyons, par exemple, les lettres d'une langue qui nous est étrangère (chinois, hébreu, etc.). Pour que nous reconnaissions une lettre, pour que l'assemblage de certaines lettres éveille en nous l'image ou l'idée d'un mot, il est nécessaire que ces centres corticaux de la vision entrent en connexion avec les foyers de la faculté du langage articulé, notamment avec la zone de la mémoire visuelle des lettres qui occupe — nous venons de le voir il y a un instant — le pli courbe de l'écorce pariétale.

Les recherches de Monakow, Zinn, Moeli, Zacher, Déjerine, Vialet, etc., confirment que les centres ganglionnaires de la vision sont représentés par le pulvinar, le corps génouillé externe et le tubercule quadrijumeau antérieur; les radiations optiques émergent de ces noyaux pour se porter en arrière en rayonnant et en enveloppant comme d'urie gerbe de fibres la corne occipitale du ventricule latéral et vont se terminer en s'épanouissant dans l'écorce des 3 circonvolutions internes du lobe occipital. Les faits de cécité psychique rapportés par Furstner et Wilbram, ont prouvé qu'à côté de ce centre visuel cortical ou centre de perception visuel il existe un centre des souvenirs visuels (cécité psychique) localisé à la face convexe du lobe occipital. Ces deux centres

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sont probablement en relation ensemble par l'intermédiaire du faisceau transverse du cunéus de Sachs qui traverse le centre ovale du lobe occipital et le faisceau transverse du lobule lingual décrit par Vialet. Du reste, il n'y a pas que ces fibres d'associations. Déjerine a signalé l'existence d'un faisceau occipito-temporal qui chemine à la partie iuférieure du faisceau longitudinal de Burdach et relie le centre visuel cortical à la zone du langage. Il y a enfin des fibres transversales qui réunissent les centres visuels des deux hémisphères; elles passent par le bourrelet du corps calleux (Von Monakow, Déjerine, Vialet).

Shaw et Thompson, de leur côté, ont montré dans des expériences faites sur le Chien qu'à la suite des lésions du lobe occipital, la dégénération descendante permet de suivre un paquet de fibres qui s'engagent dans le bourrelet du corps calleux pour se rendre dans l'hémisphère opposé, et un autre qui descend par la partie la plus reculée de la capsule interne pour se rendre dans le pulvinar, le corps genouillô externe, le tubercule quadrijumeau antérieur, et peut-être jusque dans la substance grise de l'aqueduc en passant par la voie de la commissure postérieure.

Dans certains cas avec la destruction totale du centre cortical visuel, persiste la vision centrale. Wilbrand, pour expliquer ce fait, admet que chaque région maculaire est en rapport avec les deux hémisphères à la fois, autrement dit que les fibres maculaires se divisent elles aussi, dans le chiasma, en un faisceau direct et en un faisceau croisé. S. E. Henschen (d'Upsal) a adopté la même explication (Revue Neurologique, 1894, p. 320).

L'examen des documents rapportés par Henschen, Monakow, Berger, Moeli, Wilbrand, Hun, Bouveret, Déjerine, Zinn, etc., dans lesquels

'-.»•»' * provoquant lhemiplegie complète du coté opposé.

l'hémianopsie complète coïncidait avec une lésion exclusivement corticale de la région du cunéus, permet de localiser dans la face interne du lobe occipital le centre cérébral de la vision. Ces lésions, suivant qu'elles sont localisées à un hémisphère ou qu'elles frappent les deux hémisphères, donnent lieu à l'hémianopsie complète ou à la cécité corticale absolue. A. N. Vitzou a confirmé expérimentalement sur le Chien cette localisation (Arch. de physiol., 1873, p. 688).

S. E. Henschen (de Stockholm) a démontré, contrairement à l'opiniou de Monakow, qu'il y a bien projection de la rétine sur la corticalité calcarine. (Congrès intern. des Se. Méd. de Madrid, 1903, Section d'Anat., p. 53).

L'excitation du cunéus — et aussi celle du gyrus angularis — détermine des mouvements des yeux.

Nous pouvons donc conclure que la sphère visuelle corticale occupe le cunéus et les lobules lingual et fusiforme. Une lésion localisée à cette région dans les deux hémisphères détermine la cécité avec conservation de l'intégrité de l'appareil nerveux visuel antérieur, intégrité de l'œil constatée à l'ophthalmoscope et persistance de la réaction pupillaire (Voy. Vialet, les centres cérébraux de la vision, Paris, 1893. — Déjerine et Vialet, Compt. rend. Soc. de. Biologie, p. 983, 1893).

Chez une petite fille de 14 mois, aveugle-née et manquant des deux globes oculaires, les nerfs optiques, le chiasma et les bandelettes optiques faisaient défaut et les circonvolutions occipitales étaient atrophiées des deux côtés (Giovanardi). Inversement, chez un fœtus humain de 8 mois, auquel manquaient les deux lobes occipitaux et une partie

Fig. 301. — Lésion du cerveau du Singe

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du lobe pariétal (porencéphalie), il y avait atrophie descendante des tubercules quadrijumeaux antérieurs, du corps genouillé externe, du pulvinar, des tractus et des nerfs optiques (Monakow), comme dans le cas où l'on extirpe aux mammifères leurs lobes occipitaux quelques jours après la naissance.

Vitzou {C.R. Ac des sciences, 16 sept. 1895) a rapporté qu'après l'ablation du lobe occipital du cerveau du Singe, il y aurait néoformation de cellules nerveuses. Cette néoformation explique la récupération, d'ailleurs très imparfaite, du sens de la vue.

Centre acoustique. — Ferrier, Munk, Wernicke, Onufrowicz,Friedlânder, Seppilli, s'accordent pour placer dans le lobe temporal le centre acoustique commun, — et Baginsky, Flechsig, Bechterew et Monakow, paraissent admettre que les fibres nerveuses du nerf acoustique qui se rendent au limaçon proviennent des lobes temporaux, tandis que celles des canaux demi-circulaires ont leur origine dans le cervelet. C'est là aussi, nous l'avons vu, la zone de la perception

acoustique des mots (surdité verbale) et de la conservation des images acoustiques verbales (surdité psychique).

L'excitation de ce centre provoque des mouvements associés du pavillon de l'oreille chez les animaux . Sa destruction totale des deux côtés amènela surdité complète.

Centre olfactif. — Le

centre psycho- olfactif a été placé par Ferrier, Luciani, Munk, Seppilli, Frigério, etc., dans la circonvolution de l'hippocampe et le subiculum de la corne d'Ammon, opinion vraisemblable, depuis que Meynert, Broca, Giacomini, etc., ont montré que la circonvolution de l'hippocampe est une ruine du grand lobe limbique ou lobe olfactif. Les observations cliniques d'anatomie de Ogle, Fletcher, Bansome ; celles de sensations d'odeurs dans les cas de lésion du crochet de l'hippocampe de Lane Hamilton, Worcester, Hughlings Jakson et Beevor, ne sont cependant pas assez concluantes pour nous édifier définitivement sur cette localisation, Zuckerkandl considère tout le lobe limbique comme centre psycho-olfactif.

Le centre du goût a été localisé dans la corne d'Ammon ; d'autres (Trapezniskoff, Gorschkow) l'on placé dans l'opercule (?).

Centres Sensitivo-Moteurs. — Mais il n'y a pas que des centres d'expression et de sensibilité dans les hémisphères du cerveau. A côté de ces centres, il en est d'autres qui sont des centres de motricité à action localisée. Les uns actionnent les muscles de la face, les autres les muscles des membres. Ces centrés, que l'on a appelés centres psycho-moteurs, sensitivo-moteurs, sont cantonnés autour de la scissure de Bolando. Les expériences de Fritsch et Hitzig (1870), celles plus récentes de Ferrier, Carville et Duret, Munk, François-Franck et Pitres,

Fig. 302. — Lésion du cerveau de l'Homme qui détermine l'hémiplégie controlatérale complète

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Luciani et Tamburini, Horsley, Ferrier, Exner, Raymond, Pitres, Artaud, Landouzy, Brissaud, Déjerine, etc., s'accordent avec les recherches anatomocliniques, celles de Charcot, Nothnagel, etc., pour installer définitivement dans l'éçorce des zones réactionnelles distinctes. La méthode des destructions partielles de l'éçorce est venue confirmer celle des excitations électriques, et les deux sont confirmées à leur tour par les résultats constatés à la suite des destructions accidentelles ou pathologiques chez l'Homme. Chez ce dernier, la destruction de la zone motrice corticale produit aussi bien que chez le Singe et le Chien, une hémiplégie du côté opposé du corps, mais avec cette différence pourtant qu'alors que le Chien guérit assez vite de sa paralysie (1), l'Homme et

(1) On a supposé que la restitution fonctionnelle se faisait par réparation dejla lésion, ou par suppléance, celle-ci s'effectuant, soit par la zone motrice du côté opposé (Ferrier, Broadbent, Soltman), soit par les corps striés (Ferrier, Luciani et Tamburini), soit encore par les centres médullaires (Franck et Pitres, Marique). Ce qui reparaît en réalité, ce sont les mouvements automatiques, et dans cet ordre d'idées on peut admettre que ce sont les ganglions de la base qui suppléent ceux de l'éçorce. Ainsi s'expliquent, dit Ferrier, les nombreuses différences que l'on constate dans les espèces animales, au point de vue de l'ablation des centres corticaux encéphaliques. Un Singe à qui on fait cette opération devient hémiplégique et reste hémiplégique ; un Chien n'est que passagèrement paralysé; un Pigeon ne l'est plus du tout (Voy. p. 393). Pour Goltz et Gergens, le centre automatique qui viendrait suppléer le centre moteur volontaire serait le cervelet.

Les expériences de nombreux physiologistes, Munk, Horsley, etc., ont démontré l'existence de très nombreux centres à fonctions distinctes, dans l'éçorce cérébrale des mammifères f Chiens, Singes,

etc.). Non seulement, ils sont arrivés à localiser le centre des mouvements volontaires d'un membre, mais des diverses portions de ce membre. On connaît ainsi les centres cérébraux des mouvements de l'épaule, du coude, du poignet, du pouce, de la hanche, du gros orteil, des mouvements de l'anus, etc.

Les observations sur l'Homme d'excitations électriques de l'éçorce mise à nu pour une opération de Bartholow et Sciamanna, d'Horsley, Mills, Keen, Loyd et Deaver, Nancrède, permettent de penser que les relations fonctionnelles de l'éçorce du cerveau humain sont semblables à celles des Singes et autres mammifères. La galvanisation des différents points de la zone motrice provoque des mouvements isolés des doigts, du pouce, du poignet, du coude ou de l'épaule. Une pareille dissociation a été observée chez l'Homme, dans les cas rares, où après trépanation on a pu exciter les circonvolutions rolandiques mises à découvert (Keen. Amer . Journ. of. se. 1888 ; Nancrède, Médical News, 1888 ; Lloyd et Deaver, Americ. Journ. of. se. 1888).

Dans des expériences de ce genre chez des trépanés, Bartholow (The Amer. Journ. of the med., Se., 1874) et Dana (Med. Record, 13 mai 1893) ont obtenu des perceptions sensitives désagréables de fourmillement dans les membres du coté opposé et des contractions musculaires que le patient rapportait à la région du corps dont le centre sensitivomoteur était exploré à l'excitation électrique.

Fig. 303. — Face interne du cerveau.

co, couche optique ; c,c, corps calleux ; F1, circonvolution frontale interne; LP, lobule paracentral; I,Q, lobule quadrilatère.

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le Singe ont une paralysie durable, et chez .eux les muscles paralysés, d'abord flasques, sont ensuite frappés de contractures. Cette hémiplégie d'ordre cortical» d'abord complète, diminue ensuite peu à peu, les mouvements réflexes purs reparaissant, tandis que les mouvements volontaires restent, en général, plus ou moins abolis. Ces lésions sont suivies d'une dégénération descendante qui peut s'étendre jusqu'au cordon pyramidal de la moelle du côté opposé, tandis que les lésions de la zone latente de l'écorce]J ne déterminent aucune dégénérescence secondaire.

fr'ig. 304. — Coupes horizontale (A) et sagittale (B) de l'hémisphère chez l'Homme (photographies).

Vingt observations entr'autres rapportées par Charcot et Pitres (Centres moteurs corticaux, p. 61 à 77) établissent rigoureusement cette loi. La paralysie peut, exceptionnellement, s'accompagner dès le début de contracture (contracture primitive) ou de convulsions épileptiformes (épilepsie Jacksonnienne). D'autre part, les faits anatomo-cliniques (Charcot et Pitres en rapportent 63 observations) permettent de diviser la zone motrice en trois segments superposés : 1° un segment supérieur, comprenant le quart supérieur des circonvolutions centrales et le lobule paracentral,où siègent les centres corticaux des mouvements

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volontaires des membres inférieurs du côté opposé (monoplégie crurale) ; 2" un segment moyen, comprenant les deux quarts moyens des circonvolutions centrales qui renferme les centres moteurs corticaux présidant à la motilité volontaire du membre supérieur du côté centrolatéral (monoplégie brachiale) ; 3' un segment inférieur comprenant le quart inférieur des circonvolutions centrales et l'opercule rolandique, qui renferme les centres moteurs corticaux du facial inférieur et de l'hypoglosse du côté opposé (monoplégie faciale et linguale).

Cesmonoplégies peuvent du reste s'associer si la lésion destructive de l'écorce motrice est quelque peu étendue. On peut alors avoir des monoplégies -brachiocrurales et des monoplégies brachio- faciales, mais il est à remarquer de suite, qu'on ne voit jamais de monoplégies associées de la face et du membre inférieur, à cause de la position respective des centres moteurs dans l'écorce de la région rolandique. — Raymond et Brodeur ont fait rentrer le lobule de l'Insula dans la zone motrice, mais Charcot rejette cette localisation, et François Franck et Pitres rangent l'Insula dans la zone silencieuse.

Les lésions du centre ovale et de la capsule interne, nous l'avons vu, confirment absolument les données précédentes. C'est ainsi qu'alors que des lésions destructives (ramollissements, foyers hémorrhagiques, abcès, etc.) siégeant dans les faisceaux préfrontaux, occipitaux ou temporaux, ne donnent lieu par elles-mêmes à

m S . m mm.

Fig. 305. — Coupe horizontale de l'hémisphère gauche d'un Singe (Cercocebus cinomolgus), d'après Meynert.

F, extrémité frontale; 0, extrémité occipitale de l'hémisphère; R, écorce cérébrale ; FS, scissure de Sylvius ; J, insula ; Cl, avant-mur; Li, Lu, Lm, les trois segments du noyau lenticulaire; M, centre ovale de l'hémisphère, Ne, tète du noyau caudé, et Na, queue de ce noyau; T, corps calleux;, S, septum lucidum; Ca, commissure antérieure; Cm, commissure moyenne ; V, corne frontale, et Vp, corne occipitale du ventricule latéral ; Vm, ventricule moyen ; Th, thalamus ; Th' , couche sous-optique ; Qu, tubercule quadrijumeau ; Gi, Ge, corps genouillés ; P, capsule interne (irradiation pédonculaire) ; Om, irradiations optiques de Gratiolet ; A, corne d'Ammon ; T', tapis du corps calleux, formant la paroi supérieure de la corne occipitale du ventricule latéral; mlh, irradiation fronlale de la capsule interne.

aucun trouble persistant de la motilité volon-

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Kig. 307. —

Les centres sensitivo-moteurs et sensoriels à la surface du cerveau (en rose). Cerveau vujpar sa voûte.

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taire, les altérations des faisceaux fronto-pariétaux du centre ovale, correspondant à la zone corticale psycho-motrice, déterminent des paralysies persistantes du côté opposé du corps. De même aussi, les lésions destructives du tiers antérieur de la capsule interne (portion préfrontale de la capsule) n'altèrent ni la sensibilité ni la motricité (1), celles du tiers moyen (portion fronto-pariétale ou rolandique de la capsule) provoquent des paralysies motrices durables suivies de dégénérescence descendante et secondaire et de contracture; enfin les lésions du tiers postérieur de la capsule (portion temporooccipitale de la capsule) provoquent des paralysies sensitivo-sensorielles. 11 y a donc dans le cerveau trois zones :

1° une zone corticale antérieure ou prèrolandique, inexcitable et dont les lésions ne donnent lieu à aucun trouble, soit du mouvement soit de la sensibilité (zone latente) ;

Fis

. 308. — Figure schématique représenlant : en bas, le Tronc cérébral avec les noyaux moteurs des nerfs crâniens sensément vus par transparence, et en haut et à gauche la région optostriée et la capsule interne sectionnées horizontalement.

(1) La destruction du faisceau préfrontal détermine une paralysie de la mimique spontanée unilatérale si la lésion est unilatérale, bilatérale dans ,1e cas contraire. Si la lésion bilatérale intéresse le faisceau moteur volontaire de la face en respectant les conducteurs psychoréflexes, on se trouve en présence du syndrome pseudo-bulbaire, dans lequel le masque immobile peut encore être provoqué par stimulation psychique ou spasme irrésistible du rire ou du pleurer. « Le rire et le

pleurer spasmodiques s'expliquent précisément par l'interruption des conducteurs qui relient les centres corticaux moteurs volontaires aux noyaux bulbaires de la face; la physionomie n'est plus soumise à la volonté et pourtant elle reste en rapport avec les centres de coordination de la couche optique mis en action par un réflexe cortical ». (Brissaud, Le rire et le pleurer spasmodiques. Rev. scient., 1894).

Ne, noyau caudé (tète); ThA, faisceau antérieur du thalamus; AR, faisceau d'Arnold; Put, G1M, GLP, noyau lenticulaire; CI, capsule interne avec ses divers faisceaux (en rouge) ; Th, thalamus ; Ncc, noyau caudé (queue) ; VL, ventricules latéraux ; FG, faisceau géniculé ; VM, commissure grise; GP, glande pinéale avec ses rênes ; Hab, ganglion de l'habénule ; QA et QP, tubercules quadrijumeaux ; PcS, PCI, PCM, pédoncules cérébelleux ; B, bulbe rachidien ; III, noyaux de l'oculo-moteur commun ; IV, noyau du pathétique ; V, noyau du trijumeau ; VI, noyau de l'oculo-moteur externe; VII, noyau du facial ; IX, noyau du glosso-pharyngien ; X, noyau du pneumogastrique ; XI, noyau du spinal; XII, noyau de l'hypoglosse (d'après Brissaud).

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2* une zone corticale moyenne ou rolandique, zone motrice, cerveau moteur, dont la lésion détermine de l'hémiplégie ; 3° une zone postérieure ou occipitale dont les lésions ne donnent lieu qu'à certains phénomènes du côté de la vision, à aucun du côté du mouvement ou de la sensibilité (nouvelle zone latente) (t).

Les lésions qui entraînent la paralysie de la partie inférieure de la face et de la langue déterminant en même temps des. troubles moteurs du larynx et du pharynx, une paralysie làbio-glosso-laryngêe d'origine cérébrale (R. Lépine,

(1) Il y a à la surface du cerveau des zones latentes ou silencieuses dont la destruction ou lexcitation ne donne lieu à aucun accident du côté de la motricité. L'exemple le plus typique que l'on puisse fournir à cet égard et qui suffirait à lui seul pour démontrer la réalité de cette zone latente, c'est le fait légendaire de ce carrier américain qui, ayant eu le crâne complètement traversé dans la région frontale par une grosse tige de fer, ne donna point le moindre signe d'un accident moteur quelconque. Mais L. Mianchi a montré que l'ablation des lobes frontaux chez le Singe, produit la désagrégation de la personnalité, lmcapacité à la formation par séries des groupes d'images et de représentations. Il a fait constater à Hitzig et a Sciamanna cette déchéance de la psychité, causée par l'amoindrissement des perceptions et le défaut de discernement (Congrès de Rome, 1894, in Arch. ital. de Biol. t. XXII, 1895). R. Colella déjà (La Psychiatria, la Neuropatologia e la scienze affini, 1899, p. 97) avait tenté de démontrer que les lobes préfrontaux sont le siège de la perception psychique des impressions sensitives.

La zone latente comprend, d'après Charcot et Pitres (Centres moteurs corticaux, P^ris, 1895), toute l'écorce, à l'exception des circonvolutions centrales, le lobule paracentral et l'opercule rolandique. Une lésion destructive quelconque de cette zone ne donne lieu à aucun phénomène paralytique, tant qu'elle respecte les faisceaux blancs qui relùnt l'écorce de la zone latente aux parties centrales des hémisphères, et jamais non plus elle ne détermine de dégénérations secondaires descendantes du faisceau pyramidal. Charcot et Pitres rapportent 40 observations rigoureuses de faits négatifs — et l'on pourrait en allonger la liste — qui établissent nettement cette affirmation ,

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Charcot, Ball, Rosenthal, Féré, Bernhart, etc.), on en a conclu que les pieds de F3 et Fa étaient unis aux noyaux bulbaires des nerfs masticateur, facial, spinal et hypoglosse par des fibres, qui sont les connexions cérébrales de ces nerfs. Landouzy (Thèse de Paris 1876, et Thèse d'Augê, 1878), a bien montré la nécessité d'admettre une origine cérébrale pour une partie du nerf facial, puisqu'il est de connaissance classique que des lésions cérébrales peuvent donner lieu à une paralysie de la moitié inférieure de la face du côté opposé. Or, des observations de glossoplégie d'origine corticale de Raymond et Artaud (Arch. de Neurologie, 1894), et de celles de paralysie pseudo- bulbaire labio-glosso-laryngée de R. Lépine (Rev. mens, de mèd. et de chir. 1877), il résulte que les fibres de l'hypoglosse, du facial inférieur et de la branche motrice du trijumeau, proviennent du faisceau frontal inférieur de Pitres dans le centre ovale et du pied de F2 dans l'écorce, tandis que les conducteurs de la parole, nous l'avons vu, siègent dans le faisceau pédiculo-frontal inférieur et le pied de F3 (Voy. Brissaud, Localisation corticale des mouvements de la face {Progrès médical, 1893).

Quand la paralysie est d'origine cérébrale la paralysie est croisée et incomplète : quand elle est d'origine périphérique, elle est complète et directe ; quand elle est d'origine protubérantielle la paralysie faciale est directe et complète et le plus souvent alterne (Landouzy).

Pour expliquer la paralysie pseudo-bulbaire (paralysie des mouvements complexes et coordonnés des lèvres et de la langue, succion avec conservation des mouvements simples; par lésion d'un seul hémisphère (on sait que les mufles synergiques sont sous la dépendance des deux hémisphères), Haliprô ndmet qu'outre les centres d'un hémisphère, les fibres réfléchies et passant par le corps calleux qui unissent ces centres à ceux du côté opposé, sont atteintes (2 observations de ce genre avec atrophie du corps calleux).

Dans la lésion d'un hémisphère (hémorrhagie cérébrale), si les membres et la face sont paralysés, le malade regarde du côté opposé à sa paralysie : il regarde sa lésion ; — si, au contraire, la face et les membres sont en contracture, le malade regarde ses membres contracturés. Quand l'altération siège dans le mésocephale, la rotation de la tète se fait en sens opposé. — Le sujet « fume la pipe » du côté paralysé. Une hémorrhagie dans la région opto->triée conduit à l'hémiplégie, mais en même temps il y a coma, donc le cerveau est atteint dans sa toialité ; le cœur se ralentit, la respiration s'embarrasse, donc le bulbe est affecté ; la résolution des membres est complète, il y a une suppression temporaire des réflexes médullaires eux-mêmes, donc la moelle est frappée. Ce retentissement de la lésion limitée au corps opto-slrié à quoi est-il dû? Probablement au sliok, l'étonnement cérébral de Trousseau, ['inhibition de Brown-Séquard.

Le syndrome thalamique (Thomas et Chiray, Revue Neurologique, 1904, p. bOo) se caractérise par une dissociation remarquable des troubles de la motricité et de la sensibilité. Tandis que l'hémiplégie régresse considérablement, les troubles de la sensibilité persistent (hypéresthésie subjective avec douleurs vives et rebelles, hémianesthésie objective pour le contact, la douleur, la température, accompagnée de dysesthésie et d'erreur de localisation).

Ce syndrome se distingue de celui des tubercules quadrijumeaux par l'absence de troubles de la musculature interne et externe des yeux.

Enfin, dans l'hémiplégie réparée, il reste très souvent des impotences fonctionnelles, par amnésies motrices. Le sujet a récupé la possibilité d'exécuter certains mouvements qu'il n'exécute pas, parce qu'il croit, à la suite de leur perte, qu'il ne peut plus les exécuter et qu'il les a oubliés.

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Il y a d'autres centres moteurs dans i'écorce. Selon'FERRiER, l'excitation du lobule de l'hippocampe chez les Singes, les Chats, les Chiens et les Lapins, produit la torsion des narines du même côté. Des recherches expérimentales de Masini, Krause, Sernon et Horsley, Munzer, Rosenbach et Eisenlohr, OnodI et Broekaert, faites sur le Chien ou le Singe, mais surtout des observations pathologiques de Rébillard, Garel et Dor; il résulte que dans le pied de Fa (opercule frontal) doit être localisé encore le centre moteur du larynx (centre de phonation). Ce centre siège dans le gyrus préfrontal chez le Chien. Les fibres de ce centre passent par le genou de la capsule interne, et leur destruction, comme la destruction du centre lui-même, donne lieu à la perte de l'aboiement, mais avec conservation de l'adduction réflexe des cordes vocales. Le larynx obéit ainsi à deux influences, l'une bulbaire, qui est d'ordre respiratoire, l'autre cérébrale, qui actionne le larynx en tant qu'organe de l'expression parlée (Voy. Raugé, Arch. de Physiol., 1892, p. 730). Au bout de quelques semaines, le Chien réapprend à aboyer. Le centre se refait, vraisemblablement dans les parties voisines par un nouvel apprentissage. Cependant si Charcot et Pitres acceptent cette localisation comme probable — et ils en citent 4 observations, celles de Magnus, C. Séguin, Barlow, Garel et Dor — ils ne la croient pas encore suffisamment démontrée.

A côté du centre du facial inférieur et de celui du larynx, on a placé, dans le pied de Fa encore, un centre masticateur (m, fig. 293). Horsley et Beevor, après Ferrier, ont obtenu expérimentalement cette localisaticn chez le Singe, et Réthi a vu survenir par l'excitation de ce centre des mouvements coordonnés de mastication, suivis ordinairement d'un acte de déglutition chez le Chien et le Lapin. Carpenter (Centralbl. f. Physiologie, 1895) a fait la même observation. Mais Pitres ne croit pas que nous ayons une seule observation anatomo-pathologique qui puisse nous permettre d'accepter sans retour un centre masticateur cortical dans le pied de F».

Les expériences de Bosco (Rev. Neurol. 1895, p. 558). faites sur le Chien, ont conduit cet auteur à attribuer à la paupière supérieure un centre cortical situé au-dessus de celui du facial. Grasset (Progrès Médical, 1876, p. 406) et Landouzy (Arch. gin. de Méd. 1877) ont pensé que ce centre du releveur de la paupière supérieure doit être placé dans le pli courbe et que la blépharoptose (ptosis) de la paupière supérieure dans le cas d'hémiplégie faciale était due à la destruction de ce centre dans le pli courbe du côté opposé.

Mendel également a placé dans le pli courbe le centre moteur du facial supérieur, et Exner et Paneth ont démontré que chez les animaux l'excitation du pli courbe détermine des contractions des paupières du côté opposé. Pitres n'accepte cependant qu'avec réserve cette localisation, car si Surmont (Thèse de Lille, 1886) a relevé 11 cas de blépharoptose dans 61 cas de destruction du pli courbe, il a aussi noté l'absence de ce symptôme dans les 50 autres cas.

Landouzy a localisé un centre rotateur cérébral des yeux (déviation conjuguée des yeux, 6e paire) et de la tête (rotation de la tête, 11e paire) dans le pied de la circonvolution pariétale inférieure (P2). Grasset, Henschen, Wernicke partagent cette opinion. Wernicke a établi d'après 43 observations (Arch. etPsych. XX, l, 1890) que toute lésion en foyer du pli courbe s'accompagne toujours, au moins passagèrement, de déviation conjuguée des yeux, et que toute lésion bilatérale de cette région se traduit par une ophtalmoplégie totale.

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Allen Star déclare cependant qu'il n'a pas trouvé dans la casuistique américaine^d'observation de nature à confirmer l'hypothèse de Landouzy, et Pitres croit qu'il n'est pas du tout démontré que les lésions bilatérales des lobules

Fig. 310. — Schème destiné à montrer les origines, les rapports, les connexions et la direction des fibres entrant dans la constitution du nerf facial (Landouzy).

A, A, faisceaux, pyramidaux croisés de la moelle; H, H, facial cérébral (rouge); P, trajet pédonculaire du facial; B, portion bulbo-protubéranlielle du facial; F, émergence du facial de la fossette sus-olivaire du bulbe (torsade rouge et bleue), le cordon rouge représente le facial cérébral, le cordon bleu le facial bulbaire émanant des , deux noyaux bulbaires (en noir); M, portion intracrânienne du facial ; T, portion intrapierreuse ; M, séparation de la branche supérieure S (cordon bleu) fournissant les rameaux temporoorbiculo-faciaux du facial de la branche inférieure 1 (cordon rouge) qui donne les filets cervico-faciaux ; c,'centre cortical (tiers inférieur des circonvolutions frontale et pariétale ascendante) du facial.

pariétaux inférieurs déterminent une ophtalmoplégie totale pseudo-nucléaire, parce que la lésion de ces parties n'est pas toujours accompagnée de la déviation de la tête et des yeux, et que cette déviation peut se montrer dans des cas où le lobule pariétal inférieur est indemne de toute altération (Charcot et Pitres, loc. cit. p. 141).

Chaque hémisphère commande à un hémioculo-moteur, de façon à ce que de l'hémisphère droit part le lévogyie et de l'hémisphère gauche le dextiogyre des deux yeux, de

Debierrk. — 27.

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même que de l'hémisphère droit part l'hémioptique gauche, qui voil dans la moitié gauche de la rétine des deux yeux, et de l'hémisphère gauche l'hémioptique gauche, qui voit dans la moitié droite du champ visuel des deux yeux.

L'entrecroisement se fait à la partie supérieure du pont de Varole, avant le facial. Il peut donc y avoir des paralysies de latéralité des yeux (déviation conjuguée des yeux) d'origine mésocéphalique (Farinaud, Arch. de Neurologie, 1883, p. 145).

En fait, le centre cortical de ces hémioculo-moteurs paraît être double, un sensoriomoteur qui siège dans le lobule pariétal inférieur, un sensitivomoteur qu'on a placé dans le pied de la 2e frontale (Ferrier, Pick, Schaefier et Mott, Beevor et Horsley, Herner, Touche, Bechterew).

Les mouvements d'abaissement et d'élévation des yeux sont également commandés bilatéralement par le cerveau.

On peut en dire autant des rotateurs de la tête. Chaque hémisphère agit sur eux (nerf spinal, sterno-cleido- mastoïdien et trapèze) pour faire tourner la tête du côté opposé.

Dans la déviation conjuguée d'origine cérébrale, le malade regarde l' hémisphère qui porte la lésion (Prévost et Vulpian) ; dans la même déviation d'origine protubéranlielle, il n'y a pas de règle.

Mais Landouzy, ayant observé 10 fois sur 33, une exception à la loi de Prévost et Vulpian, admet que dans les cas conformes à la loi de Prévost, il y a excitation du centre rotateur cortical du côté de la lésion, tandis que dans le cas contraire, il y aurait paralysie de ce centre, et alors la rotation se ferait en sens inverse par l'action antagoniste du centre de l'autre côté.

C'est le moteur oculaire externe qui serait l'agent de la déviation conjuguée des yeux par sa double action sur le droit externe du mêmé côté, et du droit interne du côté opposé.

Avec Grasset et Landouzy, on peut dire que dans les altérations d'un hémisphère, quand il y a déviation conjuguée, le malade regarde ses membres convulsés s'il y a excitation, et regarde sa lésion s'il y a paralysie.

Bechterew, chez le Chien, a découvert un centre anal et un centre vèsica<, situés en arrière du sillon crucial, dans le segment postérieur du gyrus sigmoïde (Neurologisches Centralbl. 1893, p. 81). Sherrington a signalé une localisation analogue chez le Singe (Rev. Neurologique, 1893, p. 18).

Mais à côté des troubles moteurs déterminés par la destruction des centres psycho-moteurs corticaux, on trouve aussi des troubles sensitifs qui avaient échappé aux premiers observateurs. Le membre dont le centre moteur a été détruit est inhabile, maladroit, ataxique, ce qui prouve que le sujet n'a plus une conscience nette de la position de son membre dans l'espace ni de la contraction de ses muscles. Munk en a conclu que les centres psycho-moteurs sont également des organes de sensibilité pour le tact et le sens musculaire, et Sciiiff et après lui Munk, Goltz, Luciani, Bastian, etc., sont partis de là pour supposer que les troubles moteurs observés en pareille circonstance s'expliqueraient par cette seule perte de sensibilité tactile et musculaire, comme à la suite d'une section des racines postérieures des nerfs rachidiens.

La distribution dans l'écorce du faisceau sensitif implique la nature fonctionnelle de la région à laquelle il se distribue, car il ne saurait en être autrement pour la sensibilité générale que pour les sensibilités spéciales (ouïe, vue, etc.).

La sensibilité générale de l'organisme doit donc être représentée dans les circonvolutions centrales de l'hémisphère puisque le faisceau sensitif s'y termine. C'est dire que les impressions de toutes sortes, cutanées, musculaires, etc., dont

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sont le siège les diverses parties du corps, ne sont senties, perçues, conservées et associées à l'état de signes ou de symboles mentaux, c'est à dire d'images de la sensibilité générale, que dans l'écorce de ces circonvolutions.

Exner, en 1881, analysant 167 observations de lésions corticales et remarquant que, dans toutes les lésions destructives de l'écorce de la zone motrice, il y

Fig. 3H. — La sensation et ses réponses.

m, moelle épinière (centre réflexe inconscient) ; RA, racine antérieure ; RP, racine postérieure ; G, ganglion rachidien ; ni\ nerf rachidien (nerf mixte) ; a, centre bulbo-protubérantiel réflexe et émotionnel, inconscient ; C, cerveau; 6, centre de perception et de volonté; e, centre d'idéation et de mentalité ; 1, peau (surface sensible) ; 2, nerf sensitif (courant contripète) ; 3, trajet médullaire sensitif (centripète) ; i, trajet médullaire moteur (centrifuge); 5, nerf moteur (courant centrifuge); 6. muscle (organe du mouvement); 7, main (organe du langage graphique, écriture); 8, larynx (organe phonateur et vocal); 9, oreille (organe sensoriel); 10, œil (organe de sensibilité spéciale); H, bouche (organe d'articulation des sons, réponse parlée). — Les flèches indiquent le sens du courant, les traits coupés indiquent les mouvements volontaires.

avait eu constamment des troubles de la sensibilité du tact et du sens musculaire, avait conclu que les zones corticales sensitives des différentes parties du corps correspondaient, en général, à leurs zones motrices corticales. Tripier, Petrina, Nothnagel, Luciani et Seppili, Starr, Dana, Lisso, Hensche.n, Darkschewitsh, Knapp, Ransom, Madden, Déjerine, etc., ont soutenu la même opinion. 11 parait aujourd'hui bien établi, en effet, qu'on puisse conclure que les centres de sensibilité générale, y compris le sens musculaire, occupent les mêmes parties de l'écorce que les centres moteurs.

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Cependant, Ferrier objecte que, dans .les observations cliniques sur lesquelles on s'est appuyé pour aboutir à cette conclusion, 110 cas de lésion générale de la zone rolandique produisant l'hémiplégie ont donné 52 fois la sensibilité intacte, et, dans 37 cas, l'état de sensibilité n'a pas été mentionné. Dans 284 cas atteignant la zone rolandique, on voit que, de même dans 100, l'état de la sensibilité n'est pas indiquée; que, dans 121, elle était intacte, et que, dans 63, son altération était mentionnée. Ferrier estime donc que l'on peut dire que, dans les paralysies motrices d'origine corticale, on a trouvé la sensibilité altérée une fois sur trois.

Pitres non plus ne peut croire à la superposition des aires motrices et sensitives dans l'écorce, parce que les troubles de la sensibilité ne se superposent pas exactement aux parties privées de mouvements, et aussi parce que lanesthésie est presque toujours fugace et mobile, alors que la paralysie motrice est persistante (Charcot et Pitres, loc. cit., p. 160).

Goltz, Bechterew, Horsley et Schâffer, en détruisant la zone motrice chez le Chien, le Chat, le Singe, ont prétendu de leur côté que cette destruction n'altérait point la sensibilité de l'autre côté du corps.

Les lésions qui produisent l'hémiplégie du côté opposé produisent aussi en même temps une diminution dans l'énergie des mouvements des membres du même côté.

Les centres sensitivo-moteurs sont bilatéraux. Les centres sensoriels (centres du langage et de l'écriture, centres de la lecture et de l'audition des signes), sont, au contraire, unilatéraux. Ce sont des centres spécialisés et acquis. C'est pourquoi ils ne siègent que sur un seul hémisphère.

Il ne faut pas se le dissimuler d'ailleurs, chaque hémisphère a une action motrice bilatérale, non seulement pour l'articulation des mots (non pas la mémoire des mots), la phonation et la déglutition, mais même pour les mouvements des membres, les membres inférieurs surtout (fibres ventro-latérales d'origine pyramidale et corticale et fibres parapyramidales d'origine mésencéphalique ou myélencéphalique). Pierre Marie et G. Guillain ont insislé là-dessus. (Voy. Rev. Neurol., 1904, p. 697). Chaque hémisphère enverrait des fibres aux 2 membres inférieurs, et seulement à l'un des membres supérieurs, celui du côté opposé. La miosismie bilatérale dans les muscles de la cuisse à la suite d'hémiplégie organique (effet de la dégénération des fibres pyramidales) vient à l'appui de cette opinion (Pierre Marie).

Les fibres sensitives, probablement entrecroisées dans la moelle (comme l'exige l'explication du syndrome de Brown-Séquard), entrecroisées assurément entre les olives (décussàtion des rubans de Reil), s'en vont par la capsule interne se perdre dans l'écorce de l'hémisphère du côté opposé à la moitié de la moelle dont elles étaient parties. Mais, il est nécessaire de se rappeler : 1° qu'une petite quantité d'entre elles issues du cordon de Goll demeurent dans la même moitié du cerveau ; 2° qu'un certain nombre de fibres quittent la capsule interne au-dessus du carrefour sensitif et, traversant le corps calleux, se rendent à l'hémisphère opposé (seconde décussation des fibres sensitives).

La doctrine des localisations cérébrales n'a pas été sans rencontrer des contradicteurs. Flourens, Goltz, Friedlander, Brown-Séquard, etc., ont contesté ses résultats. Brown-Séquard n'admet pas la doctrine des localisations parce que : 1° Chaque partie du cerveau peut être détruite sans qu'il y ait perle de fonction, et que d'un autre côté, la perle d'une fonction quelconque peut se montrer où que soit la lésion dans le cerveau (observations recueillies chez

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l'Homme) ; 2° il peut y avoir destruction des prétendus centres moteurs des deux côtés sans paralysie et chaque moitié du cerveau est capable d'agir comme le cerveau entier à l'égard des mouvements volontaires et de la sensibilité des deux côtés du corps ; 3° l'ablation des prétendus centres corticaux chez les animaux élevés dans la série peut, après un certain temps, être suivie d'un retour complet (?) des mouvements volontaires (Goltz, Dupuy).

Il est si peu vrai, ajoute Brown-Séquard, que les mouvements causés par la faradisation de la zone motrice corticale d'un côté puisse servir à démontrer que cette zone est psycho-motrice, que, si l'on a coupé les conducteurs qu'on dit être les seuls à transmettre les excitations motrices volontaires de la zone motrice d'un côté aux membres du côté opposé, soit au niveau du pédoncule cérébral, soit au niveau du pont, soit au niveau du bulbe, on trouve que l'excitation de cette zone produit encore des mouvements dans ces membres ; bien plus, ces mouvements sont plus énergiques (Brown-Séquard, Arch. de physiol., 1893, p. 203).

Brown-Séquard n'accepte donc pas les localisations cérébrales. Il admet que dans le cas de lésions corticales ou sous-corticales, c'est par inhibition (action d'arrêt, action paralysante) que le cerveau réagit sur le névraxe sous-jacent (bulbe, moelle épinière). La physiologie a, en effet, démontré de nombreux effets de ce genre. On sait, par exemple, que le nerf pneumogastrique inhibe le cœur ; que le cerveau inhibe la moelle. Il suffit de couper le pneumogastrique pour activer les mouvements du cœur; quand on isole par section la moelle de l'encéphale, les mouvements réflexes sont plus forts, ils sont exagérés. Mais si la lésion corticale peut paralyser la moelle, comment la théorie de l'inhibition expliquera-t-elle que ce sont les destructions d'une zone localisée exclusive de l'écorce, la zone des circonvolutions centrales, qui déterminent seules les paralysies motrices volontaires ? Quelle explication donnera-t-elle de la paralysie controlatérale (hémiplégie) ? •

Comment surtout fournira-t-elle l'explication de la paralysie localisée à la face, ou au membre supérieur, ou au membre inférieur (monoplégies) ?

Encore donc que nous acceptions qu'une portion supérieure du névraxe peut jouer un rôle inhibiteur vis-à vis des parties sous-jacentes ; encore que nous admettions qu'une lésion destructive permanente de l'écorce cérébrale puisse par inhibition, donner lieu à une paralysie motrice permanente, nous ne pouvons, en l'espèce, accepter la doctrine de Brown-Séquard.

D'autres estiment que la substance grise corticale n'est pas par elle-même excitable (Longet, Vulpian, etc.), mais que ce sont les fibres blanches sous-jacentes qui sont excitées par le courant faradique dans les expériences de vivisection (t). Mais, ramenée à cette formule, la doctrine n'est pas renversée. En effet, les fibres nerveuses ne prennent-elles pas leur origine dans la substance grise corticale ? D'autre part, François Frank et Pitres

(1) Il est en effet remarquable que cet organe si exquisément sensible qui s'appelle le cerveau est insensible à nos violences extérieures. On peut ouvrir le crâne et abraser une lamelle de l'écorce du cerveau d'un coup de scalpel sans que l'animal donne le moindre signe de douleur ou d'émotion. Les hémisphères cérébraux sont donc insensibles aux excitations douloureuses directes. Mais quand on enlève l'écorce, l'excitabilité des libres delà couronne rayonnante s'éteint complètement au bout du quatrième jour, comme celle d'un nerf périphérique séparé de son centre trophique (Albertoni, Dupuy, Frank et Pitres).

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n'ont-ils pas démontré que l'excitation des fibres blanches et celle de l'écorce grise présentent des caractères si distinctifs qu'on ne peut pas les confondre ?

L'irritation delà substance blanche ne produit pas d'accès convulsifs épileptiformes auxquels donne lieu l'excitation delà substance grise corticale; le temps perdu (période de l'excitation latente) est plus considérable pour les fibres blanches sous-jacentes que pour le, manteau. Si au lieu d'exciter la zone motrice avec des courants faibles, ce qui donne une contraction brusque des muscles comme la contraction normale, on l'excite avec un courant fort ou par une succession rapide d'excitations faibles, on produit un véritable tétanos musculaire, et si l'excitation est assez forte, d'abord un monospasme, puis l'épilepsie hémiplégique, et enfin une véritable attaque épileptiforme généralisée.

Or, Hughlings Jackson n'a-t-il pas fait voir il y a longtemps déjà qu'une irritation corticale aiguë ou chronique de la région motrice du cerveau (méningites, tumeurs, plaies avec corps étrangers, etc.) peut amener chez l'Homme une épilepsie corticale analogue (épilepsie jacksonnienne) ? Et Horsley et d'autres (Péan, Gowers, etc.), n'ont-ils pas vu cette épilepsie disparaître dans certains cas par l'ablation du centre cortical correspondant? Bref, tout semble faire croire qu'il y a bien à la surface du cerveau des centres de motricité. Andeoud (Rev. méd. de la Suisse romande, déc. 1893) a confirmé, chez un Jacksonnien dont les crises débutaient par le pied gauche, la doctrine des localisations, en ce sens que chez ce malade on a trouvé à l'autopsie une tumeur (tubercule de la grosseur d'une noix) occupant le lobule paracentral droit.

Cependant, dit-on, enlevez le centre des mouvements du membre antérieur chez le Chien, il survient de la paralysie des mouvements volontaires de ce membre, c'est vrai, mais cette paralysie n'est que transitoire (1). Dès lors, ou bien votre ablation a compromis l'action des faisceaux blancs sous-jacents dans lesquels se localisent certains actes moteurs, ou bien vous avez réellement détruit un centre moteur dont le fonctionnement s'est trouvé remplacé par le centre similaire du côté opposé par suppléance. Mais cette dernière interprétation ne serait pas admissible et voici pourquoi : si après la guérison de la paralysie ci-dessus produite par ablation du centre cortical du côté droit, on enlève le centre similaire du côté gauche, la paralysie se produit à nouveau, mais elle guérit aussi après un temps assez court. Si alors les mouvements reparaissent malgré l'ablation bilatérale de leurs prétendus centres corticaux, c'est donc que ces centres n'existent pas.

On arrive ainsi, en définitive, à nier les localisations motrices dans l'écorce, mais non pas les centres du langage qui sont la localisation d'une faculté intellectuelle complexe de centres qui sont le siège de diverses mémoires. Et l'on ajoute, les mouvements de la face, des membres, ont pour origine des phénomènes psychiques, complexes, ayant euxmêmes leur point de départ dans les impressions périphériques, les sources de ces mouvements doivent donc être multiples, et si leurs conducteurs se groupent dans la capsule interne, lieu où passent tous les fils conducteurs, on ne voit pas a priori pourquoi ils auraient pour origine des centres moteurs corticaux distincts (Mathias-Duval).

A la suite de l'extirpation des deux hémisphères du cerveau chez un Chien, à sept mois de distance l'une de l'autre, Goltz (1890) n'ayant observé ni paralysie motrice ni anesthésie ; et de plus ayant constaté que bien que ce Chien fût incapable de se nourrir par lui-même, il avait néanmoins conservé les moyens de traduire la joie et la douleur avec les accents spéciaux en pareil cas, conclut que les hémisphères cérébraux ne contiennent pas de centres moteurs et sensitifs tels que leur perte entraîne la paralysie motrice et sensitive. Mais outre que Vitzou (Arch. de Physiol., 1893, p. 263) a contesté une partie des résultats des expériences de Goltz, on peut objecter à ce physiologiste que la conservation du mésocéphale et du cervelet suffit pour expliquer la persistance des phénomènes coordonnés de motricité, et que la conservation d'une certaine conscience n'est pas non plus étonnante avec cette conservation (les actes réflexes coordonnés, certains actes instinctifs sont conservés après l'ablation des hémisphères cérébraux).

(1) Même chez le Chien cependant, la restitution fonctionnelle n'est jamais complète Goltz, Luciani).

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L'expérience de Goltz ne prouve donc point qu'il n'y a point de centres fonctionnels distincts dans l'écorce cérébrale, et non plus, loin de là, qu'après l'ablation des hémisphères les actes intentionnels sont conservés (1).

Bref, quoi qu'il en soit, dans 483 cas de maladiescorticales et sous-corticales rassemblées par Ewens, il y a 110 hémiplégies du côté opposé par lésion générale de la zone rolandique, et 90 cas de monoplégie par lésion limitée de cette zone. — Ferrier raconte de son côté qu'il a noté en plus 20 cas d'atrophie de l'écorce de la région rolandique en relation avec une hémiplégie congénitale ou infantile ou par absence ou amputation très ancienne d'un membre (Voy. Arch. de Neurologie, 1892).

L'amputation d'un membre est toujours suivie d'une atrophie, unilatérale, limitée à la région médullaire correspondant au membre amputé. Mais audessus de cette région, la substance grise et les cordons blancs de la moelle restent intacts. Il en est de même du bulbe, de la protubérance et des pédoncules. Cependant, dans un certain nombre de cas, on a noté une atrophie plus ou moins marquée de la région rolandique controlatérale dans le cas d'amputations anciennes (21 fois sur 37 cas relevés par Charcot et Pitres) ; il faut admettre qu'en pareille circonstance l'atrophie corticale est le résultat de l'inertie fonctionnelle des éléments anatomiques contenus dans les centres moteurs corticaux et rendus inutiles par la suppression des membres dont ils étaient destinés à actionner l'activité.

Il n'y a rien d'extraordinaire d'ailleurs à ce qu'il se. soit formé des centres spécialisés dans l'écorce du cerveau. Ces faits sont en parfait accord avec la grande loi de la division du travail physiologique actionnant elle-même en quelque sorte la différenciation organique. La variabilité et l'adaptation à des conditions nouvelles d'existence appellent ces modifications. Ce qui semble démontrer qu'il en est bien ainsi, c'est que l'étendue des zones excitables du cerveau diminue à mesure que l'on descend la série des Vertébrés.

Tout ce que nous venons de dire semble bien prouver qu'il y a des centres moteurs distincts dans l'écorce cérébrale et que la lone rolandique est à la fois le centre cortical moteur et sensitif de la moitié opposée du corps.

Mais quelle est la valeur physiologique réelle des centres psycho-moteurs ? Sont-ce de vrais centres de motricité ?

.Pour Charcot les centres moteurs seraient des centres de représentations motrices, des centres idéo-moteurs ; or, comme l'image motrice précède toujours l'accomplissement d'un mouvement volontaire et se trouve nécessaire pour l'exécution de ce mouvement, le centre idéo-moteur étant détruit, l'image motrice est perdue et la paralysie survient fatalement. François Franck y voit surtout des centres d'associations volontaires des divers mouvements, déterminant ceux-ci de la même manière que se produisent les mouvements réflexes: ils sont

(1) Goltz a montré que chez le Chien c'est surtout les mouvements intentionnels qui disparaissent après l'ablation de leurs centres corticaux. L'animal peut encore marcher de la patte paralysée par exemple, mais il se sert mal de cette patte, et chose constante, il n'appuie plus avec la face palmaire mais avec la face dorsale de cette patte. S'il sait « donner la patle », l'animal ne donnera plus celle du côté opposé à la lésion cérébrale, il ne s'en servira plus davantage pour ronger un os ou faire tout autre exercice habituel.

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moteurs parce qu'ils commandent par une action mentale, à des appareils moteurs. Enfin, selon Brown-Séquard, selon Ferrier, James, le sens du mouvement, son étendue, sa direction, dépendent d'impressions centripètes produites par le mouvement lui-même et non pas par un courant centrifuge, naissant des centres moteurs, contrairement à l'avis de Bain, Wundt et Hughlings Jackson. La destruction des centres moteurs paralyse la puissance d'exécution, mais non pas la conception idéale du mouvement lui-même, ce qui prouve que les deux centres sont distincts, car il n'est pas rare qu'un hémiplégique s'aperçoive de sa paralysie par l'impossibilité d'effectuer le mouvement qu'il a conçu.

D'après Bastian, les centres corticaux moteurs sont doués d'une certaine sensibilité générale, grâce à laquelle les muscles peuvent apprécier le degré de l'effort qu'ils ont à faire pour accomplir un mouvement donné. Il y a donc paralysie du sens musculaire quand il y a destruction de ces centres.

Les centres moteurs de la moelle sont le résultat des combinaisons musculaires synergiques purement réflexes, tandis que ceux de l'écorce sont le résultat des combinaisons volontaires. L'idée d'un mouvement n'est que le réveil dans les centres sensitifs correspondants d'impressions variées qui ont été associées avec ce mouvement particulier. Dans cet accomplissement, la vue peut remplacer en partie le sens musculaire.

Est-il possible d'expliquer les paralysies d'origine corticale par des troubles primitifs ou concomitants du sens musculaire, delà sensibilité tactile ou de l'ensemble des sensations dites kynesthésiques, et nier à la suite, avec Munk, Schiff, Bastian, etc., l'existence des centres moteurs corticaux? Rien n'autorise une semblable opinion, car la clinique nous apprend d'une façon irréfutable que l'anesthésie ou l'analgésie des membres n'est pas, par elle-même, une cause d'impotence motrice. Les hystériques, encore qu'elles soient anesthésiques, n'en sont pas pour cela paralytiques.

D'autre part, outre qu'il paraît établi que toute lésion destructive des régions motrices au cerveau détermine constamment des troubles de sensibilité du tact et du sens musculaire, il est avéré que le courant nerveux centripète est indispensable au fonctionnement volontaire des centres sensitivo-moteurs corticaux. La preuve, c'est que la section des racines postérieures en aval du ganglion du plexus brachial ou lombaire chez le Singe paralyse la sensibilité dans le membre correspondant et met l'animal dans l'impossibilité d'exécuter des mouvements volontaires, tandis que l'excitation électrique des centres mis à nu continue à provoquer des mouvements du membre, ainsi que l'ont observé Sherrington et Mott. C'est également la conclusion de Tomasini, qui a vu, après la section des racines postérieures, les mouvements déterminés par l'excitation de la zone rolandique affaiblis et incoordonnés (ataxie cérébrale).

L'intégrité de la sensibilité générale paraît donc être une condition nécessaire pour la production des mouvements volontaires normaux. Au fond, il semble qu'on puisse considérer les centres corticaux psycho-moteurs comme les foyers des neurones centraux qui vont, en descendant dans le tronc cérébral et la moelle, actionner comme par induction les neurones moteurs périphériques. Ces foyers sont mis en branle par l'élaboration psychique et la volonté qui en résulte par l'intermédiaire des neurones sensitifs et des neurones d'association.

On peut résumer de la façon suivante les opinions sur la nature des centres psycho-moteurs du cerveau.

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Pour les uns, Ferrier, Horsley, Schoefer, ce sont de véritables centres moteurs dont la destruction n'entraîne aucun trouble soit de la sensibilité générale soit du sens musculaire.

Pour d'autres, Schiff, Munk, Bastian, les circonvolutions centrales sont exclusivement sensitives et représentent le lieu de perception des impressions tactiles et musculaires dont la perception est nécessaire à l'exécution des mouvements volontaires, et si la destruction de cette zone détermine des troubles musculaires, c'est par suite du trouble qui est apporté à la perception sensible ; en un mot ce qui serait perdu ce sont les sensations kinesthésiques. On sait par la section du nerf infra-orbitaire amenant la paralysie de la lèvre supérieure chez le Cheval ou l'Ane (Ch. Bell, Exner) le rôle que joue la sensibilité dans les phénomènes moteurs.

Une troisième catégorie de physiologistes enfin, considèrent la zone rolandique comme un centre sensitivo-moteur formé par la projection dans un même champ cortical des conducteurs centripètes et centrifuges (Hitzig, Luciani, Mott, Goltz) où seraient transformés par une action réflexe consciente (Tamburini), la sensation en mouvement (réception des excitations périphériques, élaboration des images motrices).

De fait les troubles de la sensibilité sont considérés actuellement comme constant (Tripier, Pétrina, Lisso, Dana), dans le cas de lésion corticale suffisamment étendue et profonde accompagnée de troubles moteurs.

Ce qui est sûr encore c'est qu'à la suite des lésions de la zone rolandique les seuls phénomènes durables, ce sont les troubles moteurs (Charcot, Pitres, Ballet). Les troubles sensitifs ne sont jamais ni complets ni durables. Si l'anesthésie survient, l'analgésie est rare et les sensations viscérales demeurent. Mais alors, 4'idée qu'on doit avoir du processus en soi qui se passe entre les neurones sensitifs et les neurones moteurs cPans l'écorce du cerveau n'est-elle pas une idée d'un grand nombre d'associations corticales ? A la suite des lésions des centres psycho-moteurs, ce qu'il y a de brisé, ce sont certaines représentations conscientes, les représentations kinesthésiques et autres, d'où l'anesthésie, et la section du neurone moteur.

Les centres sensitivo-moteurs ne sont pas exclusivement unis au côté opposé du corps ; ils le sont aussi, mais par des liens moins nombreux, à la moitié homomère. Ces centres corticaux s'élèvent à mesure qu'on monte dans l'échelle des animaux. Leur excitation détermine des mouvements dans les muscles correspondants ; leur destruction conduit à la paralysie des groupes musculaires qui y correspondaient. Acquisto et Pusateri (1897) ont observé, après l'amputation d'un membre inférieur l'atrophie de la partie corticale correspondante (1/3 supérieur des 2 circonvolutions centrales et lobule paracentral).

Il faut dire toutefois que les mouvements allectifs (expression des émotions : rire, larmes) et viscéraux (circulation, sécrétions glandulaires) ne sont pas modifiés par l'ablation bilatérale des centres sensitivo-moteurs. C'est ainsi qu'à la suite de lésion de la zone corticale motrice on voit survenir de la paralysie des mouvements volontaires de la face alors que les mouvements mimiques sont conservés.

Au fond, l'écorce cérébrale doit être considérée comme le lieu de transformation en sensations et représentations des excitations que la périphérie de l'organisme envoie au cerveau.

Les centres sensitivo-moteurs sont les organes de la perception simple et de sa réaction motrice. Ils sont en même temps vaso-moteurs et sécréteurs. Les

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centres d'association, au contraire, n'ont pas d'appareil moteur propre. Ils emmagasinent les impressions fournies par les centres sensoriels et ne déterminent des mouvements que par l'intermédiaire des centres psycho-moteurs auxquels ils sont associés.

Centres de projection et Centres d'association.

L'écorce cérébrale est un vaste manteau sur lequel viennent se jeter des fibres nerveuses (fibres corticopètes) et d'où s'échappent d'autres fibres (fibres corticofuges). Les connexions avec les ganglions centraux, avec la périphérie, des points de l'écorce à d'autres points, se font par les ûbres de la substance blanche des hémisphères. Ces fibres sont divisées en trois groupes : 1° les fibres de projection ; 2° les fibres d'association ; 3' les fibres commissurales. Les fibres de projection n'existent que pour un tiers environ de l'écorce ; les deux autres tiers en sont dépourvus.

Toutes les impressions sensitives et sensorielles viennent tomber sur l'écorce après avoir parcouru les fibres nerveuses centripètes; de cette écorce partent, en sens contraire, des fibres nerveuses centrifuges, par lesquelles le cerveau réagit sur les organes périphériques du mouvement. Ces fibres centripètes et centrifuges constituent le système des fibres de projection.

Les fibres centripètes constituent les voies sensitives vers l'écorce grise et y déterminent des modifications dont l'essence nous échappe, mais qui donnent lieu à une impression perçue, à une sensation. Cette sensation sera tactile^ visuelle, auditive, olfactive, gustative, suîvant qu'elle émaneia des organes neuro-sensoriels de tel ou tel organe des sens. A toutes ces excitations du dehors, nous pouvons répondre par des mouvements corespondants. Les fibres nerveuses centrifuges qui conduisent l'onde motrice, constituent les voies motrices.

A côté de ces fonctions, il y en a d'autres qui ont aussi pour siège le cerveau. Ce sont les fonctions psychiques. Les parties de l'écorce qui constituent les rouages de ces fonctions occupent les deux tier s de la face externe des hémisphères cérébraux. Là, la sensation peut être emmagasinée et remémorée à un moment donné. Elle donne lieu à des images représentatives à l'aide desquelles nous pensons, comparons, jugeons et agissons sans que la sensation primitive, depuis longtemps évanouie, soit présente.

Ces faits ont permis à Fleghsig de diviser la surface du cerveau en deux zones distinctes : une zone comprenant toutes les régions de l'écorce reliées par des fibres de projections aux masses grises nerveuses situées plus bas dans le névraxe : la zone des fibres de projection ou les sphères sensorielles, et une zone comprenant toutes les parties de l'écorce dépourvues de fibres de projection, mais reliées par de nombreuses fibres d'association aux sphères sensorielles : la zone des fibres d'association.

Centres de projection. — La zone des centres de projection comprend quatre sphères sensorielles, qui sont des centres psycho - sensoriels, quelque chose comme les régions où sont déposées les images commémoratives des impressions sensorielles.

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La sphère du tact et de la sensibilité organique est la plus précoce et la plus étendue de toutes. Elle répond aux circonvolutions centrales, les pieds des circonvolutions frontales et la plus grande partie du gyrus fornicatus et hippocampi. A toute cette partie de l'écorce aboutissent les fibres de la voie sensitive centrale amenant au cerveau les impressions tactiles et musculaires de la moitié opposée du corps. Sur ce centre est projeté le faisceau de la voie motrice centrale. Aussi y trouve-t on des cellules pyramidales géantes.

La sphère olfactive est représentée par le rhinencéphale.

La sphère visuelle est localisée aux lèvres de la scissure calcarine. Sa destruction donne lieu à la cécité corticale (cécité psychique, amnésie optique) ou perte des sensations visuelles conscientes, dont la cécité verbale n'est qu'une forme particulière. La sphère auditive embrasse la première circonvolution temporale et ses contreforts sylviens. Sa destruction détermine la surdité psychique (amnésie acoustique ou perte des images commémoralives des impressions auditives). Cette destruction rend sourd du côté opposé à la lésion. La destruction partielle du centre du côté gauche produit la surdité verbale qui n'est qu'une forme de la surdité psychique.

De ces centres s'échappent l'ensemble des fibres sensitives du cerveau. La plus grande partie de celles-ci proviennent de la sphère tactile; la sphère auditive n'en fournit guère plus de la cinquième partie, et la sphère visuelle moins encore.

Centres d'association. — Les centres de projection sont séparés les uns des autres par des circonvolutions auxquelles n'aboutissent ni fibres nerveuses sensitives ni fibres motrices, puisque leur destruction ne donne lieu à aucun trouble du côté de la sensibilité ou de la motricité. Ce sont les centres d'association (zones silencieuses).

Ces centres sont au nombre de trois : 1° le grand centre d'association postérieur localisé dans le lobe pariétal, la partie antérieuie du lobe occipital Uace externe), la circonvolution temporale inférieure, la circonvolution fusiforme, une partie de la circonvolution linguale et le précunéus; 2° le centre d'association moyen qui correspond à l'insula de Reil ; 3" le centre d'association antérieur qui comprend la plus grande partie du lobe frontal, à l'exclusion de la 3e circonvolution.

L'ensemble de ces centres, intermédiaires aux centres de projection, occupe les 2/3 de la surface de l'écorce cérébrale. Leurs fibres unissent entre elles les différentes parties de l'écorce, mais restent indépendantes des masses grises sous-jacentes du névraxe. Aucune impression partie du monde extérieur ou du milieu interne ne peut donc venir directement les atteindre, de même qu'elles restent sans influence immédiate sur nos muscles. Leurs fibres vont se rendre d'un centre d'association dans un centre de projection, ou bien sont des fibres centripètes provenant des centres de projection. Les fibres centripètes provenant des centres de projection transportent aux centres d'association les sensations recueillies dans les sphères sensorielles. C'est dans ces centres que toute sensation perçue laisse une empreinte plus ou moins indélébile qui constitue le souvenir. C'est là que les sensations se rencontrent, se combinent ; c'est là qu'elles sont comparées entre elles et comparées à des sensations antérieures ; c'est là que se donnent rendez-vous les sensations immédiates ou remémorées ; c'est là que l'esprit trouve les éléments de tous les actes psychiques.

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Les fibres corticofuges qui partent des centres d'association vont se terminer dans les centres sensoriels. Elles maintiennent les centres de projection sous la dépendance des centres d'association et permettent à ceux-ci d'exercer, soit une action inhibitrice, soit une action volontaire par réaction de l'esprit sur les cellules d'origine des voies motrices centrales qui actionnent à leur tour les neurones périphériques. Les centres d'association sont donc des centres de perception complexe.

Les centres de projection chez tous les mammifères présentent un développement correspondant à l'étendue des surfaces sensibles périphériques correspondantes. Les centres d'association, au contraire, sont développés parallèlement

Sphère tactile

Sphère auditive

Fig 312. — Les sphères sensorielles ou centres le projection et les centres d'association antérieur (A) et postérieur (P, P). Face externe du cerveau (d'après Flechsig). Les centres d'association sont en clair sur la figure, les centres de projection en pointillé.

à l'étendue des facultés. Aussi, est-ce chez l'Homme qu'ils atteignent leur plus grand développement.

Le centre d'association frontal serait le siège du raisonnement et de la personnalité. Le centre moyen serait le carrefour où les impressions sensitives et acoustiques viendraient s'associer avec les images motrices des lèvres et de la langue (langage). Le centre d'association postérieur parait être le rendez-vous de toutes les sensations tactiles, visuelles et acoustiques.

Les fibres qui se développent les premières sont les fibres des centres de projection. Dès le 8e mois de la vie fœtale, les fibres centripètes s'entourent de myéline; viennent ensuite les fibres centrifuges. Dans le courant du premier mois de la vie, ce travail de myélinisation est achevé. Les centres de projection commencent donc à pouvoir fonctionner.

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A cette époque, les centres d'association sont encore entièrement gris. A cet âge le cerveau de l'enfant n'est apte qu'à la vie réflexe corticale la plus simple. Il est physiologiquement parlant comme s'il était dépourvu de ses hémisphères cérébraux, il est dans la situation d'un animal décérébré. Aucune des impressions tactiles, visuelles, acoustiques, olfactives ne peuvent s'associer, puisque les centres d'association intercalés entre les centres de projection ne sont encore développés et reliés, soit entre eux, soit avec les centres sensoriels. C'est pour cela que la vie du jeune enfant est toute réflexe; sa vie cérébrale, sa vie consciente et volontaire, n'est pas encore dessinée.

Au commencement du deuxième mois, on voit des libres myélinisées partir

Sphère tactile

cerveau (d'après Flechsig). Les centres d'association antérieur (A) et postérieur (P, P). sont en clair sur la figure.

des centres sensoriels pour pénétrer dans l'écorce grise environnante. Là va se former Un centre d'association, un centre intellectuel.

Ce travail de myélinisation va se poursuivre longtemps encore, et, au fur et à mesure que l'organisation cérébrale se complique, l'intelligence s'éveille et se développe.

Le centre d'association frontal est surtout en commerce avec le centre de projection sensitivo-moteur. Ses lésions, atrophie (idiotie), porencéphalie, ramollissement, blessure, etc., sont surtout caractérisées cliniquement par l'abolition des concepts généraux avec conservation de la faculté représentative (trouble de la personnalité, perte de la conscience du moi, perte de mémoire, trouble du raisonnement, torpeur et incoordination intellectuelle, somnolence). On sait que les troubles de l'équilibre mental sont actuellement considérés comme le résultat d'une association vicieuse des représentations corticales.

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Le centre d'association postérieur (pariéto-occipito-temporal) est intercalé entre les centres sensoriels, tactiles, visuels, auditifs et olfactifs. C'est là que les sensations visuelles, auditives et olfactives, s'associent respectivement avec les représentations graphiques et verbales des mots. L'homme porteur d'une lésion de ce territoire cortical est capable d'avoir encore des sensations, mais incapable de leur adjoindre les images correspondantes acquises antérieurement par l'expérience (troubles de l'idéatiôn et du langage, surdité et cécité verbales). . -

Demoor après l'ablation de cette zone, vit l'animal, encore qu'il n'eût éprouvé aucun trouble de la motilité et de la sensibilité, dans l'impossibilité d'associer des sensations simples, et, par conséquent, d'acquérir des notions nouvelles.

La pathologie, nous l'avons vu, confirme l'existence de ces zones sensorielles et d'association de l'écorce du cerveau.

Toutefois c'est aller trop loin avec Flechsig que de penser que les centres d'association ne contiennent pas de fibres de projection. Il est avéré, en effet, que le lobe frontal (centre d'association) reçoit des fibres de projection (fibres cortico-caudées), que le lobe temporal contrent des fibres de projection corticothalamiques (pédoncule inférieur de la couche optique) et qu'à la suite de la destruction du lobe pariétal (Shukowski) il y a des fibres de projection qui dégénèrent.

Les parties pauvres en fibres de projection sont le lobe frontal, la partie externe et antérieure du lobe occipital, la région inféro-exterue du lobe temporal et l'insula.

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