Archives et Recherches du Bois-Reymond (1870. Hest
2. Voyez le Progrès médical, n° 28, 1873, et n° 1, 1874 : Recherches expe'rimentales sur la physiologie et la pathologie cérébrales, par Ferrier.
8. Voyez le Mouvement médical, 1874, n» 33, pi. 381 : Recherches expérimentales sur les fondions du cerveau humain, par Robert Batholow, professeur au Collège médical d'Ohio.
42 L'ANATOJHE DU CERVEAU
et allant se distribuer dans des territoires isolés de la substa'i:ice grise du corps strié, laquelle se trouve ainsi associée d'une façon synergique à tous les ébranlements qui s'opèrent dans les réseaux des cellules cérébrales, et à considérer comme acquis, que ces différents groupes de fibres cortico-striées ont chacun un point d'émergence indépendant.
b. Les éléments afférents du second groupe, ainsi que nous l'avons indiqué déjà, sont représentés par les expansions terminales des pédoncules cérébelleux.
Les pédoncules cérébelleux supérieurs, en effet, après s'être entrecroisés sur la ligne médiane, se pelotonnent et constituent deux amas de substance grise, décrits par Stilling, reconnaissablés à leur coloration rougeâtre.
Ces deux noyaux, qui représentent, au point de vue de leur structure et de leurs connexions, comme un véritable foyer d'irradiation de cellules et de fibrilles nerveuses, donnent naissance par toute le av surface antéro-externe à une série de fibrilles entrelacées de mille façons qui vont toutes aboutir, sous forme de filaments jaunâtres, dans la substance grise du corps strié. C'est l'arrivée de ce contingent spécial, émanation indirecte de l'activité cérébelleuse, qui donne à ce département particulier du corps strié cette nuance et cette coloration jaunâtre si caractéristique, que j'ai signalée préalablement sous le nom de noyau jaune du corps strié.
Ces fibrilles d'origine cérébelleuse se disposent sous forme de filaments rayonnes jaunâtres, s'effilent insensiblement, s'accolent aux fibres blanches spinales qui viennent s'épanouir dans les régions correspondantes du corps strié, et vraisemblablement vont se perdre dans le réticulum des grosses cellules, ainsi que nous l'avons indiqué précédemment.
Maintenant comment se terminent-elles? Quelle est l'expression an atomique ultime du mode de combinaison des éléments indirects qui représentent dans le cerveau l'activité du cervelet? Comment la cellule du corps strié entre-t-elle en conflit avec ces éléments cérébelleux d'importation nouvelle?
Jusqu'ici nous ne pouvons faire que des conjectures, et tout en supposant qu'il doit y avoir une sorte de combinaison anatomique entre ces éléments de provenance variée, nous ne pouvons que nous arrêter et attendre les résultats des recherches ultérieures.
Quoi qu'il en soit, on ne peut s'empêcher de considérer au point de vue dynamique, le corps strié comme relié indirectement aux phénomènes de l'activité cérébelleuse et de voir, dans les pédoncules cérébelleux supérieurs, — dans les noyaux rouges de Stilling, — dans les irradiations jaunâtres qui en émergent, comme autant de conducteurs centrifuges, de foyers d'irradiation nerveuse incessamment actifs , qui déversent dans ces réseaux l'influx cérébelleux moteur dont ils sont chargés.
L'innervation cérébelleuse, véritable force surnuméraire, se trouve donc associée intimement aux phénomènes de la vie du corps strié. C'est elle qui, comme une force électrique à courant continu, se déverse incessamment dans ses mille réseaux et charge en quelque sorte ses cellules nerveuses ; — c'est elle qui, dans les manifestations de la motricité, s'associe à nos divers actes moteurs, et donne à nos mouvements leur régularité, leur force et leur continuité; — c'est elle enfin qui, sous des modalités infinies, se disperse en silence dans toutes les actions conscientes ou inconscientes de l'organisme, et qui paraît être ainsi la composante indispensable à tout acte de motricité quelconque i.
2o Les éléments du deuxième groupe, ceux qui constituent l'ensemble des fibres efférentes du corps strié, sont représentés par cette série de fibres nerveuses décrites ordinairement sous le nom de pédoncules cérébraux et qui, groupées sous forme de fascicules isolés, disposés d'une façon spiroïde , vont successivement, après avoir traversé la protubérance, se disperser dans les différents segments de l'axe spinal.
Ces fibres, qui représentent des conducteurs interposés entre les divers territoires des cellules du corps strié et les divers noyaux des nerfs moteurs de la moelle épinière, ne sont pas nettement isolables à leur point d'origine dans les réseaux des cellules du corps strié (figure 6, 12-12' 17 et 19).
Tout ce qu'on peut dire d'elles, c'est qu'on les voit insensi-
1. Les expériences de la physiologie expérimentale ainsi que les phénofliènes cliniques démontrent d'une façon péremptoire le rôle considérable que joue l'innervation cérébelleuse dans les actes de la motricité. Lorsque le cervelet est intéressé d'une façon quelconque, ce sont toujours des troubles dans la coordination régulière des mouvements que l'on constate, et de plus, les effets moteurs sont affaiblis, phénomène capital qui implique l'extinction des foyers d'innervation motrice qui sont destinés à les produire.
blement apparaître sous forme de linéaments blanchâtres serpentant au milieu de la substance grise des noyaux extra et intra-ventriculaires ; — que bientôt elles augmentent insensiblement d'épaisseur, — qu'elles se rapprochent toutes en convergeant comme les rayons d'un éventail, des noyaux jaunes du corps strié; — qu'elles entrent insensiblement en conflit avec les fibresjaunes qui constituent leur substance, et qu'au moment où, après s'être condensées, elles sortent du corps strié, elles se présentent sous forme de trois demi-cônes emboîtés l'un dans l'autre (ûg. 6, 19) i.
Ces éléments nerveux, après s'être ainsi constitués et renforcés par l'adjonction des divers dépôts de substance grise appartenant à l'innervation cérébelleuse (substance grise de Sœmmerring, substance grise de la protubérance) (fig. 6, 18- 19 19'-19"), suivent un trajet descendant et oblique, qui les fait insensiblement passer (au niveau de la région bulbaire) dans les régions opposées de l'axe spinal. Peu à peu, fascicule par fascicule, ils vont se distribuer dans les différents segments de la moelle épinière et dans les différents groupes de cellules motrices des régions antéro-latérales. Ceux-ci régulièrement stratifiés les uns au-dessus des autres, n'attendent en silence, comme une série d'appareils électriques toujours prêts à partir, que l'arrivée de l'étincelle stimulatrice destinée aies mettre en activité.
C'est ainsi qu'il ressort de tout ce que nous venons d'exposer que le corps strié est, de même que la couche optique, un appareil nerveux à activités multiples.
C'est un terrain commun, dans lequel viennent successivement se confondre et, dirai-je même, s'anastomoser l'activité cérébrale, l'activité cérébelleuse et l'activité spinale. On peut donc dire qu'il représente dans son ensemble une véritable trilogie, et au point de vue dynamique une synthèse d'éléments multiples.
C'est dans l'intimité de ses réseaux, que tout d'abord l'influx de la volition est reçu au moment où il émerge de la profondeur des centres psycho-moteurs de l'écorce cérébrale. C'est là qu'il fait une première halte dans son évolution descendante,
1. Sur une coupe horizontale de cette région, ces trois demi-cônes s© présenlent sous l'apparence de trois lignes semi-circulaires concentriques. (Voy. Iconographie fhotographique, pi. XI et XXXI, fig. 1.)
qu'il entre d'une façon plus intime en relation avec le substratum organique destiné à opérer ses manifestations extrinsèques, qu'il se msitérialise en un mot (fig. 6, 12 et 17).
A partir de ce moment, il entre intimement en conflit avec l'innervation irradiée du cervelet, et déjà il n'est plus lui-même, il n'est plus le simple stimulus purement psycho-moteur du début; il se trouve associé à cet influx nouveau, qui lui donne la force somatique et la continuité dans ses effets. Il sort donc du cerveau à l'aide des fibres pédonculaires, combiné avec un élément nouveau, et, poursuivant son cours centrifuge, il va s'éteindre çà et là, en mettant en branle les différents groupes de cellules de l'axe spinal dont il éveille ainsi les propriétés dynamiques (fig. 6, 18-19).
Et c'est ainsi que, réparti comme un courant électrique dans les différents départements qu'il anime, il va tantôt produire des mouvements phono-moteurs destinés à exprimer au dehors les émotions de notre personnalité sentante, et tantôt déterminer dans les différents groupes musculaires, des mouvements d'ensemble ou des mouvements partiels de flexion, d'extension, de progression, suivant qu'il est distribué dans tel ou tel groupe de cellules satellites, tributaires habituelles de ses sollicitations excito-motrices.
On voit donc, en résumé, d'après ces simples aperçus physiologiques, combien les deux noyaux centraux opto-striés jouent un rôle prépondérant dans les phénomènes de l'activité cérébrale , et combien chacun d'eux a une manière d'agir complètement différente.
Les éléments des couches optiques épurent, transforment, par leur action métabolique propre, les ébranlements irradiés du dehors, qu'elles lancent, en quelque sorte, sous une forme spiritualisée, vers les différentes régions de la substance corticale. — Les éléments du corps strié, au contraire, ont une influence inverse sur les incitations parties de ces mêmes régions de la substance corticale. Ils les absorbent, les condensent, les matérialisent par leur intervention propre et, sous une forme nouvelle, après les avoir amplifiées et incorporées de plus en plus avec l'organisme , les projettent vers les différents noyaux moteurs de l'axe spinal, où elles deviennent ainsi une des stimulations multiples destinées à mettre en jeu la fibre musculaire.