‹ Le cerveau et ses fonctionsChapitre 15 sur 132 · DÉDUCTIONS PHYSIOLOGIQUES · texte numérisé non relu

DÉDUCTIONS PHYSIOLOGIQUES

Maintenant, si nous groupons d'une façon synthétique les propositions anatomiques que nous avons essayé d'établir dans le cours de ce travail, — nous voyons que le cerveau, appareil géminé, est constitué par deux hémisphères dont les éléments sont associés strictement l'un à l'autre à l'aide d'une série de fibres commissurantes qui les relient d'une façon intime, et font que leurs molécules sont en quelque sorte aptes à vibrer à l'unisson (fig. 3 et 4).

Chacun des deux lobes ou hémisphères cérébraux est constitué fondamentalement par des amas de substance grise inégalement répartis : la substance grise des noyaux centraux (celles des couches optiques et des corps striés), — et celle de l'écorce cérébrale.

Ces deux régions de l'activité cérébrale sont reliées l'une à l'autre par une série de fibres blanches qui servent de trait d'union entre elles, et de voie de propagation aux courants nerveux qui vont de l'une à l'autre, soit dans une direction centrifuge, soit dans une direction centripète.

Les noyaux opto-striés de chaque lobe peuvent être conçus idéalement comme occupant le centre d'une sphère creuse dont la circonférence serait représentée par les ondulations de l'écorce cérébrale, et les fibres blanches figureraient ainsi les rayons infinis qui relient les régions centrales aux régions périphériques de cette sphère (fig. 5).

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L'étude anatomique que nous venons de faire de la substance grise, de la couche optique et de celle du corps strié, nous a permis de constater des différences tranchées, et par suite de préciser les aptitudes dynamiques dissemblables dont chacun de ces deux noyaux est doué.

Nous avons vu ainsi que le rôle de la couche optique en particulier, paraissait être de recevoir, de condenser et de trans' former comme un véritable ganglion nerveux, les ébranlement! irradiés de la périphérie sensorielle, avant de les lancer dans les différentes régions de la substance corticale, et qu'inversement (fig. 6,. 14-9-4) le corps strié, en rapport avec des régions exclusivement motrices, paraissait être un lieu de passage et de renforcement pour les incitations irradiées des différentes zones psycho-motrices de la périphérie corticale.

Ces connexions anatomiques étant admises comme données fondamentales au sujet de la structure et de l'agencement des éléments nerveux, voyons maintenant quel parti nous pouvons en tirer au point de vue de l'interprétation particulière de certains phénomènes de l'activité cérébrale.

Prenons les choses comme elles se passent normalement, suivant les voies naturelles par lesquelles les incitations du monde extérieur pénètrent dans l'organisme. — Qu'il s'agisse par exemple d'un ébranlement d'un nerf sensitif, d'un phénomène vibratoire qui mette en activité les cellules de la rétine ou celles des nerfs acoustiques ; que se passe-t-il alors dans l'intimité des conducteurs nerveux ?

Immédiatement, en suivant la direction de leurs voies naturelles, ces mêmes vibrations appliquées à chaque nerf sensoriel en particulier, mettent en jeu les activités spécifiques des diverses cellules des centres des couches optiques (3 et 13, fig. 6). Celles-ci entrent aussitôt en vibration et, à l'aide des fibres rayonnantes qui les relient aux différentes régions de la périphérie corticale, transmettent aux cellules sensitives partenaires les modalités dynamiques nouvelles dans lesquelles elles viennent d'être incontinent placées par le fait de l'incitation extérieure. (Voir fig. 6, 5 et 15.) Les ébranlements sensoriels extérieurs ne se propagent donc de proche en proche, des réseaux de la périphérie sensorielle vers ceux de la périphérie corticale, qu'après avoir mis en éveil divers territoires de cellules intermédiaires qui leur donnent une forme nouvelle, leur font subir

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une action métabolique propre, et ne les lancent dans les difTérents réseaux des zones corticales qu'après les avoir animalisés, et rendus en quelque sorte plus assimilables (4-9-14, fig. 6).

Fig. 6. — Schéma des processus sensitivo-moteî'rs de l'activité cérébrale. — 1, Couche optique avec ses centres et ses cellules ganglionnaires ; — 2, Corps strié ; — 3, Processus de la propagation des impressions acoustiques. — Elles arrivent en 4 dans le centre correspondant — sont irradiées vers le sensorium en 5 et réfléchies en 6 et 6' vers les grosses cellules du corps strié et de là en 7 et 7' vers les régions motrices de l'axe spinal;^ 8, Processus des impressions sensitives. — Elles sont concentrées en 9 dans le centre correspondant — irradiées de là dans les réseaux du sensorium 10 — réfléchies sur les grosses cellules corticales H — et de là propagées aux grosses cellules du corps strié et ultérieurement aux diflërents segments de l'axe spinal. — 13, Processus des impressions optiques. — Elles sont concentrées en 14 dans leur centre correspondant. — Puis irradiées vers le sensorium en 15. — Elles sont réfléchies vers les grosses cellules du corps strié. — Elles se propagent ensuite aux difl"érents segments de l'axe spinal ; 18-19'-19" Les fibres antéro-latérales à partir de leur point d'émergence dans la corps strié sont investies par les éléments de l'innervation cérébelleuse qui commence à paraître dans les pédoncules, 19 — pour s'épaissir considérablement en 19' an niveau de la région dite de la protubérance, et diminuer insensiblement de masse au niveau de la région bulbaire 19'.20. — Expansion périphérique des nerfs olfactifs

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Chaque ordre spécial d'incitation sensorielle est ainsi dispersé et cantonné dans une aire spéciale de la périphérie du cerveau (15 et 5, fig. 6).

L'anatomie montre donc qu'il y a des localisations définies, des régions limitées organiquement destinées à recevoir, à condenser, à transformer telle ou telle catégorie particulière d'impressions sensorielles.

La physiologie expérimentale a prouvé de son côté, que sur des animaux vivants, ainsi que les belles expériences de Flourens l'ont depuis longtemps montré, on pouvait, en enlevant méthodiquement des tranches successives de la substance cérébrale, faire perdre parallèlement à ces mêmes animaux, soit la faculté de percevoir les impressions visuelles, soit la faculté de percevoir les impressions auditives ' .

Bien plus, Schiff, dans des expériences récentes aussi ingénieusement conçues que délicatement exécutées, est arrivé à démontrer d'une façon précise que, sur des animaux en expérience, la substance cérébrale s'échaufTait localement suivant qu'elle était ébranlée successivement par telle ou telle catégorie d'impressions sensorielles, et qu'ainsi, — dans le cerveau d'un chien à qui on faisait entendre des bruits inopinés, c'était telle ou telle région de sa substance corticale qui s'échauffait, — et que chez tel autre dont on excitait la sensibilité ou sensitive, ou olfactive, ou gustative, c'étaient pareillement d'autres régions du cerveau qui entraient en éréthisme et s'échauffaient isolément ^.

En suivant le processus de la migration de l'incitation sensorielle des régions périphériques du système vers les régions centrales, nous voyons donc :

Que les impressions sensorielles arrivent toutes, au dernier terme de leur parcours, dans les réseaux de la substance corticale, — qu'elles y arrivent transformées par l'action des milieux intermédiaires qu'elles ont rencontrés sur leur parcours, et enfin, — que c'est là qu'elles s'amortissent, qu'elles s'éteignent pour revivre sous une forme nouvelle, en mettant en jeu les régions de l'activité psychiQ'ue où elles sont définitivement reçues.

Une fois que l'incitation sensorielle s'est dispersée au mi-

1. Flourens, Recherches expérimeniales sw le système nerveux, 'l* édition,

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