GENEALOGIE DES PHÉNOMÈNES DE SENSIBILITÉ
neuses leur produisent un certain effet, et, — cet effet est-il flatteur pour telle ou telle de leurs affinités intimes, qu'on les voit insensiblement s'incliner dans le sens par lequel leur arrivent 3es incitations ; elles se tournent automatiquement vers le soleil, s'bveillent avec lui lorsqu'il paraît, sommeillent lorsqu'il vient à disparaître, et présentent en un mot cette série de mouvements inconscients et gradués, en vertu desquels elles tendent vers la réalisation de leurs satisfactions latentes i.
Les botanistes ont décrit déjà ces curieux phénomènes de sensibilité végétale, en vertu desquels on voit les pétales de certaines fleurs se plisser la nuit et se déplisser le jour ; — les étamines de l'épine-vinette, sous l'action d'un léger attouchement, s'appliquer sur le pistil ; — les fleurs du nénuphar se cacher au fond de l'eau en attendant lo Jour. Bien plus, on reste vraiment surpris d'étonnement lorsqu'on voit ce qui se passe chez les sensitives et qu'on est amené à constater comment ce curieux végétal (mimosa pudica) présente par lui-même toutes les manifestations les plus délicates de l'impressionnabilité des êtres animés 2.
Comme l'animal, il sent et réagit au contact des plus légers attouchements ; — comme lui, la lumière le met en liesse et lui fait développer son activité ; — comme lui, il sent les inégalités le la température 3 ; — comme lui encore il est influencé et
1. Les plantes qui attrapent les insectes sont sensibles ans attouchements; les plantes grimpantes discernent des points d'appui. La feuille de vigne sent la lumière, vers laquelle elle s'efforce de tourner le côté droit, et chaque fleur sent la lumière, vers laquelle elle tourne la tête. La mimosa sent et réagit; il est d'essence de tout mouvement d'être précédé de senîibilité. (Hartmann. Loc. cit., page 625.)
2. Des mouvements marqués s'effectuent chaque soir chez les végétaux à feuilles composées, comme le cytise ou le robinia faux-acacia ; on voit ces plantes chaque soir faire leurs nocturnes préparatifs ; celles-ci replient simplement leurs feuilles, d'autres, plus prévoyantes, enveloppent prudemment leurs fleurs. Les grands lotus du Nil, les nénuphars de nos lacs retirent au fond des eaux leurs corolles soigneusement fermées, et il faut que le soleil revienne le lendemain illuminer la terre pour que la fleur endormie et frileuse consente à rouvrir ses pétales.
Le sommeil des plantes se trouve en rapport avec la lumière plus ou moins intense dont elles sont entourées, et, ce qui est plus concluant, des plantes fortement éclairées pendant la nuit, tandis qu'elles étaient à l'obscurité pendant le jour, ont changé leurs habitudes au point de dormir le iour et de veiller la nuit.
(Edmond Grimard. De la sensibilité végétale. Revue des Deux-Mondes, année 1868, page 379.)