SENSIBILITE CONSCIENTE
consciente et vague de l'activité de tel ou tel segment de notre système musculaire.
Si le sensorium, en effet, n'est pas directement actif dans la série infinie des actes moteurs que nous accomplissons automatiquement, néanmoins il ne reste pas complètement étranger aux opérations qui se déroulent dans l'organisme; — s'il n'intervient pas pour régler le jeu de tel ou tel appareil directement, pour mouvoir par exemple le muscle crico-aryténoïdien d'une façon méthodique de façon à produire tel ou tel son laryngé, pour accomplir tel ou tel acte de motricité digitale quelconque -, si la personnalité consciente ne sait discerner quels sont les ouvriers qui sont en jeu, elle a par contre, la notion exacte de l'opération en évolution, eUe sait si l'ouvrage se fait, si la dépense musculaire nécessaire est accomplie. — Nous ne sentons pas nos muscles d'une façon nette et précise lorsqu'ils sont à l'état de repos, mais lorsqu'ils sont en activité, cet état nouveau dans lequel ils se trouvent développe dans le sensorium une manière d'être nouvelle, de sorte qu'indirectement la sensibilité inconsciente excito-motrice, à l'état dynamique, se répercute sur le sensorium et devient ainsi un élément nouveau destiné à se fondre dans ses réseaux.
Sensibilité consciente.
Les incitations sensitives, destinées à devenir conscientes et à entrer en conflit avec les phénomènes de l'activité psychointellectuelle, sont colligées avec leurs congénères excito-motrices dans les plexus périphériques qui leur servent à toutes deux de région d'émission; à partir de là, reprises à l'aide des fibres convergentes , elles s'acheminent vers les régions centrales de l'axe, se concentrent dans ces noyaux isolés de la couche optique et sont ensuite irradiées , ainsi que nous l'avons indiqué déjà, dans les différentes régions de la périphérie corticale (figure 6, 9, 4, 14).
Les phénomènes de la sensibilité consciente ont donc pour point d'émergence et pour première étape les régions périphériques du système nerveux. — C'est par les expansions nerveuses terminales épanouies en réseau ouvert, en quelque sorte,
à tout ce qui vient les ébranler, que le monde 'extérieur pénétra et s'incarne en nous. Et pour cela que faut-il tout d'abord comme condition fondamentale et indispensable du phénomène ?— une faculté de réceptivité et d'impressionnabilité propre de la part de l'élément nerveux ébranlé.
Il faut, en un mot, qu'au moment où le réseau sensoriel reçoit l'incitation vibratoire, qu'il entre en participation directe à l'acte qui s'accomplit en lui. Il faut qu'il soit actif, qu'il acquiesce, qu'il s'érige en quelque sorte, et que par une sorte d'assimilation vitale il convertisse l'incitation purement physique en incitation physiologique, la vibration lumineuse par exemple en vibration nerveuse.
C'est là, l'acte fondamental dont nous reparlerons ultérieurement et qui est le premier anneau de la chaîne des phénomènes sensitifs qui va se dérouler à travers le système nerveux ^
C'est, en effet, une vérité banale qui se révèle d'elle-même à la simple observation. — Tout le monde ne sait-il pas que la simple présence d'une incitation physique sur un appareil sensoriel ne suffit pas pour produire une impression consciente et qu'il faut une participation active de la cellule sensorielle au mouvement vibratoire qui lui est communiqué? — Entr'ouvrez la paupière d'un homme endormi, c'est en vain que les rayons lumineux viendront s'éteindre sur sa rétine. Tout d'abord, il faudra un certain temps pour que les cellules nerveuses soient mises en éveil et entrent à l'unisson des vibrations lumineuses qui les suscitent. — Pincez la peau d'un homme profondément endormi ; — dans les mêmes conditions criez à ses oreilles. Même apathie, même défaut de réaction ; l'incitation purement physiqae s'émoussera toujours, s'il n'y a pas à la suite un phénomène purement vital de sensibilité qui
1. C'est ce phénomène qui a été parfaitement indiqué par Mathias Duval. « Lorsque la rétine est excitée, dit-il, la perception n'est pas immédiate, elle retarde d'un temps très-court. Ce retard est dû à ce qu'il faut un certain temps pour que se fasse la transformation du mouvement lumineux en mouvement nerveux; puis ce dernier mouvement met un intervalle de temps, intervalle excessivement petit, pour se propager jusqu'aux centres cérébraux le long du nerf optique; enfin les centres de perception euxmêmes ne s'ébranlent pas immédiatement. Ce retard serait de 1/50 à 1/30 de seconde. » (Mathias Duval. Thèse d'agrégation, 1873, page 132.)