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PERTURBATIONS DE LA SENSIBILITE

De la douleur physique.

Les processus de la sensibilité, comme tous les jjliénomènes de l'activité vitale, sont susceptibles de s'abaisser et de s'exalter tour à tour, et de présenter des oscillations maxima et minima, dans l'intervalle desquelles se trouvent comprises leurs périodes moyennes.

Ainsi, lorsque la sensibilité est anéantie sur place, lorsque les tissus histologiques sont frappés d'une sorte de torpeur locale, ce sont des phénomènes d'anesthésie qui se présentent ; — lorsqu'au contraire, ce sont des phénomènes inverses qui ont lieu, lorsque c'est la vitalité histologique qui monte de plusieurs degrés, arrive à l'état d'excitation cellulaire et que les éléments nerveux s'élèvent à une phase d'éréthisme continu, — ce sont alors des manifestations de l'hypéresthésie, de la douleur qui éclatent. — Dans ces deux cas, ce sont toujours des phénomènes de la sensibilité intime des éléments nerveux qui sont en jeu et qui de zéro, en quelque sorte, s'élèvent à cent degrés.

Les processus de lanesthésie et de la douleur paraissent 3e développer comme tous ceux de la sensibilité normale, en dehors de l'existence d'un réseau nerveux qui les supporte, par ie simple fait de l'existence d'une cellule apte à vivre et à sentir.

PERTURBATIONS — DOULEUR PHYSIQUE 9t

Il est certain en effet que chez les sensitives, la sensibilité s'émousse et s'affaiblit sous l'influence de certaines conditions spéciales ; le chloroforme la met dans l'impossibilité de réagir. Certaines substances narcotiques semblent aussi avoir une action stupéfiante sur la sensibilité de certaines plantes. Il est certain encore que la sensibilité des végétaux est pervertie lorsqu'ils sont contrariés dans leur évolution naturelle, et qu'ils ne trouvent pas dans les assolements qui leur sont fournis, les conditions favorables à leur nutrition physiologique; il est certain qu'ils souffrent aussi, comme on dit vulgairement, et que leurs tissus sensibles, impressionnables aux agents extérieurs, ont à compter soit avec les traumatismes, soit avec les ennemis de toute sorte du règne animal, ou du règne végétal, qui sous forme de parasites, d'oïdium, de phylloxéra, etc., etc., s'implantent sur eux, les attaquent jusque dans leurs racines, jusque dans les sources de la vie, et leur font subir les mêmes calamités que nous voyons sévir chez les individus du règne animal.

La douleur, par cela même qu'elle exprime un acte purement vital, inhérent à toute cellule vivante, aussi bien aux cellules végétales qu'aux cellules animales, est donc la traduction physiologique de la sensibilité propre de cette même cellule aux prises avec le milieu ambiant qui limpressionne péniblement. Elle existe là où il y a une cellule apte à vivre, apte à sentir, et en dehors de l'existence de tout élément nerveux. — Entre la simple irritabilité histologique d'un élément anatomique quelconque, laquelle est la forme rudimentaire sous laquelle elle se présente tout d'abord, et les expressions les plus exquises que la sensibilité revêt dans les êtres supérieurs, il n'y a que des degrés, en nombre successivement croissant, de vibrations sensitives qui en marquent les différentes modalités.

De même qne l'on voit une tige métallique, placée dans une fournaise ardente, s'échauffer peu à peu, et, — à mesure que les ondulations du calorique deviennent de plus en plus fréquentes, passer successivement des nuances du rouge vif au rouge sombre, au rouge blanc, et développer à mesure qu'elle s'échauffe, de la chaleur et de la lumière ; de même les cellules sensitives vivantes, en présence des incitations qui les sollicitent , s'exaltent progressivement au point de vue de leur sensibilité intime, entrent en période d'éréthisme et, à

un certain nombre de vibrations , dégagent de la douleur comme expression physiologique de cette même sensibilité surchauffée au rouge blanc. — Cela est si vrai, les phénomènes de la douleur sont tellement un acte de réaction vitale, qu'il faut qu'il y ait non-seulement l'éveil de la sensibilité pour qu'elle se produise, mais encore une certaine dose de sensibilité en disponibilité. Là où le réseau nerveux est torpide, anesthésique, la douleur est incapable de se développer. — Ne souffre pas qui veut ; pour souffrir, il faut sentir.

Tous les médecins savent combien la peau des hystériques présente de curieux phénomènes à cet égard ; — vous pouvez la pincer, la piquer, appliquer à sa surface des corps en ignition, les malades ne sentent rien , si ce n'est seulement le simple contact du corps qu'on y applique ; leurs réseaux sensitifs, frappés d'une sorte de torpeur, sont incapables de s'ériger, de s'échauffer et de dégager de la douleur.

Dans la pratique de l'anesthésie locale, n'arrive-t-on pas à produire un état analogue des plexus sensitifs et à enrayer l'évolution de la douleur ?

Là où l'agent anesthésique est appliqué, il agit localement sur la sensibilité propre des nerfs de la région ; — il les refroidit en quelque sorte, les empêche de s'échauffer au point de vue de la production des vibrations dolorifères en excès, et les maintient dans les tonalités basses de la sensibilité générale ; — les régions anesthésiées, en effet, cessent de dégager de la douleur, alors qu'elles sont encore conductrices des impressions sensitives.

La douleur n'étant que l'expression de la sensibilité histologique des éléments nerveux montée à un taux extra-physiologique, on comprend comment, éiant toujours identique avec elle-même , au point de vue de sa genèse , elle puisse se révéler d'une façon différente suivant la nature différente du plexus nerveux mis en émoi.

Ainsi la douleur se présente sous des modalités variées suivant qu'elle affecte tel ou tel plexus sensoriel. — Si c'est la rétine qui est en jeu, on sait que lorsqu'une lumière est trop intense sa sensibilité est développée à l'excès et amène un retentissement excessivement pénible pour le sensorium; — il en est de même pour les nerfs acoustiques, alors que des sons violents, stridents, viennent à contusionner leur sensibi-

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