DÉVELOPPEMENT DES PHÉNOMÈNES DE LA MÉMOIRE
les aliénés déments ce sont les souvenirs anciens qui sont les plus frais et les plus étincelants, alors que les faits récents, les impressions qui viennent de les ébranler à l'instant même, sont inaperçus et considérés comme s'ils n'existaient pas. Il est vraisemblable qu'à cette époque de la vie, les cellules du sensorium, altérées dans leur constitution intime, sont devenues paresseuses, et incapables de s'ériger en présence des impressions extérieures récentes qui viennent s'éteindre dans leurs réseaux; — et que cet état de torpidité des éléments du sensorium pour les incitations nouvelles , laisse le champ libre aux plus anciennes qui continuent à vibrer sans conteste, sans être obscurcies par des impressions plus vives, et à perpétuer ainsi à longue distance les dernières lueurs phosphorescentes d'un passé qui s'éteint i.
1. C'est ainsi que, chez certains vieillards en démence, par le fait même de la non absorption des impressions récentes dans le sensorium, la notion du temps écoulé est complètement anéantie chez eux.
Par cela même que le travail quotidien d'absorption d'impressions nouvelles a cessé, l'individu reste figé en place, en quelque sorte, dans un état cataleptique, avec des idées et des préoccupations qu'il avait à un moment donné de son existence. C'est ainsi qu'on voit un grand nombre de malades qui, depuis 10 à 12 ans placés dans un asile, conservent encore ]es idées qu'ils avaient au moment de leur entrée, sans avoir la notion du temps écoulé; — et vient-on à leur demander depuis combien de temps ils y sont, ils accusent deux ou trois années.