L'AUTOMATISME TRANSMIS A AUTRUI
rieure, à réfracter les impressions extérieures d'une façon identique à celles de nos semblables, qui fait que nous avons tous en nous-mêmes, la notion du droit sens, suivant lequel nos jugements, nos actions doivent être inconsciemment dirigés. — Il y a donc un alignement commun, une route régulière qui est en quelque sorte la ligne commune méridienne sur laquelle sont dirigés les émotions, les jugements et les actions des êtres humains, et c'est cette notion intime, que nous portons en nous, qui constitue les règles du bon sens et du sens commun.
L'homme complet, régulièrement constitué doit donc en présence de situations émotives fixes^ déterminées, réagir d'une façon consonnante, faire les mêmes réflexions, éprouver les mêmes ardeurs affectives, les mêmes répulsions que subissent ses semblables ; — et c'est là un point de contact heureux qui réunit l'humanité entière dans les mêmes joies et les mêmes •douleurs, et l'associe sous quelque latitude, et à quelque époque qu'on la considère, aux mêmes élans, aux mêmes sympathies et aux mêmes aversions.
Qui de nous, dans les représentations théâtrales, ne s'est pas senti ému dans les moments pathétiques et n'a pas associé ses bravos ou ses pleurs à ceux de ses voisins ?
Qui de nous, dans ces solennels moments de la vie nationale, ne s'est pas senti ébranlé du mouvement général, en présence de ces émotions patriotiques si poignantes que les hommes de notre génération ont alternativement subies? — N'avonsnous pas tous, en effet, sur ces boulevards de Paris, participé de tout cœur à l'ivresse générale de la victoire, lorsqu'en 1859 l'armée française défilait, revenant de la campagne d'Italie ? — N'avons-nous pas, sur ces mêmes boulevards, quelques années après, assisté à l'annonce de tous nos désastres, et dans ces foules anxieuses et surexcitées, senti palpiter des cœurs à l'unisson des nôtres, et nos tristesses intimes répandues sur tous les visages?
Communication à autrui de l'activité automatique.
L'activité automatique s'exerce dans les cerveaux humains suivant des lois tellement fatales et des énergies tellement involontaires, que l'on peut compter sur elle à un moment
donné, la considérer comme une force vive à l'état statique en puissance, et la susciter d'une façon tout-à-fait involontaire, comme nous voyons par exemple les corps électrisés d'une certaine façon agir à distance sur les corps voisins, et modifier les conditions dynamiques des forces électriques qu'ils tiennent en ré'serve.
L'activité automatique cérébrale se développe donc aussi à distance, d'une individualité sur une autre, par l'intermédiaire soit de la parole, soit des écrits, soit des gestes qui viennent ébranler le sensorium de l'individu sollicité ; et, le mouvement une fois communiqué, se propage de proche en proche à travers les réseaux de la corticale d'une façon continue, en raison des seules forces automatiques des éléments nerveux qui dégagent leurs énergies latentes.
C'est ainsi que la parole humaine, perçue par celui qui l'écoute, provoque dans le sensorium^ des réflexions involontaires qui cheminent à travers le cerveau et finissent par mettre en quelque sorte à l'unisson, celui qui écoute et celui qui parle. — L'art de la persuasion n'a d'autre raison d'être physiologique, que de faire vibrer les cordes sensibles des régions émotives du sensoriwm et de neutraliser directement ou indirectement les dispositions arrêtées à l'avance ; — c'est par ces procédés que l'art de savoir faire rire à propos, de détourner l'attention en soulevant des sentiments inopinés, est souvent un moyen de désarmer ses juges.
N'est-ce pas en vertu de la mise en mouvement des forces automatiques latentes dans les cerveaux humains, que les grands orateurs s'emparent d'un auditoire attentif, le subjuguent et suscitent en lui les élans involontaires de l'émotivité et de l'enthousiasme? — que les grands écrivains développent toute une série d'jémotions inconscientes qui nous tiennent attachés à leurs récits émouvants? — qu'un mot, qu'une phrase, suscitent une série d'idées involontaires, enchaînées les unes à la suite des autres, et mettent ainsi, en saillie, une foalede réflexions et d'émotions appropriées à celles qu'ils ont voulu nous inspirer? — C'est en raison des mêmes lois générales du mouvement communiqué que les publications périodiques de la presse, par cela môme qu'elles s'infiltrent quotidiennement dans l'esprit de leurs lecteurs, finissent par inculquer une direction automatique à leurs idées (en vertu des tendances natu-