CHAPITRE ir
L'ÉCORGE du cerveau. — LA SUBSTANCE GRISE CORTICALE.
Tout le monde connaît l'apparence extérieure de la substance corticale du cerveau ; il sufTit de se rappeler les cervelles de moutons, que l'on sert habituellement sur nos tables, pour reconnaître au premier abord que la substance grise corticale se présente sous l'apparence d'une lame grise, onduleuse, repliée un grand nombre de fois sur elle-même, et formant ainsi une série de sinuosités multiples qui n'ont d'autre but que de multiplier sa surface.
Ces plis et replis, qui atteignent leur maximum de développement dans l'espèce humaine, semblent obéir, au point de vue de leur distribution, à quelques lois fixes K Quelques-uns, en effet, ont des caractères de permanence qui les font aisément retrouver dans tous les cerveaux humains; d'autres, et c'est le plus grand nombre, au point de vue de la configuration extérieure, présentent toutes les variétés possibles, non-seulement d'un individu à l'autre, mais encore chez le même individu, suivant que l'on considère les régions homologues de l'hémisphère droit ou celles de l'hémisphère gauche.
Prenez en effet une feuille de papier à calquer, appliquez-la sur une coupe verticale fraîche du cerveau, prenez avec un pinceau humecté de couleur à l'aquarelle le contour de la
1. Voir l'intéressante description de la topographie des circonvolutions cérébrales faites par le Professeur Charcot dans ses leçons à la Faculté. — Progrès médical, 1875, P. 283, 333 e' suiv.
substance corticale d'un hémisphère, et retournez ce papier; vous verrez ainsi d'une façon bien nette que le profil des circonvolutions d'un côté ne s'adapte pas sur le profil des circonvolutions d'un autre côté. J'ai bien des fois répété ce tracé, et je suis encore à trouver un cerveau humain complètement symétrique, complètement équilibré dans ses régions périphériques, et dont les régions gauches de la substance corticale répondent exactement aux reliions homologues du côté opposé.
Autre particularité importante à noter à propos de l'examen extérieur de la substance corticale.
Chez l'adulte, sur des coupes cérébrales verticales ou horizontales, on constate que la ligne des sommets des circonvolutions est continue, que leurs points culminants sont tous au même niveau ; il y a en quelque sorte uniformité de répartition de l'activité trophique dans toute la masse.
A mesure que le travail de la sénilité s'accomplit, des apparences différentes se révèlent et c'est un des caractères les plus curieux à noter, lorsqu'on étudie les différents effets de la sénescence de tous les appareils organiques, que de voir comment la sénilité se caractérise dans le cerveau humain.
On constate alors que la substance grise devient plus mince comme épaisseur, que sa coloration tourne au blanc jaunâtre par suite du passage des cellules nerveuses à l'état granulograisseux, et que, d'une autre part, les circonvolutions s'effondrent par groupes isolés, commodes montagnes dont les assises sont minées et qui s'abaissent insensiblement, — si M%n que, sur les cerveaux des vieillards en démence, on note que la ligne qui joint les sommets de certains groupes de circonvolutions devient interrompue, qu'un certain nombre d'entre elles sont en retraite et en sous-sol par rapport au niveau des circonvolutions ambiantes , et qu'ainsi il existe une résorption lente et progressive de la substance nerveuse par l'effet du temps.
Chez les individus qui tombent prématurément en démence par le fait d'altération de la substance cérébrale, sous l'action des maladies mentales, les mômes atrophies de la couche corticale se rencontrent; c'est ainsi que j'ai observé un grand nombre de fois des atrophies des circonvolutions chez des sujets jeunes atteints do démence paralytique, chez les hallucinés, chez les sujets atteints de délire mélancolique.'
L'épaisseur de la substance corticale chez l'adulte est en moyenne d'environ 2 à 3 millimètres ; en généra;l, elle est plus abondamment répartie dans les régions antérieures que dans les postérieures. Sa masse varie suivant les âges et surtout suivant les races : Gratiolet a remarqué que, dans les races de petite taille, la masse de la sulDstinr.o. corticale était peu abondante i.
Sa coloration présente quelques variétés ; elle est uniformément grisâtre et comme gélatineuse chez l'enfant nouveau-né ; chez l'enfant, dans les premières années, elle est d'une coloration gris rosé. Chez le vieillard, la coloration de la substance corticale se rapproche d'une teinte blanc jaunâtre ; la vascularisation y est moins accusée que chez l'adulte. Chez le nègre cette substance est d'une coloration plus foncée que dans la race blanche.
Chez l'adulte, dont le développement est régulièrement fait, la susbtance corticale se présente très-nettement à l'œil nu avec différentes nuances, sous forme de zones stratifiées. On reconnaît, en effet, qu'il existe une zone superficielle, sousméningée, de coloration grisâtre , transparente , et une zone profonde, sous-jacente à la précédente, d'une coloration rougeâtre plus accentuée.
Lorsqu'on prend une tranche mince de cette substance corticale, qu'on la comprime entre deux lames de verre et qu'on l'examine à contre-jour, ainsi que Baillarger l'a le premier indiqué 2, on voit qu'elle se dissocie en zones secondaires d'inégale transparence et que ces zones se clivent en une striation régulière et fixe. Nous allons voir tout à l'heure que ces apparences ne sont que le résultat de la structure intime de la substance corticale.
Tels sont les caractères macroscopiques que présente l'écorce cérébrale envisagée à l'œil nu, et que tout le monde peut constater sur des cerveaux frais.
Pénétrons maintenant, à l'aide de verres grossissants, dans l'intérieur de cette substance mollasse, amorphe en apparence,
1. Gratiolet, BuUetin de la Société d'anthropologie, 1859, p. 38.