CHAPITRE PREMIER
DISSÉMINATION DES IMPRESSIONS SENSORIELLES DANS LES RÉ- SEAUX DE LA SPHÈRE PSYCHO-INTELLECTUELLE. — GENÈSE DES IDÉES.
Nous avons vu précédemment comment les impressions sensorielles, une fois reçues vers les régions diverses de la périphérie corticale , se trouvaient dispersées dans les réseaux du sensorium, qui constituaient pour elles un vaste champ de projection et, comment, — à partir de là, poursuivant leur trajet, elles entraient particulièrement en rapport, — les unes avec la sphère de l'activité psychique, les autres avec la sphère de l'activité purement intellectuelle. — C'est en ces régions cérébrales que se trouve le dernier terme de leurs longues migrations à travers l'organisme. C'est là, qu'elles se concentrent, qu'elles se transforment et, sous des modalités nouvelles, devenues des incitations spiritualisées de la sphère psychointellectuelle, qu'elles constituent les éléments fondamentaux de toutes les manifestations de la vie cérébrale.
C'est là, en un mot, que ces mêmes incitations sensorielles, une fois incarnées dans la cellule vivante, se perpétuent en tant qu'incitations persistantes, pour devenir comme des souvenirs
durables de l'impression première qui leur a donné naissance, — C'est là qu'elles reposent, dans ces replis infinis de la sphère psycho-intellectuelle, qu'elles vivent toujours alertes, toujours brillantes, comme des réserves fidèlement conservées du passé de notre esprit et de nos émotions. ~ C'est là qu'elles forment ce fonds commun d'anciens souvenirs accumulés depuis nos premières années, qui constitue ces idées mères que nous portons en nous-mêmes et qui ne sont que les irradiations du monde extérieur primitivement imprégnées en nous ; elles ont vécu avec nous pendant de longues années, et y ont pris en quelque sorte une existence indépendante, comme des greffes adventives implantées dans notre substance. — No3 idées, nos émotions qui y sont attenantes, ne sont donc que les reflets directs et les répercussions prolongées du monde extérieur qui nous ont ébranlés tout le long de la route, et ce travail intime, qui a commencé avec les premières phases de notre existence, s'est perpétué et se perpétue sans cesse par une participation incessante de l'activité propre du cerveau.
Chaque ébranlement sensoriel qui s'opère en nous, y laisse une trace, un souvenir spécifique, et c'est ce souvenir posthume de l'objet absent, qui continue à vibrer, — qui se perpétue, qui s'avive, qui se renforce à l'aide des incitations de même tonalité qui viennent lui communiquer une nouvelle verdeur alors qu'il commence à faiblir ; — et c'est cet entretien journalier de toutes les impressions persistantes qui constitue l'origine et la permanence de nos idées ainsi que de toutes nos émotions.
Fouillez en effet proiondément la généalogie de chacune d'elles en particulier, soumettez-les à une série d'analyses élémentaires, décomposez-les en leurs éléments primaires, et vous verrez toujours comme résultat ultime, au fond du creuset, que nos idées, ainsi que toutes nos émotions, sont réductibles à une impression sensorielle comme élément fondamental du début. C'est elle, l'impression sensorielle, qui est au fond de toutes nos idées, de toutes nos conceptions, et qui, soas forme de combinaison binaire, ternaire, quaternaire se dérobe aux premières recherches ; mais pour peu qu'on poursuive l'investigation avec suite, on arrive à reconnaître aisément que comme un corps simple de la chimie organique, elle est toujours susceptible d'apparaître aussitôt qu'on l'a mise en demeure de