‹ Le cerveau et ses fonctionsChapitre 77 sur 132 · DISSÉMINATION DES IMPRESSIONS SENSORIELLES · texte numérisé non relu

DISSÉMINATION DES IMPRESSIONS SENSORIELLES

se dégager des combinaisons artificielles qui la détiennent *. Toutes nos idées, toutes nos émotions tirent donc physiologiquement leur origine d'un phénomène extérieur qui s'est incarné en nous et s'y est perpétué à l'état de souvenir, et c'est ainsi que nos idées, comme nos souvenirs, vivent de la vie du substratum organique qui les supporte et avec lui subissent toutes les oscillations qu'il est susceptible de présenter.

C'est ainsi qu'en raison même de la mise en activité de la cellule nerveuse avec tous ses attributs intrinsèques et extrinsèques, l'ébranlement sensoriel qui s'est imprimé en elle, y est devenu une idée, c'est-à-dire un souvenir de l'objet absent ; il se propage à distance à l'aide des réseaux anastomotiques, et se transforme ainsi, de cellule à cellule, en ébranlement progressif et rayonnant.

C'est ainsi que , — en raison même de ces connexions, nos idées s'associent, se groupent d'une façon méthodique en souvenirs contemporains, s'appellent les unes les autres, lorsque

i. Les idées de temps et d'espace, que les philosophes ont considérées pendant si longtemps comme irréductibles, sont cependant décomposables par l'analyse en éléments simples qui les rattachent aux processus réguliers de l'activité cérébrale.

Ainsi la notion que nous acquérons de l'espace dérive directement de celle de l'activité musculaire. C'est par la notion de la somme de l'effort fait pour nous déplacer que nous acquérons la notion du chemin parcouru et de sa longueur. C'est par la marche que les aveugles jugent de l'éloignement d'un lieu à un autre et acquièrent ainsi la notion de l'espace ; c'est ainsi que successivement nous apprécions mentalement l'espace occupé par un mètre, par un kilomètre, par plusieurs kilomètres, etc., et finalement nous arrivons à pouvoir nous faire une idée de l'immensité des espaces inter-planétaires; ce sont donc des acquisitions de nature objective qui président en nous à l'édification de la notion de l'espace.

De même pour l'acquisition de la notion du temps. C'est un processus très-complexe dans lequel entrent des facteurs multiples, et surtout l'enregistrement des faits quotidiens. Ainsi, relativement à l'appréciation des heures de la journée, nous nous en rapportons à l'intensité de la clarté du jour, à la répétition d'incidents habituels et aux circonstances multiples du milieu ambiant, qui reviennent périodiquement, à un moment donné. — Nous connaissons les mois, les années, par des faits de notre mémoire et des notes qui consignent ce que nous avons fait. Cela est si réel que, lorsque les éléments du sensorium sont troublés, que la mémoire vient à faiblir pour retenir les faits récents, la notion du temps disparaît; un grand nombre d'aliénés, qui sont depuis plusieurs années dans les asiles, ne se rendent pas compte du temps qui s'écoule et font des écarts considérables à ce sujet. Ils disent qu'ils sont séquestrés depuis 5 ans, G ans, alors que leur date d'entrée dans l'établissement remonte à 15 et 20 ans.

le premier anneau de la série a été ébranlé, — se représentent d'une façon irrégulière et décousue lorsque, abandonnant la direction de notre esprit, nous les laissons aller comme on dit au hasard, que nous donnons audience à nos pensées, c'est-àdire que nous laissons les activités automatiques do nos cellules cérébrales s'exercer suivant leur allure naturelle et s'appeler suivant leurs affinités intimes.

C'est en raison de ce mécanisme organique que le mouvement et la vie se répandent d'une façon incessante à travers les réseaux de l'écorce cérébrale ; que les incitations de toute sorte surgissent dans leur intimité à propos de l'arrivée des impressions extérieures; — que les matériaux du passé s'associent aux idées, aux impressions récentes, et qu'en un mot ces phénomènes si merveilleux, si instantanés, si variés que présente l'activité du cerveau, se développent en présence de la personnalité consciente, laquelle assiste, spectatrice, à leur évolution sans pouvoir diriger le mouvement qui s'accomplit, et, chose étrange, en croyant le régenter.

On se figure généralement que l'on commande la direction des idées dans un sens voulu, et que l'on a autorité sur leur évocation. — On ne s'aperçoit pas ordinaremcnt, qu'alors que l'on s'imagine conduire ses pensées dans une direction, on obéit inconsciemment déjà au deuxième temps d'un mouvement dont le premier temps déjà s'est préalablement effectué. — Si je crois penser à un objet par un effort spontané de mon, esprit c'est un leurre, — c'est que déjà le territoire des cellules, où cet objet réside, s'est déjà mis en vibration automatiquement dans mon cerveau; — j'obéis, alors que je crois commander, en ne faisant que suivre une direction où je suis inconsciemment engagé. — Il se passe à ce sujet un fait tout à fait analogue à celui qui a lieu dans les jeux de prestidigitation, et qu'on appelle la carte forcée , — alors que le prestidigitateur nous force inconsciemment à prendre une carte en nous laissant suppose! la liberté du choix.

Les incitations sensorielles, une fois qu'elles sont disséminées dans les réseaux de la substance corticale, continuent, ainsi que nous l'avons déjà dit à plusieurs reprises, le mouvement commencé dans leur conflit avec le monde extérieur ; le processus en évolution poursuit son cours, et alors, elles se

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