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ÉVOLUTION ET TRANSFORMATION DES IMPRESSIONS SENSORIELLES

Évolution des impressions sensitives.

Les impressions sensitives comprennent en bloc non- seulement les impressions du tact, du contact, de la pression des corps; mais encore celles qui nous donnent la notion de la température, et celle de l'activité de nos muscles. Elles sont destinées, soit isolément, soit simultanément, à jouer un rôle prépondérant dans les phénomènes de l'activité cérébrale proprement dite, et forment, ainsi que nous l'avons indiqué, un énorme contingent d'excitations congénères qui se répartissent également, dans le domaine de l'activité psychique proprement dite, ou dans celui de l'activité intellectuelle *.

Dardées des régions centrales des couches optiques, qui représentent le centre même du cerveau, elles ne paraissent pas jusqu'ici avoir, au point de vue de leur distribution ultime, une aire de dissémination bien nettement localisée.

Les fibres, en effet, qui rayonnent du centre médian semblent devoir les répartir d'une façon égale dans les différentes zones de l'écorce cérébrale.

1. Le rôle que les impressions sensitives jouent dans les phénomènes de l'activité cérébrale est tellement important, au point de vue de la stimulation physiologique qu'elles développent, que, à la suite d'ancienne amputation des membres, lorsqu'elles cessent de stimuler le cerveau, l'hémif-phère qui cesse de les recevoir subit par rétrocession d'influx stimulateur, une atrophie corrélative.

Le contingent d'éléments sensitifs qui est spécialement réservé à se distribuer dans le champ de l'activité psychique , défini ainsi que nous l'avons fait, est représenté par toutes ces agglomérations d'incitations sensitives qui, soutirées de tous les points sensibles de l'économie, sont déversées par les voies centripètes dans les régions centrales.

Ces sont ces éléments sensitifs agglomérés qui, d'un commun accord, incessamment actifs, incessamment vibrants en nous, deviennent dans le sensorium les éléments constitutifs intimes de notre personnalité, de notre unité sentante. — C'est là le rôle spécial que jouent les impressions sensitives, au point de vue de l'activité psychique proprement dite, et l'on voit combien leur rôle est capital, combien elles sont les pierres angulaires de tout l'édiâce de notre activité mentale, puisqu'elles forment par leur synthèse la notion de l'individualité vivante en exercice.

Genèse de la, notion du bien et du mal. — Les impressions sensitives sont appelées à retentir encore d'une manière toute spéciale dans les réseaux du sensoriuni et à y susciter les modalités qui n'appartiennent qu'à elles seules.

Ainsi, en vertu de ce consensus préétabli sur lequel nous avons déjà tant insisté entre les régions périphériques et les régions centrales du système nerveux, il arrive cette conséquence très-remarquable, que l'état spécial dans lequel se trouvent les nerfs sensitifs (alors qu'ils sont saisis par des impressions qui flattent leur sensibilité intime) se reflète sur le seiisorium et y développe une sorte de concordance, en vertu de laquelle il se met à l'unisson avec eux.

Lorsqu'une atmosphère tiède vient à rafraîchir notre peau en transpiration, lorsqu'un repos réparateur vient à raviver nos forces et à donner à nos muscles fatigués, à nos articulations endolories, leur flexibilité, leur élasticité première, nous disons que nous sommes dans un état spécial de bienêtre, que cela nous a fait du bien.

Ce mot, être bien, caractérise un état spécial de notre sen' sorium, une tonalité propre à la sensibilité qui est désirée de tout le monde, et qui devient par cela même une manière d'être spécifique du sensorium, qui se fixe et se perpétue en nous comme un souvenir, comme une espérance. — C'est une sorte de sentiment spécifique, une sorte de sentiment étalon

auquel nous rapportons la plupart des impressions qui viennent se réfléchir en nous ; — si bien que, par extension, la notion du bien-être de nos nerfs sensitifs flattés , devient insensiblement subjective pour se transformer en notion du bien.

Il résulte de cette évolution mentale que lorsqu'un acte quelconque de l'activité humaine est jugé par nous, nous disons qu'il est bien, par cela même qu'il a produit dans la sphère de notre sensibililité morale une impression équivalente à celle produite dans le domaine de la sensibilité physique par une impression sensorielle qui nous aura fait du bien. — ■ Et, inversement, ce qui blesse, ce qui heurte notre sensibilité physique, ce qui nous fait mal, met notre sensorium dans des conditions tout autres que précédemment, et devient par cela même la notion subjective du mal, à laquelle nous rapportons Sous les endolorissements de notre sensibilité morale.

Dans le domaine de l'activité intellectuelle proprement dite, les impressions sensitives sont encore amenées à avoir une importance de premier ordre.

Unies aux impressions congénères qui émanent de l'intimité de nos muscles en action, elles sont parties prenantes d'une foule de notions complexes dont l'entendement fait son profit et qui sont mises incessamment à contribution, sans que nous en ayons nettement conscience.

Ce sont prnicipalement les impression.! tactiles qui forment le contingent propre destiné à solliciter les réactions de la sphère intellectuelle.

Irradiées des extrémités des réseaux périphériques, douées d'une organisation spéciale (papilles sensitives , corpuscules du tact , de Pacini) , ces impressions fournissent à l'intellect une collection de notions peu abondantes, il est vrai, mais très-précises sur les différentes qualités des corps qui sont en contact avec elles. — C'est grâce à elles que nous établissons nos jugements sur la dimension et l'état de la surface des corps extérieurs, sur leur mouvement, leur température, le degré de sécheresse ou d'humidité qu'ils présentent. — C'est grâce à elles et à leurs congénères de la sensibilité musculaire, que nous sommes instruits de la dépense d'influx nécessaire qu'il faut faire pour soupeser lea corps pesants, les déplacer, et acquérir

indirectement la notion précise de leur volume et de leur solidité.

Ce contingent spécial d'éléments sensitifs à l'aide duquel la notion de la personnalité humaine se développe et se maintient en activité, et à l'aide duquel aussi nous sommes en conflit incessamment avec les choses du monde extérieur, — ce contingent, dis-je, est encore destiné à retentir d'une façon concordante sur l'ensemble des facultés mentales et à donner mie tournure spéciale au caractère de l'individu ainsi qu'aux créations de son esprit. — On peut donc dire que l'état de perfectionnement plus ou moins complet et que le degré de puissance sensitive plus ou moins grand, issu des régions périphériques, trouvent leur contre-partie dans les régions centrales et que tel est le degré de la sensibilité physique, tel est, chez l'individu, le degré de la sensibilité morale.

Qui ne sait combien les femmes en général, et en particulier celles qui, vivant dans l'oisiveté, ne faisant pas œuvre de leurs mains, ont la peau fine, délicate et sensible? — combien leurs plexus nerveux sensitifs sont en quolrjue sorte exposés à nu en présence des agents d'incitations de toutes sortes ? et combien, — par cela môme, cette sensibilité tactile incessamment en éveil, incessamment en vibration, tient continuellement leur esprit instruit de mille sensations qui nous échappent, et de subtilités tactiles pour nous complètement inédites? — C'est ainsi que chez les femmes de la société oisive et chez les hommes à peau fine, les aptitudes mentales se développent et s'entretiennent en raison même des perfectionnements et des délicatesses de la sensibilité de la peau. La perfection du toucher devient en quelque sorte une seconde vue qui fait sentir et voir a, l'esprit des finesses qui échappent au commun des hommes et constituent une qualité de premier ordre, le tact moral, ce toucher de l'âme comme on l'a appelé, qui est la caractéristique des organisations à peau délicate et impressionnable, dont le sensorium, comme une corde tendue, est toujours prêt à entrer en vibration sous le choc des moindres ébranlements.

Inversement, comparez la peau épaisse de l'homme de peine, habitué à manier de lourds outils et de pesants fardeaux, et chez lequel les réseaux sensitifs sont éloignés des corps qui les touchent par une couche épaisse de callosités épithéliales, — et

voyez, après examen de la sensibilité intellectuelle et morale, si vous êtes compris lorsque vous essayez à faire jaillir en lui quelqiies lueurs de ces délicatesses de sentiment qui caractérisent si nettement l'état mental des individualités à peau fine. Sur ce point l'expérience s'est déjà depuis longtemps prononcée, et nous savons tous qu'il faut parler à chacun le langage qu'il peut comprendre, et que dierctier à éveiller dans l'esprit d'un homme à écorce rude la notion des délicatesses d'un sentiment raffiné, c'est parler à un sourd des suavités de l'harmonie, et à un aveugle des beautés des couleurs i.

Évolution des impressions optiques.

Les vibrations lumineuses transformées directement par l'action propre de la rétine en vibrations nerveuses, sont tout d'abord concentrées dans les centres gris de la couche optique qui leur sont affectés; — de là elles sont irradiées principalement dans les régions antéro-latérales de l'écorce cérébrale. Elles arrivent, ainsi que nous l'avons indiqué déjà, dans le sensorium avec des vitesses différentes suivant les individus 2, et à partir du moment où le matin elles viennent illuminer les réseaux nerveux du sensorium, elles sont permanentes et, par leur incessante stimulation pendant la durée de l'état de veille, elles entretiennent l'activité des cellules cérébrales en continuel éréthisme.

Les ondulations lumineuses, qui s'irradient ainsi à travers

1. Aux faits que nous avons cités déjà relatifs à l'influence pathogénique exercée par certaines anesthésies sur la généalogie de certains délires, nous ajouterons comme complément l'observation suivante rapportée par le D' Auzouy et qui montre d'une façon nette la curieuse influence que peuvent avoir les impressions sensitives sur l'ensemble des phénomènes psycho-intellectuels. — Il s'agit d'un jeune homme bien doué, et raisonnable, devenu subitement indiscipliné et rebelle à tout faire, pour se livrer aux plus mauvaises tendances au point de compromettre son honneur et le repos de sa famille. L'examen fit reconnaître que ce jeune homme était complètement anesthésique. Pendant son séjour à l'asile, il a éprouvé successivement plusieurs phases intermittentes d'anesthésie dont l'apparition coïncidait manifestement avec le retour des plus mauvais instincts, — Lorsque la sensibilité réapparaissait à la peau, on voyait apparaître chez lui les dispositions morales contraires aux précédentes, et une conscience très-nette de sa situation. (Auzoay. Avnalex médico-psycho., 1859, page 535. — Des troubles fonctioniielE de la peau et de l'action de l'électricité cher les aliénés).

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