CHAPITRE III
LA SUBSTANCE BLANCHE CEREBRALE
La substance hlanche cérébrale se compose d'une série de tubes exactement juxtaposés les uns à côté des autres, et servant en quelque sorte de fils conducteurs isolés à chaque groupe de cellules avec lesquelles ils sont en connexion, comme le fil électrique qui exporte l'agent impondérable que sécrète la pile avec laquelle il est uni.
Ces tubes nerveux, dont la direction générale est sensiblement rectiligne, sont, ainsi que les cellules nerveuses congénères, répartis en nombre excessivement considérable, puisque ce sont eux qui, réunis en totalité, constituent la masse de substance blanche des deux hémisphères
Ils sont essentiellement constitués par une fibre fondamentale désignée sous le nom de cylinder axis et qui représente l'élément véritablement nerveux du tube; c'est cette fibrille qui, la plupart du temps, entre directement en connexion avec le réticulum intime de la cellule nerveuse.
Cette fibrille fondamentale est entourée comme d'un manchon, par une gaîne de nature conjonctive d'une épaisseur variable suivant qu'on l'envisage dans les régions centrales ou dans les régions périphériques du système. Entre cette gaîne et le cylinder axis se trouve interposée une substance graisseuse, oléo-phosphorée, très-réfringente, la myéline, qui forme comme un corps isolant fluide entre ces deux éléments.
La névroglie, avec ses milliers de réseaux divisés à rinfini, forme pareillement autour des tubes nerveux un réticulum très- serré qui les soutient et constitue une charpente unissante et un véritable ciment au milieu duquel ils sont encastrés.
Ces milliers d'éléments nerveux ainsi constitués émergent isolément des différentes zones de la substance corticale, soit directement, du réticulum intime protoplasmatique des cellules nerveuses, soit indirectement en prenant naissance au milieu du réticulum intercellulaire, sous forme de fibrilles grises,
Fip. 3. — Schéma des fibres commissurantes des régions antérieures du cerveau ; — Elles firment une série de courbes emboîtées qui, par chacune de leurs extrémités, plongent dans les régions homoiogues de chaque lobe cérébral i, 1', 2, 2' — 3 et 3' — Elles passent sur la ligne médiane et constituent en 4 et 4' les différentes apparences sou» lesquelles «0 présente le corps calleux. — 5. Fibres commissurantes des régions inférieures. — Elles sont incurvées dans une direction inverse par rapport à celle dea précédentes , elles les regardent par la convexité.
transparentes, recouvertes d'une gaîne excessivement délicate. Peu à peu, par suite de l'interposition de la myéline qui devient plus abondante entre le eylinder etla, gaîne, ces fibrilles grises passent à l'état de fibres blanches et après s'être constituées à l'état d'élément nerveux complet, poursuivent leur parcours dans une direction qui leur est propre, pour aller s'amortir au dernier terme de leur course, dans des amas de substance grise, satellites avec lesquels elles sont particulièrement en connexion.
Les fibres blanches nerveuses, comme de véritables traits
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d'union, ne servent donc qu'à conjoindre deux régions de cellules associées, et à établir ainsi entre elles deux les voies naturelles de la propagation des actions nerveuses. A ce point de vue, elles sont tout à fait comparables aux fibres nerveuses interposées entre chacun des ganglions du sympathique et qui servent de lien connectif entre chacun d'eux .
Ceci posé, voyons comment se comportent ces éléments fibrillaires, quelle direction particulière ils suivent, et quels rapports ils affectent avec les différentes régions centrales.
D'une manière générale, les fibres blanches cérébrales obéis» sent à deux directions.
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Fig. 4. — Schéma des fibres commissurantes au niveau dii corps strié. 1-1' Groupes de !;bres transversales emboîtées faisant suite aux fibres similaires de la fig. précédente. — 2-2'. Substance grise du corps strié. — 3' Groupes de fibres commissurantes inférieures. — 4-4' Elles s'incurv&nt en forme à! s pour s'accommoder à la présence du corps strié qu'elles contribuent à délimiter en dehors.
1" Le premier groupe d'entre elles (fibres commissurantes) affectent une direction sensiblement transversale.
Nées au milieu des réseaux de cellules de la substance corticale, après avoir cheminé avec leurs partenaires en commun pendant un certain temps, elles s'en séparent successivement, abandonnent leur direction primitive, passent sur la ligne modiane et vont se perdre dans les régions homologues de l'hémisphère du côté opposé. (Fig. 3 et 4.)
Elles constituent ainsi les fibres transversales de la voûte du corps calleux auquel se rattachent celles de la commissure blanche antérieure.
Elles représentent individuellement des fibres curvilignes en forme d'U, et cet U, par ses branches, plonge également dans les régions homologues de chacun des hémisphères.
Cet ensemble de fibres blanches à direction transversale, et qui forme dans sa totalité à peu près la moitié de la masse blanche des hémisphères cérébraux, établit donc des connexions intimes entre les régions homologues de la substance corticale. Elles sont ainsi , en i-aison de leurs rapports avec les éléments gris, de véritables commissures réparties en nombre infini; aussi peut-on dire qu'elles constituent un système de fibres bien nettement défini qui, en raison de son rôle anatomique, peut être dénommé d'une manière générale sous le nom de système des fibres commissursintes.
Au point de vue physiologique, on peut indun^e de la direction de cet ordre de fibres que c'est gi'âco h elles que les régions des deux hémisphères cérébraux sont anastomosées d'une façon régulière, cellule à cellule; et qu'elles sont, par cela même, les véritables agents de l'unité d'action d(.'s deux lobes cérébraux.
2° Le second groupe de fibres blanches (fibres convergentes), non moins important que le précédent, suit une direction rectiligne et sensiblement convergente : ce système de fibres se développe tout entier dans l'hémisphère même d'où il dérive; il n'a rien de commun avec l'hémisphère du côté opposé.
Les fibres qui le constituent naissent de tous les points de la périphérie corticale à l'état de fibrilles grises, au sein des réseaux de cellules, avec leurs congénères les commissurantes et cheminent en un trajet commun pendant un certain temps. Arrivées au niveau de la paroi de l'angle supérieur des ventricules, tandis que les commissurantes passent du côté opposé, elles se rapprochent insensiblement les unes des autres comme une série de rayons irradiés de la périphérie d'une sphère creuse, et, sous forme de gros fascicules cylindroïdes blancs juxtaposés , vont se pelotonner et s'amortir, comme des épingles sur une pelote, autour des régions antérieures, moyennes et postérieures de la couche optique de l'hémisphère correspondant.
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En raison de la direction et du mode de groupement spécial de ces éléments nerveux qui -servent ainsi de trait d'union entre les régions périphériques et les régions centrales du cerveau, on ne peut se refuser à reconnaître qu'anatomiquement elles jouent le rôle d'éléments convergents, et constituent un
Fig. 5. — Schéma du système des fibres convergentes dans leurs rapports avec les noyaux gris centraux. — i» Fibres convergentes des circonvolutions postérieures du cerveau ;
— 2° Fibres convergentes des circonvolutions médianes du cerveau; — 3° Fibres convergentes des circonvolutions antérieures du cerveau; 4-4'-4" Périi chérie corticale dans ses rapports avec les noyaux gris centraux; — 5» Couche optique; — 6" Corps strié;
— 7" Centre antérieur-olfactif; — 8° Centre moyen-optique; — 9» Centre médian- Bensitif ; — 10» Centre postérieur acoustique; — 11° Région grise centrale; — 12» Fibres ascendantes grises de l'innervation viscérale ; — 13* Fibres grises optiques; -— 14» Fibres ascendantes sensitives ; — 15» Fibres ascendantes acoustiques; — 16» Série des fibres antéro-latérales de l'axe allant se perdre dans le corps strié.
système pareillement bien défini que nous avons décrit sous le nom de fibres convergentes cérébrales.
Au point de vue de la façon dont se comporte chaque groupe de fibres convergentes, nous n'avons pas, dans ce travail, à faire une description anatomique détaillée de chacun d'eux; nous rappellerons seulement que, suivant qu'on les considère dans les régions postérieures, dans les régions médianes, dans
les régions antérieures du cerveau, on les rencontre partout disposées d'une façon identique et tournées vers leur centre d'attraction propre.
Ainsi les fibres convergentes des circonvolutions postérieures suivent en commun une direction postéro-antérieure; — celles des circonvolutions antérieures suivent une direction inverse ; — tandis que celles des circonvolutions supérieures s'inclinent de haut en bas, et celles des circonvolutions inférieures se relèvent de bas en haut.
Tels sont les caractères spéciaux des deux grands systèmes de fibres qui constituent la substance blanche du cerveau. Ces fibres obéissent à une direction fixe, à des lois générales définies, et deviennent ainsi les appareils fondamentaux qui, d'une part, relient entre elles les régions homologues des deux hémisphères, et d'autre part établissent la solidarité entre les régions périphériques et les noyaux centraux du cerveau.
Une fois ce mouvement de concentration des fibres convergentes opéré autour do la couche optique, que deviennent ces éléments nerveux et comment s'amortissent-ils dans sa masse ?
A partir du moment où elles se sont implantées au pourtour de la couche optique, elles se dissocient peu à peu, s'effilent insensiblement et on les voit alors, sous forme de fibrilles blanchâtres rectilignes, continuer la direction convergente des faisceaux primitifs et venir se perdre au milieu des différents dépôts de substance grise qu'elles rencontrent sur leur passage (centres de la couche optique et corps strié).
C'est ainsi que chaque région de la périphérie corticale est reliée à l'aide des fibres blanches à une région symétrique dans ce noyau commun de substance grise (la couche optique) et que ces deux foyers d'activité nerveuse, la périphérie corticale et le noyau central, comme deux piles électriques réunies par un fil commun, sont conjugués d'une façon intime en un appareil unique.