‹ Le cerveau et ses fonctionsChapitre 83 sur 132 · LE JU<]EMENT. — LE SENS COMMUN · texte numérisé non relu

LE JU<]EMENT. — LE SENS COMMUN

3" Le processus du jugement, une fois qu'il a provoqué sur rson passage la participation des différentes régions de l'écorce cérébrale et qu'il s'est associé la personnalité humaine, tend de plus en plus à opérer sa manifestation extrinsèque, et à s'exprimer au dehors , soit en sons articulés concordants par lesquels l'usage nous a appris à exprimer les différentes nuances de notre sensibilité, — soit sous forme de caractères graphiques qui signifient pareillement nos idées et nos pensées intimes.

Dès lors il est constitué dans le sensorium à l'état de résolution consciente et, dès ce moment, l'acte volontaire spontané est pareillement complété dans ses éléments intimes, puisque l'opération cérébrale, qui le résume essentiellement, la mise en éveil de la personnalité humaine, consciente de ce qui se passe, se trouve opérée, et que c'est elle qui va se révéler au dehors et sous les formes les plus diverses. — Dès ce moment donc, le processus du jugement appartient dans sa troisième phase à la série des phénomènes de l'activité volontaire dont il marque ia première étape. Il se résume alors dans la traduction somatique d'une incitation volontaire irradiée des régions psycho-intellectuelles. — Nous allons le suivre dans cette phase ultime en faisant l'exposé des actes de la motricité volontaire.

Communa/até et points de contact des jugements humains entre eux. — Du sens commun.

Maintenant, une fois que le processus du jugement s'est manifesté au dehors et, en s'extériorisant d'une façon palpable, a pu s'implanter dans le cerveau d'autrui et déterminer en lui des réactions concordantes, — une fois, dis-je, cette opération accomplie, en quoi est-il possible d'apprécier exactement la valeur de l'acte physiologique qui s'est effectué ? — en quoi pouvons-nous discerner la justesse des appréciations obtenues, et savoir si le jugement formulé est juste ou faux, et comme on dit, raisonnable ou déraisonnable?

j^ui sont complètement inhabiles à juger de la situation ambiante, à s'occuper avec discernement de la gestion de leurs intérêts, et qui cependant conservent une aptitude pour certains jeux qui exigent une attentien soutenue sur un point limité, le jeu de dames entre autres, qui se pratique par la contemplation du damier sans nécessiter les efforts de la mémoire comme les jeux de cartes.

Quand il s'agit du discernement des choses qui tombent immédiatement dans le domaine de l'activité intellectuelle, il est relativement facile à chacun de connaître qu'un jugement énoncé est conforme à la vérité et à la raison.

Tout le monde sait combien, dans le domaine scientifique, toutes les vérités fondamentales, qui sont le patrimoine commun de l'esprit humain en évolution à travers les siècles, — qu'elles soient d'ordre mathématique, chimique, physique ou biologique, sont acceptées universellement, — combien ce qui est vrai à Paris en chimie, en astronomie, est vrai pareillement à Pékin, à New- York et — combien , dans tous les lieux du monde, partout où elles rencontrent un homme sensé et instruit, elles sont partout bien reçues et partout comprises .

Mais d'où vient cet accord universel, cet acquiescement de tous à les accepter comme des jugements réguliers et véridiques ?

C'est qu'elles n'expriment que des idées évidentes, précises, vérifiables par l'expérience, que chacun peut contrôler directement ou indirectement, et que la personnalité humaine qui les a constatées et mises au jour une première fois, n'a été partie prenante dans leur genèse que pour les exprimer en termes corrects et appropriés, sans que les régions émotives de la sensibilité aient été le moins du monde mises à contribution.

Ce n'est que le réel et rien que le réel qui s'est révélé dans l'exposition de chacune d'elles, et l'individu qui les a exprimées, ayant perçu le monde extérieur sous une forme incidente, n'a fait que les réfléchir au dehors sans y mettre du sien.

Ainsi, quand Copernic, quand Kepler, ont formulé leurs lois du système du monde et du mouvement des planètes ; — quand New^ton a mis en évidence la décomposition de la lumière eu rayons élémentaires ; — quand Lavoisier a démontré le rôle dâ l'oxygène dans les phénomènes de la combustion et de la respiration; — quand Laennec a doté ses contemporains d'un moyen nouveau de pénétrer avec l'oreille dans le jeu du rouage de la machine humaine vivante et de suivre pas à pas les mouvements respiratoires ainsi que ceux du cœur, — ce sont là des vérités nouvelles, des jugements imprévus qui ont été jetés dans le domaine intellectuel, et qui, expression correcte de la réalité, certifiés conformes par chaque intéressé, n3 se sont

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