‹ Le cerveau et ses fonctionsChapitre 85 sur 132 · LE JUGEMENT. — LE SENS COMMUN · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT. — LE SENS COMMUN

autrui avec la même certitude que nous croyons à l'existence de son coeur qui bat, de son poumon qui respire, et de ses membres qui se meuvent suivant des flexions et des extensions déterminées à l'avance.

C'est donc ce fonds commun de sensibilité morale vivant en nous, s'étendant à tous nos semblables, formant un lien de sympathie universelle entre tous les membres de la famille humaine, qui devient ainsi le véritable critérium et la pierre de touche qui nous servent à apprécier et à juger la valeur d'un phénomène d'ordre moral. — A un phénomène spécial, nous appliquons logiquement mie méthode spéciale de diagnostic. — C'est en nous prenant comme terme de comparaison, en mettant notre personnalité consciente en présence des actions d'autrui, en nous mettant fictivement à sa place, que nous arrivons à avoir une notion sur leur portée et à juger si elles sont conformes à la ligne commune d'alignement des sentiments humains et de la sensibilité universelle.

C'est ainsi que nous arrivons à dire, qu'il y a parmi les hommes des vérités fondamentales d'ordre moral, des manières de sentir comm.unes, auxquelles nous obéissons tous à notre insu et qui constituent la ligne d'alignement commune, le sens commun, suivant laquelle la grande famille s'avance dans le chemin de la vie. — Chacun de nous oriente plus ou moins sur elle la direction de ses actes et, suivant que cette direction dévie, elle est alors ressentie par ceux qui la suivent, qui la jugent et la condamnent comme une déviation de la loi commune et comme l'expression patente d'une perturbation survenue dans les facultés de celui qui est ainsi sorti du sillon.

C'est de cette sorte que nous réputons raisonnable, dirigé suivant le sens commun, tout acte, toute parole, tout écrit qui est compris de tous, accepté par tous, et que réciproquement nous signalons comme déraisonnable toute action qui heurte chez autrui Ir notion du droit sens et la rectitude du jugement.

C'est ainsi que, d'une manière générale, cette conception d'ensemble, que nous désignons sous le mot de raison, n'est, au point de vue physiologique, qu'une expression synthétique abstraite, qui sert à exprimer cette tendance inconsciente que nous avons à suivre dans la vie, dans nos idées, dans nos ac-

tions, l'ordre commun suivi par nos semblables, et à ne pas sortir de la ligne méridienne parcourue par la généralité d'entre eux.

Perturbations fonctionnelles des opérations du jugement.

L'étude des formes morbides des processus du jugement nous montre combien — les différentes phases qui le constituent sont solidaires les unes des autres, et combien — lorsque l'une d'elles, la première surtout, qui est la plus importante et le point de départ de l'opération qui s'accomplit, vient à être troublée dans son mode d'action, tout est perturbé à la suite, tout est interverti, et combien l'expression extérieure qui s'ensuit, se trouve en désaccord plus ou moins complet avec la réalité des choses-

La première phase correspond, avons-nous dit, au moment où l'impression extérieure vient à pénétrer dans le sensorium, et à saisir la personnalité qui devient immédiatement participante de l'ébranlement communiqué. — C'est là le moment délicat du processus, celui où les termes de l'équation du problème sont mis en place; — or, qu'arrive-t-il , lorsque cette impression primordiale qui doit arriver au sensorium avec son maximum de netteté, et réfléchir d'une façon aussi exacte que possible les phénomènes ambiants, est incomplètement transmise et faussée? — lorsque, par le fait d'un trouble accidentel survenu dans les différents appareils centripètes chargés delà recueillir et de la transmettre au sensorium^ elle y arrive dénaturée et incomplètement exprimée (Illusions sensorielles) ? — Qu'arrive-t-il lorsque , d'une autre part, les régions intermédiaires qui ont pour mission de transmettre au sensorium les incitations périphériques (centres de la couche optique) viennent automatiquement à entrer en éréthisme et à darder motu proprio, vers ce même sensojnum, des incitations subjectives engendrées sur place (Hallucinations)?

La personnalité humaine , alors sans moyen de contrôle direct, saisie suivant les procédés naturels par ces incitations fictives, autogéniques, prend le change; — elle les accepte, les absorbe, les travaille, les soumet aux mêmes conflits intimes que si elles étaient les aliments réguliers et légitimes de son activité ; et dès lors — le processus anormal, en vertu des énergies

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