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LE JUGEMENT. — SES PERTURBATIONS

mènes hallucinatoires engendrés sur place, par une sorte d'éréthisme des voies sensorielles qui viennent s'interposer, et donner le change à la personnalité consciente. — Oe sont, en effet, presque constamment, des hallucinations de l'ouïe, de la vue, de l'olfaction qui viennent soit isolément, soit simultanément, retentir dans le sensorium et qui se retrouvent presque toujours au fond de tous les délires. — Tantôt ce sont des voix subjectivement entendues qui déterminent l'halluciné à fuir telle ou telle personne , à commettre telle ou telle action ; qui lui parlent d'un ton menaçant et le troublent dans le repos de ses nuits. — Tantôt ce sont des visions variées qui le mettent en éveil, des perceptions pénibles, soit du côté du goût, soit du côté de l'odorat, qui le poussent à refuser les aliments, etc.

De là une série indéterminée de jugements, de réflexions consécutives, variant à l'infini suivant la nature du terrain où ils évoluent ; ~ de là toutes ces formes de délires par lesquelles les émotions de la personnalité se révèlent, et qui ont toutes entre elles ce fonds commun qui les rattache , c'est que cette conception morbide qui s'est implantée dans l'esprit comme un élément hétérogène, et en quelque sorte, comme une conception contre nature, ne se révèle au dehors que d'une façon vague et nuageuse, mais logique cependant. — L'halluciné, qui a conçu vaguement un soupçon à la suite d'une impression auditive basse qui a impressionné son sensonwm, traduit delà même manière au dehors cet état d'indécision et d'information vagues ; — ■ et en cela, on retrouve encore les procédés usuels suivant lesquels les processus du jugement se manifestent en nous : l'halluciné est vague dans ses expressions, parce que l'ébranlement qui suscite sa personnalité est pareillement vaguo et confus. Il ne traduit pas clairement ce qu'il n'entend pas clairement. Il ne se sert que de formules indécises pour exprimer les conceptions qui traversent son esprit : ce sont toujours des phrases impersonnelles : — on lui a dit telle chose, — on l'a prévenu de telle chose ; et jamais ses expressions ne sont ni descriptives, ni colorées, ni pourvues de ces accents précis qui traduisent des impressions réellement vues, réellement entendues.

C'est ainsi en résumé que l'on voit combien les processus morbides de la divagation , malgré les modalités les plus dis-

semblables sous lesquelles ils se présentent , obéissent aux mêmes lois générales que les pTocessus réguliers du jugement. Ils s'opèrent en parcourant les mêmes phases, à l'aide des mêmes ouvriers automatiques , ils suivent logiquement les mêmes routes et, lorsqu'ils sont en désaccord avec le réel, lorsqu'en un mot, l'opération est manquée, c'est qu'elle a été mal préparée au point de vue de l'arrivée de l'impression sensorielle, et que les phénomènes de la perception ont été troublés dans leur conflit intime. — La personnalité humaine, entraînée dans ce cycle fatal , obéit automatiquement et devient fatalement participante des désordres pathologiques qui s'opèrent dans le sensorium. Elle est incapable de résister à l'effort et, lorsqu'elle reprend le droit sens, lorsque la maladie guérit, c'est plutôt par le fait de la sédation survenue dans les régions atteintes primitivement que par l'effet de la volonté consciente. Le moral se relève avec le physique , et si la divagation dispa* raît, si l'individu cesse de délirer, c'est moins par un effort spontané de sa volonté en vertu duquel il abjure ses fausses convictions, et se rend au jugement d'autrui que — parce que son cerveau devient perméable à la réalité ambiante, qu'il absorbe les impressions sensorielles et les travaille comme l& commun des hommes.

On sait, en effet, combien les hommes à idées fausses, sont réfractaires à tout raisonnement sain , et combien c'est peine perdue que de vouloir traiter par un raisonnement suivi un individu atteint de délire partieL

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