LES LACUNES DE DÉSINTÉGRATION
C'est à M. Pierre Marie que revient entièrement l'honneur d'avoir dégagé cette entité anatomo-clinique, d'importance capitale dans la pathologie sénile, d'une part du chaos des états lacunaires anatomiques qui avaient été signalés sans jamais avoir été décrits, d'autre part des tableaux cliniques des ramollissements et des héniorrhagies avec lesquels la symptomatologie des <( lacunaires » était intimement confondue.
Ce qui essentiellement distingue les lacunes de désintégration, lésions nettement pathologiques, de tous les autres états lacunaires du cerveau, physiologiques ou cadavériques (dilatations périvasculaires, état criblé, porose cérébrale, etc.), cest l'irrégularité, le déchiqmtage de leur paroi, tel qu'il semble à première vue qu'à leur niveau le tissu cérébral ait été déchiré et détruit ; il n'y a d'exception que peut-être pour quelques très anciennes lacunes qui auraient subi une transformation kystique.
Les états lacunaires du cerveau, pris en bloc, avaient pourtant été vus depuis très longtemps et signalés par nombre d'auteurs. Morgagni avait déjà parlé de petites cavités anormales, spécialement situées dans les corps striés, et dont il ignorait la nature.
Durand-Fardel, après avoir séparé l'état criblé comme étant la conséquence d'une congestion chronique du cerveau, décrivait (1) une « atrophie interstitielle du cerveau, laquelle s'annonce par un grand nombre de petites vacuoles disséminées dans la substance du cerveau, ou groupées ensemble, et qui n'entraînent que consécuiivement une diminution de consistance de la pulpe nerveuse... Cette atrophie interstitielle se montre dans la substance blanche et dans la substance grise, plus souvent dans la première : on l'observe, tantôt sous forme de points circonscrits isolés ou répandus par tout le cerveau, taniôl sous forme de noyaux... Ces vacuoles sont très inégales... Examinées à la loupe, elles ne semblent pas tapissées d'une fausse membrane, leurs parois ne sont même pas lisses ; quand leur cavité offre
(i) Durand-Fardcl. — Traité des maladies des vieillards. i854, p. 295.
line certaine étendue, elles paraissent comme Floconneuses ; il semble que la substance cérébrale fonde peu à peu et se détache par petites portions qui se laissent résorber. « On voit que Durand-Fardel avait vu les lacunes, qu'il en avait même distingué les principaux caractères ; il en avait même aperçu les rela-
Fig. 19. — Coupe horizontale montrant de nombreuses lacunes de désintégration, notamment dans le noyau lenticulaire, et une hémorrhagie récente, limitée, dans la couche optique. — i, lobe frontal ; 2, tète du noyau caudé; 3, noyau lenticulaire ; 4i couche optique contenant le foyer hémorrhagique (empruntée au mémoire de P. Marie, Rev. de Médec., 1901).
tions avec les hémorrhagies cérébrales, puisqu'il donne plusieurs observations d' <( airophie inlerstilielle autour de foyers hémorrhagiques ». Ce remarquable observateur n'avait cependant pas poussé assez loin sa différenciation, il n'avait pas attribue à ces lacunes leur véritable origine vasculaire, enfin il ne leur avait pas reconnu une symptomatologie propre : « Nous n'avons
pas observé un seul fait, dit-il, qui nous permette d'assigner à cette altération des symptômes particuliers. » En 1863, Marcé (1) constata non seulement l'existence des
Fig. 20. — Coupe horizontale présentant l'aspect dit « fromage de Gruyère » dû à l'existence de très nombreuses cavités de porose cérébrale. Ces cavités sont très variables de dimension et de direction; elles siègent aussi bien dans la substance blanche que dans la substance grise, mais toutes ont un pourtour régulier, lisse et bien limité. Il s'agit d'iine production cadavérique de gaz, due à la putréfaction ; aussi cet aspect s'observe surtout en été ; il est bien différent, comme le montre cette figure, de l'aspect d'un cerveau contenant des lacunes de désintégration.
lacunes, mais presque leur symptomatologie : « Dans les cas de démence à forme progressive, dit-il, alors que les troubles
(i) Marcé. — Recherches sur la démence sénile. — Gaz. méd. de Paris, i863, p. 468.