‹ Le cerveau sénile [electronic resource]Chapitre 16 sur 23 · APERÇU CLINIQUE · texte numérisé non relu

APERÇU CLINIQUE

Nous venons d'envisager, dans l'étude anatomique du cerveau sénile, une série d'états de transition allant des lésions cellulaires et vasculaires diffuses les plus disséminées et les plus incomplètes jusqu'aux lésions en foyers les plus grossières et les plus volumineuses. Nous avons ainsi passé eu revue successivement l'étal des cellules, des fibres et des vaisseaux à leurs divers degrés d'altérations, les petits foyers de sclérose vasculaire, d'hémorrhagies mifiaires, de désintégration non lacunaire, les foyers lacunaires, enfin les grands foyers de ramollissement ou d'hémorrhagie cérébrale.

Dans l'examen clinique des malades on peut retrouver toutes ces formes de transition allant, aussi bien au point de vue des troubles somatiques que des troubles psychiques, de l'état physiologique, ou du moins de l'intégrilé fonctionnelle absolue, aux syndromes dénotant les lésions les plus profondes, localisées ou généralisées, de l'écorce, de la substance blanche ou des noyaux centraux, en particulier aux paralysies ou à la démence complètes et définitives.

On peut ainsi passer en revue une série d'états successivement étagés, comme par une gradation insensible : d'une part l'affaiblissement et la déchéance physique progressive des vieillards, les paralysies partielles, incomplètes et transitoires, les paralysies plus intenses et plus durables, les hémiplégies complètes et définitives ; d'autre part le ralentissement psychique sénile l'affaiblissement plus accentué, la déchéance progressive aboutissant à la démence, avec ou sans délire, avec ou sans psychose.

Dans l'étude de ces troubles tant psychiques que physiques, on a volontiers tendance à rattacher à la dégénérescence et à l'atro phie des éléments nerveux les symptômes de dépression, de déficit, lentement continus et progressifs, et à l'artério-sclérose les symptômes d'excitation et les accidents passagers, les (( à-coup » qui parsèment la vie des séniles. Ceci paraît être vrai aussi bien pour les troubles psychiques que pour les troubles somatiques.

Malheureusement la séparation définitive n'est nullement faite entre les troubles relevant de telle ou telle altération anatomique ; aussi nous a-t-il semblé prématuré de donner immédiatement chacune des lésions que nous avons décrites sa symptomatologie particulière. C'est un but auquel doit tendre l'avenir; nous ne nous sommes pas cru encore dispensé de séparer l'anatomie de la clinique.

Nous ne pouvons donner qu'une esquisse extrêmement sommaire des innombrables variétés cliniques des cerveaux séniles ; nous éliminerons même entièrement de notre cadre tous les syndromes d'origine cérébrale qui surviennent occasionnellement dans la sénilité, et nous ne garderons que ceux qui sont essentiellement sous la dépendance des altérations de la sénilité. Plutôt qu'une étude véritable qui ne pourrait être que très écourtée, nous croyons préférable de ne donner sur chacun de ces syndromes que quelques simples remarques, et nous choisirons plus volontiers les points les moins couramment connus, ceux qui prêtent le plus à la discussion et ceux surtout sur lesquels l'attention nous paraît devoir être plus spécialement appelée en vue de recherches ultérieures.

Parmi les syndromes nettement séniles, nous passerons plus rapidement encore sur les syndromes mentaux, non pas parce qu'ils présentent une importance moindre, mais d'abord parce qu'ils sont beaucoup moins fréquents et qu'on rencontre, par exemple, beaucoup plus de séniles hémiplégiques que de déments séniles (1), ensuite parce que nous ne devons pas oublier que le présent rapport est un rapport de neurologie et non de psychiâtrie, enfin parce qu'une partie fort notable, et non la moins discutée, des troubles mentaux de la sénilité a été excellemment mise au point en 1895 dans un rapport présenté par M. Ritti au Congrès des aliénistes et neurologistes tenu à Bordeaux.

(i) La déchéance physique est au moins aussi fréquente à un âf>e avancé que la déchéance mentale. Quant aux maladies proprement dites et bien caractérisées, on rencontre certainement beaucoup plus fréquemment des vieillards présentant des troubles moteurs prononcés (hémiplégies, etc.) que des déments séniles.

Une très curieuse statistique d'Ablekow (Dissertât. S'-Pétersbourg, 1902) montre la beaucoup plus grande fréquence, à un âge avancé, des maladies nerveuses que des maladies mentales, et cette différence augmenterait avec

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