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ÉCORCE CÉRÉBRALE ET SUBSTANCE BLANCHE

Tissu nerveux : cellules, fibres. — Tissu névroglique : cellules, fibi'illes.

La presque totalité des recherches qui ont été faites sur récorce cérébrale des vieillards ont eu pour but de rechercher la cause

de la démence sénile. C'esl donc sur les cerveaux de déments que des recherches ont été faites, et l'on a attribué la démence aux lésions constatées soit des cellules, soit des fibres corticales. Mais on a généralemcnl négligé de s'enquérir au préalable de l'état des cerveaux de séniles normaux ou du moins non atteints de troubles psychiques ; c'est pourtant uniquement de l'étude comparée de cerveaux de séniles non déments et de séniles déments que l'on peut espérer tirer la ou les lésions causales de la démence sénile. C'est surtout ce que nous avons cherché à faire.

a) Tissu nerveux.

a. Cellules nerveuses.

Lésions cellulaires atrophiques : leur fréquence, leur inconstance. Leurs variétés : atrophie simple, atrophie avec chromatoljse, atrophie avec surcharge pigmentaire .

Le pigment jaune : sa répartition, sa nature, ses variétés; son origine;

sa signification.

Le réseau neurofibrillaire.

Il a été reconnu par tous les auteurs que la question a intéressés, que toutes les couches de cellules corticales des vieillards peuvent subir diverses altérations. Ces examens ont fait l'objel de recherches spéciales de Hodge (1), Verga (2), David Oor (3), Robertson (4), Pugnat (5), Marinesco (6), Carrier (7), Klippel (8), Obersteiner (9), Cerletti et Bruiiacci (10), Fragnito (11), etc., etc.

(1) Hodge. — Journ. of Physiology, 1894.

(2) Verga. — Senilita e pazzia. Il manicomio moderno, 1896.

(3) David Oor et Robertson. — Histol. norm. et pathol. des cellules corticales. Journ. of. ment. Se, 1898.

(4) Robertson. — Norm. and pathol. Histology of the nerv. Cell. Brain, 1899.

(5) Pugnat. — Destruct. des cell. nerv. par les leucocytes chez les animaux âgés. Soc. de Biol., 26 février 1898.

(6) Marinesco. — Evolution et involution de la cellule nerveuse. Rev. Neurolog., 1899, et Rev. Scientif., 1900. — Mécanisme de la sénilité et de la mort des cellules nerveuses. Acad. des Se, 28 avril 1900.

(7) Carrier. — Thèse de Lyon, 1902.

(8) Klippel. — Les psevido- paralysies générales arthritiques. Rev. de médecine, 1892, et Rev. de Psych., 1899. — Histologie de la Paralysie générale. Congrès de Bruxelles, 1908. — Les démences, anatomie pathol. et pathog. Rev. de psychiatrie, 190,5 (avec Lliermitte).

(9) Obersteiner. — Arbeit. aus dem Neurol. Institute. Vienne, 1903 et 1904.

(10) Cerletti et Brunacci. — Sur l'écorce cérébrale des vieillards. Annali del Instit. Psich di Roma, 1904.

(11) Fragnito. — Su alcune alteraz. dell'apparato neurofibrillare délie cel-- Iule corticali nella demenza senile. Instit. psichiatria di Napoli, 1904.

Tous ces auteurs sont d'accord pour reconnaître que, quelles que soient les méthodes d'examen employées et la portion de la cellule examinée (substance chromatophile ou achromatique, réseau neuroîihrillaire, etc.), on trouve toujours dans les cerveaux séniles, même les plus sains en apparence, im grand nombre de cellules altérées ; Hodge, Carrier, etc., ont constaté que chez les séniles il existait souvent un nombre manifestement très petit de cellules nerveuses et que, par conséquent, un grand nombre avaient complètement disparu.

D'autre part, la plupart des auteurs ont constaté que, même dans les cerveaux des individus les plus âgés, il subsistait souvent un certain nombre de cellules qui, à l'examen le plus minutieux, paraissaient absolument saines ; David Oor et Robertson, Marinesco en ont observé de telles dans des cerveaux de 90 à 100 ans ; Carrier dans des cerveaux de 63, 64, 73 et 82 ans. Les cellules saines sont disséminées au milieu des cellules altérées.

Enfin, le nombre des cellules altérées et des cellules disparues était loin d'être proportionnel à Vâge. Ainsi Carrier a trouvé un moins grand nombre de cellules « dites séniles » chez une femme de 82 ans que chez un homme de 63 ans ; Cerletti et Brunacci ont constaté une proportion notablement moindre de cellules pigmentaires chez un sujet de 96 ans que chez des individus de 77 et de 86 ans.

Les altérations cellulaires que l'on a attribuées à l'involution sénile peuvent grossièrement se résumer ainsi : 1° Atrophie simple ;

2° Atrophie avec modification des grains chromatophiles (chromatolyse ou non) ;

3° Atrophie avec formation de blocs pigmentaires.

Chacune de ces formes d'atrophie paraît pouvoir conduire directement à la disparition complète de la cellule, mais le plus souvent les trois variétés d'altérations se succèdent et se combinent ; la véritable « cellule sénile » est faite de cette combinaison et la mort cellulaire est consécutive à cette lésion complexe.

Dans Vatrophie simple, la cellule diminue progressivement de

volume, ses prolongements diminuent à la fois de volume et de nombre, le corps protoplasmique tout entier perd son aspect angulaire et devient irrégulièrement ovalaire, puis plus ou moins arrondi. En même temps la cellule devient pâle et prend avec très peu d'intensité les colorants ; elle se perd dans le tissu environnant et se distingue à peine avec les faibles grossissements. Quant au noyau, il peut évoluer de deux îaçons différentes. Ou bien la membrane nucléaire devient irrégulière et s'estompe, il se distingue de moins en moins du protoplasma ; son nucléole lui-même se fragmente, s'efface et disparaît ; cette altération répond à la description classique. Ou bien au contraire le noyau conserve un volume normal, peut-être même légèrement augmenté, pendant que le protoplasma s'efface autour de lui, il pai ;iil ainsi prendre un volume relativement considérable ; sa membrane nucléaire reste tendue, mais son caryoplasme devient clair, peu colorable, et parsemé de fines granulations unies par un réseau délicat et assez lâche ; le nucléole continue seul à prendre fortement les colorants et reste très réfringent ; c'est lui qui indique surtout dans une préparation la place d'une cellule dont tout le reste est devenu très pâle et très mal colorable ; c'est cette altération que nous avons observée très fréquemment, plus fréquemment peut-être que l'atrophie simultanée du protoplasma et du noyau.

C'est sans doute cette dernière altération que Cerletti et Brunacci ont remarqué quand ils disent : a Un second type d'altération, beaucoup moins fréquent que le précédent (dégénérescence pigmentaire), mais rencontré dans tous nos cas, est constitué par une pâleur diffuse de toute la cellule, noyau compris, le protoplasma, qui contient généralement de petits blocs de pigment, prend une coloration diffuse faible, par laquelle il n'est souvent pas possible d'en délimiter les contours ; de même le noyau se distingue difficilement du corps protoplasmique. Le noyau est volumineux et ne présente de bien coloré que le nucléole et le contour caractéristique de la membrane nucléaire ».

L'une ou l'autre forme d'atrophie peut d'ailleurs s'observer dans une cellule, soit isolée, soit modifiée par l'un des contenus pigmentaires dont nous aurons à parler.

L'atrophie cellulaire sénile peut s'accompagner d'une modilica-

tion des grains chromatophiles. Marinesco a très exactement décrit la diminution de volume des grains ; cette diminution se fait surtout autour du noyau et les grains atteints se réduisent progressivement en fine poussière. Marinesco a comparé cette lésion à la chromatolyse centrale qui, d'après lui, serait surtout caractéristique des lésions cellulaires secondaires, c'est-à-dire consécutive à l'altération, par exemple à la section expérimentale, de hur cylindre-axe ; il l'a appelée chromatolyse sénile. Carrier refuse à cette altération le nom de chromatolyse, parce que les corpuscules de Nissl seraient raréfiés, diminués à la fois de nombre, de volume et de colorabilité, mais non réduits en fine poussière gianuleuse, et encore moins en dissolution, et parce que la lésion ne s'accompagnerait pas de la migration périphérique du noyau ni de gonflement cellulaire. Les cellules en chromatolyse vraie ne se trouveraient dans l'écorce des cerveaux séniles qu'à peu près en même proportion que dans toute écorce cérébrale. La raréfaction des granulations de Nissl, seule allération vraiment sénile de ces corpuscules, ne serait d'ailleurs pas propre à la sénilité ; Carrier l'a constatée aussi très nettement dans différents cas d'intoxications chroniques, alcoolisme, urémie : elle ne constituerait qu'une des modalités des lésions atrophiques.

L'atrophie avec surcharge pigmentaire est la véritable lésion sénile, et, en fait, il est toujours extrêmement peu de cellules corticales, surtout de grandes pyramidales, qui, chez les vieillards, ne présentent pas cette surcharge. La première constatation en avait été faite par Vulpian, elle fut confirmée par Charcol et par tous les observateurs. Pierret et Troisier décrivirent en détail, en 1875, l'état pigmentaire des cellules nerveuses des vieillards. Le plus souvent ce pigment auquel on a donné le nom général de pigment jaune, se présente sous la forme d'une masse, homogène en apparence et qui n'est réductible en granulations que par les forts grossissements. Cette masse occupe de préférence un ou plusieurs pôles de la cellule, mais en respectant l'émergence du cylindre-axe ; généralement la portion périnucléaire est très longtemps respectée ; plus rarement elle est atteinte de façon prédominante ou exclusive, et le pigment forme alors un véritable croissant périnucléaire donnant lieu à une pseudo-achromatose centrale qui, d'après Carrier, s'observe-

rait surtout à la suite de certaines intoxications, comme l'alcoolisme chronique. D'autres îois le pigment jaune est comme diffusé, en fine poussière, dans une portion plus ou moins étendue du protoplasma, au milieu des restes raréfiés et rapelissés de quelques granulations chromatophiles.

Quel que soit le mode d'invasion de la cellule, invasion diffuse ou invasion par une masse homogène, le protoplasma peut finir par disparaître complètement et être remplacé par un bloc jaune granuleux : cet aspect n'est pas rare dans les cerveaux séniles.

Le noyau s'atrophie et disparaît pour sa part, mais alors que Colucci admet qu'il peut être, lui aussi, envahi par le pigment, les autres auteurs. Carrier entre autres, n'ont jamais observé cette infiltration pigmentaire du noyau.

Quelle est la nature de ce pigment ? Quelle en est l'origine et la signification ?

D'après Colucci (1), Rosin (2), Marinesco, Carrier, il ne s'agirait pas d'un pigment vrai, mais d'un pseudo-pigment : il ne présenterait d'un pigment vrai ni les caractères histo-chimiques (3), ni la constance, l'électivité, l'unité d'origine et de changements.

Les opinions sur la nature de ce pseudo-pigment sont des plus divergentes ; la discussion porte surtout sur sa nature graisseuse ou non. Pour Cohnheim c'est une dégénérescence spéciale, toute différente de la dégénérescence graisseuse. Rosin considère ce pigment jaune comme un pigment graisseux et l'appelle «. lipochrome ».

Lord (4) le regarde aussi comme un produit de dégénérescence

(1) Colucci. — Histol. pathol. de la cellule nerveuse dans quelques maladies mentales. Annali di neurol., 1897.

(2) Rosin. — Granulations des cellules nerveuses. Archiv f. Psych., 1897. Rosin et Feny vessy. — Sur le lipochrome des cellules nerveuses. Vircliow's

Archiv. T. 162, 1900.

(3) D'après Carrier, ce pseudo-pigment jaune apparaît jaunâtre ou jauneverdâtre après l'emploi des colorants basiques, jaune vert par le bleu de méthylène, jaune rouge par l'éosine, bleu par le procédé de Lenhossek, bleu noirâtre par la méthode de VVeigert; il se colore par le brun de Bismark, par la purpurine ; le ferrocyanure de potassium, l'acide chlorhydrique, le sulfhydrate d'ammoniaque n'y décèlent pas la présence du fer. Il se comporterait différemment, suivant les auteurs et probablement suivant le cas, avec les réactifs de la graisse (acide osmique, Sudan III, etc ) et serait dissous, au moins en partie, par l'éther. Babes a montré que la méthode de Ziehl le colore en rouge garance.

(4) Lord. — Journ. of ment. Se, 1898.

graisseuse. Coliicci au contraire ne le considère que comme rarement graisseux ; il ne deviendrait graisseux que par utie sorte de dégénérescence secondaire, c'est alors seulement qu'il noircirait par l'acide osmique. Olmer(l) admet que c'est le plus souvent qu'il présente les réactions de la graisse.

Ces différents auteurs se basaient surtout sur ses réactions colorantes ; mais ces réactions paraissant variables, les auteurs suivants, Marinesco, Carrier, Obersieiner, Cerletti, ont émis l'opinion qu'il existe en réalité plusieurs sortes de pseudo-pigment d'involution sénile.

Pour Marinesco il existe : 1° des granules relativement volumineux, noirs, opaques, ou à reflet verdàtre, parfois brun, jaunâtre ou même jaune ambré. Ces granules seraient plus ou moins analogues comme forme, en tout cas identiques comme nature, à ceux qui donnent leur coloration au locus cœruleus et au locus niger, et qui, d'après Pilez (2)^ apparaîtraient dans ce dernier dès l'âge de 2 ans. Ces granules commenceraient à s'observer dans le cortex dès l'âge de 8 ou 9 ans, mais de façon très discrète. 2" des granulations fines jaunâtres, unies en masse homogène à une extrémité de la cellule, et des granulations très fines, jaunâtres ou incolores, disséminées sur une plus ou moins grande étendue de la cellule. Ces granulations se trouveraient dans la plupart des cellules des ganglions de la moelle et du cerveau des vieillards, alors que les granules seraient plus rares . aussi Marinesco pense que les granulations jaunâtres dériveraient, en partie du moins, par transformation chimique des granules noirs ; les granulations incolores dériveraient des granulations jaunâtres ayant perdu leur pigment, et seraient peut-être la dernière étape de leur évolution. Au point de vue de leur réaction chimique, il faudrait distinguer, en dehors des granules noirs non colorables par les différents réactifs, des granulations érythrophiles (rouge rubis par le procédé de Romanowski) et des granulations cyanophiles (bleues par le procédé de Romanowski). Quelles qu'elles soient, ces granulations diverses ne seraient pas constituées par de la graisse, et tout au plus en contiendraient-

(1) Olmer. — Sur le lîigment des cellules nerveuses. Soc. de biol., ii mai 190 1.

(2) Pilez. — Beilrag zur Lehre von der Pigmentcntwickelung in den Nervcnzellen, Arb. aus der Insl. ï. Anat. und Physiol., i8y8.

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