‹ Le cerveau sénile [electronic resource]Chapitre 8 sur 23 · SI · texte numérisé non relu

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elles une très faible quantité ; peut-être renîermeraient-elles de la lécithine (1). En dehors des réactions chimiques, Marinesco se base, pour reîuser aux granulations une constitution graisseuse, sur une donnée qui demanderait sans doute une confirmation préalable, à savoir : elles résulteraient d'une décomposition des substances albuminoïdes du protoplasma et d'une désintégration des éléments chromatophiles ; or les substances albuminoïdes ou nucléo-albuminoïdes ne pourraient pas se transformer en graisse.

Les auteurs ont en général admis, avec quelques variantes, ces diverses sortes de granulations.

Carrier commence par séparer nettement du pseudo-pigment jaune les granulations brunes ou noirâtres du locus cœruleus bi du locus niger, qui seraient un pigment vrai très voisin de la mélanine, qui ne se trouvent que dans des parties bien définies du système nerveux central, qui paraissent dès le jeune âge et qui n'augmentent ni dans la sénilité ni par les différents processus pathologiques : il n'y aurait aucune relation d'origine entre ce pigment vrai et le pseudo-pigment.

En dehors de ces granulations noires pigmenlaires, Carrier admet comme Marinesco trois sortes de granulations pseudo-pigmentaires qui paraissent assez bien correspondre à celles décrites par le neurologiste de Bucarest : des granulations jaune foncé ou brunâtres, des granulations franchement jaunes, des granulations jaune pâle ou incolores. Les premières ne se colorent nullement ni par l'acide osmique, ni par le bleu de quinoléine, ni par la teinture d'orcanette, réactifs ordinaires de la graisse ; elles seraient surtout abondantes dans les dégénérescences pathologiques intenses, dans les cas de délire alcoolique aigu par exemple ; elles seraient le premier stade évolutif du pseudo-pigment. Les secondes ne se coloreraient pas franchement en noir par l'acide osmique, en bleu sombre par le bleu de quinoléine, en rouge par l'orcanette ; on les rencontrerait surtout dans les processus chroniques, et ce seraient les granulations les plus ordinairement observées dans les cellules séniles, les vraies granulations de la sénilité ; elles représenteraient le stade de fixité du pigment. Les troisièmes seules prendraient nettement et intensément les réac-

(i) Marinesco.— Lésions fines des cellules nerveuses dans les poliomyélites chroniques. Centrall)!. f. Nervenhcilk. Janvier 1898.

liîs de la graisse, elles seraient dissoutes par le séjour prolongé des pièces dans l'éllier ou le xylol et laisseraient à leur place de véritables pertes de substance endo-cellulaires, îentes, lacunes ou vacuoles ; on les trouverait dans des cerveaux séniles normaux, mais surtout, en très grande abondance, dans certaines intoxications chroniques, l'alcoolisme chronique entre autres ; elles représenteraient le terme ultime, mais non nécessaire, de la dégénérescence pseudo-pigmentaire ; » les granulations de nature }!raisseuse ne seraient ainsi que le résultat de la transformation graisseuse des autres granulations )) ; c'est un terme ultime que, dans la sénilité normale, n'atteindraient qu'un nombre relativement petit de cellules.

Obersteiner (i) dès 1888, avait nettement séparé le pigment îoncé, qui îait suiloul partie précocement du locus cœruleus si du locus niger, du pigment jaune clair, qui est formé d'une substance analogue à la graisse, se colorant par l acide osmique, et qui augmente progressivement avec l'âge. Récemment il a étudié minutieusement la distribution de ce pigment dans toutes les variétés de cellules du système nerveux central, et notamment dans celles d'un homme de 85 ans ; il a établi qu'il n'y a aucune variété de cellule nerveuse, même celles de Purkinje dans le cervelet, qui soit complètement réfractaire à cette infiltration pseudo-pigmentaire graisseuse. Cette surcharge graisseuse ne serait nullement en relation, comme certains auteurs l'avaient prétendu, avec la démence sénile, mais serait une simple (( expression de la sénescence ». Obersteiner signale, mais sans la résoudre, la question des rapports qui peuvent ou non exister entre son pigment jaune clair graisseux et les granules et granulations décrites par Marinesco.

Mùhlmann (2) a constaté que pendant toute l'existence une substance granuleuse, colorable par l'acide osmique, augmente et se développe dans presque toutes les cellules nerveuses.

(1) Obersteiner. — Contribution à l'étude de la structure du système nerveux central, 1888. — Sur le pigment jaune clair des cellules nerveuses. Arbeit aus der neurol. Instit. Vienne, i6o3.

(2) Miihlniann. — Sur les altérations des cellules nerveuses aux différents âges. Centralbl. fùr allgem. Pathol., i9oo. — Nouvelles communications sur les altérations des cellules nerveuses aux différents âges. Arch. 1'. mikr. Anat., 1901. T. 58.

Sander (1) a vu la presque totalité des cellules nerveuses de la moelle remplies de granulations jaune brun fines chez deux vieillards de 85 ans, mais il n'a pas étudié le cerveau.

Les avis diffèrent donc sur la nature du pigment jaune ; mais ils diffèrent surtout par l'appréciation de la colorabilité ou de la non colorabilité par les réactifs de la graisse et notamment par l'acide osmique.

Nous manquons de documents personnels sur la question, mais nous sommes portés à penser, avec Carrier, que les pigments graisseux et non graisseux ne sont pas, par ce seul caractère, essentiellement distincts l'un de l'autre. 11 s'agit sans doute d'un caractère accessoire, qui ne paraît prendre une très grande importance que parce que nous possédons en l'acide osmique un réactif remarquablement électif de la graisse ; dans l'ignorance encore à peu près complète où nous sommes de l'origine chimique et biologique des graisses, il serait très excessif de faire de ce caractère un caractère différentiel capital. Il y a donc lieu de supposer que le pigment jaune non graisseux doit être l'origine du pigment graisseux. L'infiltration graisseuse paraît être plus que tout autre, comme nous l'avons dit d'après Démange, « le prélude de la mort de tout élément anatomique et par conséquent le processus commun de la sénilité ». Le fait paraît démontré pour tous les organes, on en a seul exclu jusqu'ici, à tort ou h raison, le système nerveux : il y aurait peut-être lieu de revenir sur cette exclusion.

En tout cas, la possibilité de la transformation d'un pigment en l'autre mettrait d'accord les auteurs, semble-t-iL On comprendrait en effet fort bien que la dégénérescence graisseuse, qui, comme nous l'avons dit, existe plus ou moins dans tous les organes des vieillards, mais n'est dans aucun d'eux proportionnelle à l'âge, ait été plus ou moins avancée dans les cellules des cerveaux, toujours en petit nombre, examinés par chacun de ces auteurs ; il est même possible que la dégénérescence graisseuse ait été particulièrement prononcée ou légère dans la partie du cerveau spécialement examinée par l'un ou l'autre observateur.

Vorîginp du pigment est pour tous les auteurs intra-cellulai-

(i) Sander. — Sur les alUrations séniles de la moelle. Deutche Zeitschr. f. Nervenheilk., 1900. T. 15.

re : si quelque dépôt pigmentaire analogue au pigment jaune, très différent des pigments d'origine sanguine, se trouve exceptionnellement dans les espaces adventitiels de certains vaisseaux, on peut le considérer, avec loute apparence de raison, comme secondaire à son élimination des cellules nerveuses et non comme la preuve de l'origine extra-cellulaire du pseudo-pigment.

Les avis diffèrent sur la portion de la cellule qui produit le pigment. Pour Bataillon (1), pour Bolin (2), il dériverait du noyau, mais étant donnée l'intégrité ordinaire du noyau pendant un temps très prolongé et l'intégrité générale de la portion périnucléaire du protoplasma, cette opinion semble des moins justifiée.

Pour Colucci, pour Nissl (3), pour Lord, pour Marinesco, pour Carrier, le pigment jaune provient avant tout de la transformation chimique des éléments chromatophiles. Marinesco assigne même à cette transformation trois stades : « Tout d'abord les éléments chromatophiles perdent leur affinité pour les couleurs basiques d'aniline, puis ils ne se colorent plus par le bleu de méthylène, mais se présentent sous la forme de corpuscules brunâtres, prenant une nuance verdâtre si on traite les coupes par l'éosine. Enfin les corpuscules brunâtres, par la perte de certaines substances, se transforment en une fine poussière franchement jaune. Le pigment est alors arrivé à la période de fixité ». Olmer, Carrier n'ont pu retrouver ces trois phases.

Marinesco, avec Hodge, Colucci, Luzenberger (4), croit pouvoir aussi attribuer une part dans la formation du pigment à la subslan^^e fondamentale achromatique.

Quant à la signification du pigment jaune, quelques-uns le considèrent comme un produit d'activité de la cellule, tels Schaf fer (5), Obreja et Tafuses (6). Ces derniers auteurs s'appuient pour soutenir cette opinion sur ce qu'ils auraient constaté l'ab-

d) Bataillon. — Métamorphose des batraciens anoures. Thèse Fac. Se. Paris, 1891.

(2) Bohn. — L'évolution du pigment. Paris, 1901.

(3) Nissl. — Questions critiques sur l'anatomie des cellules nerveuses. Neurol. Centralbl., 1896.

(^J) Luzenberger. — Annali di Nenrologia, 1897

(5) SchaflVr. — Neurol. Centralbl., 1897.

(6) Obreja et Tatuses. — Le pigment des cellules nerveuses. Soc. scient, médit'. Bucarest, 1898.

sensé de pigment dans les cellnles de la moelle d'un chien intoxiqué par la strychnine et d'un homme mort du tétanos.

Cette opinion s'accorderait fort peu avec le fait que le pigment augmente considérahlement dans les cellules des vieillards ; d'ailleurs les faits de Ohreja et Tatuses n'ont pas été confirmés par Crocq et par Carrier qui ont l'un et l'autre trouvé des granulations très abondantes dans les cellules médullaires de tétaniques ; Carrier en a de plus trouvé en quantité exceptionnellement abondante dans les cellules de sujets morts au cours de délires aigus toxiques ou infectieux, après une suractivité physique et psychique tout à fait anormale.

Quelques auteurs considèrent le pigment comme pouvant constituer une substance nutritive de réserve (Olmer), la plupart le regardent seulement comme le produit de la dégénérescence cellulaire ; Ramon y Cajal, Colucci y voient un produit de désassimilation, Bevan Lewis le témoignage d'une hyperactivité fonctionnelle passée. Giard, Carnot et Boha regardent le pigment jaune comme le souvenir des luttes soutenues par la cellule, au cours de la vie, contre les intoxications, mais ils en font un procédé de défense ; Carrier lui donne la même origine, mais non 'a même signification, il serait un résidu de la lutte, mais un produit de dégénérescence, une blessure de la cellule.

Marinesco, sans se prononcer sur l'origine de l'involution sénile (atrophie dégénérative primitive de la cellule par le fait de l'âge ou atrophie secondaire à une intoxication ou à une lésion vasculaire), regarde le pigment comme un produit de cette involution, mais un produit nullement nutritif et d'autant plus abondant que la résistance organique de la cellule est moindre ; il note d'ailleurs que, en dehors de l'âge, (t toute altération prolongée dans la nutrition de la cellule nerveuse s'accompagne de formations de pigment ».

Cohnheim, Lord, qui considèrent le pigment jaune comme de nature graisseuse, pensent qu'il représente une simple dégénérescence graisseuse.

Miihlmann, qui a étudié l'étude de son développement à tous les âges par la coloration à l'acide osmique, estime que ce pigment jaune clair ne représente nullement ni une infiltration graisseuse ni une métamorphose graisseuse, mais une simple « atrophie nécrotique » : or la nécrose ne nous paraît guère

être autre chose qu'une forme de la dégénérescence et le produit de la nécrose qu'un déchet cellulaire.

C'est donc l'opinion qui fait du pigment jaune un produit de dégénérescence qui obtient aujourd'hui la presque unanimité des suffrages.

En tout cas, au milieu du désaccord des auteurs en ce qui concerne la nature, l'origine, la signification même du pigment jaune, un seul fait résulte avec évidence de la presque totalité des recherches ; c'est que le pigment jaune est à peu près constant dans toutes ou presque toutes les cellules nerveuses du vieillard.

11 n'y a d'ailleurs qu'à examiner une écorce cérébrale d'un vieillard quelconque, colorée par n'importe quel procédé, pour se convaincre de la réalité du fait. On peut se convaincre aussi que le pigment est tout aussi Iréquent et abondant dans les cerveaux de séniles non déments que dans ceux de séniles déments. Enfin on peut s'assurer que, si certainement il augmente beaucoup avec l'âge, il n augmente pas seulement avec lâge ni proportionnellement à l'âge.

Il s'accroît aussi dans des proportions considérables à la suite d'intoxications diverses, de maladies chroniques du système nerveux, poliomyélites chroniques, lésions capsulaires (Marinesco), paralysie générale, folie épileptique (Bevan Lewis), maladies mentales diverses (Christiani, Turner, Lord), etc. Or, on ne connaît aucun caractère qui permette de diUérencier le pigment des cellules séniles et le pigment cellulaire des iyitoxications et des lésions organiques diverses, aussi bien des adultes et des jeunes sujets (jue des vieillards : ce pigment semble donc bien, avec ses variantes morphologiques et histo-chimiques, être unique, quelle qu'en paraisse être l'étiologie.

Parmi les vieillards mêmes, il serait surtout abondant chez les artério-scléreux, et particulièrement chez ceux qui présentent une prédominance des lésions arlérielles dans les centres nerveux (Carrier). Ilutchison (1) pense qu'il est spécialenicnl abondani chez les sujets atteints' de néphrite; peut-êire faut-il faire une part à l'intoxication urémique, mais il est plus légitime de ne considérer la plupart de ces néphriles que comme un des multiples aspects de l'artério-sclérose ; elles se présentent avec une îré-

(i) Hutchison. — Edimburg Hosp. Reports, 1896.

quence extrême chez les vieillards qui n'ont aucun petit ou grand signe d'urémie, car, sur 600 vieillards que nous avons examinés à ce point de vue avec notre maître, M. vVurlz, nous avons constaté de l'albuminurie dans 66 % de cas.

Multiples sont donc les circonstances qui en dehors de l'âge, favorisent le développement du pigment dans les cellules nerveuses ; multiples sont aussi les causes qui, chez les sujets de même âge, en peuvent augmenter considérablement l'abondance (1).

Les nouvelles méthodes de coloration de Ramon y Cajal pour la mise en évidence du réseau neuroîibrillaire n'ont été, à notre connaissance, utilisées jusqu'ici que par Fragnito (2), élève de Bianchi (de Naples), pour l'étude spéciale de l'écorce sénile : encore s'agissait-il uniquement de l'écorce de deux déments séniles, l'un de 65 ans, l'autre de 80. Fragnito a examiné la partie antérieure de la deuxième circonvolution occipitale, la frontale ascendante et la seconde frontale. 11 a trouvé des cellules présentant un réseau fibrillaire absolument normal, des cellules qui, soit manifestement atrophiées, soit d'aspect extérieur tout à fait sain, présentaient une disparition complète du réseau neurofibrillaire, enfin des cellules présentant tous les degrés intermédiaires <( qu'il serait difficile de décrire dans toutes leurs variétés ».

« Une de ces variétés, ordinaire dans les grandes pyramidales, montre un cercle assez bien conservé des fibrilles autour du noyau. De deux ou trois prolongements protoplasmiques, qui ont l'aspect extérieur presque normal, les neurofibrilles, isolées et distinctes, pénètrent dans le cytoplasma et le traversent radiairement, jusqu'à ce qu'elles rejoignent le cercle périnucléaire avec lequel on en voit quelques-unes se continuer directement. En dehors du cercle et des fibrilles radiaires peu nombreuses, tout

(1) Cliez la plupart des animaux, et notamment des mammifères, le pigment jaune est exceptionnel. Il a cependant été trouvé par Weller, Kolexnikow chez des chiens ral)iques, par PopofT, Lugaro chez des chiens intoxiqués par le plomi) ou l'arsenic, par Courmont, Doyon, Paviot, chez un cheval tétanique, par Kôster chez des lapins ehroniqtiement intoxiques par le sulfure de carbone. D'autre part, chez tous les animaux où la présence du pigment jaune est exceptionnelle (chat, lapin bœuf, cheval, singe), Rothmann (Deutche medic. Wochenschr. 1901), Olmer ont pu en trouver toujours en plus ou moins grande quantité en s'adressant à des animaux â^ést, mais non en quantité strictement proportionnelle à l'âge.

(2) Fragnito. — Annali di ncurologia, 1904.

le cytoplasma, d'une couleur jaunâtre uniforme, ne présente aucun autre appareil neuroîibrillaire.

(( Une autre variété se rencontre plus fréquemment dans les petites pyramidales. Quelques fibrilles du prolongement apical, qui, rejoignant le corps de la cellule, en limitent la périphérie et passent directement dans les dendrites de la base, sont les seules conservées, tout le reste de l'appareil nenrofibrillaire est détruit ».

Les cellules malades sont mélangées aux cellules saines dans les différentes couches de la corticalité. Les cellules malades de ces différentes couches, spécialement celles qui ne contiennent plus aucun réseau fibrillaire, seraient manifestement plus abondantes dans le lobe frontal.

Marinesco a constaté (1) dans la région du pigment jaune des personnes âgées une modification des neuro-fibrilles <( consistant dans l'hypertrophie des travées du réseau et leur coloration foncée » ; la même modification se trouve à la périphérie de la zone pigmentée. Il s'agirait soit d'une rétraction par repos fonctionnel relatif, selon la théorie de R. y Cajal, soit plutôt d'une sorte de sclérose des neuro-fibrilles.

Ces recherches, à peine ébauchées pour le cerveau sénile, sont intéressantes et mériteront certainement des études ultérieures.

b). Fibres nerveuses

Ecorce : flbres radiées, fibres tangentielles. — Substance blanche. — Importance des lésions ; leurs variétés; leurs conséquences

On peut dire d'une façon générale que toutes les fibres nerveuses peuvent être diminuées de nombre dans les cerveaux séniles, et cela de façon parfois très considérable.

Les fibres de l'écorce grise sont des fibres myéliniques et des fibres amyéliniques ; celles-ci sont les plus nombreuses; dans la substance blanche au contraire il n'y a que des fibres myéliniques : c'est la disparition des gaines de myéline qui donne sa couleur à la substance grise. Par places cependant, dans l'épaisseur de la substance grise, apparaissent des fibres transversales myéliniques, fibres d'association entre les fibres radiées : ces fibres disposées en couches concentriques produisent l'apparition dans l'écorce grise de trois stries blanches qui sont, de de-

(i) Revue neur., i5 août 1904.

dans en dehors ,1a' strie blanche interne de Baillarger ou couche blanche intermédiaire interne de Remak, la strie blanche externe de Baillarger ou couche blanche intermédiaire exierne de Remak, la couche blanche corticale de Remak.

Par les procédés exceptionnels de Gerlacli ou de Golgi on peu» colorer les fibres amyéliniques en colorant le cylindre-axe ; par les procédés courants de Weigert ou de Weigert-Pal on ne peut colorer que les gaines de myéline ; nous ne nous sommes servi que de ces derniers procédés et nous n'avons donc pu étudier que les fibres à myéline.

Dans la substance blanche des circonvolutions, nous avons constaté que les libres radiées sont considérablement raréliées, puisqu'elles n'occupent le plus souvent, ainsi que Cerletti et Brunacci l'ont fort exactement indiqué, que l'épaisseur du tiers de leur zone normale. Elles se colorent quelquefois mal, en jaune brun plutôt qu'en noir, mais ce n'est pas une règle absolue. Elles paraissent en général tassées comme à l'état normal, mais dans leur espace plus restreint (exception faite des foyers de périartérite ou d'encéphalite sous-corticale dont nous parlerons plus loin.) L'appréciation exacte de la colorabilité et du tassement des fibres est d'ailleurs délicate dans une zone où elles sont si nombreuses et oîi l'on peut être très facilement induit en erreur par un degré faiblement différent de décoloration ou de finesse des coupes.

Au niveau de la substance grise au contraire on voit nettement que les fibres radiées sont à la fois plus rares, plus espacées et souvent moins colorées qu'à l'état normal. On y peut constater également que les fibres transversales sont également plus rares dans les deux stries de Baillarger et surtout dans la couche tout à fait superficielle, celle que l'on a appelée couche des fibres tangentielles, fibres de Tuczek ou réseau d'Exner.

A l'état normal cette dernière couche est mince et formée de fibres très fines ; ces fibres, qui sont les dernières développées, sont aussi les plus fragiles et les moins sensibles aux colorants myéliniques ; elles sont les plus facilement décolorables, et l'on ne peut les retrouver quand la décoloration est poussée un peu trop loin. Or, en évitant de parti pris cette décoloration excessive nous avons pu nous assurer que ces libres ont bien disparu (ou

du moins que leur gaîne de myéline a disparu), soit complètement, soit le plus souvent incomplètement, dans les cerveaux séniles. La persistance d'un petit nombre de fibres tangentielles nous indiquait d'ailleurs que notre décoloration n'avait pas été trop poussée ; les fibres restantes se trouvaient avec prédilection dans le fond ou sur le bord des scissures ; à l'extrémité libre des circonvolutions elles avaient au contraire totalement ou presque totalement disparu.

Ce n'est peut-être pas là une lésion constante dans le cerveau sénile, c'est en tout cas, à notre sens, une altération extrêmement fréquente. Pas plus que l'altération des cellules nerveuses, elle ne nous a d'ailleurs paru dans nos différents cas strictement proportionnelle à l'âge. En tout cas nous l'avons constatée avec netteté chez des vieillards qui n étaient nidleynent déments.

Cette constatation nous paraît intéressante à signaler, car, dans de très intéressants travaux, M. Klippel, plus récemment Klippel et Lhermitte (1), ont placé la base anatomique de toute démence, non dans les lésions des cellules nerveuses, mais (( dans la destruction des dendrites et des axones dans les points terminaux oîi ils assurent l'union et la synerr^ie des éléments nerveux de l'encéphale » ; ce processus anatomique de la démence détruirait « de la périphérie au centre, en supprimant tout d'abord ce que le plus haut degré de la fonction avait constitué ». C'est dire sans doute que le processus de la démence doit commencer par la destruction des fibres tangentielles.

Pour ce qui concerne la démence paralytique, Tuczek le premier a démontré la destruction dans celle affection des fibres transversales en commençant par les plus superficielles ; Klippel, Zacher, Targowla, Joffroy, Ballet, Philippe, etc., ont établi qu'elle représentait la lésion la plus constante et sans doute la plus importanif' de la paralysie générale ; dans quelques cas de Magnan et Sérieux elle aurait pourtant fait défaut.

Pour ce qui concerne la démence sénile et divers autres états démentiels, Klippel a insisté sur ce que, associée ou non à des

(i) Klippel et Lhermitte. — Les démences ; anatomie patholog. et pathogénie. Rev. de psych.. décembre igo.*).

Klippel. — Histol. de la paralysie génér., Rapport au Congrès de Bruxelles

lésions d'ordre inHammaloire, cette dégénérescence des fibres tangentielles était la lésion capitale. Très volontiers nous nous associons à celte judicieuse hypothèse, mais en faisant remarquer cependant que, si la démence ne se produit peut-être pas sans destruction complète ou incomplète des dendrites et axones d'association de la corticalité, en commençant par les plus superficiels, très certainement du moins la destruction, sinon totale, au moins très prononcée, des fibres d'association tangentielles peut se rencontrer dans des cerveaux séniles en dehors de tout signe de démence. CeiLe altération est peut-être nécessaire pour déterminer la démence, elle nest pas toujours suHisante, elle est une des constituantes du fonds commun sur lequel évoluent les syndromes cliniques et les processus anatomiques de la sénilité, une des nombreuses altérations du cerveau atrophique sénile.

Les fibres myéliniques dégénèrent de trois façons, d'après Gombault et Philippe (1) : ou bien avec lorinalion de corps granuleux ou bien sans corps granuleux, et, dans ce dernier cas, avec colorabilité anormale ou par atrophie simple. La disparition progressive sans formation de corps granuleux paraît être la règle dans la sénilité ; c'est d'une façon générale le mode de disparition des fibres dans les processus les plus chroniques ; « c'est la lenteur du processus qui est ici en cause la graisse est probablement mise en liberté sous la forme de granulations, lesquelles sont, en raison même de la lenteur du processus, enlevées au fur et à mesure de leur formation, sans jamais être assez nombreuses pour créer des vrais corps granuleux

Si l'atrophie simple est la forme ordinaire, on voit aussi parfois certaines fibres, tant radiées que tangentielles, prendre une colorabilité anormale ; elles se colorent en gris, mais non en noir par l'acide osmique ; elles se colorent en brun jaunâtre et non en bleu noirâtre par l'hématoxyline de VVeigert.

Nous pouvons môme ajouter que quelquefois, dans des cerveaux séniles sans lésions en foyer, il semble se former de véritables corps granuleux plus ou moins nets ; on rencontre surtout

(i) Gombaull et Philippe. — Manuel d'histologie pitliol. de Cornil et Ranvier, t. II, p. 828.

ces corps granuleux ou des amas de granulalions noires à l'extrême périphérie de la couche corticale, immédiatement sous la méninge.

On voit souvent la gaîne myélinique, surtout celle des îibres restantes du réseau d'Exner, devenir extrêmement variqueuse ; les varicosités dépassent notablement en nombre et en volume celles que l'on peut observer sur des îibres normales. Elles ont une tendance à s'isoler les unes des autres, certaines restent claires en leur centre, d'autres deviennent plus noires par la coloration de Weigert. On observe, pour ainsi dire, des intermédiaires entre les varicosités exagérées des îibres isolées et de véritables aspects de corps amyloïdes.

Virchow avait déjà constaté que, « en même temps que la névroglie tend à prédominer dans l'encéphale sur les éléments nerveux, elle s'infiltre habituellement d'un nombre plus ou moins considérable de granulations amyloïdes » (1).

Plus récemment, Redlich a constaté aussi la îréquence des corpuscules amyloïdes dans la couche la plus superîicielle de l'écorce sénile (2).

Des corps amyloïdès arrondis, très foncés soit par le Weigert sur des pièces très chromées, soit par l'hématoxyline ordinaire, de dimensions très dissemblables, sont en efîet assez fréquents dans la couche périphérique de la corticalité des cerveaux séniles, et cela surtout quand les îibres tangentielles paraissent très îortement altérées. Aussi nous sommes îort tenté d'admettre l'opinion de Catola et Achucarro pour qui « les corps amylacés dérivent des cylindres-axes et représentent les dernières phases de leur dilatation ».

La conséquence de la régression de la myéline et de la disparition graduelle des fibres myéliniques dans les cerveaux séniles est la suivante : les parties du cerveau qui contienPxent à l'état normal le moins de fibres à myéline doivent paraître relativement les moins atrophiées. C'est en effet ce qui se produit. Nous avons dit que Cerletti et Brunacci avaient constaté que la substance blanche des circonvolutions pouvait être réduite au tiers de

(i) Virchow.— Handbuch der spec. Pathol., t. I, p. 3io(cité par Cliarcot). (a) Redlich. — Jahrbiiclier f. l'sychialrie, 1898,

son volume normal, alors que leur substance grise ne paraissait pas ou à peine diminuée d'épaisseur. Nous avons pour notre compte l'ait la même constatation. Elle s'explique à notre sens par le îait que, à l'état normal, la substance grise contient beaucoup plus de îibres amyéliniques que de fibres myéluiiques, alors que la substance blanche est entièrement formée de fibres myéliniques; forcément, par la régression progressive et la disparition des gaines de myéline, la substance blanche diminuera beaucoup plus que la substance grise, même si, ce que nous ignorons, un certain nombre de fibres amyéliniques, fibres beaucoup moins volumineuses, dégénèrent pour leur compte.

A cette cause, on pourrait être tenté d'ajouter que la névroglie prend un développement plus grand dans la couche grise et compense plus largement la disparition des fibres. En fait, comme nous le dirons, la névroglie prend un développement assez considérable aussi bien dans la couche blanche que dans la couche grise. Dans celle-ci il y a pourtant une partie où elle s'accroît relativement beaucoup plus, c'est la couche du réseau d'Exner, dont les fibres nerveuses sont les plus intensément atteintes ; or, d'après ce que nous avons observé, si une couche de l'écorce grise prend une épaisseur relativement grande, ce n'est certainement pas cette couche toute périphérique, au moins dans les cas ordinaires ; c'est tout juste si elle récupère le volume qui lui a îait perdre la disparition des fibres nerveuses.

Au contraire la couche la plus profonde, celle qui est la plus proche de la substance blanche, au-dessous de la strie blanche interne, nous a paru quelquefois relativement augmentée d'épaisseur. S'il en est ainsi, cette augmentation relative d'épaisseur nous paraît être la conséquence de la démyélinisation. Dans l'axe blanc des circonvolutions, les fibres myéliniques sont tellement serrées que la myéline diminuée reste encore assez abondante pour conserver à la substance cérébrale une couleur blanche. Au fur et à mesure qu'on se rapproche de la substance grise, les îibres myéliniques deviennent plus rares, se dispersent et s'éparpillent ; si leur myéline diminue dans la même proportion que celle des fibres de l'axe blanc, elle devient assez peu abondante pour que la couleur blanche de la zùne intermédiaire s'atténue et disparaisse ; ainsi la couche la plus superlicielle de la substance

blanche devient grise. Si donc la couche grise profonde paraît relativement augmentée, c'est qu'elle a augmenté aux dépem de la couche blanche ; l'une a gagné, pour ainsi dire, ce que l'autre a perdu.

Ainsi s'explique surtout, d'après nous, cette apparente dispro portion entre l'atrophie de la substance blanche et l'atrophie de la substance grise, dont Cerletti voulait rechercher l'origine.

h) Tissu névroglique

Le tissu névroglique joue dans le système nerveux le rôle dévolu dans les autres organes au tissu conjonctiî interstitiel ; (( il comble lus vides », dit-on ; sans rechercher pour le moment ce que cette apparence d'explication pathogénique peut avoir de fondé, disons seulement qu'il prolifère et augmente quand les éléments parenchymateux s'atrophient et diminuent.

Nous avons montré que, dans l'atrophie cérébrale sénile, les éléments (( nobles » s'atrophient, cellules et fibres ; nous avons à indiquer dans quelle proportion et de quelle façon les éléments névrogliques se multiplient, cellules et fibrilles. La prolifération névroglique est d'ailleurs toujours très loin de compenser l'atrophie nerveuse.

a) Cellules névrogliques

Prolifération, neuronophagie. — Variétés

Leis cellules névrogliques sont toujours extrêmement nombreuses dans l'écorce cérébrale normale ; elles se présentent surtout sous la forme de petits éléments ronds qui, sur les coupes paraissent réduits à un noyau plus ou moins coloré.

D'après certains auteurs, tous ces éléments seraient de nature névroglique, d'après d'autres ce seraient tous des leucocytes, d'après la plupart les plus petits et les plus intensément et uniformément colorés seraient des lymphocytes, les plus gros, présentant un contenu clair avec un réseau à larges mailles ei des grains de chromatine aux points nodaux, seraient seuls des noyaux d'éléments névrogliques. (Franca et Athias, Carrier, etc..) (1).

(i) Sans avoir à prendre parti dans cette discussion, nous ferons seulement remarquer que ces différents aspects peuvent se retrouver, en dehors

En revanche, dans la description des lésions histologiques de l'arlério-xérose, la diffusion des lésions aux différentes tuniques d'une même artère mérite d'être retenue. Boy-Teissier résume ainsi les modifications du tissu artériel sénile : » 1° Hypergénèse

Fig. 16. — Quatre vaisseaux dans le même champ microscopique — Ces quatre vaisseaux présentent un degré d'altération excessivement différent; l'un paraît sain, deux sont assez aUérés, le quatrième est complètement oblitéré. La coupe a été faite dans un cerveau sénile parsemé de lacunes.

conjonctive partout où il existe normalement du tissu conjonctiî ; 2° Conservation des rapports des différents éléments constitutifs de l'artère ; 3° Absence de toute trace d'inflammation susceptible d'être invoquée pour expliquer celte hypergénèse ».

Le plus souvent, en effet, les lésions des artérioles cérébrales nous ont paru diffuses dans la paroi des vaisseaux ; elles étaient

caractérisées surtout par la multiplication d'un tissu conjonctif très dense, très fortement coloré par le carmin ou par l'tiématoxyline, très riche en fibres, très pauvre en noyaux. Dans ce tissu conjonctif, on ne distinguait plus le plus souvent les ondulations de la membrane élastique, ou seulement quelques fragments. La prolifération conjonctive paraissait ainsi uniforme. En réalité il nous serait bien difficile de dire si, comme le veut Boy-Teissier, elle avait été uniforme d'emblée, ou si, ayant débuté par l'endartère comme dans les cas ordinaires d'artério-sclérose, elle avait ensuite progressé de dedans en dehors, de la lumière du vaisseau vers sa gaîne.

II se comprend en effet que chez des vieillards on puisse n'observer qu'une phase très tardive du processus de l'artério-sclérose ; or, quand il s'agit d'un vaisseau très anciennement altéré, l'aspect est toujours le même, c'est celui d'un anneau uniformément fibreux, plus ou moins épais et plus ou moins complètement oblitéré : nous avons en effet parfois, exceptionnellement, observé l'oblitération totale d'une petite artère par un bouchon fibreux.

Dans l'épaisseur de l'anneau fibreux on constate assez sou vent un aspect feuilleté, et entre les lamelles ainsi formées on voit des infiltrations de globules rouges extravasés, étalés en nappe et manifestement non inclus dans une paroi vasculaire propre : ces éléments ont sans doute passé entre les lamelles fibreuses à la faveur d'une rupture localisée, d'une (( fuite » de la paroi interne.

Les éléments blancs sont généralement en petit nombre tanl dans la partie interne du vaisseau que dans sa gaîne lympha tique. Dans celle-ci on en voit cependant un plus ou moins grand nombre au voisinage de foyers de désintégration, mais ils pré sentent, alors presque tous le caractère de corps granuleux, ih sont chargés de granulations graisseuses. II est remarquable que, même dans ces cas où, d'après la théorie de la phagocytose, les éléments chargés du déblayage des produits de désintégration seraient des leucocytes extravasés, il n'existe guère autour des vaisseaux que des éléments déjà chargés de ces produits de déchet, et par conséquent faisant déjà retour au courant lymphatique. Des corps granuleux se trouvent disséminés dans la

enlourent, qu'ils afflueraient dans ce but au pourtour de cellules plus ou moins altérées et joueraient un rôle de phagocytose, qu'ils seraient « neuronophages ». Nous ne pouvons admettre cette interprétation, au moins pour ce qui concerne le cerveau sénile, que sous les plus expresses réserves. En voici les raisons :

1° Nous n'avons jamais pu constater l'inclusion d'un élément rond, comme le veulent les partisans de la neuronophagie, dans le protoplasma d'une cellule nerveuse ; toujours, ainsi que l'avait remarqué Carrier, quand l'inclusion paraît réelle, l'une des cellules est sus ou sous-jacente à l'autre ; pour les voir nettement l'une et l'autre, il faut faire varier la vis du microscope, elles ne sont jamais sur le même plan.

2° Jamais on ne trouve ces éléments ronds entourés de débris cellulaires ou de débris pigmentaires. Seuls Cerletti et Brunacci ont admis la présence constante » d'amas de pigment granuleux dans le protoplasma névroglique, mais aussi bien dans les cellules isolées que dans celles qui entourent un élément nerveux dégénéré ; d'ailleurs ces auteurs n'émettent nullement l'hypothèse que ce pigment puisse être dû à l'absorption du pigment des cellules nerveuses.

3* Un très grand nombre des cellules nerveuses sont profondément altérées, réduites à un bloc de pigment plus ou moins fragmenté ou à un amas irrégulier de protoplasma à peine teinté, sans qu'il y ait à leur pourtour aucun élément rond.

4° Enfin, à ceux qui admettent que seuls les plus petits et les plus homogènes des éléments ronds sont des lymphocytes et sont seuls capables de phagocytose, nous ferons remarquer que, dans les cerveaux séniles, nous avons presque toujours trouvé au pourtour des cellules des éléments de moyenne taille, quelquefois de grande taille, avec réseau de grains chromatiniques très apparent. Carrier avait noté déjà que (( les éléments plus volumineux s'observent surtout (avec quelques-uns des autres) auprès des cellules atteintes de lésions anciennes et chroniques, d'atrophie ou d'involution », en particulier dans la sénilité. Cerletti et Brunacci ont surtout trouvé des noyaux clairs, à réseau et granulations chromaliniques, dans la couche des grandes cellules pyramida'es, des noyaux petits et intensément

colorés dans les autres couches : nous n'avons pas observé celte diïîérence, mais nous nolons que les gros éléuienls clairs se trouvent surtout dans la couche des cellules pyramidales où devrait se îaire la neuronophagie la plus marquée.

Pour ces raisons, alors que Franca et Athias (1), Pugnat (2), etc., admettent la neuronophagie des cellules séniles, beaucoup d'auteurs, Marinesco entre autres, le promoteur de la théorie de la neuronophagie, Cerletti, etc., ont abandonné l'idée de la destruction des cellules nerveuses dans la sénilité par les éléments qui les entourent si souvent.

Quelle serait alors la signification de ces éléments ? Marinesco a dû admettre la sécrétion par les cellules nerveuses d'un produit hypothétique qui serait « inhibant » pour le développement des cellules névrogliques : la destruction de l'élément nerveux favoriserait la multiplication des éléments interstitiels ; cette théorie ne nous paraît guère d'accord ni avec la fréquente destruction complète de cellules nullement entourées d'éléments ronds, ni avec l'abondance relative de ces éléments au pourtour immédiat des cellules nerveuses détruites, et non à distance de toute cellule nerveuse.

Tripier, Carrier croient à « une réaction inllammatoire qui peut se produire autour de toute cellule mortifiée, réaction qui s'effectue non pas en vue de l'élimination, de la phagocytose de celte cellule morte, mais en vue de l'édification d'un tissu do remplacement, d'un tissu qui comblera le vide laissé par la cellule ([ui' disparaît, en un mot, en vue de l'édification d'une cicatrice ».

Nous nous demandons si l'accumulation des noyaux névrogliques autour des cellules en voie de disparition n'est pas sinjplement une apparence, due à ce que la disparition d'une grande cellule nerveuse (les amas existent surtout à la base des grandes pyramidales) laisse un vide assez notable : les noyaux, abondants partout dans le cerveau, se trouveraient tout naturellement, physiquement, accumulés là où s'est fait un vide que le tissu voisin tend à rétrécir et à combler.

(1) Franca et Alhias. — Rôle joué par les leucocytes clans la destruction de la cellule nerveuse. Soc. de biol., 29 avril 1899.

(2) Pugnat. — Destruction des cellules nerveuses par les leucocytes chez les animaux âgés. Soc. de biol., 26 février 1898.

Si nous étions convaincu qu'il existe une prolifération véritable autour des cellules nerveuses dégénérées, nous aurions fort lendauce à la croire, comme la prolifération fibrillaire sclérosante dont nous parlerons, sous la dépendance de l'influence excitante des mêmes toxiques qui suffisent à mortifier les éléments nobles. Nous reviendrons sur ce sujet (1).

En dehors des éléments ronds ordinaires, Campbell a décrit comme caractéristique de l'atrophie sénile une multiplication dans la couche superficielle de l'écorce de cellules en araignée de petit volume (2). Redlich a retrouvé aussi ces cellules, souvent chargées de pigment jaune, devenant très foncées par le Marchi.

Cerletti et Brunacci ont trouvé, dans la couche la plus superficielle de cerveaux séniles des cellules névrogliques formées d'un corps protoplasmique finement réticulé, avec nombreuses granulations de pigment jaune, d'un noyau petit et intensément coloré et d'un prolongement fin et très long. Dans la substance blanche des circonvolutions, ils ont trouvé des éléments névrogliques « d'aspect absolument caractéristique », constitués par un protoplasma pâle avec espace clair au centre, contenant un amas de pigment jaune, un noyau de moyenne grosseur excentrique, peu coloré, avec granulations de chromatine.

Nous avons observé pour notre part des cellules plus ou moins volumineuses, avec noyau excentrique et amas de pigment jaune ; mais nous ne les avons vues qu'au voisinage plus ou moins immédiat de foyers de désintégration, lacunaires ou non, surtout aux environs des foyers proches de la couche jiériphérique de l'écorce. Le noyau ressemblait absolument aux noyaux névrogliques ordinaires de moyenne grosseur ; le pigment paraissait quelquefois accolé plutôt qu'inclus dans la cellule. Ces éléments nous ont paru représenter un intermédiaire dans la formation de corps granuleux. Ils répondent peut-être aux cellules décrites par Cerletti et Brunacci ou à certaines des cellules décrites par Campbell et par Redlich à la surface de l'écorce.

(1) Nous n'avons discuté ici la réalité de la neuronophagie que pour ce qui concerne le rervenu sénile, non pour ce qui regarde les lésions inflammatoires ou toxiques diverses.

(2) Campbell. — The niorbid changes in the cerebro-spinal nervous System of the aged insane. Journ. of nerv. and ment. dis. 1894.

b) Fibrilles névrogliques : Scléroses

Sclérose corticale: sous-pie-mérienne, miUaire. — Sclérose sous-épendy maire. Sclérose casculaire.

La prolifération spéciale des fibrilles névrogliques qui constitue la sclérose est diUuse et généralisée dans la plupart des cerveaux séniles, c'est-à-dire qu'elle n'affecte la forme ni d'une sclérose fasciculée ni d'une sclérose en plaques, mais atteint toutes les parties. Cela ne veut pas dire qu'elle les atteigne toutes dans les mêmes proportions, elle est généralement extrêmement modérée dans la presque totalité de la substance cérébrale, elle n'est plus marquée que dans certaines zones.

La couche blanche corticale, immédiatement sous-pie-mérienne, est le siège de prédilection de la sclérose sénilc dans l'écorce. Cette couche apparaît toujours plus foncée par la plupart des colorants non électifs, elle apparaît formée d'une épaisse couche de fibrilles enchevêtrées par les colorants spéciaux de la névroglie. Dans cette zone cependant on observe relativement peu de cellules névrogliques, le nombre des noyaux cellulaires est plutôt plus restreint que dans les cerveaux d'adultes. Peut-être la sclérose sous-pie-mérienne est-elle un peu plus marquée quand il y a un peu d'épaississement de la méninge ; nous ne sommes pourtant pas sûr qu'il y ait une relation entre ces deux altérations, elle est en tout cas d'ordre secondaire pour ce qui concerne la sénilité.

La névroglie forme quelquefois à la surface des circonvolutions, à leur sommet ou dans la partie large des sillons, de petites proliférations formées de très nombreuses fibrilles et de peu de noyaux, et constituant de petites « granulations som-piemériennes » plus ou moins analogues aux granulations épendymaires que Bayle et Joire ont signalées dans la paralysie générale, et dont Magnan et Mierzejewski, Philippe, Anglade ont étudié la structure histologique, essentiellement névroglique. La surface de ces granulations n'est pas limitée par une couche de névroglie condensée, 1p=! limites en sont indistinctes, quelques noyaux se trouvent disséminés au pourtour, on à l'impression

qu'il s'agit du premier degré d'une véritable petile ulcération : nous en reparlerons à propos de l'étal vermoulu.

Le reste de la couche grise ne présenle d'ordinaire que fort peu de condensation névroglique. Pourlant nous avons pu observer une fois, avec une très grande netteté, une lésion très remarquable, très typique, qui n'a été étudiée jusqu'ici, à notre connaissance, que par Redlich (1) dans un cas de démence sénile et plus récemment par Seiler (Ueber Spatepilepsie. Thèse Leipzig, 1901) ; il s'agit d'une sclérose miliaire de récorce cérébrale. Redlich a très exaclement décrit ces plaques de sclérose miliaire :

Fig. 14. — Sclérose miliaire de l'écorce cérébrale (object. 2, ocul. 6). — Coloration par l'hématoxyline-éosine. — On voit de nombreux petits nodules de sclérose, disséminés surtout, mais non exclusivement, dans la couche des petites et moyennes cellules pyramidales ; la i)lupart présentent encore dans leur intérieur le reste d'une cellule ou un bloc de pigment ; quelques-uns se trouvent au pourtour d'un vaisseau.

« L'écorce cérébrale, dit-il, apparaît parsemée de plaques intensément colorées (par le carmin), dont la taille varie de la grosseur d'une cellule ganglionnaire à 4 ou 6 fois plus.

« Ces places épaissies sont rares dans la couche moléculaire, elles sont au contraire abondantes dans la couche des petites cellules pyramidales. 11 s'en trouve un assez grand nombre dans la couche des grandes pyramidales, elles deviennent de nouveau

(i) Redlich. — Sur la sclérose miliaire de l'écorce cérébrale dans l'atrophie sénile. Jahrbiicher f. Psych., 1898, p. 207.

plus rares dans les parties profondes de l'écorce et disparaisseni enfin au voisinage de la substance blanche.

« De forts grossissements montrent en ces endroits d'autres détails histologiques qui changent dans les diverses plaques. Les plus grandes plaques ont une texture plus homogène, légè-

Fig. i5. — Portion de la coupe précédente à un plus fort grossissement (objecl. 6, ocul. 6). Quatre nodules de sclérose rniliaire : on voit les détails de structure de ces nodules, leur continuité avec le tissu environnant, les débris cellulaires qu'ils contiennent.

rement granuleuse, leur périphérie présentant encore un réseau îibrillaire, qui sert de terme de transition avec la névroglie environnante.

« Au centre d'une telle plaque on voit encore quelquefois le reste d'un noyau ou un petit bloc pigmentaire. De plus petites

plaques se montrent le plus souvent comme une tresse très épaisse de très fines fibrilles, rappelant l'aspect d'un flocon d'ouate, alors qu'au centre on voit encore souvent nettement un noyau.

u ... A d'autres endroits des plaques épaisses ont une texture grossièrement granuleuse, formée de petits grains intensément colorés entre lesquels se trouvent de petits trous ; au centre se trouve encore quelquefois un petit bloc de protoplasma, coloré avec une remarquable intensité, et contenant un peu de pigment.

(( ... Au centre d'une des plaques décrites peut aussi se trouver la coupe d'un capillaire. »

Nous avons tenu à citer les principaux points de la description de Redlich, parce qu'elle montre, bien mieux que nous n'aurions pu le faire, les principaux aspects que nous avons constatés dans cette très remarquable altération. On y voit deux des formes les plus typiques, la forme péiicellulaire avec, au centre, un noyau entouré ou non d'un bloc protoplasmique ou pigmentaire (cellule pyramidale ou névroglique), et la forme périvasculaire avec, au cenire, un capillaire. Ajoutons que ces deux formes ne nous ont pas paru constantes et que souvent la plaque est plus ou moins homogène ; bien plus, nous avons observé certaines plaques au voisinage immédiat desquelles se trouvait encore une cellule pyramidale plus ou moins intacte, si proche qu'il est peu probable qu'une autre cellule pyramidale ait contribué d'une façon ou d'une autre à la formation de cette plaque.

Dans notre cas, dont nous n'avons pas encore pu étudier systématiquement les différentes régions, ces plaques de sclérose miliaire paraissaient occuper uniquement les couches des cellules pyramidales et y être, par endroits, rangés presque régulièrement, en séries plus ou moins parallèles.

Ce qui est très particulier dans l'étude de cette sclérose miliaire et ce qui nous a paru mériter une descriplion relativement longue, c'est la signification pathologique qu'elle paraît présenter. Une seule fois avant la description de Redlich, la sclérose miliaire paraît avoir été vue : voici en effet ce que Blocq et Marinesco ont décrit en 1892 (1) dans le cerveau d'un épi-

(i) Blocq et Marinesco. - Sur les lésions et la pathogénie de Tépilepsie dite essentielle. Semaine médic, 1892, p. 445.

leptique dont ils ont négligé de donner l'âge, mais qui sans doute était âgé, car (( les vaisseaux de la base étaient très athéromateux ».

« Les lésions que nous avons appelées disséminées de la névroglie ne se sont présentées que dans un cas (sur 9 cas), et sous deux aspects dont l'un, très particulier, sous forme de petits nodules...

(( ..Il e.xiste, disséminés dans les diverses couches de l'écorce, de petits amas ronds d'un diamètre de 60 |x environ, se distinguant du reste du tissu par une coloration beaucoup plus intense, à contours réguliers. Ils apparaissent ainsi, parsemant discrètement le fond des préparations, d'une structure vaguement pointillée, ce pourquoi il est permis de considérer quelques-uns d'entre eux, au moins, comme de véritables nodules de sclérose névroglique (?). »

Nous savons que le malade de Blocq et Marinesco était épileptique, nous ne savons malheureusement pas plus son étal mental que son âge.

Le malade de Redlich, âgé de 73 ans, avait, lui aussi, de l'épilepsie sénile ; il avait de plus de la démence sénile avec des [roubles particulièrement intenses de la parole, " que l'on n'observe guère que dans de grossières lésions anatomiques des centres du langage ».

Dans un autre cerveau sénile, encore insuffisamment examiné, Redlich a pu constater aussi de petits foyers de sclérose miliaire ; or le malade avait eu aussi des crises d'épilepsie sénile et de la démence sénile >' avec symptômes aphasiques, et avant tout phénomènes d'aphasie sensorielle avec paraphasie, survenus relativement précocement à un degré si prononcé que le diagnostic d'affection des centres sensoriels du langage avait été porté ».

Dans le cas de Seiler, il y avait eu des crises d'épilepsie depuis l'âge de 58 ans jusqu'à la mort survenue 16 ans après ; de plus, le malade avait présenté une « débilité mentale progressive » telle « qu'il ne comprenait plus que les questions les plus simples ».

Dans notre cas, observé dans le service de M. Pierre Marie, le malade, âgé de 68 ans, avait à la fois des crises d'épilepsie tardive violentes, une démence sénile très agitée avec cris, actes

de violence, accès de fureur, du gâtisme, enfin une aphasie véritable. Nous ajouterons qu'il présentait également des plaques d'état vermoulu de l'écorce cérébrale, lésion qui, comme nous le dirons, s'observe surtout chez des déments, des gâteux et des épileptiques.

Est-ce simple coïncidence ? Faut-il croire que c'est par hasard que l'épilepsie et la démence sénile avec troubles aphasiques si marqués s'est rencontrée dans les cinq cas de sclérose miliaire corticale de Blocq et Marinesco (démence), de Redlich, de Seiler et de nous-même ? C'est peu probable, il paraît bien plus vraisemblable que la sclérose névroglique miliaire est le point de départ de crises épileptiques comme élément d'irritation corticale, et que la cause de la démence est dans l'altération des cellules et peut-être des fibres nerveuses, origine ou résultat ou altération concomitante de la sclérose névroglique. Ceci ne veut bien entendu pas dire ni qu'il doive y avoir des crises d'épilepsie dans tous les cas de sclérose miliaire, ni surtout que l'épilepsie sénile doive être toujours due à la sclérose miliaire.

Cette question valait d'être posée, ce nous semble ; elle méritera de plus amples recherches dans l'avenir et, pour notre part, nous nous proposons d'étudier en détail le cerveau qui a îai^ l'objet de notre examen jusqu'ici très' incomplet.

En dehors du cortex, l'un des sièges de prédilection de la sclérose névroglique sénile est la <( surface intérieure » du cerveau, la surface des ventricules. Sous l'épithélium épendymaire, luimême plus ou moins altéré, la couche névroglique, normalement assez épaisse, s'épaissit encore ou plutôt se condense et s'indure, les cellules diminuent, les fibrilles augmentent. Cette sclérose sous-épendymaire est parfois déjà constatable à l'œil nu par la teinte grise semi-gélatineuse qu'elle prend sur le cerveau frais et surtout par la teinte jaunâtre pâle qui tranche sur un fond plus foncé sur les coupes de cerveaux assez longtemps chromés. Il n'est pas cependant exceptionnel que, dans les cerveaux séniles, des proliférations névrogliques locales produisent de petites graimlations ressemblant plus ou moins complètement aux granulations de Bayle et Joire de la paralysie générale.

Nous avons signalé qu'on trouve assez souvent une fusion plus

ou moins complète des parois veniriculaires opposées, cela surtout dans la partie postérieure de la corne occipitale des ventricules latéraux. Cette fusion pourrait résulter, d'après Anglade, d un intense bourgeonnement névroglique. En dehors même de la [orrnation des granulations ou de la îusion des parois ventriculaires, on trouve souvent l'épithélium épendymaire tombé sur ime plus ou moins grande étendue.

La sclérose qui, pour Démange, était essentiellement la u sclérose sénile », est celle que Marinesco a appelée sclérose vasculaire ». C'est la formation d'îlots de sclérose rayonnant à partir d'une paroi vasculaire elle-même sclérosée : c'est la sclérose de l'artério-sclérose, nous en parlerons en étudiant l'ensemble des lésions d'origine manifestement vasculaire.

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