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HISTORIQUE

L'étude des dégénérescences consécutives aux lésions expérimentales du cervelet est de date récente, elle a suivi le travail de physiologie expérimentale de Luciani; c’est même sur le névraxe des animaux (chiens et singes) auxquels Luciani avait enlevé totalement ou partiellement le cervelet, queMarchi (1) a fait ses examens anatomiques.

Le travail de M archi a été suivi par ceux de Ferrier et Turner, et de Russell; à cause de leur importance nous exposerons successive ment les résultats obtenus par ces auteurs, dans l'étude des dégénérescences expérimentales.

Marchi a utilisé dans ce but deux méthodes, la méthodede Weigert et la méthode osmiobichromique inventée par lui-même. Ses recherches ont porté sur les dégénérescences secondaires consécutives à la destruction d'une moitié du cervelet, du lobe médian, du cervelet tout entier. Sans entrer dans les détails des examens de Marchi, nous croyons devoir rapporter les conclusions de cet auteur, car elles ont servi de base aux recherches d’autres anatomistes. Ses conclusions sont les suivantes :

« 1° Le pédoncule cérébelleux supérieur ne s'entrecroise pas complètement ; un petit faisceau de fibres reste du même côté que l’hémisphère du cervelet dont il provient, et se termine dans la couche

(1) MAROHI. le Sull origine e decorso del pedunculi cerebellari. Memoria premiata vol, instituto lombardo di Scienra e lettere. Firenze, 1891. 20 Archives italiennes de biologie, 1892.

optique : le faisceau principal se termine au noyau rouge de Stilling du côté opposé. Ce pédoneule ne donne de fibres ni aux radiations opti- }

ques, ni au ruban de Reil. Eee

«2° Le pédoncule cérébelleux moyen ne représente pas seulement des fibres commissurales qui mettent en rapport un hémisphère cérébelleux avec l’autre. Les fibres qui le constituent, avant d’atteindre le sillon médian de la protubérance annulaire, pénètrent entre les faisceaux pyramidaux, et les dissocient pour se mettre en rapport avec la substance grise du pont du même côté. Quelques fibres passent en avant des pyramides et vont à la substance grise du pont du côté opposé. : |

« 3° Le pédoncule cérébelleux inférieur abandonne un faisceau de fibres à l'olive du côté opposé, constitue les fibres arciformes et le faisceau cérébelleux direct de Flechsig ; ce dernier est formé très probablement de fibres aussi bien afférentes qu'efférentes.

« 4 Le faisceau longitudinal postérieur et le ruban de Reil ont leur origine commune dans le cervelet et plus spécialement dans le lobe médian. Ils suivent le trajet du pédoncule cérébelleux moyen et se mettent en rapport : le premier avec les noyaux des nerfs crâniens et le second avec la substance grise du pont, avec les tubercules quadrijumeaux, et probablement avec le corps strié par un faisceau de fibres qui suit en haut le même trajet que le faisceau pyramidal. Enfin, au niveau de l’olive, le faisceau longitudinal s’unit au ruban de Reil et ils descendent ensemble dans le cordon antéro-latéral. Cette dégénérescence peut se suivre sur toute la longueur de la moelle spiuale, elle occupe deux zones : une antéro-latérale qui s’étend depuis le sillon antérieur jusqu'à l'extrémité antérieure du faisceau cérébelleux direct, une latérale située en avant du faisceau pyramidal. Leurs fibres se mettent très probablement en rapport avec les cornes antérieures de la moelle spinale, parce que la lésion de ces faisceaux entraîne la dégénérescence des racines antérieures dela moelle.

« 5° Les rapports du cervelet avec les nerfs crâniens se font par le faisceau longitudinal postérieur et le ruban de Reil.

« 6° L'origine des trois pédoncules cérébelleux se fait dans toute l'écorce cérébelleuse, avec cette différence que le noyau dentelé fournit la plus grande partie des fibres des pédoncules cérébelleux supérieurs, et le vermis le plus gros contingent du pédoncule

cérébelleux moyen. »

Marchia pu ainsi constater quelques faits nouveaux intéressants ; telle la dégénérescence du cordon antéro-latéral consécutive à une lésion cérébelleuse ; et établir que les rapports de la moelle et du cervelet se font dans les deux sens, c’est-à-dire qu'il existe des fibres qui vont de la moelle au cervelet et d’autres qui vont du cervelet à la moelle.

Ferrier et Turner(1) en employant les mêmes méthodes, mais surtout la méthode de Weigert, sont arrivés à des résultats différents :

Pédoncule cérébelleux supérieur. — A la suite d’une ablation d'un hémisphère cérébelleux le pédoncule cérébelleux supérieur dégénère complètement et le voile médullaire qui contient la prolongation supérieure du faisceau ascendant antéro-latéral ou de Gowers est intact. Il en résulte une dégénérescence de la calotte (tegmentum ponti) du même côté avant la décussation, et du côté opposé après la décussation, la plus grande partie des fibres internes et dorsales allant au noyau rouge du côté opposé.

Le réseau de fibres fines si caractéristique dans les préparations du noyau rouge normal, disparaît presque entièrement; et les cellules de ce noyau, quoiqu'incomplètement atrophiées, paraissent avoir subi une diminution de volume. Les fibres qui sortent de la partie antérieure du noyau rouge dans la zone dorsale de la région sous-thalamique et passent dans la couche optiquesont également atrophiées.

L'extirpation limitée au lobe médian ne détermine pas de dégénérescence dans le pédoncule cérébelleux supérieur.

Tout ceci démontre que le pédoncule cérébelleux supérieur est un faisceau efférent allant du lobe latéral du cervelet au noyau rouge et au pulvinar thalami

L’entrecroisement est total d’après ces auteurs et ce faisceau ne se continuerait pas jusqu'à l’écorce cérébrale comme l’avaient prétendu Meynertet Flechsig. Son origine principale semble se trouver dans le noyau dentelé, peut-être quelques fibres viendraient-elles directement de l'écorce cérébelleuse.

Pédoncule cérébelleux moyen. — A la suite de l’extirpation d’un

(1) FERRIER et TURNER. Loc. cit.

lobe latéral du cervelet, il se produit une dégénération de la couche superficielle jusqu'à la ligne médiane et du côté de la lésion : cette dégénération n’est pas une sclérose complète ; on constate encore une diminution en nombre et en volume des faisceaux formant les couches profondes ‘du pont du côté dela lésion, et de ceux qui croisent la ligne médiane. Les cellules de la substance grise formant le noyau du pont du côté opposé sont complètement atrophiées. Le réseau du noyau réticulaire de la calotte du côté opposé est moins riche que celui du même côté que la lésion. L’extirpation du lobe moyen n'entraîne pas de dégénérescence dans le pédoncule cérébelleux moyen. Jamais ils n’ont observé de dégénérescence du faisceau longitudinal postérieur ou du ruban de Reil.

Pédoncule cérébelleux inférieur. — L'extirpation d’un lobe du cervelet entraîne la dégénérescence du segment externe du corps restiforme. Cette dégénérescence est surtout disposée ventralement. Il s'ensuit une atrophie complète des fibres arciformes externes audessus des noyaux du faisceau de Goll et du faisceau de Burdach, une atrophie très marquée du corps olivaire inférieur du côté opposé et des fibres qui pénètrent dans le hile de l'olive. Les cellules y sont plus rares. Les noyaux olivaires accessoires participent à cette atrophie, mais les cellules du noyau latéral restent intactes. Le segment externe du faisceau restiforme ne dégénérerait pas après la destruction du lobe moyen.

Lorsque le vermis seul est extirpé, la dégénérescence occupe le segment interne du corps restiforme et se poursuit dans le noyau de Deiters dont le réseau a disparu sans altération des cellules : ce noyau serait un intermédiaire dans les relations du cervelet et de la moelle.

D'après Ferrier et Turner, la moelle ne dégénérerait pas après une lésion cérébelleuse : la dégénérescence indiquée par Marchi à la suite d’extirpations du cervelet est due soit à une lésion du noyau de Deiters, quand la dégénérescence occupe la zone antéro-latérale, soit à une lésion du filet quand la dégénérescence occupe la zone latérale, immédiatement en avant du faisceau pyramidal. Malgré cela, l'intention des auteurs de faire de nouvelles recherches sur l'existence ou la non-existence de fibres allant du cervelet à la moelle indique suffisamment qu'ils ne sont pas absolument fixés à ce sujet.

Les auteurs ont complété leurs expériences par les sections isolées des pédoncules. Comme la section du pédoncule cérébelleux supérieur, faite au-dessus du cervelet, entraîne une dégénérescence totale audessus de la lésion, ils en concluent que le pédoncule cérébelleux supérieur ne contient pas de fibres à direction centripète vers le cervelet. La section du pédoncule cérébelleux moyen détermine une dégénérescence seulement efférente. Après section du corps restiforme il y a dégénérescence dans les deux sens.

Ferrier et Turner ont étudié les dégénérescences consécutives aux lésions du cervelet surtout par la méthode de Weigert. Russell(1) a principalement employé la méthode de Marchi, bien supérieure à la précédente; pour cela il a tué les animaux après une survie variant de une semaine à trois mois.

À la suite d’une extirpation du lobe latéral, les dégénérescences se limitent aux pédoncules du côté de la lésion, sauf pour le pédoncule cérébelleux supérieur.

Il distingue deux parties au pédoncule cérébelleux supérieur, une antérieure, le pédoncule cérébelleux proprement dit, une postérieure qui embrasse la première dans sa concavité et donne l'aspect d’un faisceau en forme de crochet. Du côté de la lésion, la portion antérieure seule dégénère, les fibres dégénérées y sont dispersées dans toute son étendue : ces fibres s’entrecroisent presque en totalité et se terminent en partie dans le noyau rouge qu’elles traversent; une grande partie d’entre elles se termine au delà dans la couche optique, jamais elles n’ont été suivies plus loin : un petit nombre de fibres semble ne pas s'entrecroiser et s'arrêter dans le noyau rouge du même côté. Du côté sain, c'est la partie postérieure du pédoncule cérébelleux supérieur qui est dégénérée ; l’auteur ignore sa terminaison, mais elle constitue un système de fibres commissurales qui s'entrecroisent dans le vermis : en effet la section du cervelet, sur la ligne médiane, détermine la dégénérescence bilatérale de ces fibres.

Le pédoncule cérébelleux moyen très dégénéré fournit des fibres qui vont se terminer, pour le plus grand nombre, dans la substance grise du pont du côté opposé, et, pour un petit nombre, dans la subs-

(1) RUSSELL. Dégénérescences consécutives à des lésions expérimentales du cervelet. Philosophical transactions of the Royal Society of London, 1895.

tance grise du pont du même côté. Les fibres de ce pédoncule passent soit en avant des pyramides (couche dorsale), soit entre les faisceaux pyramidaux, soit en arrière (couche ventrale) : les deux premières couches ne croisent sans doute pas le raphé.

Le pédoncule cérébelleux moyen du côté opposé n’est pas dégénéré.

Le pédoncule cérébelleux inférieur est dégénéré seulement du côté de la lésion ; les fibres dégénérées ne sont pas dispersées, mais limitées au bord externe du corps restiforme. À mesure qu’on examine des plans de plus en plus inférieurs, les fibres se répandent dans la substance grise, en même temps qu’elles tendent à prendre à l’intérieur du corps restiforme une situation de plus en plus ventrale. Les fibres s'étendent du pédoncule aux deux olives inférieures, en suivant soit la périphérie de la moelle, soit en sillonnant la substance grise du bulbe, mais elles ne forment pas de faisceau bien distinct. Au-dessous, il existe quelques fibres dégénérées occupant la périphérie de la région antéro-latérale de la moelle (région cervicale); mais elles sont peu nombreuses et dispersées, et, dans la région dorsale supérieure, elles

sont déjà presque complètement disparues.

Après extirpation du lobe moyen, les dégénérescences furent cons-

tatées dans les pédoncules des deux côtés. Le pédoncule cérébelleux supérieur dégénère dans son segment antérieur et dans son segment postérieur. En haut les fibres dégénérées n’ont pu être suivies au delà du noyau rouge. Le pédoncule cérébelleux moyen est dégénéré des deux côtés. Le corps restiforme dégénère aussi des deux côtés : les fibres se répandent dans la substance réticulée du bulbe et vont aboutir aux olives inférieures sans former de faisceaux bien distincts. I y a quelques fibres dégénérées dans la région antéro-latérale de la moelle, qui se continuent avec celles qui occupent la périphérie de la région latérale de la moelle allongée. Russell, considérant le petit nombre de fibres dégénérées qui se rendent aux olives après les lésions cérébelleuses, pense que le rapport principal des olives avec le cervelet se fait de l’olive vers le cervelet (noyau dentelé) : enfin cet auteur pense que la faible dégénérescence observée dans la région cervicale de la moelle ne provient pas du pédoncule cérébelleux moyen, mais se continue avec la périphérie de la région latérale de la moelle allongée à l’intérieur du corps restiforme.

Pour Russell, ladégénérescence médullaire signalée par March;

est due soit à une lésion accidentelle du noyau de Deiters, comme l'avaient déjà indiqué Ferrier et Turner, soit à une lésion accidentelle des nerfs crâniens (Mott).

Münzer et Wiener (1), dans leurs recherches sur les dégénérescences consécutives aux destructions partielles du cervelet chez les animaux nouveau-nés, ont observé que la destruction du lobe moyen était suivie d'une dégénérescence du bras conjonctival qui après entrecroisement va dans le noyau rouge du côté opposé ; après la destruction d'un lobe latéral c’est le pédoncule cérébelleux moyen qui dégénère; jamais ces auteurs n'ont suivi de fibres cérébelleuses descendantes dans la moelle.

Véjas (2) a fait des recherches sur le lapin et le rat. Sur un rat il a enlevé l'hémisphère cérébelleux droit avec le noyau dentelé, le flocculus droit et une partie des fibres blanches de la moitié droite du vermis (le noyau du toit est resté intact) ; à l'examen microscopique le corps restiforme droit, le noyau du cordon latéral droit, l'olive gauche étaient très réduits, le péd. sup. cérébel. atrophié, ainsi que le noyau rouge du côté opposé. Il y avait disparition du pont à droite, conjointement à la substance grise dans la moitié opposée de la protubérance. Sur un lapin, le flocculus droit et une partie du noyau dentelé droit et du bras conjonctival droit furent enlevés, il en résulta une atrophie de l'hémisphère cérébelleux droit et du bras conjonctival droit ; le corps restiforme et le noyau du toit restèrent intacts.

Les travaux de Marchi, Ferrieret Turner, de Russell sont les plus importants qui soient parus sur la question : quelques auteurs, Biedl1 (3), Basilevsky (4), dans le but d'étudier le trajet des fibres efférentes du cervelet, ont pratiqué la section des pédoncules cérébelleux ; ce procédé est moins sûr, et, plus qu'après lesextirpations partielles ou totales du cervelet, on risque de produire des lésions accessoires des organes voisins. Cajal a étudié les dégénérescences consécutives à la résection de petits fragments de l’écorce chez le cobaye, il les a suivies dans le pédoncule cérébelleux inférieur.

(1) Münzer et WIENER, Beiträâge zur Anatomie des Centralnerveusystems.Prager medic. Wochenchrift, 1895.

(2) VéyAs. Loc. cit.

(3) Brepx. Absteigende Kleinhirnbahnen, Meur. Centralblatt, 1895.

(4) BASILEVSKY. Conférence des médecins de la clinique neurologique de Pétersbourg, séance du 25 janvier 1896. V. aussi Revue newrologique, 1896, n° 9.

Malgré les nombreux examens anatomiques pratiqués par Marchi, Ferrier et Turner, Russell, certaines questions touchant les dégénérescences secondaires aux destructions expérimentales du cervelet ne semblent pas avoir reçu une solution définitive. Certains faits ne sont pas encore bien établis : tels l'existence d’un faisceau descendant dans la moelle d'origine cérébelleuse, l’entrecroisement total ou partiel du pédoncule cérébelleux supérieur, le sens de conductihilité du pédoncule cérébelleux moyen et du pédoncule cérébelleux inférieur. Ferrier et Turner ont signalé les relations du noyau du toit et du noyau de Deiters, mais ils n'ont pas insisté sur l'existence de rapports semblables entre le noyau dentelé et le noyau de Deiters et sur l'importance de cette liaison intime entre les noyaux gris centraux du cervelet et le noyau vestibulaire. Russell a nettement distingué deux faisceaux dans la constitution du pédoncule cérébelleux supérieur, mais il n’a pas précisé la terminaison et l’origine du faisceau postérieur. Quelques faits ont été plus rarement signalés, entre autres l'existence de fibres prenant leur origine dans le cervelet et, après avoir suivi le trajet du pédoncule cérébelleux moyen, se continuant dans le pied du pédoncule cérébral sans arrêt dans la substance grise du pont (Mirto (1) et Pellizzi (2) cité par Mirto). La dégénérescence du faisceau longitudinal postérieur et du ruban de Reil, admise par Marchi, est niée par Ferrier et Turner et par Russell. C’est particulièrement sur ces faits indécis que nous avons porté notre attention.

(1) MIRTO. Sulle degenerazioni secundare cerebello-cerebrali attraverso i pedunculi medii e superiori. drchivio per le scienze mediche, vol. XX, n° 19.

(2) Pezuizz1. ( Degenerazioni consecutive à lesioni cerebellari » nota preventiva. Riv. sper. di Freniatria. Reggio-Emilia, 1895.

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