‹ Le Cervelet: Étude Anatomique, Clinique et PhysiologiqueChapitre 5 sur 72 · TN RES · texte numérisé non relu

TN RES

réflexes, mais les actes de la vie animale : « cujus modi sunt cordis pulsatio, respiratio, alimenti concoctio, chyli protusio et multæ aliæ ». (Claude Bernard a dit avoir arrêté aussi, par la blessure du cervelet, la sécrétion du jabot sur des pigeons ; ce fait a été contesté par Wagner). Considérant d'autre part les rapports anatomiques du cervelet avec le nerf acoustique, Willis estimait que le cervelet devait recueillir les sensations auditives. Pour lui, il serait encore le siège du sensorium commune.

Haller soutient, au contraire, que les blessures du cervelet, comme celles du cerveau, produisent des convulsions qui n’empéchent pas la respiration et les mouvements du cœur; comme les lésions de ces deux organes déterminent des convulsions généralisées, « il faut que les nerfs des muscles volontaires des membres et de la tête tirent également leur moelle du cervelet, comme ils en tirent du cerveau ».

Quelques auteurs s’appuyant, soit sur des observations [Lapeyronie (1), Pourfour du Petit (2)], soit sur des expériences [Saucerotte (3)] Foville (4), Pinel-Grandchamp (5)] ont admis que le cervelet était un organe éminemment préposé à la sensibilité. Foville et Pinel-Grandchamp ont même reconnu au cervelet une sensibilité propre. D'autres, s'appuyant simplement sur l’anatomie topographique, ont soutenu la même hypothèse. Dugès (6), considérant que le cervelet reçoit dans ses hémisphères les faisceaux surspinaux de la moelle réunis aux pyramides surspinales, regarde le cervelet comme un organe affecté à la sensibilité. Le même auteur croit, du reste, qu'il préside aussi à la gustation et à l’audition, à cause de ses rapports avec les nerfs glosso-pharyngien, trijumeau et auditif; ses rapports intimes avec le nerf pneumogastrique le font intervenir dans la respiration pulmonaire et la digestion gastrique ; il

(1) LAPEYRONIE. Journal de Trévoux, 1709. Mém. de l’Académie des sciences de Paris, 1741.

(2) POURFOUR DU PETIT. Nouveau syst. du cerveau. Revue d'obstétrique, d'anat. et de chirur., publiée par Louts. Paris, 1766.

(3) SAUCEROTTE. Mém, sur les contre-coups dans les lésions de la tête. Prix de l’Académie, 1819, t. IV.

(4) Fovicze, Art. Encéphale. Dictionnaire de méd. et de chirurg. pratiques.

(5) PINEL-GRANDCHAMP, Rech. sur le siège spécial de différentes fonctions du système nerveux. 1828.

(6) Ducs. Truité de physiologie comparée. Montpellier 1838, t. I.

Re

doitencoreintervenir dans les phénomènes instinctifs complexes, dans les actes industriels relatifs à l'entretien de la vie, à la nutrition, aux appétits, au besoin de respirer. Les théories basées sur les rapports anatomiques des centres nerveux entre eux ont conduit du reste à bien d’autres hypothèses; ainsi Treviranus n’avait-il pas établi un rapport entre le développement de l'organe de l’ouïe et celui des hémisphères cérébelleux d'une part, entre le trijumeau et le vermis d'autre part? Ces théories n'ont pas eu beaucoup d'autres partisans.

Rolando (1) a édifié sa théorie sur deux ordres d'arguments : physiologiques et anatomiques ; par de nombreuses expériences pratiquées sur des animaux pris dans les quatre classes de vertébrés, il a tenté de démontrer que le cervelet est l'organe destiné à la préparation et à la sécrétion de la puissance nerveuse qui, diversement conduite et modifiée, se manifeste principalement dans la production -de la motilité et des mouvements volontaires : les altérations partielles déterminent des troubles des mouvements musculaires, les destructions totales la paralysie complète; pourtant Longet fait remarquer qu'après l'ablation du cervelet sur des oiseaux et de jeunes mammifères, Rolando a toujours vu ces animaux accomplir encore, avec leurs quatre membres, des mouvements énergiques, mais désordonnés. Rolando s'appuyant d'autre part sur l’anatomie macroscopique fait remarquer que « le grand nombre de lames alternativement grises ou blanches lui paraissent une pile voltaique qui développe de l'électricité et excite les mouvements ». Le cervelet aurait même, d'après lui, une part plus grande que le cerveau dans les phénomènes de motilité : pour démontrer cette proposition, il mettait un des pôles d’une pile en contact avec le cervelet et l’autre avec un membre et il obtenait des secousses plus fortes que si le premier pôle était placé sur le cerveau. Mais cette influence du cervelet ne lui appartiendrait pas en propre ; il l'emprunterait tantôt aux sens, tantôt aux excitations hémisphériques, Rolan do a constaté aussi que la lésion d’un pédoncule cérébelleux inférieur détermine une attitude telle que le corps se courbe en arc du côté de la blessure.

(1) ROLANDO, Ouwr, eit.

Suivant Gall (1), le cervelet est l'organe de l'instinct de la propagation ou du penchant à l'amour physique : pour la démonstration, il rapporte d’une part des observations cliniques, d'autre part des expériences. Les personnes d’un tempérament très ardent éprouveraient dans la nuque une tension et une sensation de chaleur, surtout après des émissions excéssives et inconsidérées, ou après une incontinence prolongée; c'est sur des arguments de cet ordre et des faits cliniques de même nature, sur la coïncidence du priapisme ou de l'oubli des désirs érotiques avec une lésion cérébelleuse, que Gall établit sa thèse; nous n'insistons pas. Ilaétudié aussi l'influence dela castration surlecervelet, elle n'empêche ni la manifestation de l'instinct de propagation, ni ne détruit la faculté d'exercer le coït. Ayant fait châtrer plusieurs lapins et les ayant fait tuer ensuite, six ou huit mois après, il a trouvé sans exception, le lobe du cervelet du côté opposé à celui où la castration avait été faite plus petit et la bosse occipitale plus aplatie que l'autre; les femelles auraient un cervelet plus petit, parce que le sentiment de l’amour physique est moins prononcé chez elles : enfin Gall affirmait que le développement complet du cervelet coïncidait avec celui du penchant à l'amour physique. Or Leuret et Lélut n'ont jamais constaté de différence appréciable entre le cervelet des femelles et celui des mâles, et le développement du cervelet est achevé bien des années avant l'apparition de l'instinct génital. La castration chez le cheval n’entraîne nullement l’atrophie du cervelet, si l’on en croit Leuret : « les étalons ont comparativement le cervelet le moins développé, les juments sont mieux favorisées qu'eux sous ce rapport; et les chevaux hongres le sont plus que les uns et les autres ». La théorie de Gall a eu ses défenseurs. Budge (2) et Valentin (3) (cités par Longet) auraient provoqué, par la stimulation directe du cervelet, des mouvements dans les testicules, les vésicules séminales, les trompes, la matrice, la vessie, l'estomac et le canal intestinal, de même Spiegelberg (4), en irritant mécaniquement et chimiquement chez des lapins les parties latérales ou centrales, profondes ou superficielles du cervelet, aurait vu constam-

(1) GALL. Fonctions du cerveau. Paris, 1825, t. III.

(2) BUDGE. Untersuchungen uber das Nervensystem, 1841.

(3) VALENTIN, Lehrbuch der Physiologie.

(4) SPIEGELBERG. Zeitschrift für rationelle Medicin. 8° série, t, II,

Page 1