‹ Le Cervelet: Étude Anatomique, Clinique et PhysiologiqueChapitre 67 sur 72 · L FÈ · texte numérisé non relu

L FÈ

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mouvements s'accompagnent de grandes oscillations et de déplacements du corps dans le sens transversal : il en est de même lorsqu'il veut se gratter.

Pendant les premières tentatives de marche, les pattes s'écartent davantage que dans la station debout, surtout les antérieures ; celle

- du côté opéré est plus en abduction : c'est généralement celle-là qui

est levée la première: mais avant d'abandonner le sol, elle est le siège de contractions sans effet, comme si l'animal hésitait ; puis, brusquement, elle quitte le sol : en même temps, le corps tout entier suit le mouvement et se déplace transversalement du même côté, comme sil était mu par un mouvement irrésistible de translation : l'animal semble vouloir résister par quelques inclinaisons de la colonne vertébrale, mais en vain, déjà le train postérieur fléchit du côté opéré, la patte antérieure primitivement en abduction revient brusquement en adduction et l'animal s’affaisse comme une masse de ce côté (fig.78). Le rythme respiratoire s’accélère, comme si l'animal avait fait une longue course ou accompli un travail pénible : après quelques instants de repos, il cherche à se relever ; après plusieurs chutes, il peut enfin se redresser et se maintenir sur ses quatre pattes ; s’il essaie de nouveau de marcher, les mêmes phénomènes se reproduisent. — Peu à peu, les déplacements du corps sont moins grands, l'animal résiste mieux aux déplacements du côté opéré, il réagit par des déplacements en sens contraire vers le côté sain, le train postérieur s'élève davantage au-dessus du sol: l’animal marche alors en oscillant tantôt à gauche, tantôt à droite, la démarche est tout à fait celle que les auteurs ont décrite sous la dénomination de démarche ébrieuse, démarche de l'ivresse. Ce mode de progression ne peut être longtemps soutenu, la fatigue apparaît rapidement. L'amélioration se prononçant de jour en jour, la titubation diminue, les oscillations du corps sont moins amples et moins fréquentes, mais l’animal a perdu de sa souplesse, il est comme soudé, la tête est maintenue raide et

- fixe, toujours un peu inclinée du côté de la lésion ; les pattes ne sont … plus soulevées avec la même régularité : avant l’opération une patte antérieure était levée en même temps que la postérieure du côté opéré;

cette simultanéité n’est plus aussi parfaite; les membres du côté opéré sont toujours soulevés brusquement et retombent de même sur le sol, tandis que ceux du côté sain se meuvent comme autrefois ; ce phéno-

mène est surtout net pendant la course, il persiste très longtemps. Après la marche, la course est réapprise; mais aussitôt que l’animal s'arrête, oscillations et tremblement, déplacements du corps réapparaissent; il en est de même chaque fois qu’il y a une modification dans les conditions d'équilibre, un changement dans les attitudes.

La préhension des aliments est l'occasion de troubles du même ordre. Les premiers jours après l'opération, il lui est impossible de manger ou de boire seul; il ne peut saisir la viande qui lui est présentée, il ne peut boire que si on lui fixe la tête; alors il lape comme un chien normal. Quelques jours après, il ne peut encore saisir les aliments avec la gueule ; dès que la tête s’avance ou s’abaisse, de grandes oscillations, d’abord localisées à la tête, l'entraînent alternativement d'un côté et d'autre, elles se généralisent ensuite au tronc qui subit de grands déplacements et s'éloigne du but. 11 semble même que les oscillations de la tête augmentent de fréquence et d'amplitude à mesure qu’elle s'approche du but, si bien qu’au moment même de l’atteindre, l'animal est rejeté très loin de lui.

Pour boire, il se passe quelque chose de très analogue, la tête dépasse toujours le but, et le museau, au lieu d'’affleurer le liquide, plonge profondément ; la tête se retire aussitôt brusquemeñ, l'animal recule et oscille surtout dans le sens antéro-postérieur.

Ces phénomènes s’amendent avec le temps, mais lentement, plus lentement même que les troubles de la marche et de la station.

L'animal apprend ainsi successivement, ou presque simultanément, à marcher, à courir, à prendre les aliments : les progrès peuvent être tels qu'après plusieurs semaines où même plusieurs mois (trois mois) il ne persiste presque plus rien des désordres précédemment décrits, si ce n’est une certaine raideur du tronc, le soulèvement plus énergique des membres du côté opéré, quelques oscillations très légères aux temps d'arrêt, ou dans les changements d'attitude, l'apparition plus prompte de la fatigue. Tout ceci semble bien prouver qu'il ne s’agit pas d'une faculté disparue momentanément puis réapparue. C'est Ja création d’un nouveau mécanisme dans lequel les éléments du premier n'entrent que pour une part, mais dont la plus grande revient à la suppléance de l'organe perdu par les parties restantes ou par un. autre centre; aussi les mouvements dits automatiques ne présentent plus ce caractère, il y a désormais en eux quelque chose d'intentionnel, quelque chose de voulu.

À cette période de l'amélioration, il existe néanmoins des troubles très nets de l'équilibre qu’on peut facilement mettre en évidence. Si on fixe l'attention de l'animal, de façon à ce qu'il soit obligé d'élever la tête et de regarder au-dessus de lui, en lui présentant, par exemple, un morceau de viande un peu au-dessus de la tête, au moment où il lève la tête, et qu'il soulève ses pattes de devant pour se dresser sur le siège, le tronc est aussitôt animé de grandes oscillations et la titubation réapparaît très intense. Ce n’est pourtant Pas parce qu'il a perdu de vue le sol, et si, en effet, on applique au même animal un masque, de façon à ce que la vue soit complètement supprimée, il peut se tenir en équilibre sur ses pattes, il peut même marcher, lentément il est vrai, mais sans tituber; si donc, dans le premier cas, la titubation est réapparue, elle est due vraisemblablement au changement d’attitude du corps ou à la modification de position de la tête. Le déplacement du centre de gravité qui en est la conséquence aurait été compensé chez un chien normal par la mise en jeu de certains groupes musculaires qui auraient contrebalancé à leur tour ce déplacement : c'est ce mécanisme qui a fait défaut. |

On peut encore mettre en évidence cette action perturbatrice des changements d'’attitude, .en faisant marcher l'animal sur un plan incliné, en lui faisant descendre où monter un escalier; ce n’est

qu'une suite de culbutes, de chutes à la renverse quand il monte ;

quand il descend, les troubles sont moins prononcés, s’il peut appuyer le flanc du côté opéré contre un mur; sinon il roule et dégringole l'escalier.

Si on l’habitue à ce genre d'exercices, il y a une atténuation progressive de ces troubles, et un jour viendra où l'ascension d’un escalier ne causera plus que quelques oscillations, des hésitations ; elle sera en tout cas moins rapide que chez un chien normal, l'acte présentera encore ici quelque chose de voulu, il ne pourra étre exécuté sans efforts et sans attention, par suite sans fatigue.

L'examen de la sensibilité n’a pu être fait que d'une façon sommaire, comme tout examen de ce genre sur les animaux. A une période plus avancée, nous n'avons pu déceler aucune différence entre les deux côtés pour la sensibilité et la douleur.

L’ouïe et la vue sont conservées.

L'animal a une notion assez exacte des modifications qui se sont produites dans son équilibre: il a la notion de cette force irrésistible qui l’entraîne du côté de la lésion; la preuve en est que, quand il fait ses premiers essais de marche, il se dispose detelle façon qu'il puisse s'appuyer sur un mur du côté vers lequel il est entraîné.

Son caractère est généralement triste et il est assez indifférent à ce qui se passe autour de lui; il reconnaît bien la personne qui lui apporte ses aliments, ceux qui l'ont frappé; il cherche à s'enfuir à leur approche. Jamais sa méchanceté ne s’est accrue; si on l’irrite, il mord rarement. Il est même curieux que pendant plusieurs semaines il n’aboie pas ; il ne recommence à aboyer que quand il peut se tenir en équilibre, ce qui tient sans doute à ce que l'aboiement exige des modifications d’attitude de la tête qui ne feraient qu'augmenter la déséquilibration. |

Nous avons insisté fréquemment sur la fatigue si prompte à se manifester chez ces animaux ; les contractions musculaires avortées, les efforts de compensation, la suppléance par le cerveau doivent en être la cause directe; ils nous expliquent aussi, sans doute, la grande voracité contrastant avec leur maigreur.

Destruction totale du cervelet.—On pourrait presque en deviner les conséquences, après la description des troubles consécutifs à la destruction d’une moitié du cervelet, tellement ces désordres concordent les uns avec les autres.

Les désordres du début sont moins intenses après une destruction totale qu'après une destruction partielle du cervelet, mais la rééducation est plus lente.

On ne constate pas-en effet, après la destruction totale, les mouvements de rotation autour de l'axe longitudinal, si caractéristiques dans le premier cas; ils n'existent que si la destruction n’a pas atteint la totalité du cervelet, intéressant un côté plus que l’autre, ou si elle a empiété un peu sur les parties voisines, mais ils sont néanmoins moins fréquents et de moins longue durée. Leurs conditions d’apparition sont les mêmes.

Il existe le plus souvent du nystagmus horizontal avec une déviation des globes oculaires dans le cas où la lésion n’est pas absolument symétrique.

Le décubitus se fait indifféremment sur un côté ou sur l’autre, la

tête est en extension forcée, rejetée en arrière sans inclinaison

latérale, le tronc décrit une incurvation correspondante (opisthotonos), les membres sont contracturés en extension, surtout les membres antérieurs. ; Pendant les deux ou trois premiers jours : troubles de la déglutition, vomissements alimentaires.

L'extension de la tête, l’opisthotonos, la contracture des membres s’amendent graduellement ; plus tard on constate l'exagération des

réflexes tendineux.

Dans le décubitus abdominal, les membres antérieurs sont dans une abduction extrême, égale des deux côtés : la station debout, puis la marche, sont réacquises suivant le même mécanisme qu'après la destruction d'une moitié du cervelet: mais l’ahduction des membres antérieurs persiste plus longtemps, le soulèvement du train posté= rieur au-dessus du sol revient plus tard; à cause de la symétrie de la lésion, il n'existe pas de déplacements en masse du tronc vers un côté: dès le début la marche présente les caractères de la démarche ébrieuse : il y a titubation, oscillations, tremblements, contractions avortées, etc.

La préhension des aliments, la marche sur un plan incliné, la miction, la défécation, le coït, les changements d’attitude sont l’occasion de désordres semblables à ceux décrits plus haut, après la destruction d’une moitié du cervelet. À

Lorsque la station debout sur les quatre pattes ou la marche sont possibles, l'occlusion des yeux n’augmente pas les désordres ; il ne faudrait pourtant pas nier toute influence de la vue dans la rééducation de l’animal; nous avons pu suivre pendant plusieurs jours et même pendant plusieurs semaines un chien qui devint aveugle quinze jours ou troissemaines après l'opération, des suites d’une ophthalmie, Ce chien ne réapprit jamais à marcher, ni même à se tenir debout, il restait immobile, couché sur le flanc; il se produisit des ulcérations aux points de contact (c’est la seule fois que nous avons observé des troubles trophiques). Comme c’est le seul cas dans lequel aucune amélioration ne's’est produite, malgré une longue survie, et que c’est aussi

le seul dans lequel la cécité ait été totale, il y a peut-être lieu d'établir .une relation de cause à effet entre ces deux faits, et il est probable

que, pendant la période de rééducation, la vue a une influence vicariante pour la compensation des fonctions disparues. |

Nous n'avons rien de bien particulier à signaler sur le développement de jeunes animaux privés de cervelet; nous avons remarqué que comparativement aux animaux sains de la même portée, ils se développaient moins bien, leur taille était moins élevée etils étaient aussi moins vigoureux, mais jamais,dans un cas de lésion unilatérale,nous n'avons observé d’asymétrie dans l'étude comparative des membres et des deux côtés du tronc. Le développement plus lent de l'animal nous semble s'expliquer très bien par la dépense considérable d’énergie à une époque où elle devrait être consommée beaucoup plus pour le développement des organes que pour leur fonctionnement.

Nous ferons remarquer également que ces mêmes animaux pouvaient très bien nager, bien qu’ils n’eussent jamais nagé auparavant : ce qui démontre que le cervelet n'intervient nullement comme centre coordinateur du mouvement denatation ; nous devons ajouter aussi que chez eux, comme chez tous les autres animaux soumis à cette expérience, la fatigue survient extrêmement vite: il est donc probable que son rôle, quelque effacé qu'il soit, n'en existe pas moins, c’est en tout cas un rôle accessoire.

Destruction du vermis. — Dans un cas, cette opération apuêtre réalisée aussi parfaitement que possible. Aussitôt après l'opération la tête était fortement inclinée en arrière, le tronc était incurvé dans le même sens (opisthotonos), les membres antérieurs en extension forcée, les globes oculaires étaient le siège d’un nystagmus vertical; les jours suivants les phénomènes de contracture diminuèrent, l'animal réussit à se tenir debout sur ses pattes, les membres postérieurs très écartés et dirigés en avant; pendant deux ou trois jours, à chaque tentative de progression, l'animal reculait au lieu d'avancer, ou bien il tombait à la renverse: Au repos, il restait dans le décubitus abdominal, les membres postérieurs en abduction et dirigés en avant. Après cette période de recul, il commence à progresser, mais les pattes postérieures sont toujours très écartées et soulevées brusquement et très haut au-dessus du sol, il semble lancer ses pattes comme un ataxique * lance ses jambes. Il existe aussi des oscillations antéro-postérieures du tronc dans les mouvements volontaires et dans les changements d’attitude,

Destructions diverses du cervelet, — Lorsque la destruction du - Cervelet est irrégulière, portant à la fois sur le vermis et les hémisphères et sur une étendue différente de chaque côté, on a des plans plus ou moins profonds, la symptomatologie est moins régulière, elle est un mélange des troubles observés dans les trois cas précédents.

Les lésions d'une grande étendue de l'écorce qui ne s'étendent pas. en profondeur et n’intéressent pas les noyaux gris centraux déterminent des désordres de durée relativement courte et d'intensité médio- cre. Les lésions localisées à l'écorce d'un seul hémisphère, n’intéressant pas la profondeur, peuvent n’entraîner aucun trouble (p. 304, fig. 106 et 107).

Dans un cas nous avons pu enlever un noyau du toit, en produisant le minimum de lésion possible dans le voisinage du vermis: il en est résulté des troubles de l'équilibration extrêmement accusés ; Mais, dans ce cas, la lésion avait été faite au moyen de l’anse galvanique : et comme les cautérisations des différentes parties du système nerveux peuvent être la source de phénomènes d’inhibition extrémement intenses et de longue durée, l'expérience n’a pas une grande valeur au point de vue physiologique.

Les désordres observés chez le chat, après les extirpations partielles du cervelet, sont en tout point comparables à ceux observés chez le chien ; nous n’insisterons donc pas ; nous ferons seulement remarquer que la rotation autour de l'axe longitudinal est un peu moins fréquente que chez le chien, il y a le plus souvent tendance à la rotation plutôt que rotation réelle. Les déviations oculaires sont moins marquées ou même absentes. La destruction d’un lobe produit des symptômes très analogues à ceux qui relèvent de la destruction d’une moitié du cervelet chez le chien. La contracture des membres du côté opéré est habituellement moins prononcée ou fait défaut chez le chat.

Les résultats obtenus sur le cobaye et le lapin sont trop incomplets pour que nous puissions en tirer des conclusions : il est très difficile d'obtenir une survie. Le très petit nombre de succès indiquent suffisamment combien il est difficile de réussir : comme chez le chien et chez le chat, les troubles de la locomotion et de l'équilibre sont plus accentués du côté le plus lésé, et la rotation autour de l'axe longitudinal se fait du côté sain vers le côté opéré.

Quand on compare entre eux tous ces résultats, on constate immé- :

diatement que les troubles déterminés par les destructions partielles ou totales du cervelet sont identiques entre eux pour chaque cas particulier (destruction d'une moitié du cervelet, du cervelet en totalité, lésions du vermis, etc.), avec quelques différences d'intensité suivant l'individu. Ce sont des troubles du mouvement, que ce mouvement soit volontaire, automatique ou réflexe. 11 n'y a pas de paralysie des membres, puisque les animaux opérés peuvent soulever encore des poids considérables. Il y a de l’asthénie, de l'atonie, de l’astasie, comme le soutient Luciani. Quelle est la raison de cette asthénie? Voilà ce queles physiologistes ont jusqu’ici peu expliqué. Est-on en droit de conclure avec Lucia ni que le cervelet exerce à l’état normal sur le reste du système nerveux une influence qui se traduit par une action neuromusculaire sthénique, tonique et statique, par laquelle le cervelet augmente l'énergie potentielle dont disposent les appareils neuro-musculaires et qui accroîtrait le degré de leur tension pendant les pauses fonctionnelles? Ce n’est là qu’une définition de la fonction du cervelet qui ne nous fait nullement entrevoir le mécanisme même de cette fonction; l'analyse des désordres consécutifs aux lésions cérébelleuses, comparée à celle des liens anatomiques du cervelet, peut seule jeter quelque lumière sur ce mécanisme : « Il faut voir l'horloge dérangée pour distinguer les contrepoids et les rouages que nous ne remar-

quons pas dans l’horloge qui va bien. » (Taine.)

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