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CHAPITRE VIII

Les conditions d'équilibre à l’état normal et après la destruction du cervelet.

Conditions d'équilibre à l’état normal,

CONDITIONS D'ÉQUILIBRE DU CORPS AU REPOS, — Le phénomène qui frappe le plus l'observateur, en présence d’un chien privé partiellement ou totalement du cervelet, c’est l'impossibilité qu’il éprouve à réaliser les conditions nécessaires au maintien de l'équilibre, dans toutes les attitudes (décubitus, station debout, marche, etc.) Il s’agit d’un trouble de statique: aussi nous semble-t-il utile, avant de chercher à expliquer les troubles de la statique consécutifs à une lésion cérébelleuse, d'étudier les conditions de son maintien à l’état nor- Mal: +.

Les conditions d'équilibre d’un corps pesant sur un plan horizontal sur lequel il s’appuie par plusieurs point sont que « le corps étant soumis à l’action de son poids appliqué à son centre de gravité, cette force, pour ne pas produire d'effet, doit être détruite par une force résultant de la réaction des divers points d'appui: chacun de ces points donne naissance à une force de réaction qui par raison de symétrie est normale au plan et dont la valeur indéterminée d’abord se modifie de manière à faire équilibre à l’action si possible : la résultante doit être égale au poids du corps et ces forces

doivent être opposées ; le point d'application est intérieur au polygone formé en joignant par des droites les points d’appui les plus extérieurs, c’est la base de sustentation; mais il peut être un point quelconque qui ne soit pas extérieur au polygone. Il suffira donc pour l'équilibre que la direction du poids du corps, c’est-à-dire la verticale du centre de gravité, tombe à l’intérieur de la base de sustentation. »

Ces lois de la statique sont les mêmes pour un système articulé;

elles sont néanmoins plus complexes, car pour déterminer exactement le centre de gravité « il faut déterminer séparément les conditions d'équilibre de chacune des parties invariables qui contribuent à constituer le système articulé, en tenant compte pour chacune d'elles tant des forces qui sont directement appliquées, y compris le poids, que des réactions qu’elle reçoit des parties avec lesquelles elle est directement articulée ». ;

Si on applique ces lois à la statique du chien ou d’un quadrupède quelconque en station sur les quatre pattes, la ligne de gravité doit tomber à l’intérieur du quadrilatère formé par la réunion des quatre pattes : les forces de réaction qui luttent contre l'action du poids du corps sont représentées dans les quatre membres par les articulations | et par les contractions des groupes musculaires périarticulaires et la résultante doit être appliquée aussi à l’intérieur du quadrilatère. Ces forces doivent être symétriques, c’est-à-dire que les forces développées par les membres d’un côté doivent être égales à celles développées par les membres du côté opposé, les forces développées par les membres postérieurs égales à celles développées par les membres antérieurs; sinon l'équilibre serait rompu et le corps serait entraîné ou s'affaisserait du côté le plus faible. Nous avons supposé que le corps était une masse inerte reposant sur quatre points d'appui sur lesquels elle s'articule, ces quatre points d'appui se trouvant à ses extrémités : le corps peut aussi être considéré comme un coin tendant à s'introduire par l’action de son poids entre les membres antérieurs et postérieurs, d'autant plus que la force développée à l'insertion d'un membre par l'application du poids du corps en ce point n’agit pas verticalement, mais obliquement en bas et en dehors ; cette force peut être décomposée en deux autres, l’une à direction verticale, l’autre à direction horizontale véritable force abductrice : chaque membre devra donc fournir une force verticale faisant équilibre à la force verticale du poids du corps et de sens contraire, plus une force horizontale de sens contraire à la force horizontale développée par le poids du Corps ; cette dernière sera réalisée par la contraction ou un excès de tonicité des muscles adducteurs.

Mais le corps, pas plus que les membres, n'est une masse inerte, il n'est pas composé de parties homogènes, il est composé d’une série de systèmes articulés, unis les uns aux autres, susceptibles d'activité

% 3 et d'autres systèmes absolument inertes (les organes) : les premiers peuvent développer des forces capables de contrebalancer l'action du poids ; les autres ne font que la subir ; les premiers agissent dans la statique, ce sont de puissants leviers disposés autour de l'axe du corps (muscles du tronc); les membres, à leur tour, ne sont qu'une série . de leviers qui font obstacle au poids du corps, de sorte que presque tous les muscles jouent leur rôle dans l’application des lois de l’équilibration.

On peut encore envisager le corps comme composé de deux par- ties symétriques dont la situation symétrique par rapport aux axes : est due à une activité égale des muscles symétriques ; il doit en être 7 ainsi dans la station debout. Le poids des vicères tendrait à abaisser « le centre de gravité si les muscles du tronc ne luttaient contre lui ; si d'autre part ces muscles n’entraient en Jeu que d’un seul côté, … le centre de gravité se déplacerait vers le côté opposé sur lequel le - Corps s'affaisserait, à moins que la résistance offerte par les membres … de ce côté n'augmente à son tour. Il s'ensuit que le corps de l’ani- - mal peut déplacer à tout moment sa ligne de gravité, sans que l’é- É quilibre soit rompu, puisque les forces d'opposition à l'action de son poids peuvent se modifier de façon à ce que les conditions d'équilibre - soient conservées. Ce qui nous amène à rechercher les conditions d'équilibre du corps en mouvement.

… Les conditions d'équilibre de la tête envisagées isolément sont sou- ; mises aux mêmes lois, la tête est en équilibre sur l’atlas, et chez le chien, F- le centre de gravité se trouve assez en avant de l'articulation occipito- . atloïdienne, les muscles delanuque interviennent pour maintenir l'équi- } libre, mais l'effort n'est pas très considérable à cause de la faible lon- 3 gueur du bras de levier de la résistance. On peut aussi considérer l'ensemble des articulations de la tête et du cou comme ne faisant qu'un tout s’articulant à son tour avec le tronc, et dont le centre de gravité est très en avant de lui; les muscles qui s'insérent sur la région cervicale et sur la région dorsale supérieure de la colonne vertébrale deviennent ainsi les dispensateurs des conditions d'équilibre de la tête; si maintenant nous rendons à chaque articulation vertébrale - son individualité propre, on entrevoit de quelle extrême complexité # deviennent les conditions d'équilibre de la tête pour chaque posi- 4 tion ; et pourtant l'équilibre peut être maintenu dans un nombre

es

considérable de positions grâce à certaines combinaisons muscu-

laires.

CONDITIONS D'ÉQUILIBRE DU CORPS EN MOUVEMENT. — Au repos, les. forces de réaction qui luttent contre l’action du poids du corps sont, représentées en partie par les os et les articulations avec leur ligaments, en partie par la tonicité musculaire.

Pendant le mouvement, cette dernière va prédominer de beaucoup dans la réalisation des conditions d’équilibre, c’est elle qui dans toute position du corps, dans toute attitude rétablira l'équilibre.

Examinons, par exemple, le chien pendant la marche. Au départ, il lève la patte antérieure d’un côté et presque simultanément la patte postérieure du côte opposé. Par l'élévation de la patte antérieure au-. dessus du sol, le corps tend à tomber en avant et du côté de cette patte, de même que par l'élévation de la patte postérieur le corps tend à tomber en arrière et de ce côté: on pourrait supposer pour expliquer la conservation de l'équilibre, que normalement ces deux forces se font opposition et s’annulent, par suite que les conditions d'équilibre subsistent. Il n’en est rien et déjà pour cette raison que le soulèvement des deux pattes n’est pas simultané, mais successif. Par conséquent, au moment où la patte antérieure est levée, les conditions d'équilibre sont rompues et la chute en avant serait la conséquence de ce mouvement s’il ne se développait une force de réaction appliquée au même point et de sens contraire à l’action du poids du corps. Le poids du corps ne repose plus en effet que sur trois points d'appui et pour le maintien de l'équilibre, le centre de gravité doit être ramené dans l'aire du triangle formé par la réunion de ces trois points. À la force dirigée en bas et du côté de la patte levée, il faut donc que l’animal réagisse par une force dirigée en haut et du côté opposé. L'adduction de la patte lévée fera obstacle à la force abductrice : un mouvement de torsion de la tête et du tronc autour de l’axe longitudinal, exécuté par les muscles du même côté et associé à une inclinaison de la tête du côté opposé développera une force verticale de direction contraire à l'action de la pesanteur : et la ligne de gravité du corps tombe ainsi dans l'aire du triangle formé par la réunion des trois pattes qui ont conservé Le contact avec le sol.

La force verticale d'opposition consiste en une exagération de toni-

* rt

cité de muscles qui produisent ce mouvement. Les deux forces mises en

4 jeu pouréviter la chute sont donc le pointde départ de modifications im-

portantes dans la tonicité d’un nombre considérable de muscles. L'élévation de la patte postérieure modifie de nouveau l'équilibre, mais une réaction très analogue assurera néanmoins son maintien. Dans tous les actes susceptibles de troubler l'équilibre, dans lesquels la volonté intervient d'une facon permanente, comme dans ceux dans lesquels la volonté n'intervient qu'au début pour n’agir ensuite que d'une façon latente, à côté des contractions musculaires directement utilisées en vue d’un but proposé, ilse produit dans les autres muscles des modalités de tonicité telles que toutes les forces appliquées au corps ont toujours une résultante unique normale au plan sur lequel il s'appuie

-et dont la direction passe dans l'intérieur du polygone formé en joignant les points d'appui : c’est la condition d'équilibre.

Des Compensations musculaires de même nature se produisent dans la course, le saut, la préhension des aliments ; nous ne voulons pas rechercher comment se font les compensations musculaires dans tous ces actes, il nous suflit de savoir qu'elles existent et ce que nous Savons de la marche suffit pour nous les faire entrevoir.

Les mouvements isolés de la tête agissent aussi sur l'équilibre du Corps et peuvent le modifier, ils doivent donc provoquer des compensalions musculaires susceptibles de maintenir l'équilibre.

Nous devons rechercher aussi ce quise passe chez un animal qui repose sur un plan mobilisable autour de différents axes : soit un axe longitudinal et antéro-postérieur par rapport à la direction du grand axe du corps, soit un axe transversal, soit un axe vertical. Le corps est soumis, dans les oscillations du plan en mouvement, à

. des forces capables de modifier sa statique : ainsi, dans l’inclinaison

du plan se mouvant autour d'un axe horizontal et antéro-posté-

- rieur, une moitié du corps regardera en haut et l’autre ‘en bas; la

verticale du centre de gravité ne tombe plus à l'intérieur de la base de sustentation et la chute du côté le plus bas serait inévitable, s’il ne se développait une force de réaction de sens contraire au sens du déplacement. On peut prévoir que cette force présente certaines analogies avec celle qui se serait développée si la même moitié du Corps,

au lieu d’être inclinée en bas par un mouvement passif, n'avait subi

cette inclinaison par l'élévation active des pattes du même côté ; ce sont presque les mêmes muscles qui seraient intervenus et pour un but semblable, de sorte qu'une même force de réaction peut être sollicitée par une sensation ou par un mouvement volontaire.

Chez l'homme comme chez l'animal la ligne de gravité doit être maintenue dans la base de sustentation pour que l'équilibre soit conservé; on pourrait croire que les conditions d'équilibre diffèrent beaucoup

chez l'homme et chez l'animal ; bien que la station’ ne se fasse chezlui

que sur deux pieds, les conditions d'équilibre sont très analogues, et dans tout mouvement susceptible de troublerl'équilibre, ilse développe des forces de réaction ou compensations musculaires; ces mouvements de compensation sont d'autant plus marqués quela base de sustentation est plus étroite comme dans la station sur un seul pied. Pendant la marche les mouvements decompensationsontsurtout des mouvements du tronc etdes mouvements des membres supérieurs. Les mouvements du tronc sontdesmouvementsd'oscillation,d'inclinaison, de rotation et detorsion (Beaunis).« À chaque pas le tronc s'incline alternativement du côté du membre à l’appui et cette inclinaisonlatérale arrive à son maximumau moment où l'oscillation verticale du tronc atteint son maximum du même côté. Quandles bras sont fixés au tronc, l'undes côtés du bassin et l'épaule correspondante sont animés de mouvements de rotation dans le même sens... Quand les bras sont libres, l'un des côtés du bas- ‘sin et l’épaule correspondante sontanimés de mouvements de rotation en sens contraire ; les bras oscillent en sens inverse des jambes, ce sont les mouvements de torsion du tronc. Dans ce cas l'allure de l'homme rappelle lamarchedes quadrupèdes... Les mouvements des membres supérieurs consistent en des oscillations qui se fonten sens inverse des oscillations des jambes (Beaunis).» Marey et Demeny (cités par Beaunis) ont fait remarquer aussi que le mouvement de l'axe des épaules se fait aussi en sens inverse de celui de l’axe du bassin:

«Le maximum de torsion èxiste en même temps que la torsion inverse

de la ligne des hanches. » Il se produit aussi un mouvement de torsion

du tronc suivant l'axe horizontal; « la ligne des hanches s'abaisse du -

Ag Q . 4 Aa côté de la hanche suspendue, tandis que la ligne des épaules s’élève du même côté». C’est là une série de mouvements qui ne s'adaptent pas directement au but, mais sont nécessaires pour que le mouvement

MO rege.s

voulu soit exécuté sans rompre l'équilibre. Ils se produisent en quel- - que sorte à notre insu, sans que nous en ayons conscience.

Modifications des conditions d'équilibre chez l'animal privé de : cervelet..

4 De l’étude de la symptomatologie des lésions du cervelet, se dégage ce fait que les attitudes êt les mouvements sont devenus impos: sibles, non pas qu'il y ait paralysie, mais parce que l'équilibre n’est plus stable. Lorsqu'une moitié du cervelet a été détruite, quelle que soit l'attitude que l'animal veuille prendre, quel que soit le mouve- = ment qu'il veuille exécuter, il est entraîné du côté de sa lésion et. - tombe sur ce côté. Les premiers jours après l'opération, il est animé de mouvements de rotation autour de l'axe longitudinal du côté sain vers le côté opéré. Au repos, il reste coùché sur le côté de sa lésion, et dans le décubitus abdominal, la tête fortement déviée dans le même sens. Plus tard, lorsqu'il fait les premières tentatives de marche, il est mû malgré lui par un mouvement de translation dans le sens du côté opéré, et s’il tombe, la chute a lieu du même côté. II semble donc que la rotation autour de l’axe longitudinal du côté sain vers le côté opéré, le décubitus sur le côté de la lésion, la chute et le mouvement de translation dans le même sens, ne sont que le même phénomène à des degrés différents. Si le mouvement de rotation était dû à l'irritation des fibres cérébelleuses efférentes section-

pe

nées, il devrait avoir une direction différente des mouvements consécutifs à la suppression de ces fibres et se faire du côté opéré vers le coté sain.

Nous avons vu précédemment, dans l'étude de la marche, que l'élévation d’une patte antérieure au-dessus du sol, pour ne pas troubler l'équilibre, doit provoquer une force de réaction qui consisteen un mou-

.vement de torsion du troncet du cou autour de l'axe longitudinal exécuté par les muscles du même côté et associé à une inclinaison de la tête du côté opposé. Cette force de réaction est bilatérale et on peut ad-

‘mettre qu’au repos, les deux forces se faisant équilibre, elles restent

sans action. Supposons que l’une vienne à disparaître brusquement, l’autre continuera à agir seule, elle déterminera un mouvement de

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