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reproduire ici. Sur le cervelet des oiseaux (pigeons) l'irritation du cervelet ne détermine pas de mouvements des globes oculaires ; la tête est déviée du côté de l'excitation avec quelques mouvements de l'aile et dela patte. Sur le poisson, l’irritation d’un côté fait saillir l'œil de ce côté et détermine l'incurvation de la queue du même côté, les nageoires s’étalent: l'irritation du milieu du cervelet fait saillir les deux yeux en avant, la queue s’incurve en haut vers la tête et les nageoires s'étalent.
D'après Ferrier, ces expériences sont en accord parfait avec les symptômes observés au cours de maladies ou lésions du cervelet : nystagmus, déviations oculaires persistantes, troubles de l'équilibre; il compare ces phénomènes avec ceux qui ont été décrits par Purkinje et Hitzig consécutivement au passage d’un courant galvanique à travers le crâne dans la région cérébelleuse, et les explique les uns par les autres. Purkinje et Hitzig ontremarqué en effetque si on fait passer un courant galvanique d'intensité moyenne au travers de la tête, les électrodes étant placées dans les fosses mastoïdes derrière les oreilles, l'individu ainsi électrisé éprouve une sensation de vertigetelle que les objets situés devant lui semblent se mouvoir, de droite à gauche si l'anode ou pôle positif est placé dans la fosse mastoïde droite, et de gauche à droite s’il est placé dans la fosse mastoïde gauche, et la tête et le corps s’affaissent du côté de l’anode. Hitzig a montré de plus que, au moment où la tête se porte vers l'anode, les globes oculaires se meuvent dans le même sens et souvent oscillent.
La modification de la conscience qui accompagne le phénomène n’est qu'un fait accessoire coïncidant avec l'intervention du eervelet, sans en être un facteur. Si d'autre part, nous tournons pendant un certain temps autour de l’axe et dans le même sens, de droite à gauche par exemple, les objets extérieurs semblent se déplacer dans le sens contraire. Au moment où nous nous arrêtons ce mouvement de rotation des objets extérieurs semble continuer, d’où sensation d'instabilité et d’étourdissement ; or « l’acte compensateur nécessaire pour que l’équilibresoit maintenu consiste, dans le cas de rotation à gauche, dans l’inclinaison de la tête et du corps à droite, accompagnée de déviation des yeux à droite pour ne pas perdre de vue les objets et les empêcher de sortir du champ de la vision ». Au moment de l'arrêt, il suffit de diriger l'œil à droite pour empêcher le mouvement
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apparent des objets extérieurs qui continue après l’arrêt de la rotation. Ferrier en conclut que le côté droit du cervelet coordonnerait le mécanisme musculaire qui empêche le déplacement de l'équilibre sur le côté opposé; de même que le mouvement en arrière de la tête, l'extension du tronc et des membres et l'élévation des yeux, déterminés par l’irritation de la partie antérieure du lobe médian, sont les efforts compensateurs pour contrebalancer la rotation en avant, etc. Le cervelet semblerait donc être l'arrangement complexe de centres individuellement différenciés, qui, en agissant, ensemble règlent les diverses adaptations musculairesnécessaires au maintien de l'équilibre du corps. C'est pourquoi le développement du cervelet serait proportionnel à la variété et à la complexité de l’activité musculaire, c'est pourquoi il y à opposition absolue entre l’irritation et la destruction d’une partie quelconque du cervelet, Les lésions du cervelet ne causent pas de paralysie du mouvement volontaire ; si la fatigue survient vite chez les animaux sur lesquels on a pratiqué une lésion cérébelleuse, c'est par les efforts qu'ils sont obligés de faire pour remplacer un mécanisme indépendant de la conscience, et non pas parce que le cervelet serait une source d'énergie, cemme l’avait imaginé Weir- Mitchell.
Ferrier insiste en outre sur l’analogie qui existe entre les effets des lésions des canaux semi-circulaires et celles du cervelet ; les canaux semi-circulaires sont en relation avec la protubérance par le nerf acoustique, lequel est en rapport avec le cervelet ; or les premiers ont une importance très grande dans le mécanisme de l'équilibre, le cervelet doit donc intervenir aussi dans ce même mécanisme. Cette dernière idée a été soutenue de nouveau par Stefani (1) : cet auteur pense que le cervelet utilise les impressions qui lui sont fournies par les terminaisons du nerf de la huitième paire pour régler l'attitude de la tête dans l’espace ; mais ses expériences sont peu convaincantes, puisqu'à l’autopsie des animaux qu’il avait opérés il a trouvé, outre la lésion cérébelleuse, des lésions des canaux semi-circulaires. Du reste, il a modifié plus tard cette conception pour se ranger à l'opinion de Lussana. Dupuy (2) a pu obtenir aussi des réactions parfaitement
(1) STEFANI. Contribuzione alla fisiologia del cervelletto. Ferrare, 1877. (2) Duruy. 1° Sensibilité du cervelet à la douleur. Sve. de biologie, 1885. 20 Recherches sur la physiologie du cervelet. Soc. de biologie, 1887. j
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. localisées dans les yeux et la plupart des groupes musculaires, en excitant différents points du cervelet. L'irritation même très lègère fait pousser des cris de douleur à l'animal en expérience, pareils à ceux que l'on voit survenir lorsqu'on excite la dure-mère crânienne : ces irritations, qu'elles soient mécaniques ou électriques, ont donné les mêmes résuliats chez le singe, le chien, le cobaye, le lapin.
Le travail de Luciani (1) (1891) a jeté un nouveau jour sur les fonctions du cervelet, Quel que puisse être le sort de la théorie de ce physiologiste, il faut reconnaître que son œuvre a rendu de grands services : il a suivi une technique méthodique et pratique qui lui a permis d'obtenir de longues survies chez le chien et le singe; il a pu ainsi observer et rapporter fidèlement l’évolution des phénomènes consécutifs à l'extirpation totale ou partielle du cervelet. Toute cette partie de son œuvre présente le plus grand intérêt, de même que la critique des expériences physiologiques entreprises avant lui sur cet organe.
Le cervelet est, d’après Luciani, un organe central fonctionnellement homogène et non pas un agrégat d'organes, à chacun desquels reviendrait une fonction distincte. Contrairement au cerveau dont les rapports avec le reste du système nerveux sont des rapports croisés, les rapports anatomiques et physiologiques du cervelet avec les autres parties du système nerveux sont des rapports directs.
Les destructions expérimentales du cervelet, partielles ou totales, déterminent deux espèces de phénomènes, des phénomènes dus à l'irritation, immédiats, et des phénomènes dus à l’imperfection ou manque d’innervation cérébelleuse.
Phénomènes irritatifs. — Ils sont d'autant plus intenses et plus diffus que la lésion est plus profonde et se rapproche davantage des pédoncules cérébelleux. Si la lésion est bilatérale et symétrique, les phénomènes irritatifs se présentent également diffus dans les muscles des deux côtés ; dans les mutilations bilatérales asymétriques et dans
(1) LUCIANI. 1° ZLinee generali della fisiologia del cervelletto, Firenze, 1884. — 20 77 cervelletto. Nuovi studi di fisiologia normale el patologica, Firenze, 1891.— 3° 7 Recent studi sulla fisiologia del cervelletto secondo il prof David Ferrier, Jrettificazioni e repliche. Reggio Emilia, 1895.
l’altération unilatérale ils prédominent dans les muscles du côté exclusivement ou principalement blessé. Ces phénomènes dépendent de l'irritation des fibres efférentes qui composent les faisceaux pédonculaires; ce qui le démontre,c'est que chez un animal qui a subi depuis quelque temps l’extirpation du lobe médian du cervelet et chez lequel beaucoup defibres des pédoncules ont subiune dégénérescence et perdu par conséquent leur excitabilité, si on enlève alors l'hémisphère du cervelet, les phénomènes sont beaucoup plus légers et fugaces que si on avait fait la même opération d’une seule fois sur un autre animal.
Cette irritation des fibres efférentes se traduit de deux façons différentes, suivant qu'il s’agit d'une destruction unilatérale, ou d’une destruction totale,
à) Desrrucrion uniLaTÉRALE. — Les phénomènes sont les suivants: agitation, inquiétude, fréquents cris de l'animal : pleurothotonos ou incurvation de l'axe vertébral vers le côté opposé, associé à l’extension tonique du membre antérieur du même côté, et aux mouvements cloniques des trois autres membres : contorsion en spirale de l'axe vertébral et principalement de la région cervicale vers le côté sain, associée au strabisme et au nystagmus unilatéral et quelquefois bilatéral (déviation en dedans et en bas de l'œil du côté opéré, et en dehors et en haut de l'œil du côté opposé). Tendance à la rotation autour de l'axe longitudinal, suivant la direction de la torsion et du strabisme, c’est-à-dire du côté opéré vers le côté sain. Ces mouvements continuels et permanents pendant les deux premiers jours, s'exagèrent ou ne se produisent les jours suivants que quand on approche l'animal, ou quand on l’excite, ou bien encore quand il cherche à marcher ; dans les intervalles le calme est parfait.
b) Desrrucrion roraLe. — Agitation très grande, cris et inquiétude de l'animal. Incurvation en arrière de l'axe vertébral, spécialement de la région cervicale, en forme d’opisthotonos ; extension tonique des deux membres antérieurs avec mouvements cloniques des membres postérieurs et convergence bilatérale des deux globes oculaires, Tendance à reculer et à tomber en arrière. D'abord continus, ces symptômes ne surviennent ensuite que par intermittences, quand on excite l’animal ou quand il veut accomplir un acte volontaire.
Les phénomènes irritatifs disparaissent graduellement : le premier qui disparaît est la tendance à la rotation autour de l’axe longitudinal, puis l'extension tonique des membres antérieurs s’atténue peu à peu:
alors on ne constate plus que des convulsions eloniques et des oscillations : l'animal fait des essais de marche, mais les fortes oscillations rendent ces tentatives inefficaces ; enfin, peu à peu, il fait des progrès dans la station debout et dans la marche; si à cette période de son amélioration, on le suspend par la peau du dos, il se produit encore une incurvation de la colonne vertébrale et c’estle phénomène irritatif qui persiste le plus longtemps. La faculté de déglutir qui était abolie les premiers jours est réacquise très promptement ; l'animal réussit à flotter et à nager avant de pouvoir marcher ; mais là encore il perd l'équilibre et tourne autour de l’axe s’il s’agit d’une destruction unilatérale, et se rejette en arrière s’il s’agit d’une extirpation totale.
Ces phénomènes sont ceux qu'on observe chez le chien. Chez le singe, ils sont très analogues; pourtant, au lieu de l'extension des membres antérieurs, c’est la flexion qu’on chserve : ils sont aussi de plus courte durée.
Le mouvement de rotation autour de l'axe est le résultat d’un brusque défaut d'équilibre dans l’activité fonctionnelle des centres encéphaliques des deux cotés; la cause en est dans un trouble sensoriel et une impression vertigineuse.
Comme l’a démontré Schiff, le roulement chez le lapin se produit dans deux sens : 1° du côté opéré vers le côté sain; 2° du côté sain vers le côté opéré. Le premier est un roulement d’irritation, le second un roulement paralytique. Luciani admet cette distinction, mais, contrairement à Schiff, il ne pense pas que le cervelet régisse les mouvements volontaires de la colonne vertébrale; le roulement irritatif du côté opéré vers le côté sain, déterminé par l’irritation d'un faisceau pédonculaire, se fait dans ce sens, parce qu'il y .a exagération unilatérale de l’influx nerveux transmis au pédoncule irrité : le roulement paralytique s’accompliten sens inverse, parce que l’influx cérébelleux manque brusquement à une moitié des centres en rapport avec le pédoncule sectionné. Pourtant chez le chien, Luciani n’a observé que le roulement irritatif et jamais le paralytique, tandis que chez le lapin, on observe les deux. Luciani pense que le sens musculaire leur sert à éviter le deuxième roulement : en effet, après avoir détruit une partie de la sphère sensitivo-motrice et avoir ainsi supprimé le sens musculaire et l'impulsion motrice, on constate que le chien, à toute tendance de locomotion, roule autour de l’axe longitudinal du
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côté lésé. 11 n’y a pas queles muscles de la colonne vertébrale qui interviennent dans les mouvements de rotation; Luciani pense que Les membres jouent un rôle important dans la production du phénomène; si, en effet, on lie les quatre membres ou les membres postérieurs, il n’y a plus de mouvement de rotation : sans contredire les expériences de Schiff sur le lapin, il pense que les muscles des membres interviennent peu chez le lapin pour déterminer le phénomène du roulement, tandis que chez le chien ils sont l'agent principal de ce même
phénomène.
Phénomènes dépendant de l’imperfection ou du manque d'’innervation cérébelleuse. — Tandis que les phénomènes irritatifs
sont plus marqués aux membres antérieurs, les phénomènes dus au défaut d'innervation cérébelleuse le sont davantage aux membres postérieurs. Ils sont localisés dans la sphère des actes volontaires et ne serapportent nullement aux sens, aux instincts ou à l'intelligence. Luciani distingue deux ordres de phénomènes à cette période : 1° les phénomèênes de suppression; 2° les phénomènes de compensation. La suppression se caractérise essentiellement par l’imparfaite énergie que l'animal déploie dans les actes volontaires, dans lé défaut de tonicité des muscles, et dans le mode anormal de leurs contractions. Les actes compensateurs consistent dans la forme insolite des mouvements volontaires, dans les anomalies de la mesure et de la direction. Ces phénomènes constituent l’ataxie cérébelleuse : il en existe deux variétés suivant que la lésion a été totale ou qu'elle n’a intéressé qu'un hémisphère.
a) Desrrucrion unitarTéraLE. — La faiblesse est telle dans les muscles du côté opéré que l'animal peut être pris pour un hémiplégique; il se traîne en rampant sur la fesse du côté opéré, faisant des efforts avec les membres du côté sain. Cet état peut durer plusieurs semaines : en s'accotant contre un mur, il peut se mouvoir régulièrement, mais il fléchit sous son propre poids. L'animal peut pourtant nager, mais le flanc du côté opéré plonge toujours plus que celui du côté sain. Les mêmes phénomènes s’observent pendant un mois et même plus, durant lequel l'animal fait des tentatives pour se dresser où marcher. Ces tentatives sont la manifestation des actes compensatcurs, capables de corriger et de réparer les effets de la suppression du cervelet, L'animal élargit sa base de sustentation en écartant les