‹ Le chambard socialisteChapitre 128 sur 412 · ON DANSE CHEZ CARNOT · texte numérisé non relu

ON DANSE CHEZ CARNOT

Foin de la 'misère et'des miséreux!

Laissons les chanter leur complainte usée. Le peuple français doit se croire heureux : Ce soir, il y a bal à l'Elysée.

Honnête société, Honnêtes gens

Raynal qui, par ces temps troublés, incarne toutes les vertus sociales, no veut plus qu’on plenre sur les déshérités. Il appelle sensiblerie ce qui n’est qu’un accès de commisération. Défense d'avoir du cœur, la bourse soûle est admise, pourvu qu’on sache ' la remplir.

Ainsi, je ne suis pas sûr de ne point m’attirer les colères du gouvernement en rappelant la mort de ces deux pauvres vieux, qui se sont suicidés dans leur mansarde, 17, rue du Banquier. Ils s'appelaient Forestier ; le mari avait soixante-douze ans, la femme

Jusqu’au bout, ils luttèrent. Mais polit à petit la force les abandonna, ils ne trouvèrent plus de travail, et l’honnnête société ou Raynal et Bouvier se vautront sur des millions, leur offrit pour unique remède le suicide.

Ils écrivirent à la concierge une lettre qui la prévenait de leur ’ mort. La voici :

Quand vous recevrez cette lettre, disaiont-ils, nous serons morts. Nous en avons assez de traîner ainsi notrè pitoyable vio de misère. Depuis le temps que nous sommes sans travail, ma pauvre vieille femme et moi, nous avons trop souffert de toutes ces privations, de toutes cos humiliations : ce n’est pas avec les trois francs par semaine que nous donne l’Assistance pnblique que nons pouvons vivre. Notre seul regret, on quittant la vie, est de ne pouvoir nons acquitter de nos dettes, notamment des -10 fr. que nons dovons à notre propriétaire. Que le pou de meubles que nous possédons soient vendus et dédommagent autant que possible ceux qui ont -bien voulu nous obliger.

Quand le concierge, accompagnant le commissaire do polioe pénétra chez eux, ils avaient cessé de vivre et de souffrir.

Le même jour on arrêtait le baron de Soubeyrau et sou associé Clerc, ami de Rouvier, de Burdonu, de tous les estimables membres de l’honnête majorité.

Mou valet do chambre le soigne en prison comme chez lui et les journaux publient avec pompe le' menu des repas que lui sert un restaurateur du voisinage :

Petite marmite Filet de sole à la Joinville Côte de bœuf sauce Périguoux Salade russe Dessert

Bouteille de Bordeaux.^ — Eau de Saint-Galmier.

Grande fine ehampague

Ainsi après soixante ans de labeur ininterrompu un travailleur reçoit de la société TROIS FRANCS par semaine, sous la forme humiliante d’aumône. Si ça ne lui suffit il ne lui reste plus qu’à se suicider comme les époux Forestier.

Pendant ce temps le baron de Soubeyran, les do Lesseps, les Eiffel volent des millions. Quand on les arrête ils se voient traités comme des seigneurs. Quand ou ne les arrête pas, ce qui arrive le plus souvent, ils traitent les doctrines socialistes de théories du vol et ils livrent aux geôliers tous ceux qui osent dire que cette société est faite d’injustice, d’égoïsme et d’inhumanité. Raynal le dit à la tribune de la Chambre ; Reinach l’écrit dans le Malin.

De Soubeyran va être remis en liberté... Dame! los autres y

Queues de morues

On ne s’ennuie pas à l’Elysée. Dans le courant do cotte semaine M. et M™ Carnot ont- offert quatre festins plus succulents los Uns que les autres. Celui où le président traitait les membres de la Conférence internationale (!!!) sanitaire était particulièrement réussi. 11 n’y manquait que Casimir qui s’était fait excuser sous prétexte de deuil de famille, en réalité par simple jalousie, à moins qu’il n’ait voulu protester ainsi contre les opinions interualistes de son rival. Casimir u’aime pas les sans-patrie.

Quelques jours après, jeudi dernier, il y avait grand bal chez le sévère fournisseur do Debleic. Entre deux exécutions notro prési-

dent aime à faire danser ses amis. Ou a ri comme des fous, ce qni est le privilège des consciences tranquilles.

Il n’y a pas à dire : mon bel ami ! Carnot se conduit comme un

Après la banqueroute de Soubeyran, voici qu’un honnête banquier de Marseille a pris la fuite, laissant à ses malheureux actionnaires une pièce do cinq francs fausse pour tout potage. O’est maigre, mais nous sommes en carême.

Raynal qni est la délicatesse même — voir l’artible Conventions — n’a rien trouvé de mieux pour ameuter la Chambre contre la Bourse dn Travail que de lire un article où les rédacteurs du Bulletin traitaient Dupny d’ « auvergnat en rupture de poêle à

Dupny faisait un nez ! C’est égal, ce Raynal n’a point son pareil pour lancer le pavé de l’ours.

Les préfets ont reçu l’ordre de paraître dans toutes les cérémonies revêtus de' leur unilorme. Je n’ai jamais entendu dire en effet que les larbins quittaient leur livrée pendant le service.

Grande fête de bienfaisance samedi, dimanche et lundi à la place Beauveau. Il s’agissait de ramasser l’argent nécessaire à la fondation d’une pouponnière. Les dames vendaient des autographes, les artistes chantaient ; Raynal distribuait des poignées do... mains.

Ça n’est déjà point si mal pour un juif de son espèce.

Un député clérical de Hongrie a volé l’argent que scs électeurs lui avaient oonlié. C’était pour mieux faire son salut qu’il a trouvé dans la fuite.

Le Gaulois, organe des gens du monde, recommande à ses lecteurs certaines précautions lorsqu’ils mangent des truffes :

« Bien que l’usage ne soit plus de mordre à même dans les « truffes et qu'ou les découpe en quartiers dans son assiette, il peut « rester dans un quartier quelque corps dur, sur lequel les dents « viennent se heurter douloureusement ou môme se briser, suivant « la vivacité de l’appétit et l’entrain des mâchoires ».

Los cochons n’y regardent pas de si prés.

(Scotiomie Politique

D'après Leroy-Beaulieu, Léon Say-et autres Yves Gttyol

L’ouvrier, pris par la misère,

Devant certainement souffrir.

De bon cœur, on tâche de faire Tout ce qu'il faut pour le guérir.

Mais — dit l'Economiste sage —

C’est à lui plutôt de changer ;

Cette misère est son ouvrage,

• L’ouvrier n’ sait pas s’arranger.

Nous laissons de côté les plaintes De celui qui * ne trouve rien »

C’est très gentil dans les complaintes, Autrement on ne voit pas bien.

Que, dans Paris, il soit possible De ne pas trouver à manger.

C'est vraiment bien inadmissible :

L’ouvrier n’ sait pas s’arranger.

Il est vrai qu’il est difficile,

Qu’il ne prend pas tous les travaux,

Fait son prix, se montre indocile, Regimbe aux procédés nouveaux.

Ceux qui travaillent, autre scène,

Ils commencent par exiger,

Des vingt-quatre francs par semaine!

L'ouvrier n’ sait pas s'arranger.

Qui lui demande tant de frais?

Le café, les plaisirs, les fêtes, .

On n’a pas à l'envisager.

Ces choses pour d’autres sont faites...

L'ouvrier n’sait pas s'arranger.

Pour nous, ce serait une somme Insuffisante, à beaucoup près;

Mais pour lui, qu'a-t’-il donc en somme,

(Manuscrit découvert en 1899 , dans tes archives du Palais tle l’Elysée 1

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