‹ Le chambard socialisteChapitre 308 sur 412 · MERLANS A FRIRE · texte numérisé non relu

MERLANS A FRIRE

Coite majestueuse brute do Lozé à qui ses antécédents d’assommeur et sa crasseuse incapacité ont valu d'ôtro demandé par l'empereur d'Autriche comme ambassadeur, a ouvert ses portos au gratin aristocratique de Vienne.

11 n'y a que demi mal s’il n’a ouvert quo ça. Mais, s'il a ouvert la boueliû, les invités ont dû entendre de solides bourdes.

Parmi ces illustrations de la marée impériale, reluisaient d'un éclat particulièrement brillant: le prince et la princosso do Hohenloho, ceux qui nous valurent la guerre de 1870 ; une friture d'archiducs et d’arcliidusèclios ; un tas d'individus décorés do bastringues, d’honneur quelconque et do noms à coucher avec les ours.

U parait, d'après le Temps que Lozé tient la maison à lu perfection. Dam ! étant préfet «le police, il a pu prendre des leçons.

• Grande fêle, l'autre jour, chez le rastaquouére Guzman Blanco, ancien président do la République du Vonézuéla, un millionnaire qui a pratiqué, lui aussi, l’art des convention* dans son pays.

C'est celui-là qui maria sa fille an fils du duc do Morny, jeune greluclion, quo 1 atavisme ot dos dispositions particulières destinaient à manger du Blanco.

Le Ms du roi do Suède, un Oscar quelconque, vient de fonder une Société de tempérance à l’usage des ofllciers. Pour donner L'exemple,

A la place «les Suédois, je lui on ferais boire plus que son saoul.

Pues île Thomas Yirelopa

vu

— Bonjour, père Vireloque.

— Bonjour, Toto. Eh bien, qu’est-ce qu’il y a? Tu as la gueule à l’envers... tu as perdu ton chien?...

— Ne riez pas, père Vireloque, je suis eu rogne...

— Pas. possible. Et qu'est-ce qui te met dans cet état-là?...

— Vrai j je no vous comprends pas ! Vous êtes pourtant uu hommti juste... ot vous n’avez pas l'air furieux...

— Et da quoi donc, mon brave Toto !...

— Je vais vous dire ! Tenez, e’ost à en devenir eni'agé!... Est-co qu’ils lie disent pas qu’on va renoncer à extraire... non, à extrader Gorîîélius Hefz, ce sale Prussien, oe voleur, ce pa narnistel... un homme 'qui a volé des millions!... et qui, à Londres, se chauffe tranquillement les fesses, pendant que les pauvres gens qui ont mis leurs économies dans le Panama son t obligés de se serrertlc vei) tro, . . nonri de nom ! C’est dégoûtanll Mais il n’yva^loncÿplus de gouvernement!...

Vireloque le rognçile avec sou ricanement des grands jours.

— T’as fini! dutfLaude-t-il.

— Vous dites...’ ■

— Tu as du Panama, toi !

— Mol, vous voulez rire !...

— Des millions du Cornélius, est-ce qu’il te reviendra un

— Malheureusement nonl

— Alors, qu’est-ce que ça te fout qu’on l’extrade ou non?.,.

— Hein? mais enfin... il a volé... c’est uu gueux, uu bandit...

Vireloque hausse les épaules.

— Alors, comme ça, tu crois qu’il n’y a que lui !...

— Je no dis pas ça... mais vraiment, vous avez l’air de me rabrouer!...

— Eh bien, oui. bougre uo coueuuo «[lie tu os! clame Vireloqua. Misère ot corde, il y a des jours où tu es plus bète que les plus bêtes...

— Tu croyais que tu notais qu’un ilàbéoile... tu es un idiot ! Le Panama', les millions des Cornélius, des Lesseps !... ça t’intéresse! tu veux de la justice!... qu’on les fasse cracher au bassinet... Eh bien ! après! est-ce que tu en seras plus riche ! est-ce que ça fera quo la livre de pain te coûtera un centime de moins!...

— Je ue dis pas...

— Ne dis rien, ça vaudra mieux. Aussi bien, il faut que je vous arrache à tous, de votre sacrée coloquinte d’abrutis, lés indignations à côté... Cornélius n volé, bien... c’est entendu! mais qu’a-t-il volé, des voleurs, et voilà tout... les obligataires du Panama! Est-ce que j'ai des obligations, moi ! est-ce que tu en asJ est-ce que tous les misérables qui turbinent et crèvent pour la pitance quotienne, est-ce qu’ils souscrivent aux millions!'est-ce qu’ils ont du papier à images dans leurs tiroirs?... est-ce qu’ils placent des économies, ces meurt-de-faim qui n’ont pas dans leur poche les deux sous pour acheter uu trognon de

« Panama! Pauama! mais tu ne comprends pas, andouille! qu’on ne crie si fort après ceux-ci que pour faire oublier ceuxlà !... Ali oui, j’ai lu moi aussi la discussion de la Chambre suite gredin de Cornélius... Belles phrases! l’honneur, la probité, la conscience publique ! qu’est-ce qui gueule ça? des gens qui ont bien déjeuné le matin et qui sont sûrs de bien dîner le soir... et vous, les ventre-creux, vous gobez ça comme pilule et vous faites chorus 1...

— Les Panamas, toutes les actions, toutes les obligations du diable, sais-tu ce que c’est, petit? C’est de l’extrait de viande humaine, ça représente les douleurs, les larmes, les cris des millions et millions de prolos qui se crèvent pour donner des intérêts et des dividendes à ceux qui ne foutent rien... Tu trou-

ves, pas Vl'ai, que les actions des chemins de fer, par exemple, c’est des atfaires propres. Eh bien, écoute ça. Des bonshommes ont donné au début cinq cents franCB — déjà volés — pour avoir de ces papiers là. Aujourd'hui, ça rapporte (les cinquante, des quatre-vingts francs par an, du dix, du quinze, du vingt pour cent. Tu me diras qu’à la Bourse — encore une jolie caverne! — case vend des mille et quinze cents francs, et que là dessus ça ne fait plus que des intérêts à 6, à à ou même à 3. Qu’est-ce que ça nous lait? C’est entre joueurs, et nous n'en sommes pas à nous intéresser aux tripoteurs. Des bénéfices formidables réalisés sur la première mise, crois-tu qu’on ait pensé à ficher une part aux travailleurs, à ceux qui ont donné leurs bras, leur sang et leur vie... Je t’en fous ! ils n’en onl. pas vu un rotin, et aujourd’hui comme autrefois on leur jette à peine de quoi manger...

« Si tou sacré Panama avait réussi, les actionnaires ficheraient dans leur poche de gros intérêts... et toi, qui irais là-bas trimer et crever, qu’est-ce que tu verrais de ces bénéfices-là...

« Alors, laisse-moi tranquille avec tes émotions — avec ton Cornélius, qui ne vaut ni plus ni moins que tous les autres, mais après qui on gueule pour faire croire aux niais de ta trempe qu’on est plus honnête que lui...

« Misère et corde! Mauvaises affaires, escroqueries. — Cornues affaires, filouteries ! Vert jus, jus vert!... L'honnêteté financière, c’est de la fiente avec de l’eau de Cologne dessus. La malhonnêteté financière, c’est de la merde qui au moins sent son fruit... J’aime encore mieux celle-là, parce qu’au moins elle est franche. . .

« Et là dessus, Toto, ne te fais pas de bile pour les Cornélius et les Panamistes... Va turbiner... et la journée finie, tu me diras un peu ce qui te restera aux doigts pour acheter de bonnes valeurs... »

Jules Lermina .

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