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Duchéne. Au-dessous, un « Vive la Commune, foutre. » i.estm
condamnation à mort. Qui me délivrera de cette montre!
Comme je l’arracherais avec joie de mon gousset ! Comme je 1 écraserais sous mes pieds I Comme jela pilerais en mille morceaux!
Mais, je suis pris entre mes deux gendarmes, prisonnier, réduit à l'immobilité. Allez donc moltre la main à la poche, tirer cette montre Etoiila jeter? On la ramasserait. On lirait l'homicide inscription. Ce serait avancer ma condamnation de quelques heures...
Et cependant, j'étire lentement mon bras, jo le glisse jusqu'à ma poche, je saisis la montre, que je serre dans ma main, jo passe le bras derrière le dos, je l'allonge jusqu à la banquette, et, avec un battement de cœur, lagorge serrée, j'ouvrcla uiain.etla montre s échappé... Elle est tombée... Moi seul ai entendu un petit bruit sec... Personne n’a sourcillé autour do moi... Oh t la brave, l'excellente montre que io maudissais tout à l’heure t Elle nom’on a pas voulu d avoir entame brutalement sa coquille dorée... Il est vraiment dos circonstances où l'on reconnaît l’âme des choses.
Je suis presque joyeux de cette délivrance. Je n'ai plus rien dans mes pochos. Ahl maintenant, il peut venir, le grand prévôt ! Je lui dirai que je suis M. Lauglois. un brave jeune homme d etudiant en médecine, qui n'a mis un brassard à la croix rouge do Genève que pour marcher plus tranquillement dans la rue, et qui n ost pas, mais pas du tout, communard...
Je me suis demandé souvent, ot je me demande encore, en contant cette épisode de mon passage à la cour martiale, qui peut bien avoir trouvé ma montre. Qu'il me la rapporte, celui-là. s îll a encore. Je lui promets une honnête récompense.
Ma victoire devait vite avoir son revers.
J’avais à peine reconquis un instant de repos et de confiance, que je fus rappelé au sentiment do la réalité par l'entrée d’un groupe, soldats, policiers, prisonniers, qui fit bruyamment irruption dans la salle. , .
Je comptai une demi-douzaine de prisonniers, que l'on venait très probablement de râfier dans une perquisition. Je les vois encore devant moi. L’un, un grand diable, avait un pantalon de garde national. Il était en bras de chemise. Sa figure, creusée de fatigue, me disait qu’il s’élait batt i, qu'il était rentré an logis et, là, qu’il avait été pris, dénoncé probablement par un voisin. Deux jounes gens, comme nous. Deux femmes, l’une d’elles avec un enfant dans les bras...
Ils allèrent se ranger en face.
Les deux hommes de police jetèrent à terre un énorme paquet, qu ils se mirent en devoir d'ouvrir. J'en vis s’échapper dos livres. Je retrouve dans mes notes, transcrites dès que j’eus mis le pied sur la terre hospitalière, le nom d’un de cos livres, qui roula près de moi : Le Socialisme, par Ta. BeSxard, rédacteur du Siècle.
Et l’un des agents l’avait ramassé, ce livre. Et il jetait des regards
furibonds sur les deux jeunes gens chez lesquels le livre i ‘
saisi. Un livre bien iuoffensif, mais dont le I
peut-être jusqu'à la fusillade ces deux infortunés.
— Le socialisme ! répétait l'homme. Lo socialisme ! Yoilà ce qu ils lisent, monsieur le lieutenant.
Un lieutenant venait en effet d'entrer. Et avec lui, un prêtre, un aumônier.
Je n'oublierai jamais ee prêtre. Un grand vieillard au mince profil, au nez busqué, à la chevelure d'une éblouissante blancheur, au teint de cire. Ses yeux d’un gris d'acier brillaïeut, enfoncés sous l'arcade très saillante. Une large croix de la Légion d’honneur tachait sa soutane d’une marque rouge. Il entra délibérément, jetant sur nous un regard circulaire, sans dureté, mais d'une indifférence superbe.
L’homme de police alla vers lui :
— Monsieur l’aumônier, vous voudriez peut-êlre voir monsieur le grand prévôt. Il ost à déjeuner, tout près, chez Foyot.
Ce nom do Foyot me réveilla, Foyot ! Nous ne le connaissions guère qu’une fois par an, lorsque, après les soirées do Carnaval, nous nous y abritions uue nuit, pleins de rires et de joie. Je ne pouvais me douler encore que, quelques heures plus lard, entre deux tasses de café, on allait y décider du sort de MiUière, préparer l'infàme tragédie, la mise en scène sanglante et misérable.
— Ali I ils sont chez Foyot. dit lo prêtre. J’y vais.
Et il allait retourner en arrière, tranquille et dur, cet aumônier du Luxembourg, quand l’homme de police, qui venait do fouiller dans l’un des paquets éventrés au milieu de la salle, en lira une arme que je vis briller à sa main. Une arme étrange, une de ces armes que les affolés do patriotisme fabriquaient sous le siège, une sorte do gigantesque hameçon, dontles crocs pointus faisaient frissonner...
— Ah I monsieur l’aumônier, monsieur l’aumônier, cria l’homme en
-e accusateur conduisit
brandissant l’hameçon, les salauds.'voilà ce qu'ils voulaient cependant
n°Le curé * uf un sourire™ Approbation ou dédain de la grotesque sortie du mouchard ! Je crois qu'il s’en moquait au fond, le bravo cura. U sortit, et je le vis qui traversait la cour, allant rejoindre probablement chez Fovot son ami lo grand prévôt.
La petite salle retomba dans le silence, coupé çà et là par les éclats de rires et les jurons des hommes de police. De temps à autre, un prisonnier arrivait, qui s'asseyait lui aussi, sur les banquettes. Des détonnalions éclataient. Une porte à deux battants s ouvrit, qui laissa échapper une boufféo chaude. Jo prêtai l'oreille, et ,1 onteurtis distinctement des cris étouffés, des appels, dos gémissements.
Une dos deux femmes qui, depuis une heure, olaient accroupies dans un coin se leva, voulut parlor. Quo dit-elle? Je nai rien entendu. Elle suppliait. L'homme de police la repoussa. Je crus qu'elle demandait de l'eau. Elle retourna à la place qu'elle avait quittée, s assit de nouveau à terre, et, déboulonnant son corsage, offrit le sein à son enfant. L’enfant se mit à téter en silence, sans cris, heureux le pauvre être, le seul heureux dans cet innommable et inoubliable
eDMidi. Les douze coups do l’horloge du Luxembourg se détachent. Je songe à ma montre. J'ai presque l'envïe de la ramasser, do voir si elle est à l'heure. Cola me donne un éclair de gaiete. Vrai, je les ai bien foutu dedans : mes doux bons gendarmes. Ils sommeillent, du reste, et je sens autour de moi flotter un nuage, une vapeur d eau-de-vie.
Deux hommes passent. L'un d’eux, une serviette on cuir sous le bras, a des manchettes de lustrine noire, comme un soigneux em- ' ployé. Ils ouvrent une porte en face. J'entrevois une table, des chaises, los fenêtres grillées qui donnent sur la rue de Y àugirard.
Dans la cour, un grand remuement se fi Parmi eux, un officier supérieur que jo n connais d'après sa photographie, eu mo— . sous le siège. C'est le général do Cissey, qui a commande 1 attaque du Panthéon. Gras, courl. les cheveux gris ' - -
turon, et, se retournant, fait U”
passe la po. te. „„ „ra,.w nni m» semble être lin offleior su-
i hommes
. Les officiers li point encore vu. Je le rétro à toutes les devantures
Eu tête de ce groupe.
n signe de l.l main à ui n officier; qui mo semble être
périour de gendarmerie. U salue du geste lo général. Quatre homn vieunent le rejoindre, et l'entourent, fusil au bras. 11 se (linge V(
e salle.
Dès qu’il est eu vue, hommes di soulevés par un ressort.
— Allons ! Debout! crie l’un ( furibond. Debout !
Et comme jo reste coiffé do mo — Et tête nue, tas de crapules
mes se lèvent comme
n de Dieu! Voilà ni
évôt !
Un vieil insurgé.
•EKXIÈME ANNÉE. — N* 97-
BUREAUX SOCIALISTE ABONNEMENTS
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Dans tonte sa gloire
Femmes, Entants, Vieillards... rien ne lui résiste!
Trique et Trac
Le Parti Ouvrier est poursuivi sous l'inculpation d'avoir outragé l'armée,
Or, mon camarade de combat n’avait, en somme, outragé. que Ciallifet, s’il est possible d’outrager l’outrage même.
Cela signifie que le gouvernement assimile l’armée entière à l’amant-déblteur de la tille Constance Hesuche, a l’officier qui confondait les cuisses d’une prostituée avec les remparts de Sébastopol, au patriote qui songea à prendre du service dans l'armée autrichienne, au pendeur des républicains du Mexique, au massacreur de femmes et de vieillards ses compatriotes.
A mon tour je demande que Dupuy et Guérin, le garde des sceaux, soient poursuivis pour outrages à l’armée. Allemane ne l’a jamais traitée d’aussi grossière façon.
Gatlifet disait, avant-hier, au cercle :
- Je ne répondrai pas à toutes les accusations portées contré moi.
Pour une fois, Gallifel a donné une preuve de sa clanvoyance. Le mieux pour lui est de garder le silence, car sa condamnation est sans appel.
Puisque je parle deGallifet je ue crois pas inutile de vous apprendre que Guillaume II, son glorificateur, se prépare à monter en ballon. Le trône d’Allemagne ne lui suffit pas avec sa lunette. C’est la lune elle-même qu’il lui faut.
Voici un cas où, si j’étais ballon, je no reculerais pas devant le suicide. Je me crèverais en route.
Dimanche dernier, nombreux discours eu l'honneur d'Anatole do Lttforge, l'éloquent défenseur de Saint-Quentin, ainsi que l’appelait un de ses meilleurs amis.
Cela se plissait au Père-Lachaise. Bien entendu, la police est restée eher, elle, l’éloquence de M. Brisson et du vieux Jacques n’ayant pas le don de l’exciter.
Après les dlscours.grand défilé qui n’était pas des Thermopiles, puisque les sergots n'avaient pas opéré.
Nos contemporains sont possédés de la manie de la résurection. Chaque jour voit so mettre à l’œuvre quelque fossoyeur fantaisiste qui s’acharne à creuser une fosse occupée par un défunt célèbre.
On nous a, de cette façon, servi le cadavre do Napoléon Ior; on nous sert en ce moment Jeanne d’Are, sans cadavre, puisque ces messieurs prêtres prirent soin d'anéantir sa mortelle dépouille, afin de lui faciliter l'accès des régions éthérées.
M. Laguerre, dont l’activité manque d’aliments depuis que les électeurs du quinzième le rendirent au barreau et que celui-ci, à son tour, le rendit à qui voudrait lo prendre, M. Laguerre retourne les cimetières afin d’y découvrir les restes de Louis XVII.
L’autre matin, il mit la main sur une caisse,.. Je vois d’ici Raynal et Reinaeh ouvrir des yeux de locomotive, mais je tiens il les désillusionner tout de suite.
La caisse découverte par M. Laguerre renfermait îles ossements. A qui appartenaient-ils?
Telle est la question asphyxiante que se posent tous les érudits, h la mode de La Bruyère.
Etaieut-oe les reliques du petit Gapel ?
Les uns dirent oui, d’autres non.
Pour accorder tout le inonde, le préfet de police a ordonné de rendre à la terre ces débris humains, dont il a d’ailleurs été impossible de reconstituer le sexe.
Et maintenant, j’espère que Laguerre fichera la paix à Louis XVII. ^
L’abbé Hertzog a pris possession de la Madeleine.
Autres temps, autres mœurs : Jésus-Christ se contentait de lui laver les pieds.
Les membres des commissions financières du Sénat et de la Chambre ont dîné Jeudi chez le président de la République.
Le vin était servi dans des verres, ce qui a gêné Rouvier, habitué à le boire dans des pots.
Reinaoll défend son ami Gallifel :
— Ces misérables communards ne respectent plus rien t Ils vont s’attaquer à notre plus pure gloire militaire, à l’homme qui préférerait, la mort au déshonneur...
— Comme monsieur votre beau-père, remarque un collègue sympathique. ^
On appelle cornichons les candidats à l’Ecole militaire de Saint-Gyr. La semaine dernière une troupe de ces jeunes ciicurbitucées, espoirs des bocaux patriotiques, passant devant le Palais-Bourbon conspua tour à tour Gallifel, le massacreur, et notre ami Paschal G rousse! .
Cet éclectisme conspuant nous promet une génération d'officiers prêts à conquérir la rose des vents.
Ils ne seront, pour personne et contre tout le monde. Si au moins cela nous valait la disparition des armées permanentes !
Le pape prépare une encyclique dans laquelle i! exposera en quatre ou cinq points fondamentaux ses idées maîtresses sur l’influence bienfaisante et pacifique do la papauté.
Je ne sais pas si tous les bienfaits pontificaux seront exposés comme on nous l’annonce, mais je suis certain que la vérité l’est d’ores et déjà. Elle et le pape n’ont
Jamais pu s’entendre. 11 y a entre eux une vieille querelle h vider.
Reinaoh a déposé sur le bureau de la Chambre une proposition tendant à créer la caisse des musées. .
Le Journal officiel, auquel j’emprunte cette information, a certainement commis une erreur. Ce n’est pas créer, mais crever la caisse, que veut le youtre Reinuch.
Turrel a de l’esprit à revendre ; mais il faut lui rendre cotte justice : il n’en tire pas ses moyens d'existence.
Invité à la conférence socialiste donnée par les citoyens Jaurès, Rouanet et Sarraut à Carcassonne, il a répondu par une lettre torsive. ,
« Je crains, y disait-il, que la réunion socialiste a « laquelle vous m’invitez ne fasse guère augmenter le prix
Au cours de la dernière réunion tenue par le groupe des républicains de gouvernement, autrement dit groupe des Batisfails-Quand-Mèmo, l’éminent, patriote Yousouf von Reinach, bon Français de Mésopotamie, proposa d offrir au général Gallifet un témoignage de sympathie et d’adrniratiou.
Malheureusement, l’assemblée ne put fixer son choix sur l’objet à offrir.
Reinach voulait un couteau d'honneur. Berger une corde non moins d'honneur, le sinistre baron Reille un litre de sang impur de Parisien.
Le groupe doit se réunir à. nouveau et se décidera sans doute à faire hommage à < lallilel des trois symboles de sa glorieuse carrière.
On sait que la maison de Victor Hugo a été achetée par un nommé Sehmull, au prix de 200,000 francs. Cette aliénation de l’immeuble où mourut le plus grand poète de ce temps, a soulevé un peu partout une légitime émotion. Les Hugolàtros qui affectaient d'adorer leur maître à l’égal d’un Dieu, eussent bien pu, en effet, recueillir la somme en question.
Enfin, le petit fils de l'auteur .des Misérables, vient de payer à une -couturière en renom, pour le compte d’une tille, la jolie note de 80,000 francs, représentant la valeur d’un manteau.
Quand on se paie de pareilles fantaisies, on a le moyen semble-t-il, de cultiver la mémoire de celui qui vous fit millionnaire.
Petit fils de Hugo, petit,- petit bourgeois.
On parle de Gallifel :
Le patrioculard.— Vous direz ce que vous voudrez, vous n’empêcherez pas que la charge de Sedan...
Le socialo. — ... soit une vraie charge.
GÉRAULT-RIOHARD.
Les Rimes Socialistes