‹ Le chambard socialisteChapitre 353 sur 412 · CEUX QUI ATTENDENT LA MORT · texte numérisé non relu

CEUX QUI ATTENDENT LA MORT

Lu deuxième étape. - Sur deux rangs! - Le grand préçàt du Luxembourg. — Le greffier aux munehetUs. - L mUi ronaloire. — Videz vos poches. — Qu un t eiiminu . >■

suhre du garde da corps. -.Vie? le llog , - I.e <^pU<Wlc des « Enfants du Père Duchene. » — La jeune femme a ht barre. - médecin suspect . - A la queue! - • eux nui attendent le peloton. — SUu hors des rangs, tout le monde se case! — Le pompier. — uni. - Le sergent sauveur.

- faut bien giu t

v lèv.

c qui, comme it point quitté

Le urund prévôt passa, tète haute, le cigare tinctivement, tous les yeux se tournèrent sur lui. Les tètes, aflaisseei sur la poitrine, s’ôtaient relevées hrusquomont, et j eus le temps jle voir los regards effarés, troublés par la pour, de ceu moi, avaient été poussés à l’abattoir. . .

— Sur deux rangs ! commanda le lieutenant, qui n'ay

1U Un bruit de bayonuoltos résonua. Une douzaine do lignards outrèrent on se bousculant, et vinrent faire la haie devant ta porte de ce que je savais désormais être la salle du jugement.

Le grand prévôt était oni ré.

— Et vous tous, cria une vuix qui était loujours celle de mon

homme au brassard — et vous tous, avancez...

Je vis se diriger vers la haie des soldats deux ou trois do mes cornnageons. Je les suivis. J'étais ù la deuxième étape de cette journée maudite- Dans une demi-heure, une heure peut-être, j'allais etj-e fixe sur mon sort. Libre ou prisonnier. Je no songeais pas encore, ye lavoue à la fusillade. Et pourquoi ino fusillerait-on ?

Nous attendions depuis uu quart d’houre. J'étais plongé dans mes réflexions. Autour do moi, pas un mot. Je levai la tête, et je »e vis pas autre chose qu'une douzaine d'autres paires d'yeux qui croisaient les miens, les yeux des soldats qui nous gardaient, le bras appuyé si leur arme, indifférents. A... était près do mo: conservé nos brassards blancs à croix rouge.

— Tu sais, me dit tout bas A..„ nous sommes médecins... etu-

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diants. Je dirai les noms de mes professeurs, si l'on voulait aller aux renseignements.

— Oui, répondis-je, mais moi... Je ne suis pas étudiant en médecine... Tes professeurs ne me connaîtront pas.,.

El je sentis que l'espérance s'envolait. Cet officier de gendarmerie devant qui j'allais passer n’avait pas l’air d'un imbécilo. Il vorrail bien tout do suite que je ne suis ni médecin ni même étudiant,., Et alors? Alors?.,.

Je mo sentis à ce moment pousser par derrière. Les soldats avaient fait dcini-tour, et se dirigeaient avec nous vers la salie du jugement, dont la porte venait de s'ouvrir.

Quelques pas encore, et j'allais être en face du tribunal.

— Capitaine, c'est ce que nous avons arrêté ce matin.

C.’est toujours mon homme au brassard qui nous accompagne. Il rient do s'adresser au grand prévôt. Celui que j'ni pris tout-à-l’heuro pour un colonel n’est, en effet, qu’un capitaine, ce qui ne , l’empêche pus de tenir entre ses mains notre liberté et sûrement noire vie. Je le regarde tout à mon aise, le grand prévôt. Le signalement que j'en donne ici est exact, je vous jure. Je l'ai transcris un mois à peine après avoir échappé, dans los circonstances que je raconterai plus loin, au peloton d'exécution.

Le grand prévôt du Luxembourg — celui du moins qui faisait cet office dans la journée du jeudi 25 mai 1871 — était un homme d'une quarantaine d’années, haut sur jambes, la moustache blonde en crocs, los yeux bleus, le crâne déjà dégarni, il portait l'uniformo de capitaine do gendarmes. A vingt trois uns do distance, je le vois encore devant moi, jetant au plafond — un plafond bas — lu fumée de son cigare, allongeant sur l'estrade qui supporlait la table devant laquelle il était assis, une paire de bottes à l'écuyèro soigneusement asliquées.

Pendant cinq minutes, le grand prévôt continua à fouiller daus les paperasses que le grefilor aux manchettes de lustrine noire, mettait sous ses yeux, en lui glissant de temps è autre, a voix basse, quelques noms à l’oreille. Subitement, levant son regard sur nous cl fixuul uu homme eu vareuse de fédéré, dont les galons et les passementeries avaient été.arrachés, mais qui était purfaitmnen! reconnaissable à la forme :

— Q'on l'emmène !

— A flous, à vous... '

J’entendis murmurer quelques paroles...

— Rue Saint- Jacques, ce matiu...

— C'est bieu. Que faisiez-vous pondant la Commune?

— Je ne faisais ri.en...

— Rien? repartait lo grand-prévôt. Vous ne travailliez pas. Entendu... Allons, emmencz-lo.

C'étuit là taut l'interrogatoire. Quelquefois :

El deux agents s'approchaient, l'uu tenant les bras du prisonnier, l'autre fouillant, jetant sur la table du tribunal ce qu'il rencontrait, un

couteau, une clef, quelquefois un portefeuille ou uu flvrel, de la menue monnaie, un journal.

Cette table du jugement élait ainsi encombrée d'objets disparates, pêle-mêle. Doux ou trois képis d'officiers. fédérés, des revolvers, des livres. Sur l'estrade, formaut lapis, un amoncellement d’unilormes, pris aux morts, à ceux des barricades, à ceux que l'on fusillait à uno centaine do pas, derrière les massifs de v, ordures, depuis la vic-

J'examinai la salle, et je ne sais pourquoi elle me sembla envahie par une sorte de brouillard, qui ne me laissait qu'une perception confuse des choses. Par dessus les épaules des soldats, je via, dans los coins, contre les murs, d'autre» prisonniers qui attendaient, assis à terre, le visage d’un indescriptible abattement. Des femmes, dos enfants. Un de ces enfants, coiffé d'un képi de fédéré. Et, part oui, des armes en tas. jetées sur le sol ou appuyées dans les encoignures dos meubles.

Tout à coup, ce brouillard qui voilait mes paupières se dissipa, Je sentis au cceur un violent .étranglement. Je fis comme un .effort pour marcher on avant, rompre celte liaio de fusils qui m'entouraient. De bout dans l’embrasure d’une fenêtre, à trois pas do moi, In'i liant et aveuglant, je vouais do reconnaître le sabre do commandant .ie mou ami M-. que j'avais quitté la vojfle au Panthéon.

— C'est bien le sabra de M..., me dis-je. Je l’ai quitté hier ver* quatre heures. Il a dû être cerné avec ses hommes en faisant 'e dernier coup de feu. Fusillé contrôle mur le plus voisin. Quulquo soldai aura remarqué son sabre el l'aura apporté ici comme un curieux Irophéc, pour eu faire hommuge à l'uu do ses chef .s. le grand prévôl peut-être... Ou encore, M... aura été pris, amené ici. Il aura passé par celte mémo salle où je suis en co moment, emmené comme on vient d'emmener sous mes yeux los deux qui viennent d’être jugés... Et où l'a-t-on conduit? Où va-t-on me conduire moi-même?

Je fixe toujours le sabro, dont jo ne puis détacher mes yeux. Je le scrute dans scs moindres détails. Je voudrais m'assurer que c'est lo sabre d’un autre, un sabro de gendarme ou de cavalier tué pendant la bataille. Mais non, c'est bien le sabre de M... C’est bien sa coquille dorée, sur laquelle se détache uno large et hautaine fleur de lys. Si je pouvais tirer du fourreau la lame richement damasquinée, je ferais lire, au grand prévôt ahuri, celte devise en gros caractères ! a Vive lo Roi ! »

Certainement, il serait difficile do rencontrer deux sabres semblables dans les deux armées en ce moment encore on présence. Découvert un jour dans une armoire du Palais de Justice, où il devait sommeiller depuis nombre d'années, ce sabre étrange, qui avait dù orner les flancs d’un garde du corps do Louis XVUi ou de Charles X, élait venu échouer à la caserne des gardos do Paris, en face Noire-

Un jour que nous étions allés, Vermersch et moi, déjeuner au mess dos otficiers do notre bataillon des Enfants du Père Duehéne, casernes là, j'avais avisé daus un coin co sabre phénoménal, dont nous avions beaucoup ri. Et depuis, M... l’avait adopté.

Ma conviction était faite. M... était mort, ut j’avais devant moi sa dépouille opium.

Je ne sus que plus tard 1 horrible vérité. Le commandant dè

pagnie mérite i’admiration de Reinach, de Rouvier et autres panamistes du ceiitre ?

L’opportunisme a son Bayard, chevalier sans cœur et sans vergogne.

Avis aux Correspondants

Afin de diminuer dans la mesure du possible les frais de poste , nous prions nos correspondants de chercher sous la rubrique Correspondance, les réponses aux lettres qui n'auront pas un caractère d'urgence absolue..

Atr t b: :e a, t h e

Du haut du paradis, doux voyous à casquettes Lorgnaient, émerveillés, une femme : « Ah ! malheur,

Dit l’un d'eux, ou tordant du doigt ses rouflaquettes.

« Comme ce morcoau-là ferait mon p’lit bonheur ! »

Et tous deux, l’œil en feu, perchés sur les banquettes,

Admiraient ses tétons opulents, la blancheur De ses bras, ses grands yeux au regard enjôleur Elle carmin troublant do ses lèvres coquettes....

« — Faut un miché cossu pour payer tout c’qu'ello a « Su l'dos, grogna Zidor ; Ben, mince d'bagatelle !

« Qu'ça de péri’, qu'ça d'rubis I' Eu a-t-elle ! En a-t-olle !...

« C'est épatant tout de même c'qu’olle a d’chic c'te femme-là.

Tais ta gueule, allons donc, tu m'fais suer, dit Gugusse,

« Après tout, c'te femme-là chi’comme nous. — Quien! c'est jussol...

Puok.

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