‹ Le chambard socialisteChapitre 354 sur 412 · JEANNE D’ARC · texte numérisé non relu

JEANNE D’ARC

Je n'ai pas compris grand’chose à la discussion du projet de lo1 voté par les vieux sécateurs du Luxembourg et qui institue une Tête nationale en l’honneur do Jeanne d'Arc. Je no sais pas si je vois juste, mais je donnerais volontiers ma main à couper que le besoin de cos nouvelles réjouissausos ne se faisait pas violemment sentir.

Ça no coûte rien aux rentiers do la République bourgeoise de dire au populo : Amuse toi !

Ils savent bien qu'il n'en fera rien, pour cette raison irréfutable qu’on ne s'amuse pas quand on a le ventre vide. Eux seuls prendront part à la fêle, banqnotoront, trinquoront, s’empiffreront et le lendemain, la langue épaissie et les cheveux malades, ils s’écrieront : le peuple n’a rien à dire; nous, nous avons fêlé Jeanne d'Arc.

Cependant, il sera peut-être utile de reproduire ici, pour l’édification générale, le récit du long martyre do Jeanne d’Arc, tel qu'un sécateur, M. Demôle l’a fait à la tribune. Nous nous contentons de copier le compte rondu analytique do la séance en supprimant les interruptions. Les lecleurs du Chambard y trouveront de quoi répondre aux commisvoyageurs en bondieuseries qui promènent à travers la France leurs complaintes sui la malheureuse victime do leurs bûchers.

Jeanne d'Arc, l’Êgltee et le Koi

A la nouvelle do la prise de Jeanne, de sa captivité, c'est un cri do joie délirante à Paris ; ou chante des Te Deum dans la cathédrale; l'Université do Paris, entièrement composée d'ecclésiastiques, demande qu'on la livre à l’inquisition comme suspecte d'hérésie.

Voilà ce que vous lisez dans toutes les histoires ; je suis sûr de ce

* C'est à l'Inquisition que le frère Martin, vicaire général de l'Inquisition au royaume de France, demande qu'elle soil livrée, et l'Université de Paris appuie sa demande.

Six mois se passent; ello est aux mains du duc de Bourgogne. Le duc de Bourgogne la cède aux Anglais, ot alors commence l'infàme -procès. Un évëquo qui a un nom français sollicite 1 honneur de présider à ce jugement rondu par le tribunal do l'Inquisilion. Il rassemble autour de lui 71 prêtres, des docteurs, des théologiens, des abbés dont les noms ont été conservés, l’abbé do Jumièges et un autre dont le nom m'échappe; dos évêques sont rassemblés autour de lui.

Je n’ai pas la prétention de dire dans quelles affreuses angoisses on fait passer celte héroïne. Enfin, elle est condamnée et brûlée vivo sur la place du Marché, à Rouen, le 31 mai 1431.

Ce long martyre a duré un an ; pour parler exactement, du 23 mai 1480 au 31 mailîSl. Lo sacrifice est accompli: la noble chair française, la chair vivo a brûlé sur la place du Marché de Roueu. il y avait là deux évêques, ceux do Noyon et de Boulogne-sur-Mer, qui étaient venus so repaître de cette cérémonie.

Deux autres évêques de Normandie consultés, ceux d’Avranches et de Lisieux, avaient déclaré qu’ils adhéraient. Le supplice a eu lieu sous la présidence de celui qui s'appelait Cauchon, évêque do Bcnu-

Au moment où la France entière assistait à ce spectacle douloureux, y a-t-il ou un prélat, un théolôgiou qui, sur la terre française, ait fait entendre un mot de protestation ? Il n'y en a pas eu ! (Vifs applaudissements à gauche.)

Attendez, il y en a eu un, et vous ne vous attendiez pas à le voir en celle circonstance : c'est M. l'archevêque de Reims : c’est ce prélat qui a eu l'honneur de recevoir Jeanne dans sa cathédrale pour sacrer le roi ; c'est lui qui, après lo supplice de Jeanne, dans nne lettre que pour sa honte l'histoire nous a conservée, écrit purement ot simplement que Dieu a voulu venger ot punir l'orgueil de cette créature. Voilà ce qu'il écrit, cet archevêque, et c'est la seule manifestation d'un prélat en dehors des régions occupées par les Anglais et par le roi. Oh ! ce roi, j’ai bien lo droit do le dire, il commet le plus lâche abandon qu’une eréaturo humaine puisse concevoir, lui qui doit tout à Jeanne, lui qu'elle a conduit par la main à la cathédrale de Reims.

Ge que vous n'effacerez pas, « c'est que c’est l'Eglise elle-même qui a assassiné Jeanne d'Arc avec la complicité du roi.»

Avis aux Collectionneurs

Il est tiré de chacun de nos dessins cent épreuves lithographiques, hors texte, sur papier de luxe, numérotées de 1 à 100. Prix, en noir: 2 fr.; en couleurs: 2 fr. 25.

S’adresser à IYI. Kleinmann, marchand de dessins et d’estampes, 8, rue de la Victoire.

a Chambard ti en Province

Bourg, le 6 juin.

Mon cher ami.

Je ne renonce à aucun do mes rêves — el Si des illusions au sujet des personnes sonl tombées il m'en reste encore assez pour le combat autour des idées — même pour l'idéal. Je u'ai pas renoncé aux lettres que j’aiiuc comme vous les aimez. J'ai pris dans mou pays la direction d’un journal qui est un très vieil organe, qui fut en effet modéré mais qui né l'est plus. Dans un compte rendu fait par un reporter do circonstance une phrase assez loufoque s'est [glissée. Jo no l'avais pas luo, je ne l’avais pas vue. Votre vaillant Chambard l’a relevée sur un ton ironique, c'est cortos bien son droit et je ne réclame rien. Mais le Chambard qualifie le Courrier de journal opportuniste. Etre opportuniste, c'est traiter la République en champ clos dont un parti égoïste, vaniteux, exclusif serait le propriétaire absolu et jaloux. Je no suis point opportuniste. Je garde mon amour fervent à l'esprit de la Révolution, de in Révolution tout entière marchant à son but, allant au delà de l'évolution politique accomplie, pour réaliser cet idéal d'égalité sociale qui implique la liberté ot la fraternité.

Jo suis un jeune républicain à la façon dos vieux qui sont morts.

Dans l'aveni rot si surviennent des jours de bataille, je ne serai peut "tro pas embrigadé daus un escadron soumis à uno theorio. à uno disoi plino. Mais je ferai mon devoir et jo m'imagine que nous nous rencontrerons.

Que ce soit dans le journal, dans le livre on au théâtre, je ne vuti x me souvenir que de ceci : Je suis du peuple par le cœur, par la tel.',

',lc n'ai jamais eu, je n'aurai jamais que des paroles do pitié, d'aide. de relèvement et de justice pour les vaincus.

Je ne vous dis pas cela, mon cher ami, pour une rectification ot no veux pas vous demander do réclame. Si ce notait pns vous. Gérault- Richard. directeur du Chambard. je me serais tû.. Mais, si par hasard, un jour vous entendiez parler du Courrier de l’A in avec l’idée que c'est un journal opportuniste el servite ir sous ma direction, vous pourriez croire à une défaillance cl je ne veux pas que cela soit dans votre pouséo parco que jo tiens à votre estime et à votre aruitie.

FiiANdsooE Allombbbt.

CORRESPONDANCE

Michel Robert, rue do la Plaine. — La Semaine de Mai a été éditée par Maurice Dreyfous, 20, rue de Tournon.

Cari us. — ^Vousavez dû trouver la réponse à voire lettre dans ie

Vial, rue Fontaine. — La place me manque pour insérer des eommunicalions quelles qu’olles soient.

Longueville, Montceau-les-Mines. — Lu Petite République, 141), ruo Montmartre, où toutes les écoles sont représentées.

Violard, Alger. — Pas va notre ami T..., depuis son retour. Vais parler de lou projet de correspondance.

D-, à Vienne (Autriche). — Indiquoz-moi l’ouvrage que vous dé

RÉVOLUTION SSj

O Ü CffcTTÏS Miraculeux fl.AlSU’IJËl AMÉRICAIN

BREVETÉ S. G. D. G

Il est impossible, dans une annonce, de donner une idée complète de cette merveilleuse invention.

Cet Appareil extraordinaire permet à tous de très bien se raser, sans en avoir l’habitude et sans pouvoir se couper, fùt-on aveugle ou agité.

Essayez-le et vous ne voudrez plus vous raser ni vous laisser raser avec un autre instrument.

NOMBREUSES ATTESTATIONS & FÉLICITATIONS

Ne pas confondre avec des appareils similaires qui se vendent à vil prix et ÿui n’ont aucun des avantages dit RASOIR MIRACULEUX.

On i.e reçoit franco partout en envoyant 5 fr. !>0

à M. DUC, 25, boulevard du Temple, PARIS

L’ Imprimeur-gérant : Géraclt-Richard, 123, r. Montmartre.

PRIX DE FABRIQUE - CHOIX CONSIDERABLE

“Sr Comptoir Généra!

et d’Ameublsment g, Bouiri POISSONNIÈRE (Coin de u rue du Sentier) PARIS.

ENVOI FRANCO du TARIF-ALBUM

Bijouterie

JOAILLERIE

Orfèvrerie

Coutellerie

BOttLOUEBlE

Enfants du Père üuehèue n'était pas mort. Au premier jour de la lutte dans les rues, il avait remis son sabre à son capitaine d'étatmajor, S..,, un vaillant soldat de Crimée et d'Italie, que je vois encore, au mess de la caserne, étalant sur sa poitrine la rangée do médailles attestant ses glorieux services. S... avait été pris à la Croix-Rouge et fusillé. Uu soldat du peloton avait apporté lo sabre au lys héraldique à la prévôté militaire du Luxembourg

Z été a:

1 le ci

i. Coite nuit. Je lie sais pourquoi...

Le grand prévôt levait les yeux. Invariablement, sans autres explications :

— Qu'on l'emmène à la queue!

Ou, plus simplement, avec un regard vers la porte où quatre soldats se tenaient :

Uno femme fut poussée à la barre de col effroyable tribunal. La barre ' était une barrière hiUivemont installée, quelques planches Douves et nues, où les clous brillaient...

La femme resta droite en faco du prévôt. Elle fixa le capitaine de ses yeux largement ouverts :

— Monsieur l'officier, dit-elle la première, fermement, on est venu ino prendre chez moi ; j'ai laissé mes deux enfants seuls. Je voudrais

savoir ce que .

— C'esl la fc

ii fait...

it rôle d'assesseu

urgé, i

|>it le greffier i us demeurez

s qui

Et, feuilletant quelques papiers :

— Vous vous appelez bien X...,

— Oui, répondit lu femme.

— Où est votre mari? continua le greffier.

— Je no sais pas, répondit plus doucement la femme. Ji pus . . .

— 11 s'est battu ?

— Je ne sais pas, monsieur... Je no sais pas... répondait di pins bas la jeune feniiue.

— Enfin, vous ne l'avez pus vu depuis ces jours derniers t La jeune femme sentait s'enfoncer de plus en pins le fex

plaie. Le grand prévôt ne la qu tlait point du regard.

— Allons! Avouez, avouez, disait le greffier.

— Je no sais pas, reprenait toujours l'accusée... Je no sai

— Allons donc! Diles-nous donc qu'il s

Le prévôl émiettait la cendre de sou cigai On emmena aussi la jeuue femme. Je h entre les soldais. L'était mon tour, à moi, i du tribunal.

aider

'eprit l'homme

ot s’eu aller planche

— Ce son! les deux étudiants, dit l'homme au brassard tricolore. J'ai vu ce qu'ils avaient nu bras. Ça m'a semblé suspect. El puis. Us m’ont semble tout effrayés quand je les ai abordés.

— Où les avoz-vous pris ? domanda lu prévôt.

— Liijfen face la grand'porle.

ce brassard ?

— Je suis médecin, répondis-je. C’est pourquoi j’ai ce brassard de la Société internationale des blessés, que préside M. le comte do Flavigny. J'étais déjà médecin sous le siège...

— Et médecin de qui êtes-vous maintenant ? Quels blessés soignezvous ?

— Mais, tous, repris-je, un pou ombarrassé. J'ai soigné tout lo monde pendant la bataille, les soldais de l'armée et ceux de la Gom-

— Oui...

Le grand prévôl se pencha à l'oreille de l'assesseur en civil et on manchettes. Us semblèrent se concerter un moment. El le capitaine, s'adressant toujours aux agents :

— Conduisez-moi col homme à la queue!

Doux agents m'entourèrent et me firent traverser la salle d'attenlo, oïl j'avais passé les trois heures qui séparaient mon arrestation de l’arrivée du grand prévôt. La salle était de nouveau pleine de prison-

suie t Je vis encore des hommes en vareuses, des femmes, des enfants, des gendarmes, et des soldats, et toujours ces hommes à brassard tricolore qui me semblaient les pourvoyeurs du grand

Je me trouvai encore une fois dans là petite cour du Sénat. Il éhijt environ une heure. Lo désordre. y était encore plus navrant que lorsque je l'avais Ira versée pour la première' fois, après notre arrestation. Des soldats débraillés, dcsoflieiers en tenue de campagne, des agents à brassard tricolore, dos groupes d'inconnus lamentables, parqués vu ot là, et dont on entrevoyait les faeos baves derrière los faisceaux dos

Nous tournâmes à gauche, et un speelacle inoubliable m'apparût brusquement.

Parqués entre un long mur et la limité dos bosquets, uno massa d'hommes qu'entouraient des soldats. A notre arrivée, los rangs

C'était là ce que le grand prévôt appelait la- queue.

J'avais à peine eu lo temps de me ressaisir, qu'un peloton arrivait d’un pas tranquille, le fusil sur l'épaule. Les quatre lignards s'arrêtèrent à la tête du groupe', parlementèrent rapidement avec les soldats qui formaient barrière, el j'entendis distinctement, à deux pns du moi,

Six hommes, les six premiers, sc détachèrent. Ils furenL vite ouveloppés par les hommes du peloton. Et j'entendis un ricanement sonore qui les accompagnait jusqu’au détour du chemin qui s'enfonçait daus le jardin. .

— Eh bien ! hurla au agent, en s'adressant ê nous, votre sacré nom de dieu de Commune I Ello nous a tout de même foutu dans la mélasse... comme disait vol repère Duchêne...

Au même moment, je voyais arriver mou ami A... Q qui avait dû

vint so mot Ire à mes côtés.

— Allons ! Allons ! cria un agent. Faites un peu déplacé. Faut bien que tout le monde sc case !

Et il éclata d'un gigantesque rire.

L’idée de sortir de cet enfer se remit à mo hanter. Je no sais conimenl ou n'avait pas songé à rue fouiller. J'avais sur moi deux ou Irois

tout hasard. Si j'offrais cet argent ! A qui l’offrir ? A un homme à 'brassard? A un soldat ? Je reconnus bientôt l'impossibilité de mettre mou

Je poussai A..., Ju coude. Je lui dis quelques mots. Lesquels, jeno m'en souviens plus. Quelques dernières confidences. Nous allions certainement mourir tous les deux. Peut-être côte à côte, fusillés par la même peloton... Quelle bête do mort ! En las. pêle-mêle, sans que l’on sache mon nom! Ah! mille fols mieux eût valu la mort derrière la barricade... Mais ici, au Luxembourg... Et je songeai à ce jardin où j’avais flâné si souvent, à la musique où nous - allions le soir, à uu vieux gardien dont j'avais cru voir loul à l'heure la ligure, et que je connaissais depuis des années.

Les agents criaient toujours... Je remarquai que des soupiraux qui s'ouvraient au bas du mur, s'échappaient des cris, des gémissements... Ces caves étaient, je le sus plus lard, pleines do prisün-

Les détonations se faisaient de plus en plus pressées tout près du

— » Tiens ! Un pompier ! Cria subitement un ageul. Ah ! ça va pas être long <‘e lui faire son affaire, à celui-là.

Et, après un moment de silence :

— Les cochons! ils auraient foutu le feu à tout Paris, si ou les

Il ne mo restait plus qu'à mo boucher de mon mieux les oreilles, 'et à laisser venir tranquillement la mort qui me 'guettait et se rapprenait à chaque nouvelle décharge du peloton d'exécution...

J'attendais ainsi, désormais insensible aux injures, que mon tour

moustache.

— Qu« faitas-vous ici, pie dit-il brusquement? Vous êtes étudiant^

Un vieil insurgé.

ÎO Centimes

BUREAUX SOCIALISTE ABONNEMENTS

f UN AN 6 fr.

123, rue Montmartre (Satirique — (Illustré — paraissant tous les (Samedis six mois 3fr.

TROIS MOIS 2 fr.

FARIS Rédacteur en Chef : GÉRAULT-RICHARD ÉTRANGER LE PORT EN SUS

Page 1