I.’ Imprimeur-gérant -• Géuault-Richabo, 183, r. Montmartre
CORRESPONDANCE
Un do nos lecteurs. J. — Votre projet de dessin est intéressant: niais il ne rentre pas dans la manière de notre journal.
Un employé. Api. — Merci de votre communicalibi;.
Bruand. à la Chaumiliéro (Vienne). — Ne puis utiliser votre envoi. Mpretton, Lyon. — Expédiez a domicile.
Dennerliac-Arzelbès. — Il m'est absolument impossible de vous procurer les numéros en qnestion. L'adresse qne vous me demandez est un concert du même nom, me dos Martyrs; l'autre, je l'ignore,
VI X CO le I« ENPOX I>. Y XTS
Plusieurs correspondants ont négligé jusqu' ici de régler mensuellement leurs comptes, malgré nos avertissements réitérés. Comme nous n avons à notre disposition ni les caisses secrètes de la police , ni les caisses du ministère, de, /'intérieur et autres maisons publiques, nous prions les retardataires de nous envoyer le plus hit possible le montant de nos expéditions, sous peine de cessation immédiate.
C'est non seulement une question d,' honnêteté, mais aussi une question de solidarité socialiste.
Bans un prochain numéro . nous publierons les noms des correspondants qui auront négligé de se conformer au présent avis, afin que les camarades du CHAMBARD puissent trouver et nous indiquer d'autres correspondants et ne soient pas privés de leur journal, par la faute de quelques ■mercantis.
RÉVOLUTION ZSiïïS,
n Jt C!ATD Miraculeux IlilSUm AMÉRICAIN
BREVETÉ S. G. D. G
Il est impossible, dans une annonce, de donner une idée complète de cette merveilleuse invention.
Cet Appareil extraordinaire permet à tous de très bien se raser, sans en avoir l’habitude ét sans pouvoir se couper, fût-on aveugle ou agité.
Essayez-le et vous ne voudrez plus vous raser ni vous laisser raser avec un autre instrument.
NOMBREUSES ATTESTATIONS & FÉLICITATIONS Ne pas confondre avec des appareils similaires qui se vendent à vil prix et qui n’ont aucun des avantages du RASOIR MIRACULEUX.
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lu dernière fois sous la Commune, lors des pourparlers entamés avec Versailles pour l'échange des otages contre Blanqui. Ce fut le jeune (Ils dé Mme Antoine, mort aujourd’hui comme sa mère, qui porta le premier à Versailles les lettres de t'ardl'ovêqr.è à son grand -vicaire La garde.
Tonv-Moilm était assis à une petite table de l’unique salle de l'imprimerie de la rue du Jardinet. 11 corrigeait les éprouves d'un livre curieux, aujourd'hui bien. oublié. Paris en l'an 200. Je le vois encore. la face pèle et presque émaciée, le profil distingué, penché sur ses épreuves, dont il passait une à une les feuilles à la directrice de l'imprimerie. Mine Gaitlet, - la mère Caillot. » comme nous t'appelions. L'imprimerie de la rue du Jardinet avait lit spécialité dos brochures et brûlots révolutionnaires. G'esl là que nous fîmes, avec Maroteau, Vermesch. Passedouel, ténue, Mourot, ces petites feuilles, le Père Vuchène, le Faubourg et dix autres. Tout ce monde, jeune alors, dort aujourd'hui un peu partout, dans les cimetières de file Nou ou dans ceux de l’exil. Nous ne sommes plus guère que deux ou trois qui restons, nprès avoir été plus ou moins- éclopés dans la grande bagarre.
Trêve aux souvenirs. Tony-Moilin, qui. pendant deux ou trois jours, avait élé' à là tête de la municipalité révolutionnaire du sixième arrondissement, et qui s'était ensuite renfermé dans ses fonctions de major d'un bataillon fédéré, pouvait à la rigueur se croire en sûreté. 11 avilit compté sans la mente des dénonciateurs.
L'épouvantable cl presque incroyable récit que je donne ici m'a été faitparun ami qui le tenait de la veuve même do l'infortunée victime de la cour martiale du Luxembourg.
Ueuv ou trois mois après la chule de la Commune, lorsque j'Iiabilais encore Genève, je me croisai un malin avec nionamîS..., fini des jeunes juges d'instruction qu’avait installés Rignult :
Vous savez, me dit-il, madame Tonv-Moiliu est ici...
Je lui répondis que je n'avais point eu l'honneur de connaître lu veuve de Tonv-Moi tin... Je le pressai toutefois de me communiquer les détails qu'il pouvait avoir recueillis d'elle sur la mort do son mari. J'avais commencé, comme le firent beaucoup d'entre nous, une histoire fle la Commune, qui fut interrompue par les occupations plus positives que m'imposèrent les besoins de l'existence. Je me proposais d'utiliser cos notes. S... me raconta donc ce qui suit :
A ta nouvelle do feutrée des troupes. Tony-Moilin chercha un refuge. Il avait à peine quitté sa maison que. dès le mercredi, quel quoH heures après l’occupation, nu rassemblement se faisait sous ses fenêtres. Tony-Moilin habitait rue de Seine, presque en face de Verjnescli , qui habitait dans la maison de l’éditeur Snrtorius.
Ce rassemblement grossissait de minute en minute. Deux ou trois personnages s’agitaient furieusement au centre, haranguant ceux qui les entouraient :
A mort !' A mort ! Il faut le conduire à la cour martiale !
L'homme que visaient ces menaces était Tony-Moilin. Un dernier
— Montons chez lui !
ICI les dénonciateurs mordent, cognent à ta porte. La lionne, effarée.
— Où est il, la crapule?
Notez qu’aucun de ces hommes qui envahissent un appartement n'a de mandat quelconque. Us ne sont même pas policiers. Ils n'ont même point au bras le. fameux brassard tricolore. Ils agissent: de leur pleine autorité, comme font leurs pareils aux jours maudits des proscriptions.
Mine Tony-Moilin était dans un état de grossesse avancé. Elle dut subir la présence de ces misérables, qui bousculaient tout, et finirent par redescendre. La victime leur avait échappé.
Ils remontèrent, apostrophèrent la femme :
— Où est-il? Vous nous direz où il est. Ou sans cela on va -vous
On fusillait alors aux deux coùrs martiales : ù la Monnaie depuis la veille, au Luxembourg depuis quelques heures . . . sans compter la
Ils redescendent, remontent, encore, jurant, insistant, ne trouvant toujours rien, brutalisant la jeune servante, qui mourut folle quelques
La nuit ils revienne»!. Le matin, à l'aube, ils sont encore là.
Le jeudi soir. Tony-Moilin. pour ne point compromettre les amis, que son séjour effrayait, revint rue do Seine.
La meule le suit. Un médecin voisin, un confrère, un rival, le voit. Il descend chez la concierge, fait demander les soldais. Il avertit en même temps la cour martiale, pour être sûr du l'arrestation. Cotte fois-ci, c'est l'ail. Une heure après. Tony-Moilin. dénoncé, est dans la rue. escorté par un peloton, suivi parle gros do dénonciateurs qui veulent jouir jusqu'au bout du spectacle. Ils l'escortent ainsi jusqu'à la mairie Kainl-Sulpiee. Us ne lâchent même . pas leur proie au Luxembourg, où il§ montent la garde devant la barre du tribunal do mort. .. lis vinrent jouir du coup ci'oçil de la fusillade, le samedi malin, à l'aube, pendant que les oisenux chantaient dans les grands arbres, et ils ne furent vraiment heureux que lorsqu’ils purent toucher le cadavre chaud encore tombé au lins du lion île pierre qui commande la grande allée qui fait face au Sénat. . ,
Je voudrais n’avoir point à parler de la presse. Je lui' dois cependant — et beaucoup avec moi — pas mal des soucis qui m'envahissaient entre ces quatre murs de ma potito chambre de la place de TEcote-de-Médocinc. Je ne parle pas des récits effrayants dont les journaux éiaient pleins, dos sinistres -nouvelles qui se suivaient sans interruption de colonne en colonne, dos menaces, des appels à la répression féroce. G'étail là la monnaie habituelle des articles à sensation. Je veux parler seulement dos dénonciations personnelles, qui visaient chaque jour telle eu- telle personnalité non encore arrêtée, cl que l’on eût ou grande joieà voir passer dans la rue, tèlo liasse et la cordo aux poignots.-
Le petit jeu était bien simple. Il pourra, au besoin, servir ù nouveau. , .
Le malin, vous Ouvrez Je-journal, Vous avez échappé- à là fusillade
et ù l’arrestation. Vous vous croyez plus ou moins on sûreté. Vous
' n Enfin, ou a arrêté le nommé X.... l'ancien rédacteur de cette immonde feuille qui s’appelait le (ici le nom du journal). Le misérable s'était réfugié dans une maison de la rué de (ici la rue). 11 a été ’ immédiatement dirigé sur lu conr martiale (ou sur Versailles). »
Vous lisez cela avec d'autant plus d'étonnement que vous êtes en. ce moment môme entre les quatre murs d’un asile. Ah! ils peuvent marcher, les agents à brassard, ils peuveut courir, s'ils ont te temps) Ils m'ont arrêté rue de... tandis que je. suis ici. à un kilomètre !
Ne vous rassurez pas si vile, ami. Celle petite noie est fausse, mais elle doit cependant vous faire dresser l'oreille. Vous èles noté, recherché. On vous croit eue de... Et les quatre lignes qui vous concernent ne veulent pas dire autre chose que ce qui suit :
n Cherchez donc un tel dans les environs do la rue de. . . Il doitêlre
Nous appellerions cela aujourd'hui nue noie tendon lie! le. i'.’esl une simple indication, qui va être recueillie avec soin pur les agents qui sont à votre recherche.
Doux jours après, autre note :
e Nous avions dit l'autre jour qne le nommé S-.- avait été arrêté rue (ici le nom). Nous avons fait erreur. Le nommé X... n'a pas été arrêté rue. . . mais rue. . . (ici le nom d'une nuire rue). »
De note eu note, d'indication en indication, on arrive ainsi à è/re sur la vraie piste- D'autant mieux qu'on cos jours de làchelé les inimitiés pouvaient largement se faire jour, sans même que le directeur du journal y fût pour rien.
J’ignore, pour mon compto, quel est le bon petit camarade — il doit être comme moi bien vieux maintenant et je lui pardonne de tout mon cœur — qui me visu par deux fois. Une double note, identique à celles dont je viens de donner la formule, passa dans les journaux. On annonçait en même temps l’arrestation de mes amis et collabora- • leurs et do notre gérant. Tout cela était faux, bien entendu. Personne de nous n’élait arrêté. Un seul le fut, mais plus lard. Le moment était donc venu de se garer sérieusement, et pour cela il fallait quitter
D'horriblos nouvelles circulaient. Un soir, mou ami ti..-. me raconta on rentrant que l'on avait déterré les cadavres du square de la tour Saint-Jacques, ceux qui avaient été ensevelis, morts ou vivants, et qu'on les conduisait, dans d'énormes tapissières, au Parc-Monceau et au Luxembourg, où ils élnieut amoncelés en tas qu'on arrosait do pétrole avant d'y mettre le feu. Toute la nuit il me sembla voir col épouvantable brasier. J'entendais, grésiller les chairs el je sentais l’odeur de mort qui s'envolait à travers les arbres jusqu'à nous... Horreur! Plutôt cent fois être pris...
Le lendemain, je passais les fortifications par la ligne du Nord sans que personne m'eût demandé le moindre papier, et je descendais’ deux heures api-ès, à la gare d'un petit village où ja devais en voir encore de drôles, je vous assure.
Un Vieil Insurgé.
(A suivre.)
Tous droits de traduction et de reproduction réservés.
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in r-ftntimes samedi h juillet ism.
DEUXIÈME ANNEE. - N» 31. 1° 0©rLtl3XL©S
BUREAUX 123, rue Montmartre PARIS
Satirique — illustré — garnissant tons les gamedis Rédacteur en Chef : GÉRAULT-RICHARD
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