LES VICTIMES
L’OISEAU CHANTEUR Dans la salle large et sonore Où, tout bourrelé de phléthore,
Le bourgeois meugle en digérant,
Le chardonneret, sans rancune Contre qui fit son infortune,
Chante son regret déchirant.
11 dit le bonheur d'ètre libre Sous la forêt géante, où vibre La voix d’or des frères lointains;
Et, le rêve engendrant l'image,
Son œil crevé sonde, en mirage,
La gloire des soleils éteints.
C'est dans leur lumière abolie Qu'il baigne la mélancolie Et le vide de ses yeux morts;
Car. pour mieux inspirer sa lyre On lit de sa vie un martyre,
Car on l'aveugla sans remords !...
Souffre, pauvre victime, et chante !
Offre à l'humanité méchante La douleur de ton Golgotha !
Oh travaille à rompré ta chaîne,
Et A'oici se dresser la Hainè Du bourgeois qui te tourmenta.
Déjà, sons la forêt ombreuse S'arment, cohorte ténébreuse,
Tes frères moins déshérités...
Leurs vieilles luttes sont finies,
Et de leurs faiblesses unies Nait la Force des Libertés!
Un jour ils rouleront, en fouje.
Comme un flot secoué de houle Qui bat le rocher, furieux;
Et, sourds au repentir factice Ils crèveront, dans leur justice,
Ceux qui t’auront crevé les yeux !
H. Lencoü.
// a clé lire du dessin Jolie Société ! cent épreuves lithographiques, hors texte , sur papier de luxe, numérotées île t à J OU. Prix 2 /'runes en noir ; 2 fr. 25 en couleurs.
S’adresser chez M. Kleinmann, marchand de dessins cl d'estampes, S, rue de la Victoire.
Les collectionneurs trouveront à la même adresse et aux mêmes prix des épreuves lithographiques , hors texte , des dessins publiés par le phambai-d : L’Attentat du Pas-de-Calais ; l’Epouvantail bourgeois; la Bonne Année ; la Cadette ; la Misère sous la Neige- Pauvre Pandore ; Psychologie du Militaire proies^ sionneh
FUSADES
Il ne suffit pns d’être canaille, faut-il encore l’être adroitoment. La préfecture de polioe mise en appétit par les huit cent urillo francs que la Chambre infâme a votes l’autre mois, sous prétexte de garantir ses augustes membres des attentats futurs, s’est imaginée que de nouvelles mauues lui tomberaient dans la gueule si les terroristes faisaient mine de s’en prendre à elle.
Aussi pendant loute la semaine dernière n’a-t-on entendn parler que de malheurs. Bombe par ci, engin par là; les journaux policiers hurlaient dans les rues des nouvelles sanguinaires : la préfecture de police menacée ! le préfet en danger de mort ! la terreur au boulevard du Palais !
Malheureusement pour la clique des mouchards, la mèche s’est toujours trouvée éventée et le coup de l’explosion n’a pas pris. On on rit encore un peu partout. Plus maladroits que cunailles,ce qui n’est pas peu dire, Lépine ot les compagnons de la Tour Pointue ont eveillo les soupçons do l'opinion publique. •
Il est infiniment probable, on effet, que le coup manqué sera tente de nouveau. Il faut nous attendre à quelques projections do poudre bleue, verte ou jaune.
Certains appellent ça dos engins de fumistes, l’exprossion est d’autant plus exacte quo les policiers voudraient ramonnor nos
* Chambard >, en Banlieue
Vous vous rappelez peut-être le joli potin fajt A Saint-Ouon par un certain Dolirski, dit José, qui, lors do son mariage avec une nommée Conpoinl, lille de fiches bourgeois, protesta aristocratiquement contre l'appellation de citoyen que lui avait décernée le citoyen Guinot, maire.
José avait raison de protester, en somme. Nous apprenons qu’il vient d’être condamné A un mois de prison pour outrages aux bonnes mœurs, dans un journal pornographique. Le métier qu’il fait n'a, en effet, rien de civique, et les juges l’ont appelé Juse loul court, comme s’il avait été leur
ROMOLLOTINETTES
Pour donner satisfaction aux légitimes indignations soulevées par le scandale qu’a dénoncé M. Clemenceau dans la Justice, lo ministre do la marine vient de décider quo le général commandant 1 infanterie de marine pourra, dorénavant, ornor son chapeau do plumes blanches qui sonlj’apanago dos chiffe de corps d’armées.
Ces plumes blanches sont dos plumes d’oies. On ne pouvait mieux choisir.
.Te lis dans les mômes journaux qui nous chantent tous les jours les beautés du patriotisme :
« Un cordonnier île la ruo des Lyonnais, M. Lucy, vient do « mourir d’une hémorragie cérébrale à l’hôpital Oocliin.
« Lucy était brigadier de cuirassiers en 1870, et il avait pris « uno part glorieuse aux célèbres charges (le Reichshoffen, où il « avait reçu trois blessures.
« Tous les hivers, ces blessures se rouvraient et les douleurs « étaient si vives que Lucy no pouvait plus travailler. Il rece- « voit une faible allocation du ministère de la guerre. De plus * « la mairie du cinquième arrondissement et le maire, M. Meurgé,
« personnellement, lui vonaient en aide.
« La pauvre veuve de l'ancien cuirassier est aujourd’hui sans
Pendant Ce temps, ou gave de pensions les généraux do l’Empire qui il ont pourtant vu qne le fou de la rampo et qui n’ont échangé avec 1 ennemi quo des coups de chapeau.
Voyez-vous, le patriotisme c’est uno affaire de roublardise. Il rie s agit que de savoir s’en servir. O’est bon aux pauvres bougres de chanter a tue tête ; .
Galliftet, le massacreur, est désigné pour diriger les prochaines grandes manœuvres. Los troupes li’auront qu’à suivre son panache blanc. Elles le trouveront toujours sur lo chemin dn n des horreurs.
Bon populo, qui verso tes gros sous et qu’on invite de temps à autre a verser ton sang pour la patrie, apprends au moins à quoi servent les premiers, si lu te résignes à ignorer toujours, pourquoi tu répands le second t Un matelot' donne à M. Saissy, redac-
UNE LEÇON yVT.JX PAYSANS
Le citoyen JAURÈS. — Voici le moment de tenir vos promesses. Donnez ces67 millions aux agriculteurs.
Les Députés. — Oui ! oui
Casimir PÉRIER. - Le gouvernement ne peut donner ces 67 millions aux agriculteurs par ce qu’il en a besoin. N’écoutez pas les socialistes.
La majorité. — Non! non !
Le Paysan. — Voilà vingt ans que MM. les gouvernants et leurs amis me font des promesses, j’attends toujours, rien ne vient.
Vive la Sociale, alors !
tour ii l’ Echo de Paris, quelquos exemples de gaspillage. Celui que je vais citer les vaut tous à lui seul :
« Ayant embarqué le... — passons la date — pour Saigon, nous i avons pris 1,000 tonnes de charbon.
» Nous devions en prendre 800 à Adeu.
« Grâce à un vent favorable et à une mer clomente, dépense très « faible entre Toulon et Aden. ,
« Mais le contrat portait embarquement de 800 tonnes a Allen, n et comme l’omplacemont faisait défaut ou jeta du charbon a la « mer... pour faire de la place. » .
En dévoilant ces turpitudes, je fais œuvre d’anlipatnote. U serait u désirer que la France eût moins de patriotes comme les autres.