DEUXIÈME ANNIVERSAIRE DE LA F£DB;RATI0N
et , traversant de nouveau les rangs en désordre , il revint s'asseoir auprès de la Reiae et de ses enfants. Depuis ce jour, le peuple ne le revit plus que sur l'échafaud.
« Le héros du jour, dit M. Dnimont, était l'hypocrite et oblique Pétion , qui fut certainement avec Egalité , le seul type vraiment bas d'une époque où les monstres eux-mêmes avaient je ne sais quelle terrible grandeur » .
Cet homme , qui en 1790 , avait réclamé une loi contre les suspects, ce député sans talent qui prétendait lutter contre Mirabeau, avait vu subitement s'augmenter sa malsaine influence, lors du lamentable voyage de Varennes.
Maire de Paris en 1791 , il avait montré la plus profonde incapacité. Au 20 juin 1792, jour anniversaire du serment du Jeu de Paume , U avait laissé , sans tenter la moindre résistance, s'assembler les faubourgs Saint-Marceau et Saint-Antoine qui avaient résolu de se rendre, suivis de leurs canons, à l'Assemblée nationale et aux Tuileries.
Ce jour-là, à l'Assemblée, Santerre, à la tète du mouvement, offrit un drapeau , au nom de la députation qu'il représentait, et donna lecture d'une pétition rappelant les députés à l'exécution ^^ la Constitution.
Aux Tuileries , la foule armée, dit Prudhomme, « de piques, de faulx, de fourches, de croissans, de bâtons garnis de couteaux, de scies, etc. » entra, rejetant tous les obstacles, jusqu'au vestibule du Château. Là, une porte fut ouverte à coups de hache et tout ce monde surexcité , hurlant , fou de colère , se trouva en présence du roi. C'est à ce moment que Louis XVI , abandonné à ses forces personnelles, se \it contraint de se coiffer du bonnet rouge.
Le louche Pétion, Tun des organisateurs de cette triste
Journée , se présenta aux Tuileries , alors que sa présence n'y ^Wl plus nécessaire, il offrit ses regrets au roi et disparut. Sa conduite fut sévèrement jugée. Le 6 juillet, le dépar-
tement de Paris, le rendant responsable de cette déplorable manifestation , le suspendit de ses fonctions et , le 12 , le roi confirma cet arrêté ; mais l'Assemblée , le lendemain , cassait l'arrêté du roi.
Pétion devenait ainsi, le 14 juillet, « le héros du jour » , c'est à lui que la foule , toujours frondeuse , adressa ses acclamations les plus enthousiastes.
Au Champ de Mars, entre l'autel de la Patrie et l'Ecole- MiUtaire, avait été élevée, en l'honneur des citoyens morts pour la patrie aux frontières , une pyramide funéraire , sur la face de laquelle on lisait l'inscription suivante :
Tremblez , tyrans ; nous nous levons pour les venger.
Intérieurement , le champ était limité par quatre-vingt-trois arbres , devant lesquels se trouvaient autant de tentes portant les noms des quatre-\ingt-trois départements. Ces tentes étaient destinées à recevoir les députés fédéra tifs; mais, au dernier moment , on décida de confondre ces députés avec les bataillons de la garde nationale ; les tentes furent ainsi rendues inutiles.
Du côté de la Seine, on avait dressé un grand peuplier chargé d'écussons et d'armoiries. Aux branches de cet arbre étaient attachés « des couronnes de comtes , de barons , des cordons bleus, des chaînes d'or, des manteaux d'hermine, des titres en parchemin » , en im mot « tous les hochets de feue la noblesse » comme le dit encore Prudhomme.
Au sotnmet de l'arbre , bien en vue , on avait placé les armesde Lafayette et celles de Larochefoucault , président du département.
Le programme de la fête voulait que Louis XVI et le présidenfc de l'Assemblée nationale missent les premiers le feu à c^ c( monument de la sottise et de la vanité » , mais on put épargneïT cette triste besogne au roi , en feignant de ne pouvoir pénétrex" avec lui au pied de ce bûcher d'un nouveau genre.
Des brigands féodaux , les rejetons gothiques , Alors , à nos vertus , opposaient leurs aïeux ; Dans les champs du Midi , des prêtres fanatiques Versaient le sang au nom des Cieux.
Princes , nobles , prélats , nageaient dans l'opulence ,
Le Peuple gémissait de leurs prospérités ;
Du sang des opprimés , des pleurs de l'indigence ,
Leurs palais étaient cimentés.
L'injustice des rois , toujours si bien servie , Peuplait d'infortunés un repaire odieux ; Au fond de ce tombeau , condamnés à la vie ,
Ils expiraient sans voir les cieux.
En des cachots sacrés , l'oisiveté stupide , Afin de plaire à Dieu , détestait les mortels ; Des mart;yrs périssant par un long suicide ,
Blasphémaient au pied des autels.
Ils n'existeront plus , ces abus innombrables ; La sainte Liberté les a tous effacés.
Ils n'existeront plus , ces monuments coupables ;
Son bras les a tous renversés.
Soleil qui , parcourant la route accoutumée , Donnes , ravis le jour, et règles les saisons , Qui , versant des torrents de lumière enflammée ,
Mûris nos fertiles moissons.
Feu pur, œil éternel , âme et ressort du monde , Puisses-tu des Français admirer la splendeur, Puisses-tu ne rien voir dans ta course féconde ,
Qui soit égal à leur grandeur.
Malheur au despotisme , et que l'Europe entière , Du sang des oppresseurs engraissant les sillons , Soit pour notre déesse un vaste sanctuaire
Qui dure autant qne tes rayons.
Que des siècles trompés le long crime s'expie î Le ciel , pour ôtre libre , u fait l'humanité ; Ainsi que le tyran , l'esclave est un impie ,
Rebelle à la divinité !
2 Septembre 1792.