‹ Le Champ de Mars, 1751-1889Chapitre 27 sur 99 · ENROLEMENTS AU CHAMP DE MARS · texte numérisé non relu

ENROLEMENTS AU CHAMP DE MARS

, -— RPiiis la journée du 10 août, qui avait amené

chute de la royauté , le conflit était à l'état aigu entre la Coiuiuune de l^^ris et TAsseuiblée nationale, tkint le mandat allait bientôt expirer. Iài Clouimune , violente , énergique cl farouclie , décidée à sortir de la légalité pour assurer le oiiiphe de ses idées, puisait sa force dans ociétés populaires ; rAssentblée . câline , sapo. composée d"liommes instruits et modérés, mais incapables flVfforts personnels , subissait la pression de ce grand Paris, secoué par la lièvre révolutionnaire et par Tattonte des événements de la frontière.

I^ '2 septembre, la nouvelle de l'arrivée des prussiens devant Vorrlun se répandit dans la Ciipitale. Le Conseil de la Commune se réunit aussitôt, et sur la proposition dii procureur Manuel, arrètii que le tocsin serait sonné dans la \ ille , (jue le canon d'Hliirnie serait tiré, et que tous les patriotes frati^-iiis seraient invités à se réunir au Champ de Mars p{mr nuircher à l'ennemi.

1*1 Commune rédigea en outre un appel auxariues:

alloos nous réunir au Champ de Marsj qu'une armée de 60,000 liommcH sa

forme à rinstant. Allons expirer sous les coups de l'ennemi ou l'exterminer sous les nôtres.

Cette proclamation puhliée, le Conseil se rendit à l'Assemblée, lui fit connaître son appel aux armes et lui fit part de son arrêté invitant les citoyens à se réunir au Champ de Mars.

Vergniaud voulut régulariser ce mouvement patriotique. Il prit la parole et prononça un fort beau discours dans lequel il demandait l'établissement d'un camp au Champ de Mars , où se trouvaient déjà , depuis quelques jours , des bataillons de volontaires ; il insistait sur la nécessité de construire des retranchements pour protéger ce camp :

Parisiens , dit-il , c'est aujourd'hui qu'il faut déployer une gp*ande énergie ! Pourquoi les retranchements du camp ne sont-ils pas plus avancés ? Où sont les bêches , les pioches , qui ont élevé l'autel de la Fédération et nivelé le Champ de Mars ? Vous avez manifesté une grande ardeur pour les fêtes , sans doute vous n'en montrerez pas moins pour les combats ; vous avez chanté , célébré la liberté : il faut la défendre ! Nous n'avons plus à renverser des rois de bronze , mais des rois vivants et armés de leur puissance. Je demande donc que l'Assemblée nationale donne le premier exemple , et envoie douze commissaires , non pour faire de vains discours aux citoyens , mais pour piocher eux-mêmes , et travailler aux retranchements.

Danton , ministre de la Justice lui succéda :

Une partie du peuple , dit-il , va se porter aux frontières , une autre va creuser des retranchements , et la troisième , avec des piques , défendra l'intérieur de nos villes. Mais ce n'est pas assez : il faut envojer partout des commissaires et des courriers pour engager la France entière à imiter Paris. Il faut rendre un décret par lequel tout citoven soit obligé , sous peine de mort , de servir de sa personne ou de remettre ses armes. . . Le canon que vous allez entendre n'est point le canon d'alarme , c'est le pas de charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre , il faut de Taudace , encore de l'audace , toujours de Taudace , et la France est sauvée.

La proclamation de la commune avait été affichée dans la matinée. A deux heures , le canon d'alarme tonnait , la générale était battue dans toutes les sections ; le tocsin sonnait aux églises. Des gardes municipaux parcouraient les quartiers etproclamaient

10 Août 1793.

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