‹ Le Champ de Mars, 1751-1889Chapitre 33 sur 99 · PÈTE POUR LA REPRISE DE TOULON · texte numérisé non relu

PÈTE POUR LA REPRISE DE TOULON

Le 4 nivose an II (24 décembre ITOS), la Convention nationale tenait, au milieu d'une émotion profonde, une séance mémorable.

Barère , au nom du Comité du Salut public , y annonçait que l'armée française venait de s'emparer de Toulon.

Citoyens , disait-il , les armes de la République ont encore triomphé. Pendant que nous décrétions des récompenses nationales pour le succès de l'armée contre Toulon , nous ne pensions pas qu'elles étaient déjà méritées. C'est ainsi que les âmes libres s'entendent d'ime extrémité de la République à l'autre. Les intrigants coalisés du dehors sont chassés ; les intrigants coalisés de l'intérieur sont vaincus , la coalition des brigands couronnés avait médité de paralyser la puissance nationale sur les mers. La vente honteuse de Toulon , la corruption semée dans Brest , et l'emparement de Dimkerque étaient leur point d'appui. Mais les représentants du peuple ont conservé la commune de Brest à elle-même , à la République. Les Anglais ont lâchement fui devant Duokerque. La nation française , indignée de tant de trahisons , a tenté un dernier effort contre les infâmes Toulonnais. Ainsi donc , l'anglais a échoué à Dunkerque , à Saint-Malo , à Granville , à Cherbourg , à Brest , à Bordeaux , à Marseille et à Toulon. Ainsi donc , la Méditerranée est reconquise. Le canal de navigation du commerce français est enfin libre

La nouvelle de ce succès était parvenue au Comité de Salut public, en même temps que deux rapports deFréron, Robespierre jeune, Ricord et Salicetti, représentants du peuple.

Jamais armée , disait encore Barère , ne s'est conduite avec tant d'héroïsme : les représentants du peuple marchaient à la tête des colonnes républicaines. Salicetti et Robespierre jeime , le sabre nu à la main , ont indiqué aux premières troupes le chemin de la victoire et ont monUî à l'assaut. Ils ont donné l'exemple du courage ; Ricord était aussi à la tête d'une colonne. La pluie , le temps le plus affreux , n'ont pu ralentir un instant l'ardeur des représenUmts du peuple et des cumées républicaines. Vous décréterez donc unanimement que l'armée dirigée contre Toulon a bien mérité de la Patrie.

Toute l'assemblée s'était levée , emportée par un généreux élan. Gouthon présidait et, aux applaudissements des spectateurs, faisait immédiatement décréter la patriotique motion de Barère.

Quelques instants après, continuant son discours, Barère

donnait lecture, au nom du Comité de Salut pubKc , d'un projet de décret qui était adopté dans les termes suivants :

Article V. L'armée de la République dirigée contre Toulon, a bien mérité de la Patrie.

Art. 2. Il sera célébré dans toute l'étendue de la République, une fête nationale^ le premier décadi qui suivra , dans chaque commune , la publication du présent décret. La Convention nationale assistera tout entière à cette cérémonie civique.

Art. 3. Les représentants du peuple près l'armée victorieuse de Toulon , sont chargés de recueillir les traits d'héroïsme qui ont illustré la reprise de cette ville rebelle.

Art. 4. Ils décerneront , au nom de la République , des récompenses aux braves citoyens de l'armée qui se sont fait remarquer par de grandes actions.

Art. 5. Le nom de Toulon est supprimé. Cette commune portera désormais le nom de Port de la Montagne,

Art. 6. Les maisons de l'intérieur de cette ville rebelle seront rusées. Il n'j sera conservé que les établissements nécessaires au service de la guerre et de la marine, des subsistances et approvisionnements.

Art. 7. La nouvelle de la prise de Toulon sera portée aux armées et aux départements par des courriers extraordinaires.

En possession de ce décret , à la rédaction duquel il avait pris une large part , David , le puissant organisateur des fètçs de la République j se mit à l'œuvre et se préoccupa de régler dignement, celle qui allait avoir lieu à Paris, le 10 nivôse an 11 (30 décembre 1793), pour célébrer le succès de l'armée de Toulon.

Le 7 nivôse, il faisait adopter, parla Convention, un programme plein d'originalité. — Ce programme fut suivi de point en point.

Ce sont , disait David , de telles actions que j'aime à retracer. Je remercie la nature de m'avoir donné quelques talents pour célébrer la gloire des héros de la République ; c'est en les consacrant à cet usage que j'en sens tout le prix.

Un fort détachement de cavalerie , trompettes et sapeurs en tète ouvrait la marche , suivi de phisieurs batteries d'artillerie et de tambours.

Puis , venait im groupe de sociétés populaires et de comités révolutionnaires; les membres des tribunaux, ceux de la

« tf • >

FETE POOR LA REPRISE DE TOULON. 9i

commune et du département de Paris , des communes environnantes et du Conseil exécutif provisoire.

I^es vainqueurs delà Bastille, précédés de tambours, fermaient cette première partie du cortège.

Apparaissaient alors quatorze chars, magnificiuement décorés et dédiés aux quatorze armées de la république. Leur ordre , dans le cortège , avait été déterminé comme il suit :

Char de l'armée du Haut-Rhin.

— — du Bas-Rhin.

— — de la Moselle.

— — des Ardennes.

— — du Nord.

— — des Côtes de Cherbourg.

— — des Côtes de Brest.

— — de l'Ouest.

— — des Pvrénées occidentales.

— — des Pvrénées orientales.

— — de Toulon.

— — du Var.

— — des Alpes.

— — révolutionnaire.

Chacun de ces chars , entouré de jeunes filles vêtues de blanc et portant des branches de laurier, était accompagné de détachements militaires appartenant aux ([uarante-huit sections de Paris. Ces détachements chantaient sur le parcours des hynmes à la Victoire.

Inmiédiatement après, venaient les membres de la Convention nationale , enveloppés par un large ruban tricolore que portaient les enfants de la patrie et les vétérans. La musique de la garde nationale et un groupe de tambours leur faisait escorte.

Enfin , paraissait le char de la Victoire , rempli de drapeaux pris à l'ennemi. Plus majestueux encore que les chars précédents, celui-ci portait le faisceau national , duquel sortaient des bras armés pour la défense du pays ; à (;e faisceau, surmonté de la statue de la Victoire , avaient été suspendues quatorze cou-

ronnes, reliées par une guirlande de lauriers, entrelacée de rubans tricolores. Cette guirlande était soutenue par quatorze guerriers.

Un détachement de cavaliers et de trompettes fermait la marche.

Le cortège, parti à midi du Jardin national (Jardin des Tuileries) , s'était rendu aux Invalides et de là au Champ de Mars. Quand la Convention, accompagnée des autorités, eut pris place sur rx\utel de la patrie, les chœurs du Conservatoire exécutèrent un hyume écrit par Chénier et dont Gossec avait composé la musique :

Toulon, redevenu Français N'étend plus ses regards sur une onde captive ; Son roc , purifié par nos justes succès,

Menace Albion fugitive.

Les feux qu'ont allumés des ennemis pervers , Dirigés contre eux-mêmes , ont foudrové leurs têtes ,

Et leurs vaisseaux , tyrans des mers ,

Sont poursuivis par les tempêtes.

Autour du Temple ou plutôt de l'Autel , s'étaient rangés les quatorze chars des armées ; en passant devant eux , les jeunes filles y déposèrent les branches de laurier qu'elles portaient.

Le soir même , le Conseil général de la commune de Paris réunissait dans un banquet les guerriers blessés qui s'étaient fait connaître et auxc^uels U convenait bien de rendre hommage.

8 Juin 1794.

(20 Praibial an II).

lA FÊTE DE L'ÊTRE-SUPRÉME.

"nception première des fêtes politico-religieusps appartient à Robespierre. Avec leur aide , il espérait rehausser sa puissance et son prestige personnels. Froid et ambitieux , Robespierre exerçait en fait une véritable dictature. Il s'était assuré une influence considérable dans le Comité de Salut public; c'était lui qui d'ordinaire appuyait , à la C:r)nvention , les propositions de ce comité , et c'était à lui que par suite , le peuple faisait remonter tout le mérite des résolutions adoptées. Pour jouer le rôle d'un Bonaparte, il ne lui manquait que la gloire militaire et l'appui de l'armée. HicUiteur civil, n'ayant rien de ce qui séduit les masses, pour se uiaintenir, il lui aurait fallu se contenter d'exercer le pouvoir, sans en rechercher la pompe extérieure.

I^ fête del'liltre-Suprème, dans laquelle il prétendait jouer un rôle prépondérant, devait, dans sa pensée, le mettre plus en vue et affirmer sa supériorité sur les autres conventionnels. Elle ne fut que la cause première de sa chute.

I^e 18 floréal an II (8 mai 1794) , il prononçait à la Convention un discours qui peut être considéré comme l'un de ses plus

remarquables. Dans ce discours, Robespierre attaque violemment les encyclopédistes et les philosophes du dix-huitième siècle ; il proclame l'existence d'une divinité, et déclare que les fêtes données au peuple sont un moyen efficace de gouvernement. Le document se termine par un projet de décret instituant une série de fêtes nationales , destinées à « rappeler l'homme à la pensée de la divinité et à la dignité de son être » .

C'est dans la prospérité , dit-il , que le peuple y ainsi que les particuliers y doivent , pour ainsi dire , se recueillir, pour se mettre en garde contre l'ivresse et pour écouter dans le silence des passions , la voix de la sagesse et de la modestie qu'elle inspire. Le moment où le bruit de nos victoires retentit dans l'univers est donc celui oh les législateurs de la République française doivent veiller avec une nouvelle sollicitude sur eux-mêmes et sur la Patrie , et affirmer les principes sur lesquels doivent reposer la stabilité et la fidélité de la République. Nous venons donc aujourd'hui , soumettre à votre méditation des vérités profondes , qui importent au bonheur des hommes , et vous proposer des mesures qui en découlent naturellement.

Le monde moral , beaucoup ])lus encore que le monde physique , semble plein de contrastes et d'énigmes. La nature nous dit que l'homme est né pour la liberté, et l'expérience des siècles nous montre l'homme esclave ; ses droits sont écrits dans son cœur et son humiliation dans l'histoire. Les siècles et la terre sont le partage du crime et de la tvrannie ; la liberté et la vertu se sont à peine reposées un instant dans quelques points du globe.

Ne dis pas cependant , ô Brutus ! que la liberté est un fantôme ! Et vous , fondateurs de la République française , gardez-vous de désespérer de l'humanité ou de douter un moment du succès de votre grande entreprise !

Le monde a changé , il doit changer encore. Qu'y a-t-il de commun entre ce qui est et ce qui fut ? Les nations civilisées ont succédé aux sauvages errants dans les déserts ; les moissons fertiles ont pris la place des forêts antiques qui couvraient le globe ; un monde a paru au-delà des bornes du monde ; les habitants de la terre ont ajouté les mers à leur domaine immense ; l'homme a conquis la foudre et conjuré celle du ciel. Comparez le langage imparfait des hiéroglyphes avec les miracles de l'imprimerie ; rap])rochez le voyage des Argonautes de celui de La Pérouse ; mesurez la distance entre les observations astronomiques des Ma^s de l'Asie et les découvertes de Newton , ou bien entre l'ébauche tracée par la main de Dibutade et les tableaux de David.

Tout a changé dans l'ordre physique , tout doit changer dans l'ordre moral et politique ; la moitié de la révolution du monde est déjà faite , l'autre moitié doit s'accomplir.

FÊTE DE l/ÊTRE-SUPRÊME. 95

La raison de l'homme ressemble encore au globe qu'il habite ; la moitié en est plongée dans les ténèbres quand l'autre est éclairée. Les peuples de l'Kurope ont fait des progrès étonnants dans ce qu'on appelle les arts et dans les sciences , et ils semblent dans l'ignorance des premières notions de la morale publique. Ils connaissent tout excepté leurs droits et leurs devoirs. D'où vient ce mélange de génie et de stupidité ? De ce que pour chercher à se rendre habile dans les arts, il ne faut que suivre ses passions , tandis que pour défendre ses droits et respecter ceux d'autrui il faut les vaincre. Il en est une autre raison : c'est que les rois , qui font le destin de la terre, ne craignent ni les grands géomètres, ni les grands peintres, et qu'ils redoutent les philosophes rigides et les défenseurs de l'humanité.

L'art de gouverner a été jusqu'à nos jours l'art de tromper et de corrompre

les hommes ; il ne doit être que celui de les éclairer et de les rendre meilleurs.

Il j a deux sortes d'égoïsmes : l'un vil , cruel , qui isole l'homme de ses semblables , qui cherche un bien-être exclusif acheté par la misère d'autrui ; l'autre , généreux , bienfaisant , qui confond notre bonheur dans le bonheur de tous , qui att^iche notre gloire à celle de la Patrie. Le premier fait les oppresseurs et les tvrans ; le second , les défenseurs de l'humanité.

Le vice et la vertu font les destins de la terre : ce sont les deux génies opposés qui se la disputent. La source de l'un et de l'autre est dans les passions des honmies ; selon la direction qui est donnée à ses passions , l'honnne s'élève jusqu'aux Cieux ou s'enfonce dans des abîmes fangeux. Or, le but de toutes les institutions sociales, c'est de les diriger vers la justice, qui est à la fois le bonheur public et le bonheur privé.

Le fondement unique de la société civile , c'est la morale A quoi done

se réduit cette science mj'stérieuse de la politique et de la législation ? A mettre dans les lois , dans l'administration , les vérités morales reléguées dans les livres des pliilosophes , et à apj)liquer a la conduite des peuples les notions triviales de probité que chacun est force d'adopter pour sa conduite piivée ; c'est-à-dire à employer autant d'habileté à faire régner la justice que les gouvernements en ont mis jusqu'ici à être injustes impunément ou avec bienséance.

Vous vovez combien d'art les rois et leurs complices ont épuisé pour échapper à l'application de ces principes , et pour obscurcir toutes les notions du juste et de l'injuste

Suit une violente attaque contre les d'Orléans , Lafayetle , Dumouriez, Brissot, les Girondins, Hébert, Danton ; puis l'orateur continue :

Que voulaient-ils ceux qui , au sein des conspirations dont nous étions environnés y au milieu des embarras d'une telle guerre , au moment où les torches de

la discorde civile fumaient encore, attaquèrent tout à coup les cultes par la violence pour s'ériger eux-mêmes en apôtres fougueux du néant et en missionnaires fanatiques de l'athéisme ? Quel était le but de cette grande opération tramée dans les ténèbres de la nuit , a Tinsu de la Convention nationale par des prêtres , par des étrangers et par des conspirateurs? Etait-ce l'amour de la Patrie? La Patrie

leur a déjà infligé le supplice des traîtres Etait-ce le désir de hâter le

triomphe de la raison ? Mais on ne cessait de l'outrager par des violences absurdes et par des extravagances concertées pour la rendre odieuse ; on ne semblait la reléguer dans les temples que pour la bannir de la République

Heureusement le génie du peuple français , sa passion inaltérable pour

la liberté , la sagesse avec laquelle vous avez averti les patriotes de bonne foi qui pouvaient être entraînés par l'exemple dangereux des inventeurs de cette machination , enfin le soin qu'ont pris les })rétres eux-mêmes de désabuser le peuple sur leur propre compte , toutes ces causes ont prévenu la plus grande partie des inconvénients que nos amis en attendaient. C'est à vous de faire cesser les autres.

Ne consultez que le bien de la Patrie et les intérêts de l'humanité. Toute

institution , toute doctrine qui console et qui élève les âmes , doit être accueillie ; rejetez toutes celles qui tendent à les dégrader et à les corrompre. Ranimez , exultez tous les sentiments généreux et toutes les grandes idées morales qu'on a voulu éteindre

Qui donc t'a donné mission d'annoncer au peuple que la Divinité n'existe pas , à toi qui te passionnes pour cette aride doctrine , et qui ne te passionnas jamais pour la Patrie ? Quel avantage trouves-tu à persuader à l'homme qu'une force aveugle préside à ses destinées et frappe au hasard le crime et la vertu ; que son âme n'est qu'un souffle léger qui s'éteint aux portes du tombeau ?

L'idée de son néant lui inspire-t-elle des sentiments plus purs et plus élevés que celle de son immortalité ? Lui inspirera-t-elle plus de respect pour ses semblables et pour lui-même , plus de dévouement pour la Patrie , plus d'audace à braver la tvrannie , })lus de mépris j)our la mort ou pour la volupté î Vous qui regrettez un ami vertueux , vous aimez à penser que la plus belle partie de luimême a échappé au trépas ! Vous qui pleurez sur le cercueil d'un fils ou d'une épouse , êtes-vous consolé par celui qui vous dit qu'il ne reste plus d'eux qu'une vile poussière î L'inuocence sur l'échafaud fait pâlir le t^ran sur son char de triomphe : aurait-elle cet ascendant, si le tombeau égalait l'oppresseur et l'opprimé? Malheureux sophiste ! De quel droit viens-tu arracher à l'innocenc« le sceptre de la raison pour le remettre dans les mains du crime , jeter un voile funèbre sur la nature, désespérer le malheur, réjouir le crime, attrister la vertu, dégrader l'humanité ? Plus un homme est doué de sensibilité et de génie , plus il s'attache aux idées qui agrandissent son être et qui élèvent son cœur : et la doctrine des hommes de cette trempe devient celle de l'univers. Eh ! comment ces idées ne

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seront-elles point des vérités 9 Je ne conçois pas du moins , comment la nature Borait pu suggérer à l'homme des fictions plus utiles que toutes les réalités ; et si l'existence de Dieu , si l'immortalité de l'âme étaient des songes , elles seraient encore la plus belle de toutes les conceptions de l'esprit humain.

Je n'ai plus besoin d'observer qu'il ne s'agit pas ici de faire le procès à aucune opinion philosophique en particulier , ni de contester que tel philosophe ne peut être vertueux , quelles que soient ses opinions , et même en dépit d'elles , par la force d'un naturel heureux , ou d'une raison supérieure. Il s'agit de considérer l'athéisme comme national , et lié à un système de conspiration contre la République.

Mais que vous importent , à vous législateurs , les hvpothèses diverses , par

lesquelles certains philosophes expliquèrent les phénomènes de la nature ?

Aux veux du législateur, tout ce qui est utile au monde et bon dans la pratique , «t la vérité. L'idée de l'Etre suprême et de l'immortalité de l'âme est un rappel continuel à la justice : elle est donc sociale et républicaine. La nature a mis dans l'homme le sentiment du plaisir et de la douleur, qui le force à fuir les objets phyoques qui lui sont nuisibles et à chercher ceux qui lui conviennent. Le chefd'oBuvre de la société serait de créer en lui , pour les choses morales , un instant

rapide , qui le portât à faire le bien et à éviter le mal Or, ce qui produit ou

'^place cet instinct précieux, ce qui supplée à l'insuffisance de l'autorité humaine,

cwl le sentiment religieux qu'imprime dans les âmes l'idée d'une sanction donnée

■"'^préceptes de la morale par une puissance supérieure à l'homme. . . Vous vous

^^erez bien de briser le lien sacré qui unit les hommes à l'auteur de leur être.

«uflit même que cette opinion salutaire ait régné chez un peuple pour qu'il soit

^g^reux de la détruire : car les motifs des devoirs et les bases de la moralité

^*Qt nécessairement liés à cette idée , l'effacer, c'est démoraliser le peuple. Il

"^ult^ du même principe qu'on ne doit pas attaquer un culte établi , qu'avec

Pfuaexice j et avec une certaine délicatesse , de peur qu'un changement subit et

"Wlent ne paraisse une atteinte portée à la morale et une dispense de la probité

même

vM est-ce que les conjurés avaient mis à la place de ce qu'ils détruisaient ? Rien,

'i ce XX 'est le chaos , le vide et la violence

^^ l«s principes que j'ai développés jusqu'ici sont des erreurs, je me trompe

ûunxoins avec ce que tout le monde révère Un grand homme , un véritable

neroB s'estime trop lui-même pour se complaire dans l'idée de son anéantissement.

^^•c^lérat , méprisable à ses propres yeux , horrible à ceux d'uutrui , sent que la

oa^^i^ ne peut lui faire de plus beau présent que le néant. Caton ne balança point

^^ Epicurc et Zenon. Brutus et les illustres conjurés qui partagèrent ses périls

^^ gloire appartenaient aussi à cette secte sublime des stoïciens, qui eut des

"^ li hautes de la dignité de l'homme , qui poussa si loin Tenthousiasme de la

vertu, et qui montra tant d'héroïsme... La secte épicurienne revendiquait sans doute tous les scélérats qui opprimèrent leur patrie , et tous les lâches qui la laissèrent op])rimer...; et comme dans tous les temps , le cœur humain est au fond le même , il sera facile d'appliquer les observations que je viens de faire au moment actuel , et même au temps qui a précédé immédiatement notre révolution. Il est bon de jeter un coup d'oeil sur ce temps , ne fut-ce que pour pouvoir expliquer une partie des phénomènes qui ont éclaté.

Depuis longtemps , les observateurs éclairés pouvaient a])ercevoir quelques svmptômes de la révolution actuelle. Tous les événements importants y tendaient , les causes mémo des particuliers susceptibles de quelque éclat s'attachaient à une intiit^ue politique. Les hommes de lettres renommés commençaient à obtenir quelque influence dans les allidres. Les plus ambitieux a\ aient formé dès lors une espèce de coalitiim qui au|^mentait leur importance : ils semblaient s'être partagés en deux sectes , dont l'une défendait bêlement le clergé et le despotisme. La plus puissante et la plus illustre était celle qui fut connue sous le nom d*encj/clopédùies ; elle renfermait quelques hommes estimables . et un plus grand nombre de charlatans et d'ambitieux ; quiconque ignorerait son influence et sa politique , n'aurait qu'une idée incomplète de la préface de notre révolution. Celte secte , en matière de politique, resta toujours au-dessous des droits du peuple; en matière de

morale , elle aHa beaucoup au-delà de la destruction des préjugés religieux

J'ai dit que ces corv])héos étaient ambitieux ; les agiUitions . qui annonçaient un grand changement dans l'ordre politique des choses , avaient pu étendre leurs vues. On a remarqué que j)lusieurs d'entre eux avaient des liaisons intimes avec la maison d'Orléans . et la constitution anglaise était le chef-d'œuvre de la politique et le maximum du bcmheur social.

Parmi ceux qui . au temps d«)nt je ])arle , se signalèrent dans la carrière des lettres et de la philosophie , un homme , par l'élévation de son ême , se montra digne du ministère de ])récepteur du genre humain. 11 attaqua la tjTannie avec franchise, il parla avec enthousiasme de la Divinité : la ])ureté de sa doctrine , puisée dans la nature et dans la haine profonde du vice , lid attira la haine de ses rivaux et de ses faux amis. Ah ! s'il avait été témoin de cette révolution , dont il fut le précurseur, et qui l'a porté au Panthéon , qm peut douter que son ftme généreuse eût embrassé avec lrans|)ort la cause de la justice et de l'égalité.

Hommes petits et vains . rougissez , s'il est possible ; les prodiges qui ont imnmrtalisé cette époque de l'histoire humaine , ont été opérés malgré vous et

sans vous Ennemis du peuple , qui que vous sovez , jamais la Convention

nationale ne favorisera votre perversité Fanatiques , n'espérez rien de nous.

Rappeler les honmies au culte jûcux de l'Etre suprême , c'est porter un coup mortel au fanatisme. Sans contrainte , sans pereécutions, toutes les sectes doivent se confondre elles-mêmes dans la reliirion univereelle de la nature.

FÊTE DE l'être-suprême. 99

Attachons la morale à des bases étemelles et sacrées ; inspirons à l'homme ce respect religieux pour l'homme , ce sentiment profond de ses devoirs qui est la seule garantie du bonheur social. Il ne s'agit plus de former des messieurs , mais

des citoyens ; la Patrie seule a le droit d'élever ses enfants

D est cependant une sorte d'institution qui doit être considérée comme partie essentielle de l'éducation publique : je veux parler des fêtes publiques.

Rassemblez les hommes , vous les rendrez meilleurs , car ils chercheront à se plaire , et ne pourront se plaire que par les choses qui les rendront estimables ; donnez à leur réunion un grand motif moral et politique et l'amour des choses

honnêtes entrera avec le plaisir dans tous les cœurs Un système de fêtes

nationales bien entendu serait à la fois le plus doux lien de paternité et le plus

puissant moyen de régénération Qu'elles puisent leur intérêt et leur

nom même dans les événements de notre Révolution , que toutes soient

célébrées sous les auspices de l'Être suprême , qu'elles lui soient consacrées ; qu'elles s'ouvrent et qu'elles finissent par un hommage à sa puissance et à la liberté.

Toutes les vertus se disputent le droit de présider à nos fêtes. Instituons une

fête plus touchante : la fête du Malheur Tu obtiendras aussi des hommages,

ô toi qui jadis unissait les héros et les sages , divine Amitié ; tu retrouveras dans

les Français républicains ta puissance et tes autels

Malheur à celui qui cherche à éteindre le sublime enthousiasme et à étouffer par de désolantes doctrines cet instinct moral du peuple , qui est le principe de toutes les grandes actions ! C'est à vous , représentants du peuple, qu'il appartient de faire triompher ces vérités : le vaisseau qui porte la fortune de la République n'est pas destiné à faire naufrage , il vogue sous vos auspices , et les tempêtes seront forcées de le respecter.

Asseyez-vous donc sur les bases immuables de la justice et ravivez la morale publique. C'est peu d'anéantir tous les rois de l'Europe , il faut faire respecter à ^us les peuples le caractère du peuple français. Défions-nous de l'ivresse même du succès : soyons terribles dans les revers , modestes dans nos triomphes , et fixons , au milieu de la paix , la sagesse par le bonheur et la morale.

Voilà le véritable but de nos travaux ; voilà la tâche la plus héroïque et la plus difficile. Nous croyons concourir à ce but en vous proposant le décret suivant :

Art. I. — Le peuple français reconnaît l'existence de l'Être-Suprême et l'iminortalité de l'ftme.

II. — Il reconnaît que le culte de TÊtre-Suprême est la pratique des devoirs ^e l'homme.

IV. — Il sera institué des fêtes pour rappeler l'homme à la pensée de la Divinité et à la dignité de son être.

VI. — La République française célébrera tous les ans les fêtes des 14 juillet 1789 , du 10 août 1792 , du 21 janvier 1793 , du 31 mars 1793.

VII. — Elle célébrera aux jours de décadis , des fêtes : à rÊtre-Suprôme et à la Nature ; — au Genre humain ; — au Peuple français ; — aux Bienfaiteurs de l'Humanité ; — aux Martyrs de la Liberté ; — à la Liberté et à l'Égalité ; — à la République ; — à la Liberté du Monde ; — à l'Amour de la Patrie ; — à la Haine des Tjrans et des Traîtres ; — à la Vérité ; — à la Justice ; — à la Pudeur ; — à la Gloire et à l'Immortalité ; — à l'Amitié ; — à la Frugalité ; — au Courage ; — à la Bonne Foi ; — à l'Héroïsme ; — au Désintéressement ; — au Stoïcisme ; — à l'Amour ; — à la Foi conjugale ; — à l'Amour paternel ; — à la Tendresse maternelle ; — à la Piété filiale ; — à l'Enfance ; — à la Jeunesse; — à l'Age viril ; — à la Vieillesse ; — au Malheur ; — à l'Agriculture ; — à l'Industrie ; — à nos Aïeux ; — à la Postérité ; — au Bonheur.

XI. — La liberté des cultes est maintenue conformément au décret du 13 frimaire.

XIII. — En cas de troubles , dont un culte quelconque serait l'occasion ou le motif , ceux qui les exciteraient par des prédications fanatiques ou par des insinuations injustes et gratuites , seront également punis par la rigueur des lois.

XV. — Il sera célébré le 20 prairial prochain une fête nationale en l'honneur de l'Étre-Supréme. David est chargé d'en présenter le plan à la Convention nationale.

Ce décret fut adopté et , à l'instigatioii des Jacobins , les plus fermes soutiens de Robespierre , un grand nombre de sociétés et de municipalités félicitèrent la Convention.

La fête s'annonçait comme devant avoir un grand succès. David en avait réglé le programme ainsi qu'il suit :

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