FÊTE DE L'ÊTRE-SDPRÊME
A l'aspect de l'astre bienfaisant qui vivifie et colore la nature , amis , frères , époux , enfans , vieillards et mères , s'embrassent , et s'empressent , à l'envi , d'orner et de célébrer la Divinité.
L'on voit aussi-tôt les banderoles tricolores flotter à l'extérieur des maisons , les portiques se décorent de festons de verdure ; la chaste épouse tresse de fleurs la chevelure flottante de sa fille chérie ^ tandis que l'enfant à la mamelle presse le sein de sa mère, dont il est la plus belle parure ; le fils au bras vigoureux se saisit de ses armes : il ne veut recevoir le baudrier que des mains de son père ; le vieillard y souriant de plaisir, les jeux mouillés des larmes de la joie , sent rajeunir son âme et son courage en présentant l'épée au défenseur de la liberté.
Cependant, l'airain tonne : à l'instant les habitations sont désertes ; elles restent sous la sauvegarde des loix et des vertus républicaines ; le peuple remplit les rues et les places publiques ; la joie et la fraternité l'enflamment. Ces groupes divers , parés des fleurs du printems , sont un parterre animé , dont les parfums disposent les âmes à cette scène touchante.
Les tambours roulent ; tout prend une forme nouvelle. Les adolescens , armés de fusils, forment un bataillon quarré autour du drapeau de leurs sections respectives. Les mères quittent leurs fils et leurs époux : elles portent à la main des bouquets de roses ; leurs filles , qui ne doivent jamais les abandonner que pour passer dans les bras de leur époux , les accompagnent , et portent des corbeilles remplies de fleurs. Les pères conduisent leurs fils , armés d'une épée : l'un et l'autre tiennent à la main une branche de chêne.
Tout est prêt pour le départ ; chacun brûle de se rendre au lieu où doit commencer cette cérémonie , qui va réparer les torts des nouveaux prêtres du crime et de la royauté.
Une salve d'artillerie annonce le moment désiré ; le peuple se réunit au jardin national. Là , il se range autour d'un amphithéâtre destiné pour la Convention. Les portiques qui l'avoisinent sont décorés de guirlandes de verdures et de fleurs, entremêlés de rubans tricolores.
Les sections arrivées , les autorités constituées , le peuple , annoncent à la représentation nationale que tout est préparé pour célébrer la fête de l'Être Suprême.
La Convention nationale , précédée d'une musique éclatante , se montre au peuple. Le Président parolt à la tribune élevée au centre de l'amphithéâtre ; il fait sentir les motifs qui ont déterminé cette fête solennelle ; il invite le peuple à honorer l'auteur de la nature.
ndit. Le peuple fait retentir les airs de ses cris d'allégresse.
Tel se fait entendre le bruit des vagues d'une mer agitée, que les vents sonores du midi soulèvent et prolongent en échos dans les vallons et les forêts lointaines.
Au bas de l'amphithéâtre s'élève un monument où sont réunis tous les ennemis
de la félicité publique ; le monstre désolant de l'Athéisme j domine ; il est sontenu par l'ambition , Tégoïsme , la discorde et la fausse simplicité , qui , à travers les haillons de la misère, laisse entrevoir les omemens dont se parent les esclaves de la rojauté.
Sur le front de ces figures , on lit ces mots :
Seul espoir de f étranger.
n va lui être ravi. Le président s'approche , tenant entre ses mains un flambeau; le groupe s'embrase , il rentre dans le néant avec la même rapidité que les conspirateurs qu'a frappés le glaive de la Loi.
Du milieu de ces débris s'élève la Sagesse , au front calme et serein ; à son aspect , des larmes de joie et de reconnaissance coulent de tous les jeux. Elle console l'homme de bien que l'Athéisme vouloit réduire au désespoir. La fille du ciel semble dire : Peuple , rends hommage à l'auteur de la nature ; respecte ses décrets imnmables. Périsse l'audacieux qui oseroit y porter atteinte I Peuple généreux et brave , juge de ta grandeur par les moyens qu'on emploie pour t'égarer. Tes hypocrites ennemis connoissent ton attachement sincère aux lois de la raison , et c'est par là qu'ils vouloient te perdre ; mais tu ne seras plus dupe de leur imposture ; tu briseras toi-même la nouvelle idole que ces nouveaux Druides vouloient relever par la violence.
Après cette première cérémonie , que termine un chant simple et jojeux , le bruit des tambours se fait entendre , le son perçant de la trompette éclate dans les airs. Le peuple se dispose , il est en ordre , il part. Deux colonnes s'avancent : les hommes d'un côté /les femmes de l'autre , marchent sur deux files parallèles. Le bataillon quarré des adolescens marche toujours dans le même ordre. Le rang des sections est déterminé par la lettre alphabétique. Au milieu du peuple paroisscnt ses représentans ; ils sont environnés par V Enfance , ornée de violettes ; l'o^fo&fcence , de mjrthes ; la virilité , de chênes ; et la vieillesse aux chevaux blancs , de pampre et d'olivier. Chaque représentant porte à la main un bouquet d'épis de bled , de fleurs et de fruits , symbole de la mission qui lui a été confiée ; mission qu'ils rempliront en dépit des obstacles renaissant sous leurs pas.
Au centre de la représentation nationale , quatre taureaux vigoureux , couverts de festons et de guirlandes , traînent im char sur lequel brille un trophée composé des instrumens des arts et métiers, et des productions du territoire français. « Vous qui vivez dans le luxe et dans la mollesse ; vous dont l'existence n'est qu'un pénible sommeil , peut-être vous oserez jeter un regard de mépris sur ces utiles instrumens. Ah ! fuyez , fuyez loin de nous ; vos âmes corrompues ne sauroient goûter les jouissances simples de la nature ? Et toi , peuple laborieux et sensible , jouis de ton triomphe et de ta gloire ; dédaigne les vils trésors de tes lâches ennemis ; n'oublie pas surtout que les héros et les bienfaiteurs de l'humanité