‹ Le Champ de Mars, 1751-1889Chapitre 35 sur 99 · FÊTE DE L'ÊTRE-SDPRÈME · texte numérisé non relu

FÊTE DE L'ÊTRE-SDPRÈME

conduisoient la charrue de la même main qui a voit vaincu les -rois et leurs satellites. »

Après avoir, durant la marche , couvert d'offrandes et de fleurs la statue de la Liberté, le cortège arrive au champ de la Réunion. « Ames pures, cœurs vertueux, c'est ici que vous attend une scène ravissante , c'est ici que la Liberté vous a ménage ses plus douces jouissances. »

Une montagne immense devient l'autel de la Patrie ; sur sa cime s'élève l'arbre de la Liberté ; les représentans s'élancent sous ses rameaux protecteurs ; les pères avec leurs filssc groupent sur la partie de la montagne qui leur est désignée ; les mères avec leurs filles se ran^rent de l'autre côté. Leur fécondité et les vertus de leurs époux sont les seuls titres qui les y ont conduites. Un silence profond règne de toutes parts, les accords touchants d'ime musique harmonieuse se font entendre ; les pères, accompagnés de leurs fils , chantent une première strophe. Ils jurent ensemble de ne plus poser les armes qu'après avoir anéanti les ennemis de la République; tout le j)euple répète la finale. Les filles avec leurs mères, les veux fixés vers la voûte céleste , chantant une seconde strophe : celles-ci promettent de n'épouser jamais que des hommes qui auront servi la patrie ; les mères s'enorgueillissent de leur fécondité. Nos enfants , disent-elles , après avoir purgé la terre des tyrans coalisés contre nous , reviendi'ont s'acquitter d'im devoir cher à leur cœur ; ils fermeront la paupière de ceux dont ils ont recju le jour. Le peuple répète les expressions de ces sentimens sublimes , inspiré par l'amour sacré des vertus.

Une troisième et dernière strophe est chantée par le peuple entier. Tout s'émeut, tout s'agite sur la montagne : hommes , fenunes , filles , vieillards , enfans ; tous font retentir l'air de leurs accens. Ici les mères pressent les enfans qu'elles allaitent ; là , saisissant les plus jeimes de leurs enfans mâles , ceux qui n'ont point assez de force pour accompagner leurs pères , et les soulevant dans leurs bras , elles les présentent en hommage à l'auteur de la nature. Les jeunes filles jettent vers le ciel les fleurs qu'elles ont apportées : seule propriété dans un âge aussi tendre.

Au même instant , et simultanément , les fils , brûlant d'une ardeur guerrière , tirent leurs épées , les déposent dans les mains de leurs vieux pères ; ils jurent de les rendre partout victorieuses ; ils jurent de faire triomj)her partout l'égalité et la liberté contre l'oppression des tvrans. Partageant l'enthousiasme de leurs fils , les "vieillards ravis , les embrassent , et répandent sur eux les bénédictions paternelles.

Une décharge formidable d'artillerie , interprète de la vengeance nationale , enflamme le courage de nos républicains. Elle leur annonce que le jour de gloire est arrivé. Un chant mâle et guerrier, avant-coureur de la victoire , répond au bruit du canon. Tous les français confondent leurs sentiments dans un embrassement fraternel ; ils n'ont plus qu'une voix , dont le cri général ; Vive la RépubUqtie , monte yers la Divinité.

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à la main des bouquets de roses a symbole des grâces )> , les jeunes filles, des corbeilles de fleurs « symbole de la jeunesse », les hommes, des branches de chêne « symbole de la force et de la liberté ».

Une première halte eut lieu au Jardin national. La Convention s'y était rendue directement. Robespierre, en sa qualité de président , y prononça un discours invitant le peuple à honorer rÊtre suprême , puis il mit le feu à une figure de toile représentant V Hydre de V Athéisme; lorsque ce mannequin fut consumé, la statue de la Sagesse apparut à sa place, et Robespierre prononça un second discours sur la nécessité de combattre les « vices ligués contre la République ». .

Un roulement de deux cents tambours annonça alors la reprise de la marche. Le cortège, considérablement grossi, se dirigea vers le Champ de la Réuïiwn. Un détachement de cavalerie précédé de trompettes , ouvrait la marche ; puis venaient les sapeurs-pompiers, les canonniers des quarante-huit sections, cent tambours, vingt-quatre sections sur deux colonnes.

Un corps de musique précédait un char surmonté de trophées et d'instruments d'arts et métiers ; ce char portait en outre des échantillons des produits du sol français ; suivaient cent tambours , et vingt-quatre autres sections au milieu desquelles se trouvait un char d'enfants aveugles chantant des hymnes à la Divinité.

Des cavaliers fermaient la marche.

Au Champ de Mars, une Montagne y qui fut fort admirée, avait été élevée sur l'emplacement de l'autel de la Patrie. Des rochers , des broussailles , un arbre , donnaient l'illusion d'une montagne naturelle. En arrivant au Champ de Mars la colonne des femmes se développa à droite , celles des hommes à gauche. Autour de la montagne se forma , en cercle , le bataillon des adolescents.

Sur la montagne elle-même, se placèrent, à droite des vieillards et des jeunes gens ; à gauche des jeunes filles et des mères de famille.

Les membres de la Convention, vêtus de l'habit bleu barbeau, l'écharpe tricolore à la ceinture, et portant un bouquet de ûeurs et d'épis de blé , occupaient le sommet de la montagne.

Auprès d'eux se tenaient des musiciens qui exécutèrent un Hymne à VÉire Suprême^ dont les paroles étaient de Th. Desorgues et la musi(iue de Gossec :

Père de runivers , suprême intelligence , Bienfaiteur ignoré des aveugles mortels , Tu révélas ton nom à la reconnaissance Qui seule éleva tes autels.

Ton temple est sur les monts , dans les airs , sur les ondes , Tu n'as point de passé , tu n'as point d'avenir, Et sans les occuper, tu remplis tous les mondes , Qui ne peuvent te contenir.

Tout émane de toi , grande et première cause . Tout s'épure aux rajons de ta divinité ; Sur ton culte immortel la morale repose , Et sur les mœurs la Liberté.

Pour venger leur outrage et la gloire offensée , L'auguste Liberté , ce fléau des pervers , Sortit au même instant de ta vaste pensée Avec le plan de l'univers.

Dieu puissant ! elle seule a vengé ton injure ; De ton culte elle-même , instruisant les mortels , Leva le voile épais qui couvrait la nature Et vint absoudre tes autels.

0 toi , qui du néant , ainsi qu'une étincelle , Fais jaillir dans les airs l'astre éclatant du jour Fais plus... verse en nos cœurs ta sagesse immortelle. Embrase-nous de ton amour ;

De la haine des rois anime la Patrie , Chasse les vains désirs ; l'injuste orgueil des rangs , Le luxe corrupteur, la basse flatterie Plus fatale que les tyrans.

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Dissipe nos errears , rends-nous bons . rends-nons justes , Règne , règne aunlelà du tout illimité . Enchaîne la nature à tes décrets augustes , Laisse à l'homme la Liberté.

Dès que rhjTnne à TÊtre Suprême eut été exécuté, les \ieillar(ls, les adolescents, les hommes et les femmes, placés sur la montagne , entonnèrent alternativement , puis tous ensemble , sur Pair de la Marseillaise , les strophes d'un chant de Marie- Joseph Chénier :

Les hommes:

Dieu puissant . d'un peuple intrépide , C'est toi qui défends les remparts ; La victoire a , d'un vol rapide , Accompagné nos étendards bis, .

Les Alpes et les Pyrénées Des rois ont vu tomber l'orgueil ; Au nord , nos champs sont le cercueil De leurs phalanges consternées.

Avant de déposer nos glaives triomphants , Jurons [bis d'anéantir le crime et les tvrans.

Les femmes :

Entends les vierges et les mères , Auteur de la fécondité ; Nos époux , nos enfants , nos frères Combattent pour la liberté [bis].

Et si quelque main criminelle Terminait des destins si beaux , Leurs fils viendront sur leurs tombeaux Venger la cendre paternelle.

Le chœur :

Avant de déposer vos glaives triomphants , Jurez [fns] d'anéantir le crime et les tyrans.

Les hommes et les femmes:

Guerriers , offrez votre courage ,

Jeunes filles , ofiprez des fleurs ,

Mères , offrez pour votre hommage

Vos fils vertueux et vainqueurs [^ù] ,

Vieillards , dont la mftle sagesse ,

N'instruit que par des actions ,

Versez vos ) , , ,j. ..

I bénédictions,

Versons nos )

Sur les âmes de la jeunesse.

Le chœur.

Avant de déposer j j glaives triomphants ,

' nos )

Ibis^ ! d'anéantir le crime et les tvrans. Jurez ^ ' )

A la dernière strophe, les jeunes filles jetèrent des fleurs vers le ciel, les adolescents tirèrent leurs sabres et jurèrent de rendre leurs armes \ictorieuses. Les vieillards , étendant leurs mains , leur donnèrent la bénédiction paternelle.

Une décharge générale d'artillerie salua la fin de la cérémonie officielle, et tous les assistants se retirèrent aux cris de « Vive la République ». Le soir, des réjouissances eurent lieu par toute la ville.

Comme l'espérait son organisateur, la fête de l'Être suprême fut une des plus originales et des plus grandioses de la période révolutionnaire : elle est encore plus digne d'attention , si Ton songe aux conséquences qu'elle devait avoir et à l'influence qu'elle exerça indirectement sur la marche de la Révolution.

Robespierre y avait paru comme le pontife d'une religion nouvelle. Il avait affecté , en sa qualité de président de la Convention, de marcher constamment à-l'écart, en avant de ses collègues , le chapeau couronné d'un panache flottant. Sa vanité

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fut satisfaite , sans doute , mais son attitude dominatrice donna une grande apparence de vérité aux accusations qui le désignaient comme chef occulte du gouvernement. Certains même commençaient à dire que le sang versé ne l'avait été que pour asseoir plus sûrement sa puissance. Les Hébertistes , les Dantonistes, les amis de Camille Desmoulins, directement menacés, s'unirent alors , et se préparèrent à la résistance.

Déjà , pendant la cérémonie , des mots menaçants avaient été prononcés : on avait fait allusion au poignard de Brutus. « La Roche Tarpéienne est près du Capitole » , avait dit Bourdon (de l'Oise).

Dans la séance du 1 1 prairial an III (30 mai 1795), Lanjuinais demandait à la Convention nationale de rendre à l'exercice des cultes , les églises de Paris. Un décret fixant les conditions de cette restitution, était adopté, séance tenante.

Le 6 brumaire an Vil (27 octobre 1798) , trois ans plus tard , le Moniteur publiait , disposé par arrondissements , le tableau des édifices « remis à l'usage » des citoyens du canton de Paris , par le décret du 11 prairial an III.

Pour le P*" arrondissement , l'Eglise St-Philippe du Roule , rendue au culte, était consacrée à la Concorde;

Pour le 2® arrondissement , l'Eglise St-Roch était consacrée au génie ;

Pour le 3® arrondissement, l'Eglise St-Eustache était consacrée à V AgincuUure ;

Pour le 4^ arrondissement , l'EgUse St-Germain-1'Auxerrois , était consacrée à la reconnaissance;

Pour le 5^ arrondissement, l'Eglise St-Laurent, était consacrée et la vieillesse ;

Pour le 6® arrondissement , l'Eglise St-Nicolas-des-Champs , était consacrée à V Hymen ;

Pour le 7® arrondissement , l'Eglise St-Merry , était consacrée au Commerce;.

Pour le 8® arrondissement, l'Eglise Ste-Marguerite , était consacrée à la Liberté et à V Egalité;

Pour le 9® arrondissement, l'Eglise Str-Grervais, était consacrée à la Jeunesse;

L'Eglise Notre-Dame était consacrée à VÊPre suprême; (ce On a pensé , dit le rédacteur de la note officielle , que pour imposer silence aux ennemis de la chose publique , qui affectent d'accuser d'athéisme et d'irréligion les autorités constituées , on devait consacrer l'édifice le plus vaste , le plus majestueux et le plus central des cantons de Paris, à VÈtre suprême ».)

Pour le 10^ arrondissement, l'Eglise St-Thomas d'Aquin, était consacrée à la Paix ;

Pour le IP arrondissement, l'Eglise St-Sulpice, était consacrée à la Victoire;

Pour le 12® arrondissement, l'Eglise St-Jacques-du-Haut- Pas, était consacrée à la Bienfaisance;

L'Eglise St-Médard était consacrée au Travail;

L'Eglise Str-Etienne-du-Mont était consacrée à la Piété filiale*

fia

21 Octobre 1794. (.lu Vkndémiairb an- 111).

OMME toutes les réactions , la réaction Theruiidorienne dépassait son but : les hommes les plus intègres, les plus énergiques de la Révolution étuient morts ou déteuus. De nouvelles idées , un autre idéal animaient le gouvernement.

La Convention avait décidé de célébrer, le 30 vendémiaire, sous le nom de Fête des Victoires, la libération du territoire ; mais Da\id , l'organisateur des fêtes de la période révolutionnaire, n'était plus là pour tracer le plan de cette solennité. Il attendait en prison qu'on statuât sur son sort.

Appelé à le remplacer , Marie-Joseph Chénier prenait le 27 vendémiaire la parole au nom du Comité d'instruction publique. David vaincu allait être dans ce discours l'objet de plus d'une attaque injuste.

Citoyens représentants , dit Cbi'-nier, les arts et les sciences se réveillent à voire vaix. Les talents ne crai^ent plus la hache , el la réputation n'est plus un crime. Votre Comilé d'instruction publique redouble chaque jour d'efforts pour opérer promptement la restauration des lettres en France. Une commission sage, éclairée, laborieuse , amie de la philosophie , et par conséquent des hommes , a remplacé

cette commission imbécile et conspiratrice , qui , sous le joug sanglant de Robespierre , organisait avec tant de soins l'ignorance et la barbarie. Il faudra bien encore épurer la commission temporaire des Arts , et j porter comme en triomphe ces artistes célèbres et opprimés , qui n'avaient commis d'autres délits que d'avoir offensé , par des succès mérités , l'orgueil d'un rival bassement jaloux...

. . . Tandis que le comité d'instruction , marchant avec vous, et fort de votre volonté , rappelle , autour de la représentation nationale y tous les arts , toutes les

sciences , toutes les facultés intellectuelles , déjà les fêtes publiques , plus

sagement dirigées , moins chargées d'oripeaux civiques et de guenilles à prétention , échappent au despotisme des imaginations bizarrement stériles et du caprice en délire , et commencent à porter un caractère conforme au génie du peuple , un caractère à la fois simple et grand.

... La fête que vous avez décrétée , pour l'évacuation du territoire de la République y doit être animée du même esprit général, (que la fête de J.-J. Rousseau j dont Chénier avait parlé) , mais offrir dans ses détails un caractère plus mftle et plus sévère. Les sages réflexions présentées dans cette tribune ont fait sentir qu'il fallait renoncer à ces processions étemelles , qui consument une journée entière , qui fatiguent le peuple sans l'amuser, et qui ne peuvent avoir de motif raisonnable que lorsque l'objet de la fête est de porter au Panthéon la cendre triomphale d'un grand homme. On a senti également qu'il fallait , au moins pour l'instant , renoncer à ces représentations scéniques , qui , ne pouvant occuper qu'une très petite portion du peuple , et qui répétées abusivement sur tous les théôtres de France , n'ont fait que donner aux entrepreneurs de ces théâtres l'occasion de réclamer des indemnités , dont la somme devient chaque jour plus effrajrante.

On a cru devoir présenter aux veux des Français quelques essais de c^le gymnastique , que perfectionneront le temps et le génie national. Des jeux militaires exécutés dans le Champ de la Fédération par cette colonie des Spartiates , par ces jeunes élèves de l'Ecole de Mars , au milieu des trophées de nos quatorze armées triomphantes , au milieu de nos braves soldats , si glorieusement mutflés pour la cause de la Liberté ; une musique fière et belliqueuse animant des danses civiques ; des hvmnes préparant de nouvelles victoires en chantant les victoires passées ; le temple de l'Immortalité s'ouvrant devant le peuple , devant ses représentants , devant ses défenseurs , devant les guerriers naissants qui , dans leurs jeux , s'accoutument à vaincre ; le président de la Convention nationale , gravant , pour l'Histoire et pour les siècles , sur la pvramide du temple de l'Immortalité , le nom des armées de la République et l'énumération de leurs victoires : voilà les principales images qui ont paru dignes d'être présentées au peuple français triomphant des tjrans de l'Europe , et préparant par des conquêtes , la paix qu'il doit un jour accorder au monde.

Le reste doit être abandonné au génie de ce peuple même , dont les pensées sont grrandes , parce qu'elles sont libres , et dont la présence agrandit tous les arts , parce qu'il est près de la nature , que tous les arts doivent imiter.

Et Chénier proposait à la Convention le plan suivant , qui fut adopté :

Le matin de ce jour, 30 vendémiaire an III , à neuf heures précises , la force armée des sections de Paris se rassemblera au Champ de la Fédération , avec drapeaux et flummes.

Les blessés des diverses armées et les militaires invalides se rassembleront autour du rocher élevé au milieu du champ.

La Convention nationale se réunira dans la maison de l'Ecole Militaire.

Aussitôt que la force armée de Paris . les blessés et les militaires invalides seront assemblés , la Convention nationale se rendra sur le rocher élevé au milieu du champ, et qui offrira l'aspect d'une redoute.

L'Institut national de musique précédera la Convention , et se placera sur le rocher, à l'endroit qui lui sera indiqué.

Le président , placé avec la Convention nationale sur le sommet du rocher, prononcera un discours , après lequel on exécutera le Chant du dépari , paroles du représentant Chénier, musique du citoyen Méhul.

Les élèves du Camp de Mars feront ensuite l'attaque simulée d'une forteresse qu'ils emporteront d'assaut.

Celte forteresse soumise , la Convention nationale descendra du rocher pour se ï^dre au temple de l'Immortalité , au milieu du champ , entre le rocher et l'Ecole Militaire.

Les" élèves du Camp de Mars , entourant les blessés des armées , et suivis du char de la Victoire , formeront une marche triomphale qui se rendra au temple de llmraorlalilé , après avoir fuit le tour du champ de la Fédération.

Les trophées seront déposés au sein de la représentation nationale , et le prési- »^^ , au nom du peuple français , gravera sur la pyramide élevée au milieu du temple de l'Immortalité, les noms des armées de la République et l'énumération de leurs victoires.

L'Institut national de musique exécutera un hymne, paroles du citoyen La Harpe , musique du citoyen Lesueur.

Le soir du même jour, on illuminera le petit monument élevé sur le bassin du jardin national , en face du pavillon de TUnité . et au milieu duquel sera élevé une urne funéraire consacrée aux mftnes des guerriers morts pour la Patrie.

L'ne députation de la Convention nationale viendra , au nom de la nation entière , déposer sur cette urne une couronne de chêne. Des orchestres seront élevés sur les places du Panthéon , de la Bastille et dans

le Jardin National , et la fête se terminera par des danses , témoignage de l'allégresse publique.

Le 30 vendémiaire, dès le point du jour , le rappel invitait les citoyens à s'armer pour la fête. Le carillon de la Samaritaine donnait le signal des réjouissances populaires. De toutes parts, le peuple s'avançait vers le Champ de Mars. La force armée, tambour battant et enseignes déployées, se mettait en marche à son tour. Vers deux heures toutes les sections étaient à leur poste. A ce moment, la Convention sortit de l'Ecole Militaire, où elle était assemblée. Entourée d'un corps de musique jouant une marche triomphale , eUe s'avança vers le rocher « qui avait changé de forme et qui paraissait une citadelle inexpugnable ». Le président prononça alors le discours suivant :

Citoyens , il est encore présent à votre mémoire ce jour où un conspirateur h;ypocrite vint étaler ici l'appareil fastueux de la tyrannie , et brûler, en l'honneur de la Divinité , un encens qu'en secret il réservait pour lui.

A peine quelques mois se sont écoulés , et voici que le peuple et ses représentants , rassemblés dans cette même enceinte , viennent v proclamer la liberté et la défaite des despotes coalisés contre elle.

Venez , citoyens de tous les âges , de tous les sexes , venez surtout , vous dont la Patrie contemple avec reconnaissance les cicatrices glorieuses ; et vous , jeunes guerriers , en qui croît chaque jour l'amour sacré de la liberté ; et vous qui , blanchis dans les camps , regrettez que votre sang répandu pour la France , n*ait pas coulé pour la France républicaine ; venez tous , entourez ces trophées ; pressezvous autour de cette pompe triomphale ; écoutez et répétez à l'envie le cri de la victoire : Le territoire de fo République est évacué.

Déjà une première fois , elles avaient fui de notre sol , ces phalanges barbares , conduites par la trahison et repoussées par le patriotisme ; mais l'ennemi fugitif osait encore nous menacer de ses superbes regards. La France était victorieuse ; mais l'ennemi couvrait encore nos frontières de ses bataillons.

Que nos triomphes d'aujourd'hui l'emportent sur cette première époque ! Nous disions alors : nous avons vaincu tel jour, en tel lieu , à telle heure ; nous disons maintenant : nous avons vaincu tous les jours , à toute heure , en tout lieu. Nous disions : une telle armée a été défaite , aujourd'hui nous disons : toutes les armées ont disparu. Autrefois , après la victoire , il nous restait des craintes et des périls , aujourd'hui plus d'alarmes , la victoire est complète ; la fatale coalition de tant de puissance les a vu toutes abaissées , et le cri de désespoir qu'elle a jeté dans sa

fuite a été entendu dans toute TEurope ; qu'ils se glorifient maintenant , les ennemis de la République de leur honteux succès ! qu'ils repaissent leur orgueil

du r^le glorieux qu'ils vont jouer dans l'histoire.

Kn racontant leurs triomphes éphémères , l'iiistoire ne retracera que le souvenir de leurs crimes. Elle dira que Condé , Valenciennes . Toulon , Bellegarde , leur furent livrés par leurs complices; mais elle dira aussi que ces places ne purent résistera l'énergie républicaine , dirigée par des généraux purs et par des représentants fidèles.

Français , tandis que nos guerriers achèvent au dehors la déroute des satellites

du despotisme , qu'un même esprit , dirigeant nos mouvements , ne fasse qu'un

Unit des diverses sections du peuple , qu'un tout du peuple avec ses représentants,

et bientôt , ses ennemis jadis si fiers , si menaçants , tomberont aux pieds de la

République victorieuse.

Alors Français ! alors sur les ailes de la victoire viendront l'abondance et le bonheur ! Comme il nous sera doux de raconter nos maux passés , et de les comparer avec notre félicité présente ! Nous dirons à nos enfants : « 0 vous dont les regards n'ont jamais été souillés par l'aspect d'un trône , apprenez qu'il fut des t€mi>s où vos pères courbèrent la tête sous la verge d'im tjran ; apprenez les combats par lesquels ils surent conquérir la République ; allez au temple de rimmortalité lire le récit de leurs exploits. ! »

Heureux enfants , jouissez du labeur de vos pères ; conservez avec souci le préneiix héritage de la liberté ; songez que toujours on cherchera à vous ravir ce dépôt sacré : défendez-le par votre courage , par votre union , par votre sagesse , par votre dévouement aux vérités étemelles sur lesquelles reposent l'ordre social et la stubiUté du gouvernement républicain.

Ce discours achevé , on entonna l'hymne de la Victoire et ^* rinstitut National fît retentir les airs de ces accords harmonieux que dirige Gossec ».

A Textrémité du Champ de la Fédération s'élevait le fort que l*^ élèves de TKcole de Mars devaient attaquer et enlever J'assaut. Tous les regards se portaient de ce côté. Une partie de Ja cavalerie de l'Ecole de Mars avait pris les couleurs de l'ennemi et chargeait l'autre pqrtie. Elle fut repoussée. Ces manœuvres s'exécutèrent avec un entrain et une précision admirables. Un témoin oculaire s'écriait enthousiasmé :

Lorsque la Grèce , assemblée dans les champs de PElide , applaudissait au

triomphe des athlètes vainqueurs, c'était à des hommes longtemps exercés qu'elle offrait le laurier de la victoire ; mais , ici , les représentants de la République française et la multitude de citoyens qui assistaient à ce spectacle intéressant avaient sous les jeux des jeunes gens qui n'ont pa$ encore atteint leur quatrième lustre , et qui , il j a à peine six mois , n'avaient encore manié que le soc ou la houlette. Les progrès de cette jeunesse guerrière paraîtront un jour des fables à la postérité , puisqu'ils étonnent même les contemporains.

Quand le fort eût été enlevé et que le drapeau tricolore eût remplacé sur ses tours les enseignes blanches qui y avaient flotté pendant l'attaque, l'armée victorieuse rentra dans le Champ de Mars. Elle conduisait le char de la Victoire, devant lequel on portait les trophées formées des drapeaux pris à l'ennemi. Avec cette jeunesse ardente marchaient de vrais soldats, choisis parmi ceux qui avaient fait les rudes campagnes de 1792, de 1793 et de 1794, et qui y avaient été blessés.

Au milieu des acclamations, le cortège se dirigea vers la Convention Nationale. Les membres de cette assemblée se mirent à sa tète et on se rendit au Temple de l'Immortalité. Là, le président de la Convention grava sur une colonne les noms de nos quatorze armées.

Le soir, le jardin du Palais National fut illuminé. Sur le bassin circulaire situé en face du « pavillon de l'Unité » , dans la même île où , dix jours auparavant , avaient été déposées les cendres de J.-J. Rousseau, se trouvait une urne qu'une députation de Conventionnels vînt orner d'une branche de laurier , comme hommage à la mémoire des français morts pour la patrie.

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21 Janvier 1798.

(i" Pluviôse an IV).

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