FÊTE DE L'ABOUTION DE LA ROYAUTÉ
ai du 21 Bivôse an III (10 janvier 1795) avait
é une fêle destinée à célébrer, le I" pluviôse
. janvier) de cliaqiu* année, dans toutes les
communes de la RépubUtiue et par les
années de terre et de mer, « l'anmcer-
j saire de la punition dti dernier roi des
I français. »
-/L'article l*"'' de l'arrêté du 22mvôse au IV
(1"2 janvier 1796) , régla cette fête comme il suit :
Art. 1". — Ed exécution de lu loi du 21 nivase de l'un 111 de la Répii-
bUque , portont que la juste punition du dernier roi des Frimçaia seru t;élébree pur l«ul« les cunununes de lu Bôpublique el par les armûes de terre et de mer, tous le» funclionnaires publics de chaque cunlon , président , oiBciers municipaux , ag^li de commune , adjoints, ju|^es des tribunaux civils ou criminels et de |iotice rrimiaelle , jupes de poix , assesseurs , notaires , etc. , et tous les employés du ffouveroement , en un mot tous ceux qui sont salorii'S par la République , se réuniront le ]" pluviôse , jour correspondunl au 21 janvier, dans le clief-lieu du cimUiii ou dans chaque commune formant it elle setile un canton ; el là , en présrare du [leuple , ils déclareront qu'ils sont sincèrement attachés à la République , qu'ils vouent une haine éteraeile à la Royauté. — Il sera dressé un procès- verbal de celte réunion et de la déclaration qui aura été fuite par chacun des fonctionnaires publics présents.
C'est ainsi qu'eut lieu à Paris , le P** pluviôse de Tan IV (21 janvier 1796), cette cérémonie qu'on appela la ffte de VàbolUion de la royauté en France.
Ce jour-là,, les Membres du Directoire se réunirent à dix heures du matin au lieu ordinaire de leurs séances, où les ministres s'étaient déjà assemblés.
Précédé de ses huissiers et de sa garde , le Directoire quitta le Palais National à onze heures , et se rendit directement à l'école militaire , où son arrivée fut signalée par une salve d'artillerie ; c'est là que se trouvaient réunies toutes les autorités constituées de la Commune de Paris.
A midi et demie , Je cortège s'étant formé quitta l'Ecole et entra dans le Champ de Mars où était élevé l'autel , sur l'estrade duquel le Directoire prit place. La vaste enceinte occupée par l'armée et par le peuple présentait un admirable coup d'œU.
La cérémonie s'ouvrit, dit le procès-verbal , par « l'air chéri de la Marseillaise ». Un hymne patriotique exprimant le vœu des amis de la patrie pour l'affermissement de la République , fut également chanté par le Conservatoire de musique.
Le canon tonna de nouveau et annonça que Rewbell, président du Directoire exécutif allait prendre la parole :
Citoyens , dit-il , c'est aujourd'hui , c'est à la même heure , que dans toute l'étendue de la République , que dans toutes les parties de la terre où nos armées ont pénétré , et où il se trouve des Français di^es de ce nom , les républicains jurent une haine étemelle à la royauté. Quel peut donc être l'espoir de ces ennemis de leur patrie , qui appellent un roi ? A les entendre , il ramènerait parmi eux la paix et l'abondance ; les insensés ! Ils ne voient donc pas que ce roi , l'ftme remplie de fureurs , rentrerait entouré de satellites et de ces émigprés affamés , l'horreur et le mépris de l'univers, qui ne respireraient que vengeance , et dont la soif dévorante des richesses , allumée par tant d'années de privations , ne s'étancherait jamais.
0 vous qui , enrichis des productions de la terre ou des fruits de votre industrie, avez tant de peines à vous dessaisir d'ime partie de votre superfllu , pour venir au secours de la patrie , vous seriez dépouillés du nécessaire ; et vous qui vous refusez à défendre la belle cause de la liberté . vojez les habitants de la Pologne. Ceux d'entre-eux qui , croyant assurer leur repos , n'ont pas réuni leurs armes à celles
FÊTE DE l'abolition DE LA ROYAUTE. 119
de leurs généreux compatriotes , pour assurer rindépendance de leur pajs et y fonder un gouvernement libre , ont été les premières victimes de leur lâcheté. Ils 86 sont couverts d'opprobre , et on s'est hâté de les charger de chaînes.
Avec quelle satisfaction le tjran et tous ses suppôts ne vous exposeraient -ils pas aussi aux })lus grands dangers ; ne vous condamneraient-ils pas aux plus rudes travaux ; ne vous retiendraient-ils pas dans le plus profond abaissement ; enfin ne vous replongeraient^ils pas dans le plus profond esclavage , pour nourrir leur fol orgueil ! Qu'il serait honteux alors d'être Français !
Que les bons citovens se rassurent , qu'ils contemplent l'accord touchant
qui règne entre le Corps législatif et le Pouvoir exécutif, et ils ne pourront plus douter du salut de la patrie.
Le Directoire compte vous donner toujours l'exemple de l'union , de la
véritable fraternité et de tous les sacrifices. Chacun de nous alors , n'aurait plus qu'un vœu à former après l'exercice de sa pénible magistrature , celui de vivre retiré dans ses humbles fovers , avec l'estime de ses concitovens , et de se trouver encore , plusieurs années parmi eux , à ce jour mémorable consacré au serment d'attachement sincère à la République et de haine pour la rojauté , que nousallons prononcer.
Jej%re (Têtre sincèrement attaché à la République , et je voue une haine étemelle i k rtn/auié.
Dès que Rewbell eut prononcé ce serment, cent mille bouches le repétèrent. Des salves d'artillerie appuyèrent les acclamations delà foule, et la Marseillaise se fit entendre de nouveau.
Le silence s'était rétabli subitement ; il se maintint jusqu'au moment où , attaquant la dernière strophe du chant de Rouget de rislè, les élèves du Conservatoire se trouvèrent accompagnés par l'Assemblée tout entière.
On chanta ensuite l'air : Veillons au salut de V empire y puis le ^harU du Départ.
L'amiée s'ébranla et défila dans le plus grand ordre.
Ce défilé achevé , le cortège se reforma : les officiers généraux ^'' l'état major prirent place avant les membres du Directoire, et on revint à l'Ecole MiliUiire.
Le Champ de Mars resta alors abandonné au peuple , qui ne 'arda point à y organiser des chants et des danses.
29 Mai 1796.
(10 Prairial an IV).