EXPOSITION DES PRODUITS DE L'INDUSTRIE
'est à François de Neufchâteau , alors ministre de l'Intérieur, qu'appartient l'honneur d'avoir conçu la première Exposition française.
En la réalisant , il a ouvert largement
la voie par laquelle ont passé , depuis le
commencement de ce siècle, les artistes,
les industriels et les travailleurs du
monde entier.
Le Moniteur du 1 1 fructidor an VI (28 août 1798) , renferme
a circulaire suivante qui montre jusqu'à quel point le Ministre,
dmirateur passionné , serviteur convaincu des idées nouvelles ,
vait compris l'importance de ces luttes pacifiques et le profit
ue le pays tout entier en pouvait recueillir.
François de Neufchâteau était loin , sans doute , d'entrevoir,
n l'an VI, le succès colossal de nos dernières Expositions
internationales ; mais l'idée généreuse , bien française , qu'il a
^mise en pratique , lui assure une place élevée dans l'histoire de
notre pays et dans la reconnaissance des nations.
Le ministre de U Intérieur attx administrcUions centrales de département, et aux commissaires du Directoire exécutif p7^ès de ces administrati07%s,
Paris, le 9 fructidor, an 6 de la République française, une et indivisible.
Citoyens , au moment où Tanniversaire de la fondation de la République , embellissant nos fêtes nationales des plus glorieux souvenirs , va rappeler à tous les Français , et les grands événement qui la préparèrent , et les triomphes qui Font affermie , pourrions-nous oublier dans les témoignages de notre reconnaissance les arts utiles qui contribuent si puissamment à sa prospérité ?
Ces arts , qui nourrissent l'homme , qui fournissent à tous ses besoins , et qui ajoutent à ses facultés naturelles par l'invention et l'emploi des machines , sont à la fois le lien de la société , l'âme de l'agriculture et du commerce , et la source la plus féconde de nos jouissances et de nos richesses. Ils ont été souvent oubliés , et même souvent avilis ; la liberté doit les venger.
La France républicaine est devenue l'asile des beaux-arts , et , grâce au génie de nos artistes et aux conquêtes de nos guerriers , c'est désormais dans nos musées que l'Europe viendra en prendre des leçons. La liberté appelle également les arts utiles en allumant le flambeau d'une émulation inconnue sous le despotisme , et nous offre ainsi les moyens de surpasser nos rivaux et de vaincre nos ennemis.
Le Gouvernement doit donc couvrir les arts utiles d'une protection particulière ; et c'est dans ces vues qu'il a cru devoir lier à la fête du 1*' vendémiaire , un spectacle nouveau : l'exposition publique des produits de l'industrie française.
Il eut été à désirer , sans doute , que le temps eut permis de donner à cette solennité vraiment nationale une étendue et un éclat dignes de la grandeur de la République ; mais le Gouvernement connaît le zèle des fabricants industrieux qui honorent leur pays. Il espère qu'ils s'empresseront de concourir à l'embellissement de la fête qu'il a conçue. Cette fête se renouvellera toutes^ les années. Toutes les années , elle doit acquérir plus d'ensemble et plus de majesté.
Un emplacement décoré , sûr et abrité , fourni par le Gouvernement , recevra les fabricants français et les produits de leur industrie qu'ils voudront y exposer à l'estime et à la vente qui ne peut manquer d'en être la suite.
L'exposition aura pour époque et pour durée les cinq jours complémentaires. Un jury, nommé par le Gouvernement , parcourra les places attribuées à chaque industrie , et choisira , le cinquième jour , les douze fabricants ou manufacturiers qui lui auront paru mériter d'être offerts à la reconnaissance publique , dans la fête du l**" vendémiaire.
Le local sera indiqué par le programme de cette fête. Je n'ai pas besoin de vous assurer que le Gouvernement veillera d'une manière spéciale à la«ûreté desper-
EXPOSITION DES PRODUITS DE l/iNDUSTRIE. 183
sonnes et des propriétés ; mais je dois ajouter que son intention est de contribuer par tous les moyens ])ossibles à rembellissement du tableau varié que présentera cette réunion de nos ricliesses industrielles.
Il faut que le peuple français conçoive une juste idée de sa dignité , et qu'il soit le témoin de la considération attachée aux arts utiles , à ces arts dont l'exercice fait son occupation , et doit faire son bonheur.
Les conditions exigées des Français industrieux, pour être admis à cette esj)èce de concours , se réduisent aux suivantes :
1® Justifier de leur qualité par la présentation de leur })atente ;
2® N'exposer en vente que des produits de leur industrie.
Sous ces conditions , tout manufacturier ou fabricant français qui se sera fait inscrire avant le 26 fructidor datis les bureaux de la quatrième division du Afmistère de r Intérieur, ru€ Dominique , iV° 238 , bureau des arts et manufactures , sera admis à l'exposition , et obtiendra un local gratuit pour le temps de sa durée.
11 aura l'attention d'indiquer non seulement son nom , celui de la fabrique et du département où elle est établie , mais encore l'espèce de produits manufacturés ou industriels qu'il destine à l'exposition.
Comme le local , à raison du nombre de concurrents , ne peut avoir une très grande étendue , j'espère que les fabricants ne présenteront que ce qu'ils ont de plus jjarfait. Nul art ne sera excepté.
Les fabricants qui n'habitent point Paris ou ses environs , et qui voudront concourir, vous remettront leur inscription que vous m'adresserez sur le champ.
Il sera publié une liste de ceux qui seront admis à l'Exposition.
Je vous invite , citovens , à donner à cette annonce la plus grande et la plus prompte publicité. Je n'ai pas besoin d'exciter votre zèle pour l'exécution de cette idée.
Tous les départemens doivent être jaloux de concourir à cette fôle de l'industrie
nationale , et faire leurs efforts {)Our qu'elle devienne tous les ans plus ricluî et
plus brillante. Les Français ont étonné l'J^iUrope par la rapidité de leurs exj)loils
guerriers : ils doivent s'élancer avec la même ardeur dans la carrière du commerce
et des arts de la paix.
Salut et fraternité ,
François de Nkufghatkau.
L'Exposition étant ainsi organisée, an moins dans ses grandes lignes j le 3^ jour complémentaire de Tan VI (11) septembre 1798) , à dix heures du matin , le ministre se rendit à la maison du Champ de Mars et de là, par le milieu du cirque, au Champ de Mars même où il procéda officiellement à l'ouverture de l'Exposition.
EXPOTITION DES PRODUITS DE l'iNDUSTRIE. 185
Moitié , sculpteur , membre de l'Institut national : Ferdinand Berthoud, horloger, membre de l'Institut national ; Gallois, homme de lettres, associé de Flnstitut national ; Le Bureau central ;
Le ministre, François de Neufchateau.
Un peloton d'infanterie fermait la marche , à laquelle on avait voulu imprimer un grand caractère de gravité et de simplicité.
L'exposition comprenait un espace de vingt-trois mètres carrés. Le ministre et son cortège firent le tour de cette enceinte ; puis, François de Neufchateau se plaça sur le tertre fin Champ de Mars et prononça le discours suivant :
Citoyens ,
Ils ne sont plus ces temps mullieureux , où l'indiistrie enchaintM? osait à peine produire le fruit de ses méditations et de ses recherches ; où des réjrlemenls désastreux , des corporations privilégiées , des entraves fiscales , étouffaient les germes précieux du génie ; où les arts, devenus en môme temps les instruments et les victimes du despotisme , lui aidaient à appesantir son joug sur tous les citoyens. et ne parvenaient au succès que par la flatterie , la corruption et les humiliations d'une honteuse servitude.
Le flambeau de la liberté a lui , la République s'est assise sur des bases inébranlables ; aussitôt l'industrie s'est élevée d'un vol rapide , et la France a été couverte des résultats de ses efforts. Les agitations j)oliti(juec , inséparables des circonstances , des guerres intérieures et extérieures , telles que les annales du monde n'en offrent point d'exemples, des fléaux et des obstacles de tous les genres, se sont en vain opposés à ses progrès ; elle a triomphé des factions, des circonstances de la guerre ; elle a vaincu tous les obstacles , et le feu sacré de l'émulation a constamment agrandi la sphère de son activité.
O vous , qui douteriez encore des avantages inestimables d'un gouvernement libre , fondé sur la vertu et l'industrie , parcourez tous les départements qui s'honorent d'appartenir à la grande nation ; comparez les produits de leur agriculture avec ceux qu'ils donnaient sous l'influence du despotisme ; comptez les ateliers nombreux qui se sont élevés du sein des orages , et même sans espoir apparent de succès , et dites-nous ensuite si la richesse du peuple n'est pas une conséquence nécessaire de la libert/* ; dites-nous , si vous le pouvez , quelles seront les bornes de l'industrie française , lorsqu'elle pourra se livrer ù toute son énerve , lorsque les canaux du commerce seront rouverts , lorsqu'elle se verra ombragée par l'olivier de la paix.
La Paix ! ce mot chéri retentit dans tous les cœurs ; mais , si le gouvernement ne néglige aucun moyen de vous la procurer, en conciliant la gloire de la nation et les intérêts de l'humanité ; s'il est convaincu que la prospérité de la République doit avoir pour base l'agriculture , les manufactures et le commerce , il vous appartient peut-être plus qu'à lui , artistes républicains , de hâter le moment où vous pourrez jouir de ses bienfaits.
Parmi les nations policées , les arts seuls peuvent consolider la victoire et assurer la paix. Les ennemis les plus acharnés de la République , vaincus et humiliés par la valeur de nos frères d'armes , se consolent quelquefois en se repaissant de la folle espérance de faire triompher leur industrie ; c'est à vous de détruire ce prestige , par l'efficacité de vos efforts ; c'est à vous de leur montrer que rien n'est impossible à des hommes libres et éclairés ; c'est à vous d'égaler et de surpasser vos rivaux , et vous en avez les mojens. La nature , aussi libérale pour le pajs que vous habitez , qu'elle paraît avare pour la plupart de ceux qui vous envient , est secondée encore par la forme de votre Constitution et par les lumières multipliées qui vous environnent.
Il manquait peut-être un point central à votre émulation ; l'industrie , en dispersant ses produits sur la surface de la République , ne mettait pas les artistes à portée d'établir des comparaisons qui sont toujours , dans les arts , une source de perfectionnement ; d'ailleurs le gouvernement lui-même pouvait craindre de laisser dans une obscurité décourageante les talents distingués qui honorent les départements les plus éloignés du lieu de sa résidence.
C'est pour procurer aux artistes le spectacle nouveau de toutes les industrie.s réunies , c'est j)0ur établir entre eux une émulation bienfaisante , c'est pour remplir l'im de ses devoirs les plus sacrés , pour apprendre à tous les citoyens que la prospérité nationale est inséparable de celle des arts et manufactures, que le gouvernement a approuvé la réunion louchante à l'mauguration de laquelle il m'a chargé de présider aujourd'hui , et qu'il en a fixé l'époque à celle de la fondation de la République.
Ce spectacle , en effet , est bien vraiment républicain ; il ne ressemble point à ces pompes frivoles dont il ne reste rien d'utile.
Les artistes auront enfin une occasion éclatante de se faire connaître, et l'homme de mérite ne courra plus les risques de mourir ignoré , après quarante ans de travaux.
Tous les citoyens vont s'instruire et jouir à la fois , en venant contempler ici l'exposition annuelle des fruits de l'industrie française.
Les savants , les hommes de lettres viendront étudier eux-mêmes les progrès de nos arts ; ils auront enfin une base pour asseoir la technologie ou la théorie instructive des arts et des métiers.
Cette science était presque entièrement ignorée , quand l'encyclopédie en traça
EXPOSITION DES PRODUITS DE l/iNDUSTRIE. 187
la première ébauche. Ce sont des écrivains français qui ont jeté les fondements de Mie étude intéressante.
Il est n*ser\'é à la France d'en réunir tout le svstème et d'en faire un objet d'ensei^ement public : peu de connaissances humaines sont j)lus dijj^nes de cet honneur,
Kn effet , la technologie ouvre à l'esprit un champ bien vaste. L'économii;
rurale , la minéralogie pratique , tirent du sein de la nature des matières premières
que les arts et métiers savent approprier à l'usaj^e des hommes et aux divtirs
besoins de la société. Ces besoins sont la nourriture . le vétemenl , le lof^emenf ;
niais les arts ne s'en tiennent ])as à ce qui jiourrail être slriclement nécessaire pour
V pourvoir à la rig'ueur. S'ils s'étaient bornés là, la vie humaine aurail élé bien
Iristeet bien sauvante. Pour mieux répondre à nos désirs, el pour nous rendre
lieureax par nos propres besoins , les arts étendent leur carrière, ils embellissent
leurs produits ; ils mettent tour à tour à contribution les trois rè<^nes de la nature
el les quatre parties du monde. Ils joiprnent l'élég-ance à la commodité; et nos
jouissances varient , et nos g'oiMs sont flattés , en même temps que nos besoins se
lrx>uvent satisfaits.
Ces arts , que l'idiome de l'ancien rég-ime avait cru avilir en les nommant arts "**?caniques , ces arts abandonnés long'temi)s à l'instinct el à la routine , sont l 'Ourlant susceptibles d'une étude profonde et d'un j)roji:rès illimité. Bacon rejrar- <l«tit leur histoire comme une brandie principale de la j)hilosophie. Diderot sou- 'initait qu'ils eussent leur académie; mais que le despotisme élait loin d'exaucer ***-*n vceu î qu'il était loin de le comj)rendre ! 11 n'envisaf^eait dans l(?s arts que diîs •'^H^laves d'un vain luxe et non des instruments de bonheur social. Aussi la j)lupart **•" ces arts sont restés dans l'enfance, j)arce qu'on les a méprisés. Cependant
* 'ï^dustrie est fille de l'invention et sœur du g-énie et du ^oi\t. Si la main exécute,
* imagination invente et la raison j)erfectionne. Les arts les plus communs , les
l'Iiis simples en apparence , s'éclairent au fover de la lunuère dos scienc(;s ; et les
'*iatli«-iualiques , la phvsique , la chimie , le dessin appliqué aux arts et métiers ,
noivexit guider leurs procédés , améliorer leurs machines , simj>lifier leurs formes ,
*'l doubler leurs succès en diminuant leur main-d'œuvre.
Ali ! rendons enfin aux artistes la justice qui leur est due î (|ue les arts nommés
"^«^ratfcr, bien loin d'affecter sur les autres une injuste prééminence , s'attachent
«**aorrnais à les faire valoir ! Que l'éducation publique fasse connaître à nos enfants
^ V*^ti(jue et la théorie des arts les plus utiles , pidsque c'est de leur exercice
*\^c notre Constitution fait sagement dépendre l'admission des j(;unes gens au
^^^ des cilovens (*). Que tous les ans , ce temple, ouvert à l'industrie par les
l) Les jeunes gens ne peuvent ôlre inscrits sur le registre civique, s'ils ne prouvent qulis «ttot lire et écrire, et exercer une profession mécanique. (Constitution^ Titre 2, article XII).
mains de la liberté, reçoive de nouveaux chefs-d'œuvre ; qu'une émulation active, animant à la fois tous les points de la République , engage les artistes , les fabricants en tous les genres , à venir disputer l'honneur de voir distinguer leurs ouvrages et d'entendre leurs noms retentir dans la fête auguste qui ouvre solennellement l'année républicaine ! Que , pour mériter ces honneurs , ils tâchent à l'envi de perfectionner les produits de leur industrie ; qu'ils s'efforcent de leur donner le caractère simple , la beauté des formes antiques et un fini plus précieux , un lustre plus parfait encore que celui dont se vantent avec tant d'affectation , les manufactures anglaises ! Français régénérés , vous avez à la fois des modèles à surpasser et des rivaux à vaincre ! Si les nations les plus libres sont nécessairement les plus industrieuses , à quel degré de gloire et de prospérité ne s'élèveront pas les arts vraiment utiles , chez un peuple qui a voulu qu'on ne pût être citoyen sans exercer un de ces arls , et avec un gouvernement qui s'honore lui-même de l'éclat qu'il se plaît à répandre sur eux !
Le Directoire exécutif a vu avec peine que le temps n'ait pas permis , cette année , de donner à cette cérémonie intéressante l'appareil et la solennité dont elle est susceptible ; mes yeux cherchent en vain , dans cette enceinte , les produits de l'industrie d'un grand nombre de départements qui à peine ont pu recevoir l'annonce de ce concours nouveau dans les fastes politiques de l'Europe. — Mais si cette idée vraiment patriotique a pu exciter quelques regrets parmi ceux qui sont dans l'impossibilité de concourir à son exécution ; si ceux mêmes qui sont assez heureux pour y concourir regrettent de n'avoir pas été prévenus plus tôt , et de ne pas offrir à l'estime publique des produits plus parfaits , le but du gouvernement est rempli. L'an VIT de la République, montrera dans son cours, tout ce que peut l'émulation sur un peuple libre et ami des Arts.
Vous qui les cultivez avec tant de succès , secondez les efforts constants d'un gouvernement paternel ; vos intérêts sont les siens : les arts ne peuvent régner qu'avec la liberté : vous êtes les ennemis les plus dangereux pour les ennemis delà République ; les victoires de l'industrie sont des victoires immortelles.
Réunissez donc tous vos moyens , toute votre activité , pour présenter à l'Europe étonnée , à la fin de l'année qui va s'ouvrir, le spectacle le plus imposant et le plus auguste que puisse donner un peuple civilisé. Que dès le mois de messidor, il parvienne de tous les départements , des échantillons de toutes les espèces d'industrie , que le gouvernement soumettra à l'examen d'im jury, et qui ne seront admis à l'exposition qu'après cet examen. Que cette admission soit déjà un honneur dont les manufacturiers français soient jaloux , et que les couronnes , décernées ensuite le l®"" vendémiaire par le Directoire exécutif , soient la récompense la plus flatteuse à laquelle un républicain puisse aspirer.
Pour moi , citoyens , celle qui touche le plus mon cœur, celle qui excite toute ma sensibilité, je la trouve dans la mission honorable qui m'est aujourd'hui confiée
EXPOSITION DES PRODUITS DE l'iNDUSTRIE. 189
parle Directoire ; et si j'ai pu réussir à vous pénétrer do ses véritables sentiments et de sa bienveillance pour les Arts , si j'ai pu vous inspirer ceux qui m'aninient ,
fil /'ai pu augmenter encore et éclairer votre amour pour la Répubbque , ce jour-
ià sera le plus beau de ma vie.
Ce discours prononcé , au milieu d'un religieux silence , fut suivi d'acclamations enthousiastes, à la suite desquelles le Afinistre suivi du cortège se retira dans la maison du Champ Je JVfars.
'Exposition de l'an VI précédait de quelques jours seulement
^^ fôte de la fondation de la République fixée au P^ vendémiaire
(26 Septembre). Le Champ de Mars avait été préparé pour cette
^^i^éiuonie. Dans la partie septentrionale du Champ , près de la
^^îx:ie on avait formé une vaste arène destinée aux lutteurs.
C-l'^est entre cette arène et Famphi théâtre qu'avaient été ^^^■^sitruits, pour l'Exposition , soixante-huit portiques « d'archi- — txu-e élégante » , au centre desquels s'élevait le Temple de
-■ '•^ cîustrie , ouvert de tous côtés et renfermant la statue de
^^ ^^ «tle divinité tutélaire ».
^^ous les portiques, éclairés le soir, avaient été exposés les
P*"^^c3uits industriels envoyés par cent dix exposants français
t soixante-dix appartenaient au département de la Seine.
trouvait là des armes de guerre et de chasse exposées par
*^ ^^manufacture de Versailles ; on y voyait aussi la suite complète
^^^5^ étalons des poids et mesures métriques , envoyés par l'Etat.
•Jà manufacture de Sèvres avait exposé ses produits. Didot y ~" it placé des exemplaires imprimés sur vélin, du Contrai
«iï/, du Télémaq7ie et du Juvênul de Dussaulx. ^Hointeraux y montrait ses plans d'architecture rurale.
XiC 5® jour complémentaire (21 septembre 1798) , les membres Jury se rendirent au Champ de Mars pour y accomplir ce leur ission auguste ». Séance tenante, ils firent choix des objets <iui leur parurent les plus dignes d'être honorablement cités Sommes les modèles de l'industrie française ». Cette opération
Lr
terminée, les objets jugés dignes de récompenses, furent immédiatement séparés des autres et portés au centre de l'enceinte , dans le Temple de l'Industrie.
Le Jury avait couronné :
Bréguet^ horloger à Paris , pour un chronomètre musical , et pour un nouvel échappement libre et à force constante , adapté à une pendule qui met une montre à l'heure et qui la règle ;
Cloueû, à Paris , pour son fer converti en acier par la simple fusion ;
Conûé , artiste à Paris , pour ses crayons de différentes sortes ;
Deharme , à Paris , pour ses tôles vernies ;
i^^â^n^orf, ingénieur caminologiste, à Paris, pour ses foyers salubres et économiques ;
Dihl et Guerhard , à Paris , pour leurs porcelaines.
Grémond et Barré ^ à Bercy , pour leurs toiles peintes ;
JiMieriy au Lutz, près St-Brice (Seine-et-Oise), pour ses cotons filés;
Lenoir , ingénieur en instruments de physique à Paris, pour une échelle comparative de la pesanteur spécifique des métaux, pour ses balances d'essai et pour ses instruments de marine et d'astronomie :
Payn fils , à Troyes , pour ses bonneteries en coton ;
Pierre Didot^ Finiiin Bidol et Louis Herhan , à Paris , pour la publication des œuvres de Virgile in f^ et in 12^ et pour leur collection de portraits de généraux français ;
Polter ou Potier , à Chantilly, pour ses faïences en terre de pipe.
La durée de l'Exposition avait été primitivement limitée aux trois derniers jours complémentaires de l'an VI, mais son succès engagea le gouvernement à la prolonger jusqu'au 10 vendémiaire de l'an VII. Elle eut, en conséquence, une durée de treize jours, du 19 septembre au 2 octobre 1798.
Un catalogue renfermant les noms des manufactures et ceux des particuliers qui avaient envoyé leurs produits, avait été
EXPOSITION DES PRODUITS DE l/lNDUSTRlE. 191
imprimé. Il indiquait le lieu de résidence des intéressés et le prix des objets exposés par eux.
Tous les soirs , pendant la durée de l'Exposition , un orchestr(^. nombreux , placé au centre de l'enceinte , exécutait les symphonies les plus remarquables des (Compositeurs de l'époque.
I^s portiques de la première exposition , dessinés par (HiaigTtun, ont fourni une carrière particulièrement honorable. Ce sont eux qui ont servi à la deuxième Exposition qui eut lieu en Tan 1 X dans la cour du Louvre et à la troisième Exposition de 180(5 , à l'Esplanade des Invalides.
^^ <::.'ojyirj-STj .r-
22 Septembre 1708.