‹ Le Champ de Mars, 1751-1889Chapitre 47 sur 99 · I" VENDÉMIAIRE AS VII · texte numérisé non relu

I" VENDÉMIAIRE AS VII

des produits de l'industrie des jours taires de l'au VI, se confondait avec la épublique du I" vendémiaire de l'an VIL ur cette fête qui fut estraordinairemenl animée , on a\'ait établi de chaque côté de l'amphithéâtre du Champ de Mars , une limite formée de trophées et de figures emblématiques divisant le Champ eu deux parties distinctes.

Dans la partie méridionale, près l'Ecole militaire, avait été construit un fort flanqué de bastions armés. Près de ce fort on avait figuré un vaisseau anglais ; des piquets reliés par des cordons tricolores fixaient l'espace où devaient avoir lieu les courses à cheval , les courses de chars et les courses à pied. Dans la partie septentrionale , la plus rapprochée de la Seine, il avait été tracé, pour les lutteurs, une vaste arène dont le centre était occupé par deux figures colossales. Elles représentaient: « le fiiiialwm, à l'air hypocrite , armé d'un poignard, commandant le meurtre , au nom du ciel » , et « le despotmm farouche tenant à la main un glaive ensanglanté et insultant à la misère des peuples opprimés ».

C'est entre cette arène et l'amphithéâtre que se trouvait l'enceinte résen^ée à l'Exposition et au Temple de l'Industrie.

La veille de la fête , le 5® jour complémentaire (21 septembre ^ 798) , à huit heures du soir , puis à neuf heures , des salves d artillerie se firent entendre près le Palais du Directoire et ftirent répétés dans les environs de Paris.

A neuf heures , six cents fusées volantes , s'élevèrent à la fois d^i point où se trouve actuellement la statue de Henri IV, sur le terre-plein du Pont-Neuf,

A ce signal , des feux parurent sur les monuments les plus élevés de Paris : tours , dômes , et télégraphes.

J^«^ lendemain , à six heures du matin , des salves d'artillerie appelaient le peuple au Champ de Mars.

« A^njourd'hui , dit le procès-verbal , à peine la sixième heure a sonné que le salpêtre enflammé appelle les citoyens à se reunir au Champ de Mars.

^--'eistre qui règle les saisons , entrant dans le signe de la Balanoe, se lève majestueux sur l'horizon et semble s'applaudir de se trouver en rapport avec la terre de l'Egalité. -»>

ï^^s huit heures commença la joute sur l'eau. C'était la première fois que paraissaient dans une cérémonie réglée officielle nient par l'Etat , les jouteurs qui figurent aujourd'hui dans prescjijig toutes les fêtes données aux environs de Paris, spécialement sur les bords de la Seine.

^' était également la première fois qu'avaient lieu des luttes publiques.

^--^ foule, joyeuse et empressée, avide de spectacles nouveaux, élail considérable au moment où les jouteurs sortirent de la

ïû^isondu Champ de Mars. Ces concurrents étaient accompagnés

duue musique militaire et de hérauts à cheval et à pied,

cosl\njjés à l'antique et tenant en mains un caducée. Deux

Ç^lolons d'appariteurs portant une canne blanche suivaient les

l^érauts. Un détachement de troupes à pied et à cheval ouvrait

«^ fermait le cortège.

Les jouteurs arrivèrent dans ^ cet ordre , devant le bassin faisant face au Champ de Mars , sur la rive gauche de la Seine. Les spectateurs se placèrent sur l'Ile des Cygnes et sur le quai. Le bassin était couvert de barques rouges ou bleues ornées de drapeaux. Soixante marins divisés en deux camps , portant des ceintures rouges et bleues s'élancèrent sur les barques qui leur avaient été réservées et prirent place aux deux extrémités du canal.

Les juges de la joute se placèrent sur un bateau qui donna en même temps asile à des tambours et à une musique militaire. La « Séance » était ouverte.

Chacun des concurrents, monté sur un pont étroit, pratiqué à l'arrière des barques, devait fondre, la lance en arrêt, sur « l'ennemi » qui se présentait à lui et s'efforcer de le jeter à l'eau.

La charge sonnant , les barques , conduites par de vigoureux rameurs, se précipitèrent les unes contre les autres: dès ce premier engagement, la victoire resta aux tireurs bleus.

La lutte recommença ensuite entre les vainqueurs jusqu'au moment où deux des concurrents restèrent seuls en présence ; c'étaient les citoyens Louis Creps, ûgé de 26 ans et Adrien Meyé, ûgé de 22 ans.

Le premier prix fut décerné à Meyé et le second prix à Creps.

Les jouteurs rentrèrent alors dans l'arène où devaient combattre les lutteurs.

Chacun de ces derniers devait renverser à force de bras l'adversaire que le hasard plaçait devant lui. Cette lutte fut longue et suivie par la foule avec une véritable passion. Celui qui tombait était tenu de remettre à son vainqueur les rubans distinguant le camp auquel il appartenait, ainsi que la carte nominative qui lui avait été distribuée.

De nombreux appariteurs veillaient à ce que les conditions d( la lutte fussent ponctuellement respectées.

Là encore , deux citoyens restèrent seuls. Le premier pris

Alt décerné à Oriot, boucher, âgé de 33 ans et le second à Digot. bonnetier, âgé de 34 ans.

A l'issue de ces jeux , deux grands chars « ornés de lauriers ^i de divers emblèmes de la souveraineté du peuple » s'avancèrent dans l'arène , l'un d'eux portait l'inscription suivante :

Le peuple français vainqueur au 14 Juillet !

i'autre :

Ije peuple françaifi vainqueur au 10 Août !

Les citoyens qui occupaient ces chars descendirent vers le inilîeix de l'arène et, là , s'amiant de torches allumées, mirent le feu aux figures du Despotisme et du Fanatisante ^ puis , au bruit des orehestres, ils formèrent des danses autour de ce bûcher.

Il était midi quand les hérauts, précédés de trompettes vinrent inviter les vainqueurs de la joute et de la lutte à prendre part à ^^ banquet officiellement servi pour eux et pour leurs juges , sous xxxie tente ornée de drapeaux.

I^^aiatres tables avaient été préparées pour le public dans les allées latérales du cirque.

•■^ deux heures, une salve d'artillerie annonçait la seconde partie de la fête.

1*^55 hérauts, précédés de trompettes, parcoururent alors le ^'irqixe ^ imitant les assistants à se placer sur les talus de la partie méï^iclîonale.

l^^s orchestres exécutaient , pendant ce temps , des airs pa*^otiques.

*-* iMrectoire et les autorités administratives , qui avaient été coavoqués , vinrent se placer sur l'amphithéâtre qui entourait ïa^lel de la Patrie.

*-A marche se fit dans l'ordre accoutumé.

Xvanl le Directoire et les ministres, on portait un énorme

faisceau, sur lequel étaient inscrits les noms de tous les dépar-

l iciuenls, et sur lequel on voyait tracés « les emblèmes des

fleuves ou des moutagnes qui ont donné leurs noms à ces départements ».

« Des hommes vêtus des anciens habits des principaux peuples qui occupent les Gaules » , portaient le faisceau.

Avant eux venait une bannière ayant pour inscription :

La République les a tous réunis.

Ce n'est plus qu'un même peuple.

A côté du faisceau départemental , et sur une ligne parallèle , on portait également un trophée, « formé des écussons de ^ Républiques bâta ve 5 cisalpine, ligurienne, helvétique, romaine >: soutenu par des figures emblématiques.

Devant ce trophée , paraissait une bannière sur laquelle lisait ces mots :

Que leur alliance avec le peuple françav^^ soit étemelle.

A l'arrivée du cortège, le Conservatoire exécuta un chat triomphal , puis le faisceau et le trophée confiés à la garde ceux qui les portaient , furent placés sur deux cippes , près l'autel de la Patrie.

Treilhard, président du Directoire prononça alors un discour qui fut suivi du Chant du l®^ Vendémiaire j dont Chénier avai^ écrit les paroles et dont la musique était due à Martini.

Le ministre de Tlntérieur annonça ensuite que le président du Directoire allait proclamer les noms des citoyens qui , par des actions héroï([ues, par des découvertes utiles, ou par des succès dans les beaux-arts , avaient bien mérité de la Patrie.

Il remit au président les noms de ceux qui , durant l'année , avaient exposé leur vie pour sauver celles de 'leurs semblables.

Une fanfare suivit cette proclamation , et les hérauts allèrent des deux côtés du cirque la répéter au peuple.

Le ministre de l'Intérieur remit encore la liste de ceux qui avaient obtenu des brevets d'invention, et celle des manufactures ■

dont Jes produits avaient été distingués dans l'Exposition des jours complémentaires.

Cette proclamation se lit dans la même forme que la précédente.

Des hérauts \'iiirent ensuite chercher le président de l'Institut national , qui remit entre les mains du président du Directoire exécutif:

1^ IjB notice des ouvrages sur les sciences , distingués par la classe des sciences physiques et mathématiques pendant le cours de Tan VI;

2® La notice des meilleurs livres élémentaires de morale publiés dans l'année , au jugement de la classe des sciences morales et politiques ;

3^ Les noms des auteurs des meilleures tragédies ou comédies, et du meilleur opéra , parus depuis la révolution , suivant le jugement de la classe de littérature et de beaux-arts. Les noms ^es musiciens qui se distinguaient dans leur art suivirent ceux ^^s auteurs dramatiques.

Le président de l'Institut remit aussi au Directoire , les noms "^ Ceux qui , dans les écoles de peinture , sculpture et archi- *^^t\ire , avaient obtenu les grands prix , ainsi qu'une notice des ^^îUeurs tableaux , statues , dessins et estampes exposés dans le ^on du Musée.

Toutes ces notices et tous ces noms furent proclamés par le

*^ectoire , puis donnés aux hérauts , qui répétèrent la procla-

îïi^lion autour du cirque et distribuèrent au peuple des

lïiUets imprimés contenant les notices et les paroles des hymnes

chantés à la fête.

Enfin , une salve d'artillerie annonça lesjet/x.

Tous les concurrents firent le tour du cirque , précédés d'une oiusique militaire. Ceux qui avaient été vainqueurs dans les jeux du matin prirent place dans cette marche.

Les prix , consistant en objets précieux provenant des manu-

factures nationales, étaient portés sur un brancard orné de fleurs et de verdure.

Le Ministre de l'Intérieur avait fait publier, au sujet des jeux, le programme suivant :

1® Courses a pibd.

Tous les concurrents seront vêtus d'une veste et d'un pantalon de nankin ou de quelque étoffe blanche.

Les concurrents auront été précédemment divisés en divers pelotons de quinze hommes.

Chaque peloton s'élancera l'un après l'autre , d'une barrière près des termes , vers le but placé devant l'autel de la Patrie.

Les vainqueurs , dans ces courses d'essai , recevront une plume dont ils orneront leur chapeau , et redescendront au bruit d'une musique militaire vers la barrière de départ , pour fournir la course décisive.

Les prix seront décernés aux trois concurrents qui arriveront les premiers au but.

Ils iront occuper sur l'amphithéâtre les places destinées aux vainqueurs dans les jeux.

2® Courses a cheval.

Les concurrents devront être vêtus d'une veste à l'écujer.

Ils auront un chapeau rond surmonté d'une plume , et qui sera attaché sous le menton par un ruban.

On leur donnera à chacun une ceinture de soie de couleur différente.

Tous les chevaux destinés à cette course auront été , dans les jours précédents .. scrupuleusement examinés , et on n'aura admis que les chevaux nés en France.

Les concurrents partiront du milieu de l'arène , et après en avoir fiait deux fois le tour, reviendront au point du départ.

3^ Courses de chars.

Les concurrents devront être vêtus d'un habit français, (espèce de tunique courte, ouverte par le milieu , et attachée par des gances sur la poitrine). Ils auront on chapeau relevé par-devant , et surmonté d'une plume.

On leur donnera à chacun un manteau de couleur différente.

A un signal , les concurrents , dans la course des chars , s'élanceront du miliea de l'arène vers l'Autel de la Patrie ; là , ils se diviseront en deux bandes , qui , après avoir parcouru chacune un côté de l'arène , en suivant diverses voies désignées par des jalons], reviendront par la grande allée , en face de l'autel de la Patrie, au point de départ.

4® Expériences aérostatique;?.

Un ballon de neuf à dix mètres de diamètre sera monté par deux aéronautes.

Manœuvré sous cordes par quelques aérostiers , il fera le tour du Champ de Mars dans l'intérieur, à quarante ou quarante-cinq mètres de hauteur, de sorte qu'on pourra voir les divers emblèmes patriotiques dont il sera décoré.

An milieu du Champ de Mars , on aura préparé un bâtis , représentant un vaisseau de guerre anglais.

Les aéronautes , portés dans la perpendiculaire de ce bâb's , y projetteront chacun un boulet d'une composition particulière : qui , sans feu ni mèche , s'allumera en arrivant , et le vaisseau sera consumé.

Les aéronautes viendront ensuite descendre au pied de l'autel de la Patrie.

Trois coups de canon annonceront la fin des jeux , et le départ du Directoire et du cortège pour la maison du Champ de Mars.

Les vainqueurs dans les jeux auront place dans le cortège.

Le programme se terminait par un Nota que nous voulons reproduire ici.

^'oTA. — Ceux qui sont admis à figurer dans cette fête , soit dans les jeux , soit parmi les autorités constituées , sont prévenus qu'ils ne pourront entrer dans l'enceinte vêtus d'étoffes étrangères , et qu'ils doivent au contraire , ainsi que tous les citoyens et les citojrennes , se vêtir d'étoffes de fabrique française.

Le programme fut suivi de point en point , au milieu des acclamations générales.

8 Juin 1799.

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